Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      Christ est vraiment ressuscité !

Christ est vraiment ressuscité !


HOMELIE DE LA FÊTE DE PAQUES
(23-24 AVRIL 2011)

1- Quel bonheur de pouvoir fêter Pâques ici ensemble et en toute liberté non pas une petite messe « casée », si je puis dire entre les rencontres de famille – si utiles et nécessaires soient-elles pour entretenir notre vie familiale précisément ! -, mais parce que Pâques est le sommet de l’année liturgique chez les chrétiens. Pâques est le sommet de la Semaine Sainte, la Grande Semaine comme disent nos frères orientaux, orthodoxes, coptes en particulier souvent menacés dans leur liberté religieuse et avec lesquels notre calendrier liturgique coïncide cette année :

« Christ est vraiment ressuscité ; en vérité Il est ressuscité ! » est le souhait que les fidèles orientaux s’adressent le jour de Pâques reprenant là l’annonce de la résurrection du Seigneur Jésus par l’Ange au petit matin de Pâques :

« Il n’est pas ici, car Il est ressuscité comme Il l’avait dit...allez dire à ses disciples : Il est ressuscité des morts et voici qu’Il vous précède en Galilée... » (Matthieu 26,6-7)

Beaucoup de fidèles catholiques éprouvent le besoin de venir en famille à la messe le soir de Noël on comprend que le mystère de la naissance d’un enfant venant au monde et qui suscite de nombreux espoirs nous touche. Cela est vrai à chaque naissance et peut-être d’une manière encore plus prégnante dans nos contrées où les enfants sont plus rares et plus choyés. Nous pressentons bien que dans la naissance du Christ (son Incarnation comme on dit dans le vocabulaire théologique) quelque chose d’inouï , d’inimaginable, d’impensable soit advenu dans le monde et que l’Apôtre Saint Jean résume de manière puissante :

« Dieu a tellement aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique. » (Jean 3,16)

Vous remarquerez que Saint Jean ne dit pas : « Dieu le Père a tant aimé le monde qu’Il a fait naître dans le monde un Fils unique, son Fils... ». Il dit : « Il a donné... » Ce verbe n’est pas anodin puisqu’il exprime le mystère de la donation, de la « livraison », si je puis dire qui est en Dieu le Père. Nous ne nous imaginons pas à première vue un Dieu qui donne et se donne, mais plutôt un Dieu qui réclame et même assène. Ou alors, nous voulons bien, nous exigeons même un Dieu qui « donne » (C’est le fameux «  do ut des  » des païens : « je donne pour que tu me donnes. ») parce que nous lui ferions des présents auxquels en échange il se devrait de répondre en donnant les récompenses qui nous satisfont sans plus.

Dans la foi chrétienne, rien de tel et surtout pas de marchandage : tout est grâce, c’est-à-dire « tout est gratuit. ». Le don de Dieu en son Fils Jésus Christ est la preuve suprême de son amour destiné à renouveler ce monde en proie au péché et ainsi restauré, profondément renouvelé en la personne de Jésus qui est « Dieu donné ».

Ce que je viens de vous dire est la synthèse théologique –rapide- de que la théologie chrétienne appelle le « Mystère de la Rédemption ».Le « Mystère du Salut ». Ce mystère qui nous sauve définitivement a été accompli par la vie, la Passion, la mort et la résurrection du Christ il y a près de 2000 ans. N’y a-t-il pas quelque chose d’étrange à nous rassembler en foule pour célébrer cet événement du passé si vraiment nous n’y croyons pas comme semblent l’indiquer les nombreux sondages faits auprès de panels représentatifs de Français et même de Français catholiques qui, à ce qu’il semblent ne croient guère à la Résurrection !

2- Que faisons-nous donc ici si nous sommes venus ici pour « rien » comme dirait Saint Paul ? « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi notre foi. », (cf. 1 Corinthiens 15,14). Nous ne sommes pas venus ici pour assister à un spectacle d’archéologie liturgique, à une survivance du passé. Nous ne sommes pas venus soutenir un « monument en péril » !

Je sais que nous participons à la recherche spirituelle qui habite de nombreuses personnes, en particulier les catéchumènes, c’est-à-dire les adultes qui demandent à recevoir le baptême au terme d’un parcours de deux années en moyenne et qui nous livrent dans notre journal paroissial « Rosaire info » des témoignages interpellant nécessairement la foi des « vieux chrétiens » que nous pouvons être à certaines heures de notre vie. Ce qui me frappe dans leurs expressions, c’est que la foi n’est pas pour eux une pure réflexion abstraite, de l’ordre de la conviction tellement intime qu’elle ne peut se partager ni même clairement s’exprimer. Leur témoignage est vivant, « vital » même. Il touche à l’essentiel :

« Je me sens aimée par quelqu’un de plus haut, de plus fort ; je ne me sens plus seule. »

« Avoir la foi représente pour moi ma rencontre avec Jésus Christ. »

« Le catéchuménat m’a permis de donner un sens à ma vie. Ce dont j’avais besoin. Ce cheminement est semblable à une gestation... Je décèle enfin la présence de Jésus Christ dans de nombreuses infimes choses de la vie quotidienne. »

Les trois adultes (Edwige, Nadège et Marcellin) baptisés au cours de la veillée pascale ici dans cette église comme les 105 autres de notre diocèse ou les 3000 autres un peu partout en France non seulement réjouissent notre cœur, mais aussi nous invitent à relever la tête. Non pas pour organiser nécessairement et sur un ton revendicatif la « Catholic pride ».Alors, pourquoi ? Eh bien je vais vous le dire : pour faire nôtre l’attitude de la Résurrection.

Car, le Christ qu’ils ont rencontré n’est pas une belle image esthétique (que cela ne vous empêche pas d’aller voir l’exposition consacrée au Christ de Rembrandt au Musée du Louvre ou le Christ juif crucifié de Chagall au Musée du judaïsme à Paris) ni même un maître de sagesse pour bien conduire notre vie. Le Christ est le Seigneur en personne, donc la vie de notre vie, la profondeur de notre être, Celui qui s’est mis en chemin pour venir à notre rencontre et qui nous prie : ‘Veux-tu bien m’ouvrir la porte de ton cœur, de ton sanctuaire intérieur car J’ai quelque chose à partager avec toi. Tu as beaucoup de prix à mes yeux, Je te connais de toute éternité et ta vie, ton corps et ton âme ont été faits à ma ressemblance. Tu es « unique » comme Je suis unique.’

Entendez cela, frères et sœurs, dans cette église et ensuite accueillez les deux verbes de la résurrection consignés dans le Nouveau Testament car ils sont essentiels pour que vous meniez bien votre vie, pour que vous vous tourniez de manière courageuse, juste et belle vers votre prochain et en même temps ils vous indiquent l’horizon ultime de votre vie : «  Réveillez-vous !  » «  Levez-vous !  »

Notre évêque disait récemment après avoir participé à un rassemblement de jeunes lycéens parmi lesquels se trouvaient de jeunes musulmans du même âge invités : « Nos jeunes ne sont pas habitués à exprimer avec autant de spontanéité leur foi, à la manifester en public ! » Serait-ce que les catholiques auraient tellement bien appris la laïcité à la française qu’ils confondraient la République laïque et une société entièrement laïcisée où l’expression publique – pourtant autorisée – de la foi selon les termes de la Loi n’aurait pas ou plus sa place ? Réveillons-nous ! Prenons part aux débats éthiques et même politiques du moment où la foi chrétienne peut se montrer puissance de résurrection précisément pour combattre la désespérance.

Oui, la foi chrétienne a une dimension « écologique  » lorsqu’elle nous dit que l’univers nous est confié non pour que nous l’exploitions, mais pour que nous le cultivions, le transmettions, le soignions !
Oui la foi chrétienne a une dimension éthique incontournable lorsqu’elle s’inspire de son Maître, le Christ, pour défendre la vie dans tous ses états sans la sélectionner pour être sûre que les apprentis sorciers ne décideront pas demain de qui est digne de vivre, combien de temps et dans quel état, car à ce compte-là, nous avons quelques craintes à avoir tous autant que nous sommes !

Levons-nous car il ne saurait être question de disparaître du paysage même si certains ont décidé que la Croix du Christ ne doit plus en faire partie même lorsqu’ils prétendent représenter le village traditionnel français. Quel ridicule ! La fête de Pâques nous appelle à cette station debout, signe de dignité, signe de notre marche. Tant d’hommes et de femmes de par le monde – en particulier les chrétiens orientaux qui, après une brève apparition, ont de nouveau été oubliés par nos médias décidément bien peu objectifs- sont enchaînés à cause de leur foi et nous montrent malgré tout une dignité et une liberté intérieure qui ne peut que nous inspirer. Soyons unis, non pour faire bloc et dire non systématiquement, mais pour montrer la différence chrétienne joyeuse, compatissante, fidèle, sereine, sincère.

3- Je termine par deux paroles de Jean-Paul II qui sera béatifié dimanche prochain 1er mai et de Benoît XVI :

• Dans sa première lettre encyclique (en 1979), Jean-Paul II présentant Jésus Christ comme « Le Rédempteur de l’homme » écrivait ceci :

« Jésus Christ est la route principale de l’Eglise. Lui-même est notre route vers la « maison du Père », et il est aussi la route pour tout homme. Sur cette route qui conduit du Christ à l’homme, sur cette route où le Christ s’unit à chaque homme, l’Eglise ne peut être arrêtée par personne. Le bien temporel et le bien éternel de l’homme l’exigent... Cet homme est la route de l’Eglise, route qui se déploie, d’une certaine façon, à la base de toutes les routes que l’Eglise doit emprunter, parce que l’homme – tout homme sans aucune exception – a été racheté par le Christ, parce que le Christ est en quelque sorte uni à l’homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n’en est pas conscient : « Le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l’homme » - à tout homme et à tous les hommes – « ... lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation.* »

Tout est dit ici : l’homme est la route que l’Eglise entend emprunter parce que le Christ l’a empruntée avant elle. Le Christ ressuscité, route principale de l’Eglise, lui indiquant le cap à tenir ne saurait nous perdre en ce monde.

• Benoît XVI dans la deuxième partie de son ouvrage intitulé « Jésus de Nazareth  » écrit, à propos de la résurrection du Christ qu’elle n’est ni sa réanimation, ni une apparition fantomatique, ni même une expérience mystique pour ceux qui en sont témoin.

Il tient à dire que :

«  L’annonce apostolique avec son enthousiasme et son audace est impensable sans un contact réel des témoins avec le phénomène totalement nouveau et inattendu qui les atteignait de l’extérieur et consistait dans la manifestation et l’annonce du Christ ressuscité. Seul un événement réel d’une qualité radicalement nouvelle était en mesure de rendre possible l’annonce apostolique, qui ne peut être expliquée par des spéculations ou des expériences intérieures mystiques... C’est bien le propre du mystère de Dieu d’agir de manière humble. C’est seulement petit à petit qu’il construit dans la grande histoire de l’humanité son histoire. Il se fait homme mais d’une telle manière qu’il peut être ignoré de ses contemporains, des forces autorisées de l’histoire. Il souffre et il meurt et, comme Ressuscité, il ne veut atteindre l’humanité qu’à travers la foi des siens auxquels il se manifeste. Continuellement, il frappe humblement aux portes de nos cœurs et, si nous lui ouvrons, lentement il nous rend capables de « voir.  » **

Et si la Résurrection était l’événement le plus réel de l’Histoire qui la traverse de part en part, lui disant réellement ce qu’elle est, son orientation, son horizon ultime... Et si la Résurrection nous était confiée, comme Dieu s’est confié à Marie dans ses prémices pour que nous manifestions chaque jour de notre vie le Vivant à fleur de peau, si je puis dire, à fleur d’âme, à fleur de vie en somme ! Que les baptisés de Pâques et la grâce pascale nous fassent témoin du travail de la Résurrection en nous et sur cette terre. Amen.

Père Stéphane AULARD

* Lettre encyclique « Redemptor hominis » (Le Rédempteur de l’homme), Paris, Editions du Centurion, 1979, pp. 52.54-55.

** Joseph RATZINGER – BENOÎT XVI « Jésus de Nazareth (De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection) 2ème partie », Paris, Editions du Rocher, 2011, pp 310-311.

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