Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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"Devenez ce que vous recevez"


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  • 24 octobre 2017
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Homélie prononcée par Mgr Henri-Jérôme Gagey à l’occasion de l’installation du nouveau curé de la paroisse Notre-Dame du Rosaire, le Père Jean-Luc Mairot.



Relisons le commencement de la Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (à retrouver en fin de texte) :

« Paul, Silvain et Timothée, à l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous, la grâce et la paix. »

Paul s’adresse à une communauté qu’il a fondée par sa prédication de l’Évangile et voilà la première chose qu’il lui dit :

« À vous, la grâce et la paix ».

C’est un souhait, mais ce n’est pas le constat d’un manque. Paul ne dit pas qu’il souhaite qu’un jour, enfin, les membres de cette communauté connaissent la grâce et la paix, comme si c’était lui qui allait les leur apporter. En effet, ensuite il enchaîne :

« À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. »

Par ces mots pleins de bienveillance, il confirme cette communauté dans sa foi, il l’assure qu’elle est réellement l’Église du Christ vivant d’une foi active, d’une charité effective et d’une espérance endurante. Elle est dès aujourd’hui l’Église de Dieu, à quoi correspond la phrase suivante :

« Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par Lui. »

J’aime cette manière dont l’apôtre débute sa lettre par une parole d’encouragement, une parole qui renvoie l’Église de Thessalonique à son identité de communauté choisie par Dieu. C’est d’ailleurs ce qui se produit au début de chaque eucharistie : nous entrons dans la célébration par un chant joyeux qui nous confirme dans notre identité tel que, par exemple, « Nous sommes le corps du Christ ». Ensuite le célébrant lance la formule « le Seigneur soit avec vous ». Et c’est seulement ensuite que nous sommes invités à nous ouvrir à la miséricorde de Dieu par le « Je confesse à Dieu » ou le « Seigneur prend pitié ».

Le rappel de cette manière de faire de l’apôtre Paul me semble bienvenu quand un nouveau curé vous est envoyé par notre évêque. En effet, cette attitude de Paul, qui correspond dans le fond au rôle du président de l’assemblée eucharistique, nous dit beaucoup du ministère du curé de paroisse.

Il n’est pas d’abord un administrateur, un manager, un lanceur de projets, un enseignant, il n’est pas d’abord celui qui doit permettre à ses paroissiens des prises de conscience et des remises en cause exigeantes. Tout cela il lui faut l’être bien sûr, mais il ne peut l’être en vérité que si d’abord il encourage la communauté en confirmant sa foi, en confirmant que malgré ses faiblesses elle est le corps du Christ et que chacun de ceux qu’elle rassemble est un membre de ce corps. Cette identité de la communauté et de chacun de ses membres n’est jamais complètement réalisée. Comme le dit un autre cantique, « devenez ce que vous recevez ! », il nous faut nous laisser conformer au don reçu en accueillant la Parole et en recevant l’Eucharistie pour en vivre parmi nos frères. Mais cette identité nous est d’abord donnée. Et c’est seulement parce que d’abord elle nous est donnée que nous pouvons ensuite nous y accorder.

C’est un point important de la foi chrétienne qui est en jeu : nous ne sommes pas appelés d’abord à changer de vie pour ensuite recevoir, comme une récompense, notre identité d’enfants de Dieu, de membres du corps du Christ. Le don de Dieu précède la conversion et c’est lui qui la rend possible. Les spécialistes du Nouveau Testament appellent cela la dialectique de l’indicatif et de l’impératif :

Indicatif : « vous êtes le corps du Christ » ;
alors
Impératif : « devenez ce que vous recevez »

Ou encore :

Indicatif : « vous êtes des enfants de lumière ».
alors
Impératif : « vivez en enfants de lumière ».

Cette attitude d’encouragement « à l’indicatif » n’est pas facile à tenir de manière réaliste avec conviction. Le regard du pasteur sur son peuple peut facilement devenir dur, pessimiste, découragé au point qu’il ne sera pas toujours d’humeur à adresser à sa communauté le souhait de Paul : « À vous, la grâce et la paix  ».

Pour me faire comprendre je vais vous faire une confidence. Depuis deux ans je suis Vicaire Général, cela signifie que pratiquement tous les dossiers, toutes les informations concernant la vie du diocèse me passent par les mains. Les bonnes nouvelles mais surtout les mauvaises car on passe plus de temps à considérer ce qui va mal que ce qui va bien. Et parmi tous ces dossiers il y en a qui ne sont pas jolis-jolis : des conflits de personnes, des affrontements, des problèmes de sous, parfois des malhonnêtetés ou des abus de pouvoir etc. Parfois c’est lourd !

Mais il y a une chose qui m’aide à ne pas sombrer dans le découragement, une chose parmi d’autres mais qui est importante : le vendredi matin, avant le conseil épiscopal hebdomadaire, nous tous, les vicaires et les délégués épiscopaux qui composons ce conseil, nous chantons les Laudes et nous célébrons l’Eucharistie autour de l’évêque. Et très souvent, après la lecture de l’Évangile, au lieu de faire un sermon l’évêque partage ce qu’il a vécu de fort et de beau dans ses dernières rencontres avec les diocésains. Dans une attitude contemplative il témoigne ainsi de la vie de l’Esprit à l’œuvre dans nos communautés et dans la vie des habitants du Val de Marne, et il nous invite à prendre la même attitude contemplative et à entrer dans ce partage en joignant notre action de grâce à la sienne.

L’attitude du pasteur qui considère sa communauté avec un regard de foi comme la communauté de sœurs et de frères bien-aimés de Dieu, qui ont été choisis par Lui, n’est pas spontanée. Elle peut être menacée, mise en doute. C’est pourquoi elle doit être cultivée en développant un tel regard contemplatif qui nous fait découvrir dans l’action de grâce la présence de Dieu au milieu des siens. Comme le dit le psaume de ce jour,

«  Allez dire aux nations : "Le Seigneur est roi !" Il gouverne les peuples avec droiture. »

Autrement dit, ce n’est pas l’action de votre curé qui fait que Dieu vous gouverne, c’est parce que déjà Dieu vous gouverne qu’un curé vous est envoyé. Ce que je vous dis là, est bien sûr destiné à votre nouveau curé afin de l’encourager à cultiver cette attitude contemplative. Mais vous comprenez que je dis cela pour nous tous ici afin que tous nous entrions dans ce regard qui discerne dans notre communauté le corps du Christ et ainsi fait cesser les bavardages, les critiques, les jalousies et les rumeurs. Après il y a bien sûr les orientations à arrêter, les décisions parfois difficiles à prendre, les désaccords à dépasser ou à supporter. Mais tout cela ne s’accomplira comme il convient que si cela se prend d’un regard contemplatif qui nous encourage à prendre soin les uns des autres, car « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous saurons que vous êtes mes disciples ».

Frères et sœurs, je vous le déclare :
« Vous êtes le corps du Christ, chacun de vous est un membre de ce corps, chacun reçois la grâce de l’esprit pour le bien du corps entier ». Alors, pour être fidèles au don qui vous est fait, « vivez en enfants de lumière sur les chemins où l’Esprit vous conduit »

Pour terminer cette homélie il y a un point sur lequel je souhaite attirer votre attention. Le Père Jean-Luc Mairot est votre curé, mais il vient aussi d’être nommé vicaire épiscopal, c’est-à-dire membre du conseil de l’évêque qui, avec l’évêque, prend soin de l’ensemble du diocèse. C’est une belle mission dont j’ai moi-même la charge. Mais, comme toutes les belles missions, elle réclame qu’on y donne de son cœur et de son temps. Donc si parfois le Père Mairot vous manque, s’il ne vous est pas tout à fait aussi présent que vous pourriez le souhaiter, je vous en prie, ne dites pas « le curé n’est jamais là quand on a besoin de lui ». Dites plutôt « notre curé est vraiment un homme de confiance et c’est pour cela que, par moment, il ne peut pas s’occuper seulement de nous ».


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2ème Lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1, 1-5b)

Paul, Silvain et Timothée, à l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous, la grâce et la paix.
À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l’Évangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude.

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