Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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Dieu Trinité est amour


HOMELIE POUR LA FETE DE LA SAINTE TRINITE
(15 JUIN 2014)

Frères et sœurs, ceci n’est pas ma dernière homélie à Notre-Dame du Rosaire, même si en ce jour je souhaite vraiment rendre grâce à Dieu pour ces dix années de ministère vécues au milieu de vous.

Or, cette action de grâce a lieu le jour de la Sainte Trinité avec des textes bibliques que j’ai déjà eu l’occasion de commenter en 2011 lorsque j’ai fêté avec vous mes vingt-cinq années de sacerdoce.

J’aimerais simplement reprendre chacun des passages bibliques et les méditer quelque peu avec vous :

Le livre de l’Exode, deuxième livre du Pentateuque (la Torah comme dit la Bible hébraïque) nous propose d’entendre Dieu lui-même révéler à Moïse –qui lui a pourtant déjà demandé au Buisson ardent en Ex 3,14 son Nom- son identité profonde : « Adonaï, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. » (Ex 34, verset 6). L’épisode se passe peu après la fameuse scène du veau d’or qui valut à Moïse de briser les tables de la Loi reçues au sommet du Sinaï. Ici, Moïse n’a pas interpellé Dieu qui prend lui-même l’initiative de se révéler à son serviteur.

Vous connaissez mon goût pour les sources juives de notre foi : goût d’ailleurs recommandé et promu par le concile Vatican II. J’ai durant ces dix années eu l’occasion plus d’une fois de travailler, d’échanger, de commenter la Bible dans des contextes judéo-chrétiens à Saint-Maur et j’en rends grâce au Seigneur. La première Alliance n’est pas caduque ; l’Ancien Testament est notre patrimoine et je dirais plus profondément qu’il nous faut accéder à Jésus qui « accomplit » en passant nécessairement par l’Alliance première car elle fait toujours partie de l’Alliance éternelle !

Parfois, j’entends dire par des chrétiens que l’Ancien Testament présente un Dieu violent, vengeur, coléreux et batailleur…Avez-vous remarqué avec moi qu’il y a en nous toujours de la révélation première, incomplète, mais pourtant essentielle ? J’aime entendre des fiancés, des catéchumènes, des enfants balbutier les mots de Dieu qui ne sont peut-être pas canoniques, mais n’en constituent pas moins une esquisse balbutiante du Nom de Dieu. Dieu cherché, Dieu entre-aperçu, Dieu qui se découvre en marchant avec Lui.

Vous savez, il y a à Paris le musée des arts premiers quai Branly. On ne parle plus d’arts primitifs, mais d’ « arts premiers » qui disent combien l’être humain est un artiste en puissance capable de se représenter symboliquement. Eh bien, il y a aussi une « religion première » par laquelle les êtres humains se représentent Dieu non comme un autre« moi-même », mais bien comme le Tout-autre pourtant familier et mystérieux mais surtout aimable.

L’homme est capable de Dieu dit la théologie classique (« capax Dei ») : je le crois et j’en suis témoin sans cesse lorsque vous me parlez de Lui, lorsque vous vous lancez en apportant un témoignage lors d’une réunion de préparation au baptême ou lors d’une séance du parcours Alpha, lorsque des catéchistes se risquent auprès des enfants qui ont le chic de nous poser de « sacrées questions » comme lors de la dernière retraite de profession de foi où une jeune faisait remarquer au nom de son équipe ceci : « Vous dites que Jésus est Dieu et qu’il prie Dieu…, alors, il se prie lui-même… ! » Bonne question pour la fête de la Trinité !

La Trinité parlons-en justement avec Saint Paul dans la seconde lettre aux Corinthiens et précisément les derniers versets de cette lettre (2 Co, 13,13). Vous le savez l’introduction et la conclusion d’un texte sont toujours décisifs. L’introduction, on la rédige une fois que l’on a écrit tout son développement. Quant à la conclusion, elle est une signature et ouvre le texte au-delà de lui-même.

Or, les Corinthiens, jeunes chrétiens d’origine païenne étaient réputés pour leurs mœurs peu compatibles avec le style biblique et chrétien. Ils étaient sensibles aux discours à la manière grecque. Ils étaient aussi séduits par le Christ, mais ne renonçaient pas facilement à leurs anciens cultes et pratiques… Je vous cite le dernier verset de cette lettre : «  Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous  ! » Vous voyez d’où viennent nos salutations liturgiques : directement de ce souhait exprimé par l’Apôtre Paul aux Corinthiens.

Or, cette adresse est trinitaire. La Trinité n’est pas un axiome mathématique. La Trinité n’est pas un mystère compris comme une étrangeté. La Trinité exprime le cœur de Dieu qui se révèle non comme une montagne inaccessible ou un gros bloc de glace sur la banquise. Dieu Trinité nous dit fondamentalement que Dieu est unique et qu’il est amour (cf. «  Dieu a tant aimé le monde… », en Jn 3,16) et que cet amour se déploie de manière relationnelle. Dieu n’est donc pas une immense solitude, mais un être fondamentalement relationnel.

Ceci est une promesse pour l’Eglise et plus largement notre monde qui semble si brisé et au bord de grandes ruptures alors que l’on célèbre ces temps-ci sa « Libération » en 1944… Le mystère de Dieu communion –Père, Fils et Saint-Esprit -est le mystère du respect des personnes et de leur puissante unité. C’est ce que la théologie classique appelle le mystère de la vie parfaite sans fusion, confusion ni séparation.

Eh bien Saint Paul exprime cela à la fin de son épître pour inviter les Corinthiens qui étaient décidément bien remuants et batailleurs : entrez donc dans la grâce de Jésus, c’est-à- dire dans le don à la suite de Jésus ; entrez donc dans l’amour de Dieu le Père et oubliez Jupiter avec sa foudre qui vous tombe dessus ; entrez donc dans la « koïnônia », la « communion » fraternelle qui faisait dire à ceux qui rencontraient les premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment !  »(Tertullien, Apologétique, fin du IIème siècle)

Pour les célébrations où j’ai touché du doigt cette communion fraternelle lors des offices de la Semaine Sainte en particulier ; lors de certaines célébrations d’obsèques de paroissiens ; pour les agapes fraternelles du dimanche de rentrée ; pour les temps partagés en Equipe d’animation paroissiale, pour la présence de la communauté traditionnelle et les occasions de rencontres vraies que nous avons pu avoir : merci.

J’aimerais dire encore un mot de l’Evangile (Jn 3,16-18) qui place Jésus le Seigneur au centre, comme un pivot de notre acte de foi. Dans ma vie de prêtre, je vous l’ai déjà dit, ce qui me touche le plus, ce sont les actes de foi que réalisent parfois de manière extrêmement dense des catéchumènes, des jeunes, des malades, des mourants, des pénitents. Il me semble qu’à chaque fois que cela se produit, c’est non seulement un bel acte qui se produit en toute liberté, mais aussi que c’est Dieu lui-même qui est là, qui se dévoile un peu plus. C’est le ciel qui s’ouvre et la terre qui en est transformée.

Saint Jean a déjà fait l’expérience dans sa communauté que la foi au Dieu trinité en passant par Jésus découvert et aimé transforme notre monde. Il a aussi déjà vu combien la foi-confiance en Jésus peut être malmenée parce que d’autres lueurs fallacieuses semblent plus attirantes que Jésus Lumière. C’est pourquoi il nous prévient : « N’oubliez pas combien vous avez déjà expérimenté que seul Jésus peut vous combler, vous éclairer, vous apprendre ce qu’aimer veut dire. »Je me bats avec le dernier verset qui ne peut contrecarrer l’amour- engagement de Dieu envers le monde en « condamnant » deux versets plus loin ceux qui l’auraient oublié ou tout simplement méconnu.

Vous remarquerez que le texte ne dit pas que c’est Dieu qui nous condamne à la solitude et à l’enfer. Le texte s’adresse d’abord à ceux qui ont mis leur vie dans les mains du Seigneur (donc, ceux qui « croient » en lui) car il veut leur rappeler leur premier amour et quelque chose comme la chanson –si je puis m’exprimer ainsi- que le Seigneur nous offrirait : « Il y a longtemps que je t’aime ; jamais je ne t’oublierai… » Et toi, tu m’oublierais donc ; tu te condamnerais toi-même à vivre hors de tout lien avec Celui que tu as pourtant accueilli lors de ton baptême et de ta confirmation, en te mariant, en priant, en accueillant ma parole, en célébrant tous les sacrements. Non, ne fais pas cela me dit-il, nous dit-il. « Je te dis que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu !  »

Frères et sœurs, j’arrête là : merci à tous ceux qui croient modestement en eux et accomplissent quelque chose pour ce monde que Dieu nous a confié. Merci à ceux qui ont foi en leur prochain et le servent comme le Christ nous y invite : encore et toujours. Merci à tous ceux qui œuvrent auprès des plus démunis, des gens seuls, des malades en hôpitaux ou maisons de retraite. Merci à ceux qui donnent un avenir en instruisant et éduquant les jeunes. Merci à ceux qui se laissent transfigurer par Celui qui croit en nous ses créatures, ses frères alors que nous pourrions douter de nous-mêmes. Il est grand et beau le mystère de la foi ! Cultivons notre foi, ainsi nous ne serons jamais déçus !

Père Stéphane AULARD

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