Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      Du juste rapport Eglise-monde (homélie du 24 octobre 2010)

Du juste rapport Eglise-monde (homélie du 24 octobre 2010)


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  • 27 octobre 2010

HOMELIE POUR LE 22ème DIMANCHE APRES LA PENTECÔTE
(24 OCTOBRE 2010) donnée à la communauté traditionnelle

(Matthieu 22,15-21)

1-L’Evangile de ce jour nous plonge au cœur d’un débat classique qui pourrait s’intituler : « du juste rapport Eglise-monde » où Dieu est à sa juste place qu’on ne saurait oublier et où la sphère politique y est aussi !

En ces temps de crise sociale, n’attendez pas du prédicateur de ce jour qu’il prenne parti pour l’un au détriment de l’autre puisque le Christ ne prend pas parti, mais nous oblige à un équilibre qui nous poursuit depuis 2000 ans...

Notez toutefois un certain nombre de repères que je voudrais appuyer sur le texte biblique et la tradition de lecture que l’Eglise n’a pas cessé de développer à partir de ce fameux épisode du « tribut à César ».

• J’observe que les détracteurs du Christ, dans ce célèbre passage de l’Evangile si proche du discours eschatologique (Matthieu chapitre 25) qui, habituellement jouent chacun leur partition semblent ici se liguer contre Lui. Il s’agit en effet pour eux de « Le prendre au piège en le faisant parler » (verset 15) : on ne sait jamais, s’Il se livrait à quelque dérapage verbal ou à quelque formule que l’on pourrait ensuite couper de son contexte...

• La collusion étrange en soi entre pharisiens –pieux laïcs ordinairement attachés à une lecture zélée de l’Ecriture Sainte- et hérodiens –proches du pouvoir politique corrompu et mis en place par l’occupant romain auquel ils se montraient tout dévoués- indique que l’on arrive ici au sommet du procès intenté contre Jésus et qui court à travers tout l’Evangile. La « sainte ligue » est prête à tout pour le faire tomber ; tous les moyens seront bons pour arriver à l’issue fatale que l’on connaît : le juste qui dit la vérité sera exécuté et pourtant l’on s’empresse de remarquer qu’il « ne fait acception de personne » (verset 16).

• Ce dernier point souligné dans le texte évangélique a son importance tant il est vrai que l’on observe dans tout le Nouveau Testament (dans les écrits de Paul comme sur les lèvres de Pierre, les deux colonnes de l’Eglise) qu’il désigne proprement la manière du Christ. Pierre ne dira-t-il pas à Césarée en observant la conversion d’un centurion romain : «  Je me rends compte en vérité que Dieu ne fait acception de personne. » (Actes 10, 34). Le Christ est Seigneur et il n’est pas partial ; son jugement est modéré. Il ne sépare pas pour opposer.

• Ceux qui précisément cloisonnent les personnes et les groupes sociaux ou religieux ont observé durant les trois années de son ministère le Christ : ils ont bien vu son immense bonté comme sa liberté de ton et d’attitude à l’égard de tous : qu’il s’agisse des voleurs, des prostituées, des riches et des pauvres, des hommes et des femmes, des étrangers et en général des personnes qui ne vivent pas pleinement de la loi de Dieu : Il les fréquente tous, s’invite à leur table et les appelle tous à la conversion !

• Vous le savez, le Christ n’est ni laxiste ni relativiste (il suffit pour cela de contempler sa personne et ses comportements). Pourtant, sa liberté de Fils de Dieu l’amène à fréquenter chacun et à s’exprimer très librement même en face des plus hautes autorités sans pour autant développer des thèses politiques radicales. Ainsi, face à Pilate en Saint Jean Il lui dit : «  Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut. » (Jean 19,4) Ceci ne signifie pas « de Dieu », mais d’une autorité supérieure, en l’occurrence l’Empereur Auguste, surnommé couramment César. Une autorité humaine, donc relative puisqu’il s’agit d’une créature connue de Dieu. Liberté de ton du Maître par excellence qui ne saurait se ravaler face à celui qui se croit tout-puissant !

2- Venons-en au fameux « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Verset 21)

PDFCertains voient ici la naissance de la laïcité où l’on ne confond pas la sphère politique et la sphère religieuse. Le contexte n’est pas ici celui de la théorie politique. Voyons plutôt dans la fameuse répartie du Seigneur son grand réalisme et son humour tandis que la Passion pourtant s’approche ! Le Christ ici invite fortement les pharisiens et les hérodiens tout ensemble à découvrir qu’ils vivent dans une société donnée qu’il faut servir loyalement, mais où l’appartenance religieuse ne devrait pas constituer un point de détail négociable.

Payez donc le tribut à César (c’est-à-dire à l’occupant romain) puisque de toute façon il semble que vous ne pouvez pas y échapper. N’entrez pas en rébellion comme les zélotes qui ont choisi la guérilla. Mais, pour autant, n’oubliez pas le Dieu que vous prétendez servir. Il est clair, me semble-t-il que le Christ invite au réalisme, au pragmatisme même, mais tout autant à la fidélité religieuse envers et contre tout.

3- Que conclure pour aujourd’hui ?

Je risque ici quelques remarques qui me paraissent fondées sur la tradition catholique :

• Nous ne saurions nous abstraire de la cité des hommes au motif que nous servons Dieu. A cet égard le récent film « Des hommes et des dieux » nous montre un monastère bien implanté dans un village et une société que les moines n’ont pas choisie, mais qu’ils ne méprisent pas non plus ! Il ne s’agit pas de tout cautionner, de « vendre son âme », de n’avoir aucune distance avec l’esprit du temps en perdant tout sens critique, en ne revendiquant pas éventuellement l’objection de conscience. Mais, il ne s’agit pas non plus d’entrer dans les jugements trop hâtifs du type « Tous pourris ! » qui ne règlent rien !

• Et si rendre à Dieu grâce et honneur signifiait qu’il y a un juste rapport à rechercher en ce monde où nous sommes tout en n’en étant pas (cf. Jean 17,11-14). Et s’il y avait à rechercher une juste position face aux constructions de ce monde et même à ses réformes puisqu’il en est question ces temps-ci.

• Juste rapport : qu’est-ce à dire si ce n’est que cette terre nous est prêtée par le Créateur pour que nous la gérions et la transmettions à la génération qui vient ? Qu’est-ce à dire si ce n’est que cette vie est un don de Dieu et non un « produit » ou une propriété ? Qu’est-ce à dire si ce n’est que nous croyons à des relations humaines qui ne sauraient ressortir à l’adage de Hobbes : «  homo homini lupus est », mais plutôt à la recherche obstinée du bien commun qui n’est assurément pas la somme de nos intérêts particuliers !

En participant à l’eucharistie, en y communiant, rendons à Dieu par le Christ et dans l’Esprit ce que nous devons Lui rendre puisque nous Lui avons déjà donné notre foi : rendons-Lui grâce, offrons-Lui notre joie de Lui appartenir, d’être des siens (cf. Jean 1,11-12). Les mots du célèbre psaume 84 (85) ne nous disent-ils pas où sont nos sources pour bien vivre et bâtir la Cité de Dieu :

« J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’Il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles ;
Qu’ils ne reviennent jamais à leur folie !
Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.
Amour et vérité se rencontrent,
Justice et paix s’embrassent ;
La vérité germera de la terre
Et du ciel se penchera la justice.
Le Seigneur donnera ses bienfaits,
Et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant Lui
Et ses pas traceront le chemin. » (Ps 84 (85), 9-14).

Amen.


Père Stéphane AULARD

Photo : denier frappé en -19/18 à l’image de César Auguste



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