Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      Fêter la sainteté

Fêter la sainteté


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  • 1er novembre 2010
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HOMELIE DE LA TOUSSAINT
(1er novembre 2010)

WordLe très beau film de Xavier Beauvois « Des hommes et des dieux » a, à ce jour, attiré près de deux millions cinq cent mille spectateurs dans les salles obscures venant de tous horizons semble-t-il. La critique est quasi unanime pour célébrer cette œuvre sobre et pourtant dramatique relatant l’histoire d’une communauté de moines trappistes à Tibhirine en Algérie qui se conclut par leur mort tragique en 1996. En résumant aussi brièvement, trop brièvement, ce film, en vous en parlant aussi un jour de Toussaint, je n’ai pourtant pas devant moi l’image de la mort qui est si souvent attachée à la fête de tous les saints le 1er novembre.

Depuis fort longtemps l’Eglise, dans sa liturgie, nous rappelle sans cesse que la Toussaint n’est pas la commémoraison des fidèles défunts. Pourtant il faut bien reconnaître que c’est cette même Eglise qui, dans sa sagesse, nous propose aussi de prier pour les défunts le lendemain de la Toussaint établissant ainsi un certain rapport mais non une confusion entre ces deux célébrations !

Cela signifie-t-il que les saints sont dans l’Eglise nos « morts célèbres » comme il y a au Panthéon à Paris nos héros célèbres, nos « grands hommes » auxquels la patrie est reconnaissante ? Ou bien, les saints et les saintes sont-ils plutôt des frères et sœurs aînés dont le parcours de vie terrestre est véritablement exemplaire parce que « configuré » au seul saint : le Christ Jésus ? N’est-ce pas en effet un des titres que l’onPDF donne au Christ ? L’ange Gabriel à l’Annonciation ne dit-il pas à la Vierge Marie parlant de l’enfant qu’elle va concevoir et mettre au monde : « Celui qui naîtra de toi sera saint : Il sera appelé Fils de Dieu. » ?(Luc 1,35)

Cette sainteté du Christ exprime à la fois sa nature de Fils de Dieu autrement dit sa divinité, mais en même temps puisque Marie, la toute pure, donne naissance au Très-haut devenu de fait le très-bas, voici que la sainteté qui n’appartient qu’à Dieu et qui pourrait donc être pour nous une catégorie totalement inaccessible, s’est approchée de nous, de la terre des hommes.

Dès lors, il n’est pas aberrant de confesser que la sainteté en Jésus Christ - la grandeur certes, la divinité surtout, mais aussi tout ce qu’il y a dans le Christ et qui s’appelle bonté, pauvreté, douceur, pureté, miséricorde (cf. Matthieu 5,3 ss.)- nous est offerte gratuitement sans condition. Il suffit que nos mains étreignent le Christ. Ou encore, la lumière en Jésus Christ s’est approchée de nous quoi qu’il en soit de nos ténèbres et du mal qui ne cessent pourtant de nous mordre tant il est vrai que depuis les horreurs répétées du XX ème siècle ils pourraient paraître vainqueur !

Oui, frères et sœurs, la sainteté comme une douce lumière ou comme un grand feu qui réchauffe les transis que nous sommes s’est approchée définitivement en Jésus Christ et elle ne reculera pas, elle ne disparaîtra pas malgré les apparences du mal qui semble mener le bal ! PDFAinsi lorsque sainte Bernadette Soubirous en 1858 témoigne qu’elle a vu à la grotte de Lourdes une « belle dame  », la Sainte Vierge, ne nous dit-elle pas qu’en Marie le ciel s’est approché d’elle ? Celle qui est maintenant au ciel n’est pas loin.

Sainte Thérèse de Lisieux ne dit rien d’autre lorsqu’elle confie à ses sœurs qu’elle passera « son ciel à faire du bien sur la terre  ». Mais, déjà sur terre elle avait prié pour un célèbre meurtrier, Pranzini, qui avait défrayé la chronique et qui finit par se tourner vers la croix contre toute attente au moment de monter à l’échafaud.

Les moines de Tibhirine que j’évoquais au début de cette homélie sont-ils des martyrs comme ceux des premiers siècles que les chrétiens vénéraient en venant célébrer l’eucharistie sur leurs tombes dans les catacombes ? L’heure n’est pas à les répertorier trop vite dans la catégorie des martyrs. Ils nous attirent ces temps-ci parce qu’ils nous redisent que tout ce qui n’est pas donné est perdu.

En ces temps d’incertitude et de confusion, tandis que l’individualisme et l’égoïsme pourraient nous étreindre, ils nous fascinent non pas comme des héros impassibles bardés de gadgets les rendant invincibles. Mais, parce qu’ils nous ressemblent, parce qu’ils ne sont pas loin de nous dans leurs angoisses, leurs hésitations, leur combat intérieur et leurs empoignades communautaires.

Mais aussi et il faut le dire parce qu’ils nous tirent en avant par leur obstination dans la prière, leur proximité avec tous, leur sagesse, leur humanité accomplie car fondée sur le Christ Jésus, le Très-Haut, le très-bas, le Fils de Dieu célébré à Noël, le Vendredi Saint et à Pâques, le Fils de l’homme en qui Dieu nous apprend réellement ce qu’est être homme.

Fêter la Toussaint, c’est avec le peuple des « enfants de Dieu » dont parle Saint Jean (1 Jean 3,1-2), les saints qui marchent dans le sillage du Fils de Dieu, désirer ressembler à Jésus Christ. C’est, mieux, désirer lui être configuré de notre naissance à notre mort physique. C’est faire mémoire encore et toujours des signes sacrés de notre baptême qui nous a comme « greffés » à Jésus Christ :

L’eau qui nous a déjà fait passer de la mort à la vie en activant en nous le mystère pascal : non, tu ne t’achemines pas vers le néant, mais tu peux passer du risque de trépasser à la vie en abondance, celle qui ose prendre des risques. Comme l’a dit Sainte Thérèse de Lisieux, tu ne meurs pas, tu ne mourras pas, mais tu peux déjà entrer dans la vie, tu entreras dans la vie.

L’onction d’huile sainte qui te confie toutes les missions du Christ, prêtre, prophète et roi pour rendre saint ton agir, pour annoncer à corps et à cri, de tout cœur la Parole de Dieu, pour servir et non régir.

Le vêtement blanc de l’innocence, pour ne pas succomber au mal, mais refuser de nuire et ainsi entrer dans la pureté véritable qui passe par le sacrifice du Christ et le nôtre.

La lumière enfin comme notre horizon non seulement pour cette vie dans ses instants lumineux comme autant de moments qui nous transcendent, mais aussi par delà cette vie lorsque nous atteindrons pleinement le Christ parce que nous lui serons semblables (cf. 1 Jean 3,2) comme fils et filles de Dieu.

Que la Vierge Marie et les saints apôtres, que, les confesseurs de la foi, les missionnaires de l’Evangile, les vierges sages, les pères et mère de famille, le peuple saint des anonymes et les saints de nos régions et pays d’origine qui ont fondé leur espérance sur le Christ nous appellent à être vivants et joyeux avec nos frères du quotidien en même temps que témoins de l’invisible si proche, mais aussi terme désiré de notre histoire personnelle et collective.

Père Stéphane AULARD

Images : l’annonciation est de Boticelli, la statue de la Vierge est celle de Lourdes et la photo est celle de frère Luc, moine de Thibhirine.



Homélies antérieures



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