Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      "Vous ferez cela en mémoire de moi"

"Vous ferez cela en mémoire de moi"


HOMELIE DU JEUDI SAINT
(17 avril 2014)

L’heure est tardive et le jour inhabituel…

Ce sont les vacances de printemps comme on dit… Et beaucoup sont partis en congés !

C’est pourtant la Semaine sainte de l’an de grâce 2014 et nous nous rassemblons dans toutes les églises du monde chauffées et éclairées, mais aussi mitraillées ou surveillées par quelque police politique pour faire mémoire de la Cène du Seigneur Jésus Christ au cours de laquelle Il institua le sacerdoce chrétien, la messe et le service par amour des hommes qu’Il est venu sauver.

Cette eucharistie nous invite donc à nous souvenir, pour mieux agir aujourd’hui et nous ouvrir à l’avenir de l’homme qui est en Dieu.

« Faites cela en mémoire de moi. »

Tout d’abord, l’Eglise se souvient  :

Nous ne sommes pas venus feuilleter les pages d’un album aux couleurs sépia ; non, nous sommes venus faire mémoire comme dans la liturgie pascale juive que Jésus a vécue avec ses disciples au cours du « repas » dont il est question dans l’Evangile.

Le Maître –Jésus- comme un rabbi pharisien entouré de disciples célèbre la Pâque juive entouré de ceux qui sont comme une famille pour lui et ils vivent ensemble le rituel de ce « seder » (repas) si particulier au cours duquel le plus jeune demande en substance au maître -qui fait office de père- : «  Pourquoi cette nuit diffère-t-elle de toutes les autres ? »Le maître répond alors en rappelant la nuit de la libération évoquée dans la première lecture de notre liturgie (Exode 12,1-14) : la libération d’Israël esclave en Egypte.

Dieu s’est souvenu de son peuple et son peuple se souvient de Lui qu’il ne saurait oublier. Oui, Dieu a pris parti pour son peuple dont il a vu la misère. Les fêtes pascales commencent aujourd’hui avec ce « triduum » (ces trois jours) et le mystère pascal est à l’œuvre puisque Dieu fait passer son peuple d’hier et d’aujourd’hui de l’esclavage à la liberté. Mais, ne nous y trompons pas si Dieu accomplit cette libération pour nous, ce n’est pas simplement pour que nous nous souvenions d’Israël en Egypte, mais pour que nous nous souvenions de la Passion du Seigneur annoncée dans le repas eucharistique, dans chaque messe offerte, célébrée en mémoire de jésus Christ notre libérateur : le libérateur de l’Eglise et de chacun de nous.

Jésus Christ s’est offert en sacrifice, a livré sa vie, a offert son corps et versé son sang pour nous libérer du mal et du péché qui nous rongent et font en nous œuvre de mort, nous rendent esclaves de nous-mêmes de nos passions, de nos désordres contre lesquels nous ne pouvons lutter par nos propres forces. Dès lors, en cette nuit du Jeudi Saint, comme les apôtres, nous accueillons déjà dans le repas eucharistique que Jésus nous demande de célébrer jusqu’à la consommation des siècles notre libération du péché  : c’est cela la messe.

Ce n’est pas un simple repas de fête où l’on communie les uns aux autres parce que l’on est heureux de se retrouver entre amis, en famille. La messe, c’est la mémoire du sacrifice de l’Agneau porteur du péché du monde auquel nous participons de bien des manières malheureusement. Ce soir l’Eglise se souvient que Jésus a institué cela, l’a établi et nous presse fortement de ne pas l’oublier.

J’entends parfois des personnes dire : « je viendrai à vos messes quand ce sera du gospel ! » D’autres disent plutôt : « Depuis que la messe n’est plus en latin, je ne viens plus : remettez la en place et je reviendrai… ! » Que je sache, la messe c’est la messe et les formes esthétiques qui l’entourent sont toujours secondaires par rapport à ce qui en fait l’essence que nous devons avoir devant les yeux ou plutôt au plus profond de nous : Notre Sauveur Jésus Christ la veille de sa Passion a institué la messe comme un sacrifice nous unissant au sacrifice de Jésus Christ.

A chaque messe, c’est le sacrifice du Christ qui est sous nos yeux et auquel nous communions véritablement. Comme le dit Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. » (1 Corinthiens 11,26)



« C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

La messe pour mieux agir aujourd’hui :

Nous ne sommes donc pas en dehors du temps en étant à la messe puisque nous nous unissons au « maître du temps et de l’histoire », à Celui qui a transformé l’histoire des hommes en la réorientant pour en faire une histoire sainte, une histoire du salut de Dieu qui est déjà accompli et qui se poursuit de générations en générations.

Dans quelques instants, nous allons voir le geste du lavement des pieds se dérouler devant nous. Certains vont y participer : ce n’est pas un honneur pour eux. Ils ne sont pas des paroissiens à part choisis pour leur zèle ou leurs qualités irréprochables. Ne nous attachons pas à ces détails, mais cherchons plutôt à comprendre comment le geste du lavement des pieds rapportés dans l’Evangile selon Saint jean (Jean 13,1 ss) trouve sa place au cœur de l’action eucharistique.

Pourquoi, ce qui semble trivial -laver des pieds- peut avoir toute sa place dans un espace sacré comme le chœur d’une église tout près de l’autel et avec les ministres de l’église revêtus des habits liturgiques. Ne cherchez pas, frères et sœurs, ce ‘lavement des pieds » où l’on se fait laver les pieds par un autre nous apprend l’humilité, le service mutuel et nous invite à relier prière et service, action et contemplation.

Comment vivre la messe véritablement si je n’ai pas la charité au quotidien dans ma famille, dans mes activités et engagements, dans mes pensées et mes dires ? L’image du lavement des pieds que nous allons voir nous rappelle que Jésus priant et s’offrant à son Père pour sa gloire et le salut du monde est bien Celui qui a touché les impurs et rendu leur dignité aux pauvres de toutes sortes.

Dès lors, quand je viens à la messe, je ne saurais oublier mon quotidien ; au contraire. Car je viens à la messe avec mes blessures et mes fragilités, mes réalisations et mes pauvres essais de charité. Je viens comme « recharger mes batteries » sur le Fils de Dieu le maitre de la charité et je viens m’unir à lui en apportant en offrande grandeurs et misères du monde. Souvenons-nous en au moment de la présentation des dons à l’autel. Pourvu que ce pain et ce pain mêlés du sang et des larmes de nos frères et de nous-mêmes expriment aussi l’amour véritable dont nous sommes capables et que nous retournons en action de grâce à Dieu !

« Vous ferez cela en mémoire de moi : »

Notre avenir est en Dieu

Sans doute comme moi êtes-vous pris parfois de vertige lorsque nous nous essayons à imaginer notre avenir au-delà de cette vie : avenir personnel, avenir relié à ceux qui nous précèdent et à la grande histoire humaine. Blaise Pascal parlerait ici probablement de ces espaces infinis effrayants tant la représentation est impossible.

Vous m’avez souvent entendu vous citer la fameuse parole de Saint Jean de la Croix : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » On a envie immédiatement d’ajouter : Nous serons jugés par le Dieu d’amour qui saura purifier en nous ce qu’il y aura à purifier pour nous faire accéder à la béatitude pleine et totale en Lui. Il est bon parfois d’avoir cela présent à nos esprits pour avancer.

Il me semble que ce soir, la fameuse injonction du Seigneur Jésus - « Vous ferez cela en mémoire de moi  » - comme conclusion des paroles de la consécration eucharistique appelle l’autre relié au lavement des pieds : « Afin que vous fassiez comme j’ai fait pour vous… » Notre religion est la religion de l’action à la suite de Celui qui est toujours à l’œuvre en communion avec son Père.

Le Christ nous somme d’agir dans son Eglise pour le salut du monde. Il nous dit que le critère de l’action est l’amour véritable qui ne saurait être visqueux ou mélancolique, mais bien plutôt engagement plénier, durable, fidèle, contre vents et marées. Cet engagement s’origine dans notre baptême déployé dans la confirmation et nourri par l’eucharistie : puisque le Seigneur nous fait la grâce insigne de venir nous nourrir de son amour, nous ne saurions moins faire en regagnant notre quotidien.

« Ite missa est » : Allez, la messe est dite dans le Cénacle et vous pouvez, comme un peuple sacerdotal, missionné la poursuivre dans le monde, sur le monde, comme dirait Teilhard. Toujours en vous unissant à Celui qui est source et sommet de votre vie pour que son amour se déploie en ce monde mieux que l’eau ne couvre les mers. Pour que son amour livré atteigne sa perfection en vos âmes et en vos vies enfin arrivés à sa hauteur. Voilà notre horizon. Voilà notre espérance pour aujourd’hui et pour demain. Voilà pourquoi la messe nous est si précieuse car elle est école pour notre vie, pour l’action de grâce et pour le sens ultime de nos existences cachées en Dieu.
Amen.

Père Stéphane AULARD

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