Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      Homélie pour le mercredi des cendres

Homélie pour le mercredi des cendres


(4 mars 2014)

Chers frères et sœurs, si vous êtes des « habitués » du Mercredi des Cendres, vous avez reconnu les trois lectures de ce jour car elles sont immuables. Nous les connaissons si bien que parfois nous ne les entendons plus. Nous nous sommes habitués à la Parole de Dieu qui ne peut plus résonner en nous comme une véritable nouvelle-cf. le prophète Joël qui ordonne que l’on fasse sonner de la trompette-, un appel –c’est ce que dit Saint Paul dans la 2ème lettre aux Corinthiens-, une méditation profonde nous invitant à l’intériorité –n’est-ce pas ce que développe le passage de Saint Matthieu avec tout le thème du secret sur lequel je reviendrai- ?

J’aimerais évoquer devant vous dans cette homélie d’entrée en Carême trois contrastes que nous offrent nos lectures :


Le premier contraste revient dans chacune des lectures où l’on voit en filigrane le peuple de Dieu - l’Eglise, notre paroisse communauté de communautés : bref, un collectif comme on dit aujourd’hui- et en même temps la personne singulière qui est chacun d’entre nous.

Le prophète Joël rappelle quelque chose qui était bien connu de ses contemporains : les grandes liturgies des fêtes juives célébrées au Temple de Jérusalem. Il évoque aussi les rites de deuil et de pénitence pratiqués par Israël et décrits dans plusieurs livres bibliques : notamment le rite des cendres  : on peut coucher sur la cendre, se recouvrir de cendres pour exprimer à Dieu son repentir, sa conscience d’être fragile et « bien peu de choses ».

La superbe et l’orgueil qui guettent tellement notre société de paillettes sont bien mises à mal avec un rite pareil qui n’a pourtant rien de mortifère, mais qui exprime malgré tout ce que les philosophes et anthropologues appellent la finitude de l’être humain. Joël invite le peuple de Dieu à se rassembler en corps, mais il n’hésite pas non plus à nommer clairement les différentes composantes de ce peuple : tous et chacun sont appelés à la pénitence et à la conversion comme tous et chacun se verront promettre à la fin de son livre la venue de l’Esprit Saint (cf. Joël 3,1-2).

C’est aussi ce que dit Saint Paul s’adressant à la jeune communauté chrétienne de Corinthe pleine de contrastes avec ses riches et ses pauvres, son goût pour les disputes et les convoitises, sa difficulté à sortir du paganisme dans lequel elle est née, ses mœurs bien peu évangéliques : le moment favorable dont parle l’Apôtre concerne toute cette communauté appelée à devenir un signe au milieu de la grande ville païenne et industrieuse, mais c’est aussi une invitation pressante adressée à chacun : « C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut  ! » (2 Co 6,2).

Quant à l’Evangile, il s’agit d’un extrait du sermon sur la montagne (Mt 6,1-6.16-18) dans lequel Jésus s’adresse à ses disciples rassemblés autour de lui pour bénéficier de son enseignement et s’en imprégner personnellement : Jésus évoque résolument des personnes que beaucoup pouvaient identifier se livrant à l’aumône, à la prière et au jeûne de manière ostentatoire pour mieux nous dire ce qui peut guetter une société ancrée dans ses habitudes et son style. Mais, c’est pour mieux inviter chacun à vivre autrement : «  Mais toi quand tu fais l’aumône, quand tu pries et quand tu jeûnes », rejoins ton Père dans le cœur à cœur tellement décisif pour qui souhaite progresser dans la vie spirituelle

Et nous, frères et sœurs rassemblés ici ce soir dans une belle communauté inventive, sans cesse renouvelée, priante et chantante… Soyons unis dans l’Esprit à l’Eglise, aux chrétiens des autres Eglises qui comme nous sont invités à entrer en carême. Soyons disponibles à ce que l’Esprit veut nous communiquer ce soir et au cours de ces jours de carême pour mieux nous unir au Seigneur Jésus que nous avons déjà choisi de suivre comme disciples.


Le deuxième contraste c’est celui des cendres –ce qui reste une fois que tout est brûlé ; du pas grand-chose, de l’inutile qui nous dérange, de la noirceur- et du parfum dont parle Jésus dans son enseignement sur le jeûne. Peut-être que ce rite des cendres nous indispose aujourd’hui parce que tous n’ont pas la chance de contempler un beau feu de cheminée. A dire vrai, on ne contemple pas les cendres : on les balaie pour s’en débarrasser.

Etre marqués sur notre corps par la cendre, c’est entrer dans une démarche de vérité et de lucidité. C’est rejoindre l’immense peuple de Dieu qui se souvient qu’il est poussière, qu’il est fragile comme l’herbe des champs. Cela ne nous fait sans doute pas de mal que nous nous regagnions tous en lucidité : oui, elle passe la figure de ce monde ! Nos champs de batailles sont souvent des champs de ruines et des tas de cendres. Nous aimons en faire mémoire mais nous devons aussi en tirer des leçons.

Nous serions tentés de ne voir en un jour comme aujourd’hui que la leçon portant sur la comédie humaine des bassesses accumulées ou des génocides à répétition qui prétendent faire disparaitre les autres parce qu’ils sont autres. Jésus, lui, nous dit : parfume-toi,-toi qui te mires si souvent dans la glace, parfume-toi comme cette personne cancéreuse et chauve qui a bien le droit de porter une perruque pour manifester sa dignité. Parfume-toi-même si tu as l’impression qu’en fin de compte tu ne vaux pas grand-chose. Ce n’est pas une opération camouflage, mais c’est comme ce Saint Chrême dont tu as été oint au jour de ton baptême et qui signifie ta dignité d’enfant de Dieu de fils/fille dans le Fils de Dieu.

Alors oui, frères et sœurs, que notre pénitence soit heureuse, lucide, et qu’elle soit prophétique : le Seigneur nous invite tout en rabaissant notre orgueil à répandre partout où nous passons quelque chose de la bonne nouvelle, comme un parfum précieux !


Le troisième contraste c’est ce rappel de l’Evangile : fais l’aumône –c’est le thème de notre carême en secteur pastoral : un carême solidaire, actif avec ceux qui se donnent de la peine à vivre quelque chose avec les plus démunis de notre société, à repenser notre rapport à l’argent : vous êtes invités à deux soirées présentées dans notre journal paroissial-, prie et jeûne. Mais, n’oublie pas que là encore ce qui te guette c’est ta frénésie à « faire des choses », à agir… même avec les meilleures intentions. Alors, entre dans l’intériorité, le secret.

Le secret dont parle le Seigneur est la modalité essentielle qui doit habiter notre agir. Vous me direz qu’aujourd’hui préserver le secret semble une partie perdue puisque tout est connu : vos conversations téléphoniques, vos faits et gestes, vos photos postées sur Facebook et semble-t-il, jusqu’à l’intérieur des cabinets ministériels ! Eh bien justement, il y a une chose que l’on ne vous retirera pas, c’est l’intimité de votre être. Combien de personnes en sortant des camps et autres goulags ont témoigné que cette partie de leur être –son essence- cela jamais n’a pu leur être arrachée. Or, c’est dans cette intimité que le Seigneur nous attend. Dans le cœur à cœur avec lui. Nous voyons sans cesse Jésus prier son Père dans l’Evangile, parfois des nuits entières. Certaines de ses prières nous sont connues comme la grande prière sacerdotale du chapitre 17 de Saint Jean. Mais, pour l’essentiel, nous ne savons pas ce que se disent le Père et le Fils. Or, c’est jusque-là que Jésus Christ veut nous entraîner

Trois adultes, Alexis, Mathilde et Laurianne se préparent à recevoir le baptême dans la nuit pascale le 19 avril : je suis certain que leur démarche est ancrée dans ce cœur à cœur où l’on se décide pour Dieu. Le Carême est pour les catéchumènes et pour les baptisés une quarantaine profondément joyeuse pour se préparer à redire ensemble avec toute l’Eglise ce que nous aurons pu après avoir écouté le Seigneur lui dire personnellement : «  Je crois en Toi, vivant, mystérieux, mon meilleur compagnon, mon Dieu dont je suis sûr, Père Saint révélé par Jésus : comment pourrais-je t’oublier ? »

Père Stéphane AULARD

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