Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      Homélie pour l’office du VENDREDI SAINT (22 avril 2011)

Homélie pour l’office du VENDREDI SAINT (22 avril 2011)


1- Frères et sœurs, nous voici réunis pour vivre ensemble un « office » : celui de la Passion et de la Croix du Christ. Office tout à fait original puisqu’il ne comporte pas l’eucharistie. En effet, ce que nous avons célébré et commémoré au sens fort et plein de ce mot hier soir : la Cène du Seigneur comme anticipation et explicitation du Sacrifice du Christ sur la Croix – « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne. » (1 Corinthiens 11,26) - s’est accompli le Vendredi Saint : ce dont nous faisons la mémoire liturgique ce soir.

Il me semble que ce terme « office » est à prendre au sens fort de ce mot : il s’agit bien d’une fonction, d’une œuvre, bref d’un travail. Non pas tant d’ailleurs parce que nous accomplissons au cours de cette célébration un certain nombre d’actions liturgiques –la lecture de la Passion selon Saint Jean, la proclamation de la grande prière universelle, la vénération de la Croix et la communion au Corps du Christ – mais d’abord et très fondamentalement parce que toutes ces actions peuvent et doivent travailler en nous. En chacun de nous et en nous tous.

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L’enjeu d’une pareille célébration ne serait-il pas la « communion fraternelle » non pas pour nous « sentir bien » ou « mieux » ou même réconfortés (il est vrai que nous sommes relativement nombreux ici et cela fait chaud au cœur !), mais parce que nous annonçons ici en en faisant l’expérience comme une promesse la communion fraternelle, la « philadelphie  » (c’est-à-dire littéralement l’amour fraternel) qui n’est pas une utopie. Les chrétiens autour du Crucifié, autour de Jésus Christ livré, offert, se rassemblent pour tout apprendre de Lui et se mettre à l’école de l’agapè, (c’est-à-dire de la charité qui est don total de soi par amour des autres).

La « liturgie » comme « action du peuple de Dieu », mais aussi « office divin  » est vraiment essentielle pour nous plonger ensemble dans l’œuvre de Dieu réalisée une fois pour toutes par Jésus Christ. La liturgie sans cesse actualise, rend présente cette oeuvre de Dieu au fil des générations chrétiennes et partout dans le monde. Vivons donc la « communion des saints » ici ce soir. Vivons-la chaleureusement, fraternellement, mais aussi comme une responsabilité éthique, un engagement de l’Eglise dont chacun pour sa part est membre.

2- Vous allez me dire peut-être, mais comment après Auschwitz comme anéantissement du peuple porteur de la promesse, des prophéties, des chants du serviteur de Dieu (Isaïe 52-53 : notre première lecture) est-il possible d’accueillir l’œuvre de ce Dieu donné qui s’est montré pourtant si silencieux et si inactif dans ces années noires de la dernière guerre mondiale ? Comment est-il possible de célébrer ce Dieu amour si bien présenté par Saint Jean dans son évangile et sa première épître après ces massacres et ces guerres incessantes dans lesquelles des chrétiens sont impliqués comme si l’Evangile n’avait précisément pas fait son travail en eux et en profondeur ?

Le « mystère de l’iniquité » (cf. 2 Thessaloniciens 2,7) sous toutes ses formes qu’il s’agisse de guerres, d’idéologies autant athées qu’inhumaines, d’infamies, du mal commis sur des victimes innocentes et parfois très jeunes, semble d’âge en âge à l‘œuvre et cela nous interroge forcément. Face à cela, la juste attitude n’est-elle pas d’abord d’observer le silence, par respect bien sûr pour les victimes.

Mais il s’agit de bien davantage que d’une « minute de silence » car il s’agit ici du silence du Christ après avoir parlé en vérité. Comme Job avant Lui, Il peut dire : –«  Qui donc vous apprendra le silence, la seule sagesse qui vous convienne ? » (Job 13,5)-. La Parole sait se faire silence pour véritablement parler.

Notre célébration de ce soir n’a-t-elle pas commencé par un silence plein et n’a-t-elle pas été suivie de la grande prostration des célébrants  ? Ce geste ne nous presse-t-il pas de nous rappeler l’abaissement du Christ épousant totalement notre terre ainsi que notre propre condition : nous sommes des « terriens » et c’est peut-être notre passion pour cette terre qui nous rend « capables de Dieu ».

3- N’est-ce pas l’écoute de la Passion du Christ et dans quelques instants notre prière, notre cri, notre supplication qui vont monter vers Dieu qui, seuls, peuvent nous conformer au Christ  ? Nous n’inventons pas le récit de la Passion, nous le recevons comme un bien précieux transmis de génération en génération pour que nous n’oubliions pas le véritable visage révélé de Dieu et le véritable visage de l’homme –«  Ecce homo » (« Voici l’homme ! »)- que le Christ concentre en Lui à jamais.

C’est en allant à Lui en vérité, en nous dépouillant de nos idées préconçues sur Dieu et sur l’homme, c’est en nous rendant à Lui, en arrêtant de tergiverser, c’est en portant notre regard sur Lui pour rencontrer le Sien que nous sommes libérés. Beaucoup d’entre nous en ont déjà fait l’expérience en des moments clef de leur vie.

Vous comprenez pourquoi avec le Christ notre frère qui sait nous enseigner avec douceur les choses de son Père, nous pouvons devenir des êtres de prière. Vous comprenez pourquoi la prière nous engage et pourquoi aussi elle nous désigne l’horizon ultime de l’histoire humaine qui sera récapitulée en Dieu. Voilà pourquoi notre prière de ce soir est, certes, lourde, mais fondamentale car les chrétiens sont toujours engagés quand ils oeuvrent au bien de leurs frères et quand ils prient en assemblée ou seuls face à Dieu pour leurs frères. La prière universelle du Vendredi Saint nous rappelle cela.

Enfin, la vénération de la Croix, ne nous y trompons pas, frères et sœurs, ne saurait être adoration d’un instrument de supplice – ce serait odieux- ! Elle est un acte liturgique fait en corps, en assemblée pour nous unir à Celui qui fut cloué sur la Croix en se livrant. Toucher la croix n’a rien de répugnant, bien au contraire. Toucher la croix ne saurait être un geste anodin. Toucher la croix nous engage une fois encore à servir comme le Christ. Toucher la Croix nous engage à regarder le Christ dans tous ses états chaque jour chez les vieillards ou les grands malades comme chez les petits ou ceux dont la vie pourrait ne pas venir au jour parce qu’ils n’obéissent pas aux critères d’une société dite évoluée. Toucher la croix, bien sûr, nous oblige à ne pas détourner notre regard et notre main secourable du frère affligé, pauvre, étranger, persécuté.

Alors, oui, touchons la Croix pour nous laisser toucher par notre prochain et peut-être comme de grands saints qui nous précèdent l’ont fait avant nous ou simplement des soignants dans nos hôpitaux, n’oublions pas le «  baiser au lépreux  » ! Dès lors, oui, communions à ce Christ, l’homme des douleurs en ce Vendredi Saint, mais aussi paradoxalement le Transfiguré comme peuvent l’être de grands malades dans un ultime effort sur eux venant de leur humanité sans fard et de leur condition de fils de Dieu.

J’ai été témoin de cela ces derniers mois et non seulement la Passion du Seigneur m’est apparue comme continuée («  J’achève dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ », dit Saint Paul en Colossiens 1,24), mais dans le même mouvement comme transfigurée, métamorphosée, tant il est vrai que nous touchons parfois aux rives de la Résurrection jusques et y compris dans ce qui paraît effrayant mais si plein de dignité et de sublime !

Que notre communion eucharistique ce soir nous désigne cet horizon ultime : nous ne sommes pas venus à l’enterrement du Christ, mais à la célébration de sa Passion : elle est amour fou « sublime folie », patience. Ses souffrances, sa peine sont comme les douleurs de l’enfantement d’un monde nouveau déjà advenu !(cf. Romains 8,22).Unissons-nous de toutes nos forces au Christ en allant jusque là. Ne le sentez-vous pas ? Notre foi est sollicitée. Nous touchons ici à l’essentiel.

Je termine avec deux paroles : l’une de Saint Paul qui nous apostrophe en somme. J’aime cette parole qui nous dit la force de la foi des chrétiens. Elle peut paraître aux yeux de beaucoup comme une folie alors qu’il s’agit du fondement de notre espérance nous permettant tout à la fois d’avancer et de témoigner, d’agir et de combattre à sa suite toute forme de mal :
« Le Christ a effacé au détriment des commandements, l’accusation qui se retournait contre nous ; il l’a fait disparaître, il l’a clouée à la croix, il a dépouillé les Principautés et les Puissances, il les a données en spectacle à la face du monde, en les traînant dans son cortège triomphal.. » (Colossiens 2,14-15).

La grande Sainte Thérèse d’Avila exprime cela avec une image : «  Il vaut mieux porter sa croix que de la traîner. » C’est ce que le Christ a fait. Il a même retourné le supplice en victoire puisqu’Il a éradiqué le mal une fois pour toutes. Nous nous engageons contre vents et marées par notre baptême à être dans son cortège donc avec Lui dans son combat contre le Mal !

Autre parole, celle d’une jeune juive, Etty Hillesum, chercheuse de Dieu, qui écrit de manière très émouvante dans un journal retrouvé après l’horreur d’Auschwitz « ...Une chose devient de plus en plus claire à mes yeux : à savoir, que Vous ne pouvez nous aider, que nous devons Vous aider à nous aider. Hélas, il ne semble guère que Vous puissiez agir Vous-même sur les circonstances qui nous entourent, sur nos vies. Je ne Vous tiens pas non plus pour responsable. Vous ne pouvez nous aider, mais nous, nous devons Vous aider, nous devons défendre Votre lieu d’habitation en nous jusqu’à la fin.  »

Et si le Crucifié, le Transpercé, Jésus Christ ne cessait pas, en effet, de se confier à nous, nous qui désirons être en communion avec Lui, pour que nous l’aidions à poursuivre son oeuvre de Rédemption, son « bon combat » (cf. 2 Timothée 4,7). Alors, oui, nous prouverons qu’Il n’a pas cessé d’habiter ce monde en ne le désertant pas nous mêmes jusqu’à la rencontre ultime qu’Il promet au bon larron : « Avec moi, tu seras dans le Paradis. » (cf. Luc 23,43)

Père Stéphane AULARD


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