Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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La sainte Trinité


« L’œuvre de Dieu, c’est de croire en Celui qu’Il a envoyé. » (Jean 6,29)

La fête de la Sainte Trinité et l’anniversaire de mes 25 ans d’ordination presbytérale (le 22 juin 1986 à la cathédrale ND de Créteil) m’obligent à une méditation sérieuse de l’Evangile de ce jour. A dire vrai les trois versets de l’Evangile selon Saint Jean qui vient d’être proclamé ne peuvent que nous combler par leur écriture ciselée et dense : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique... non pas pour juger le monde, mais pour le sauver...  »

Vous m’avez d’ailleurs souvent entendu citer ces deux premiers versets de Jean 3 (Versets 16-17). Je vous ai même dit une fois ou l’autre que nous ferions bien de les connaître par cœur parce qu’ils expriment en somme le mystère intime du Dieu amour tellement chanté par Saint Jean tant dans son évangile que dans ses lettres.

Mais, le troisième verset, comment arriver à l’entendre ? Que peut-on en faire ? Si nous pouvions ne pas trop y revenir, voire l’éliminer en créant notre sélection des versets « chrétiennement corrects » peut-être...«  Celui qui croit échappe au jugement ; celui qui ne veut pas croire est déjà jugé... » (Verset 18).


1- Nous n’aimons pas en effet –officiellement- juger. Nous n’aimons pas a priori ce qui semble exclure et catégoriser : les croyants, les incroyants. D’ailleurs, un prêtre passe son temps aujourd’hui à écouter des personnes en recherche, hésitantes, dont la vie est souvent complexe et pour reprendre l’attitude du fameux Serviteur d’Isaïe (cf. Isaïe 42,3) il s’efforce de ne pas éteindre la mèche qui fume encore dans une approche pastorale ouverte. Il s’efforce de recueillir les pépites de foi qui habitent souvent la vie des personnes : foi en l’autre, foi en soi, foi en Dieu.

Son ministère, son service rendu au nom du Christ dans l’Eglise et dans ce monde tel qu’il est me paraît être de souligner cette foi/confiance aperçue dans la vie de chaque personne, de s’en réjouir et d’unir tout cela comme une belle gerbe apportée à l’eucharistie.

C’est pourquoi, contrairement à ce que l’on entend souvent, nous ne sommes pas des « animateurs sociaux » lorsque nous commençons par écouter le cri, la révolte, les doutes ou les projets, les désirs forts de ceux que nous rencontrons. Nous sommes bien dans le ministère de consolation, d’accompagnement, de miséricorde, d’amour à la manière du Christ en accueillant, en écoutant, en encourageant tous ceux que le Seigneur et la vie mettent sur notre route.

Ce soir, je pense à ces visages, à ces vies, à ces combats qui nous sont rapportés. Mais aussi à ces grands élans de générosité, à cette ouverture de beaucoup à «  l’amour plus grand » qui est don de soi et qui caractérise par excellence le Christ !

Depuis 25 ans –et déjà avant, sinon je ne serais pas entré au Séminaire- je suis témoin de cette course de l’amour plus grand dans le monde à la manière du Christ : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. » (Jn 15,13) J’ai conscience d’être témoin de l’Invisible qui se rend visible dans la vie de beaucoup d’entre vous et j’en rends grâce à Dieu.

2- Souvent l’on m’interroge sur les prémices de ma vocation et j’aime revenir à cet échange de courrier que j’ai eu à l’âge de 15 ans avec le curé de ma paroisse d’origine à Maisons-Alfort (je salue les maisonnais). Je lui avait en effet envoyé une lettre de vacances lui faisant part d’une question : « Est-ce que Dieu aime tous les hommes ? Et ceux qui ne le connaissent pas, seront-ils sauvés ? Ont-ils place dans son cœur ? » Je vous assure que ma question était angoissée comme on peut être angoissé à l’âge adolescent.

Il m’a répondu – j’ai gardé sa lettre- que l’amour de Dieu était entier pour tous les hommes de ce monde, que Dieu a envoyé son Fils unique précisément pour ce salut de tous les hommes, que ceux qui ne connaissent pas son Fils et ne sont pas chrétiens, selon la pensée de Saint Paul, sont invités par leur attitude de vie droite, et leur conscience à mener une vie juste qui plaît à Dieu.

J’étais rassuré et cela m’a conduit à vouloir très profondément participer à l’œuvre d’annonce du Christ qui m’était apparu comme Celui qui peut combler toute vie. Dès lors, j’ai eu le désir d’être prêtre pour annoncer la joie de croire au Dieu de Jésus Christ. Mes rencontres avec des prêtres cultivés et missionnaires m’ont conforté dans cette idée que telle était ma vocation.

Je fais partie –comme beaucoup de ma génération- des prêtres qui ont aimé ce que le Séminaire nous a apporté comme aide au discernement, confrontation avec le monde et la société tels qu’ils sont, expérience communautaire riche. Je rends hommage ce soir encore à mes formateurs au Séminaire des Carmes et à l’Institut catholique de Paris.

3- Et puis, il y a vous qui êtes ici ce soir. Quand je vous regarde et que je repense à ce que je vis avec vous depuis 25 ans dans le diocèse de Créteil, partout où je suis passé comme aumônier de lycée à Villeneuve-le-Roi ou à Créteil, comme curé de paroisse à Bry ou à Saint-Maur, comme intervenant dans le cadre des formations diocésaines, comme aumônier d’Equipe enseignante, accompagnateur maintenant des séminaristes ou conseiller spirituel des associations familiales catholiques, je mesure non seulement le chemin parcouru, mais aussi la palette des ministères confiés par nos évêques successifs dans ce diocèse. Je les remercie de leur confiance.

Et, avec vous, j’ai le désir de faire monter vers le Seigneur un simple et profond merci. Je suis souvent témoin de merveilles dans vos vies, de l’engagement que beaucoup d’entre vous prennent dans la société et dans l’Eglise. Je sais les difficultés que beaucoup traversent quand l’emploi devient précaire, la santé chancelante, la vie de famille quelquefois rude.

Mais, je sais aussi que beaucoup d’entre vous ont la foi/confiance chevillée au corps. Foi qui fait tenir contre vents et marées, foi qui fait entreprendre de grandes ou de petites oeuvres au service des autres, de notre société, du bien de l’Eglise. Merci à vous tous pour vos témoignages et engagements de vie.

J’en viens au troisième verset de l’Evangile de ce jour que je n’ai pas oublié : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé... » Saint Jean a écrit à une communauté déjà vacillante et travaillée par des courants gnostiques et hérétiques qui faisaient que les gens ne savaient plus bien quel Dieu leur était annoncé.

Quand il écrit ses lettres aux communautés, il appelle ses destinataires : « Mes bien aimés  ». Il leur annonce le Dieu amour : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour.  » (Jean 4,7-8) Ce Dieu, ils l’ont embrassé en devenant disciples de Jésus Christ.

Saint Jean les appelle à mettre toute leur foi en Jésus Christ et en Lui seul car Il ne trompe pas, il ne déçoit pas et Il est l’horizon de notre vie pour aujourd’hui et pour demain. Ne nous dit-il pas : « Pourquoi vous jugez-vous incapables en somme de croire en ce Dieu qui vous offre le trésor de son amour ? Pourquoi en revenez-vous à vos vieux démons d’un Dieu qu’il faudrait satisfaire à coups de promesse ou de marchés : « Je te donne cela et tu me donneras cela. »

Entrons dans le monde de la grâce ! Entrons dans le monde de la Sainte Trinité où tout est grâce ! Entrons frères et sœurs dans ce qui est par-dessus le marché : la grâce !

Puisque nous célébrons la Trinité aujourd’hui, célébrons cet amour qui est en Dieu ; accueillons-le sans qu’il soit une source d’accusation : « Notre cœur aurait beau nous accuser Dieu est plus grand que notre cœur... », dit encore Saint Jean (1 Jean 3,20).

Sortons du monde de la condamnation, du jugement et de la dureté pour entrer de grand cœur dans la vie trinitaire de l’amour donné, reçu et partagé. Faisons retentir les deux premiers versets de l’Evangile de ce jour ensemble pendant les 25 prochaines années qui sont devant nous.

Et pour chacun, chacune d’entre nous redisons dans l’intimité de notre cœur, dans notre prière personnelle et lors de nos assemblées : Oui, Seigneur, nous croyons fais grandir en nous la foi !

Père Stéphane AULARD

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