Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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Le langage de la croix

Homélie pour le Vendredi Saint


HOMELIE POUR LE VENDREDI SAINT
(29 mars 2013)

1- Le pape François lors de sa première homélie aux cardinaux, le lendemain de son élection (le 14 mars) s’exprime ainsi :

« Le même Pierre qui a confessé Jésus Christ lui dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Je te suis, mais ne parlons pas de Croix. Cela n’a rien à voir. Je te suis avec d’autres possibilités, sans la Croix. Quand nous marchons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix et quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur, nous sommes mondains, nous sommes des évêques, des prêtres, des cardinaux, mais pas des disciples du Seigneur. »

Ces propos du pape m’ont fait réfléchir –comme prêtre bien sûr puisqu’il interpelle entre autres les prêtres. J’ai eu le sentiment qu’à l’approche de la Semaine Sainte et plus particulièrement du Vendredi Saint, ce commentaire de l’attitude de Pierre prêt à confesser un messie triomphant, mais certainement pas le Dieu crucifié, devait nous interpeller tous autant que nous sommes.

Aujourd’hui en ce Vendredi Saint 2013, la méditation sur la Croix au centre de notre liturgie –chemin de la croix et office de la Passion- est impérative. La croix est présente dans nos églises et dans nos maisons, dans nos cimetières et dans nos maisons, Elle est gravée sur nos nouvelles cloches. Beaucoup d’entre nous la portent autour de leur cou. Nos frères coptes l’ont tatouée sur leur poignet. Et alors…

Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (cf. 1 Co 1,18) parle d’un « langage de la croix  ». Il ne s’agit pas de littérature, mais d’expérience. N’est-ce pas lui qui dit dans une autre de ses lettres (cf. Col 1,24) qu’il achève en sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ. Or, les souffrances du Christ sont évoquées de manière prophétique dans le passage d’Isaïe, le quatrième Chant du Serviteur (cf. Is 52,13-53,12) que nous lisons chaque Vendredi Saint, mais aussi dans la lettre aux Hébreux (cf. Hé 4,14-16 ; 5,7-9).

Même si le mot « croix » n’est pas employée dans ces passages bibliques fameux, nous voyons bien que le visage défiguré du Serviteur est bien celui de Jésus sur la Croix, que son cri, sa prière et sa supplication s’expriment à travers les fameuses « sept paroles du Christ en croix ». Ce serait le comble que nous ayons inventé une « esthétique » de la croix, des discours sur la croix, sans, pour reprendre les mots de Paul, intégrer profondément le « langage de la croix (qui) est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, (qui) est puissance de Dieu. » (cf. 1 Co 1,18)

Chaque Vendredi Saint, nous réentendons la Passion selon Saint Jean qui rappelle non seulement le procès fait à Jésus, mais aussi sa passion –ses souffrances-, sa crucifixion, sa mort et sa mise au tombeau. Tous ces différents moments sont chargés d’émotion et quel chrétien peut entendre ce récit sans frémir, sans faire mémoire de son Seigneur et graver en lui l’image du Seigneur supplicié ?

En effet. Mais me revient en mémoire cette question si souvent posée par des enfants et des adultes sidérés devant tant de souffrance : « Dieu n’aurait-Il pas pu nous sauver par un autre moyen que ce torrent d’horreurs et de tortures ? »

2- La Passion du Christ et sa croix sont le sommet de sa vie au cours de laquelle Il n’a pas cessé de « se donner de la peine », de souffrir en voyant le mal, la mesquinerie de ses apôtres, le complot des scribes, anciens et grands prêtres se liguer contre Lui, la diatribe des pharisiens dont il était pourtant proche et qui finissent par vouloir l’éliminer. Et que dire du reniement de Pierre et de la trahison de Judas ?

Nous avons en mémoire la demande des juifs d’origine grecque venus en pèlerinage à Jérusalem pour la Pâque juive : « Nous voudrions voir Jésus. » (Jean 12,21). Ils veulent voir un messie selon leur cœur qui soit beau, puissant, chef de guerre et guérisseur. La réponse de Jésus ne se fait pas attendre : «  L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié.  » (Jean 12, verset 23). Ils n’ont probablement rien compris et certainement imaginent une autre gloire que celle … de la croix ! Quelques versets plus loin, Jésus s’écrie : «  Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12,32) Et l’évangéliste de préciser : « Il signifiait par-là de quel genre de mort il allait mourir. » Dans l’instant personne n’a rien compris !

Peut-être que nous non plus d’ailleurs ! Ai-je compris, moi, ce que signifie cette élévation du christ sur la croix qui fait écho à une prophétie de Zacharie : «  Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. » (cf. Za 12,10)

Je ne suis pas en train, frères et sœurs, de vous faire un cours d’érudition biblique. Je suis simplement en train de vous dire qu’il y a un mystère de la croix, de l’élévation du Christ sur la croix et qu’il nous faut longuement contempler le Christ sur la croix pour descendre aux profondeurs du mystère de notre salut qu’Il a accompli définitivement, ultimement, sur la croix.

Certes, objecterez-vous peut-être, Il n’est plus sur la croix, mais n’allons pas trop vite à la résurrection en refusant la croix, en « zappant » sur la croix. Sinon, nous risquons toujours de faire de l’Evangile un livre de sentences morales sympathiques, mais finalement déconnectées de celui qui a prononcé ces paroles de feu et qui a payé de sa personne pour faire de nous des disciples. Sinon, comme le dit notre pape, nous « mondanisons  ».

Les mystiques comme Saint Jean d’ailleurs nous pressent de ne pas mondaniser, c’est-à-dire de ne pas nous soumettre à l’esprit du monde affamé de gloriole, de paraître, de succès immédiats qui réjouissent temporairement même s’ils sont sans lendemain, de fidélités successives et non construites sur le roc.

Combien de fois entend-t-on des jeunes s’extasier qu’un couple soit encore « ensemble » après 25, 50 années voire davantage bien sûr de vie commune dans le mariage ? Ce n’est pas le nombre des années qui doit nous impressionner, mais bien la fidélité construite pas après pas, l’édification mutuelle dans la traversée des épreuves qui sont autant de croix. Voilà que nous comprenons mieux ce que veut dire Jésus en parlant de porter sa croix !

3- J’aimerais attirer votre attention sur deux détails du texte de la Passion. Le récit se déroule de nuit : le procès chez Anne et Caïphe après l’arrestation de Jésus se déroule de nuit. La tradition nous rapporte (nous l’avons entendu dans le récit de la Passion selon Saint Luc) que l’obscurité s’établit à Jérusalem au moment de la mort de Jésus.

Comme dit Saint Jean de la Croix, le grand mystique espagnol du XVIème siècle :

«  Je sais bien la source qui coule et fuit, malgré la nuit.
Sa lumière jamais n’est obscurcie et je sais que tout éclat en surgit, malgré la nuit.
Issu de cette source le courant est si vaste je le sais, si puissant, malgré la nuit… »
(Chant de l’âme,
La Pléiade, pp 893 et 895).

La croix, comme la foi, ont à voir avec la nuit. Dans la nuit de la foi, dans l’épreuve de la croix qui nous semble incompréhensible voire insupportable, le Seigneur veut se lier à nous. Ce soir, dans cet office de nuit, le Seigneur veut dans les ténèbres de notre péché, de nos épreuves pour un certain nombre d’entre nous, lever le voile et se révéler à nous plus vrai, plus juste, moins mondain…

Un autre détail qui a son importance : les soldats qui ont crucifié Jésus se partagent ses vêtements, sauf sa tunique sans couture. Le pape Benoît XVI commentant ce passage (Jésus de Nazareth, volume 2, Paris, Editions du Rocher, 2011, page 248) précise que cette tunique tissée d’un seul fil n’est pas sans rappeler la tunique du Grand Prêtre. Le Christ sur la croix est prêtre. Sa vie est le véritable sacrifice, l’amour donné jusqu’à l’extrême.

Et me voilà à penser à ce fameux verset de Paul dans l’épître aux Romains :

« Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu… » (Romains 12,1)

N’est-ce pas en contemplant Celui qui s’est sacrifié sa vie durant et définitivement sur la croix par amour pour nous que nous pouvons reprendre force pour marcher, édifier et confesser, comme dit le pape François en faisant de notre vie, jour après jour, un don.

Contemplons donc notre maître et Seigneur sur la Croix. Je cite encore notre pape le jour des Rameaux :

«  La croix du christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’Il a fait le jour de sa mort.  »

Amen.


Père Stéphane AULARD

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