Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
http://lerosairesaintmaur.org/Le-vetement-des-noces
      Le vêtement des noces

Le vêtement des noces

HOMELIE DU 28ème dimanche ordinaire (année A : Mathieu 22, 1-14)


1- Frères et sœurs, nous venons d’entendre le récit sous forme de parabole du festin de noces auquel les premiers invités ne répondent pas, tandis que d’autres invités de dernière minute finissent par venir (les versets 1 à 10).

Dans la deuxième partie de la parabole nous est offert un petit récit (versets 11 à 13) presque inquiétant - alors qu’on avait terminé juste avant sur une note en forme de « happy end ». En effet, tandis que la salle se trouve tout d’un coup remplie d’invités inespérés, l’un d’entre eux, dans un étrange face à face avec le père du marié, va se retrouver en un rien de temps jeté dehors « pieds et poings liés », condamné à pleurer tout seul dans le noir, exclu qu’il se trouve de la noce parce qu’il n’a pas revêtu le « vêtement de noce » ...

A-t-il décidé de venir en « débraillé » au mariage ? N’a-t-il pas d’argent pour aller s’acheter un costume ? On se prend à essayer d’imaginer la vie de ce pauvre homme qui nous est devenu sympathique, tant il est vrai que ce qui lui arrive nous semble injuste. Le roi voulait beaucoup d’invités et à cause d’un peu de négligence, un pauvre homme au milieu d’une foule se trouve débarqué !

Mais, au fait, qui est ce fils du roi qui célèbre ses noces ? Qui est ce roi ? Qui sont les invités successifs ? Qui sont les serviteurs dépêchés pour aller quérir des invités à tout prix ? Qui est cet homme qui ne porte pas le « vêtement de noce » ?

Des auditeurs chrétiens n’ont aucune peine à reconnaître dans ce « fils du roi » le Christ Lui-même dont le livre de l’Apocalypse nous dit qu’Il est venu, comme l’Agneau prêt au sacrifice, célébrer ses noces avec l’humanité (cf. Apocalypse 19,9 : « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! ») L’Église tout entière est concernée par ces noces qui, chaque semaine, sont célébrées au cours de l’Eucharistie.

Dès lors, notre église est bien la salle des noces auxquelles nous sommes tous conviés. Vous avez répondu ce matin à l’invitation du Seigneur en venant ici. Nous verrons tout à l’heure pourquoi il nous faut porter le « vêtement de noce » comme dans l’Apocalypse où l’épouse aussi (c’est-à-dire l’Église) «  a revêtu ses parures » pour ses noces avec l’Agneau (cf. Apocalypse 19,7).


2- Revenons maintenant à la question des invités. Il y a d’abord les premiers invités qui l’étaient depuis toujours. Cela allait de soi. Ils n’avaient même pas besoin d’un « carton d’invitation » tant cela semblait être naturel qu’ils viennent. Ces invités, c’est le peuple d’Israël qui sait qu’il est cher au cœur du roi depuis toujours.

Mais, pourquoi donc ne veulent-ils pas venir ? (verset 3). Ils prétextent qu’ils sont occupés et donc indisponibles. Ils vont plus loin en finissant par tuer les ultimes serviteurs venant les convier en les suppliant à la noce imminente (verset 6). Le récit est dramatique et n’est pas sans évoquer la parabole des vignerons homicides, entendue récemment, qui se finissait sur le meurtre du fils du propriétaire de la vigne venant chercher son fermage (cf. Matthieu 21,39).

Ces récits ne sont pas sinistres ; ils ne font pas partie d’une mauvaise série littéraire. Ils rapportent la manière dont s’écrit l’histoire du Salut, de notre Salut dans le sang et dans les larmes. Qu’il s’agisse des prophètes ou du Christ (le Fils de Dieu par excellence), c’est la même histoire qui se déroule et dont nous parle toute la Bible au fil de l’Ancien et du Nouveau Testament.

L’amour de Dieu pour le monde n’est pas reçu, jusqu’au Christ lui-même dont Saint Jean dit dans le prologue de son Évangile : «  Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli.  » (cf. Jean 1,11). Pourtant Dieu ne se lasse pas puisqu’Il envoie les prophètes, les sages, des rois, le Christ lui-même, car Il veut, tel un père de famille nombreuse, être entouré de tous ses enfants.

La Bible nous dit, page après page, que le Seigneur a choisi un peuple, Israël, pour mettre en oeuvre son dessein de Salut et lui manifester son amour. Malgré les vicissitudes de l’histoire, la mort tragique de bon nombre de prophètes, les infidélités des rois et du peuple désobéissant à sa Loi, Dieu poursuit son projet en envoyant le Christ, le Serviteur par excellence, qui vient faire réussir l’humanité en la servant à table comme l’esclave chargé de laver les pieds des invités (cf. Jean 13,5).

Voilà même, selon l’évangéliste Saint Luc, que le maître à son retour des noces servira ses serviteurs en prenant la tenue de service réservée normalement aux petits chargés des besognes ingrates (cf. Luc 12,37-38) : c’est le monde à l’envers, à moins que Dieu en Jésus ne remette le monde à l’endroit !

3- J’en viens au dernier épisode de la parabole qui met en scène l’homme ayant réussi à pénétrer dans la salle de noce sans avoir revêtu le vêtement de noce : cet épisode nous révolte, inutile de dire le contraire. On a envie de dire : qu’est-ce qui prend à Dieu ? Ne devrait-Il pas être heureux ? Son projet a enfin abouti puisqu’Il a réussi à rassembler ses enfants dispersés aux quatre coins du monde ? Sa pédagogie s’est montrée efficace puisque ce n’est plus simplement Israël, le peuple de la promesse, qui a part à son amour, mais l’humanité entière, la multitude. N’est-ce pas le coeur de notre foi célébrée dans l’Eucharistie ? Le sacrifice du Christ en son sang versé pour la multitude en rémission des péchés est vraiment pour tous les hommes.

Etait-ce vraiment nécessaire que le roi dans la parabole entre dans la salle pour détecter d’un regard acéré celui qui - il semble unique en son genre - n’a pas endossé son « costume de mariage » ? On a envie de dire : ce n’est pas si grave ! Ou encore, on n’a qu’à lui en trouver un de costume ! Mais, frères et soeurs, savez-vous qu’il n’a pas été demandé à ces invités de la dernière heure de venir endimanchés ? On leur a plutôt dit : « Venez comme vous êtes, tout simplement ! ».

La seule condition pour entrer n’est pas d’avoir réservé ou d’être sans reproche puisque dans cette salle il y a des bons et des mauvais (cf. verset 10). La salle n’est donc pas réservée uniquement à ceux qui sont irréprochables d’un point de vue moral. Pensons-y, car ici nous sommes un peuple de pécheurs ! A l’entrée de la salle était remis un vêtement de noce à tous les convives. La seule chose demandée, c’était de s’en revêtir pour pouvoir entrer.

Cet homme-là n’a pas accepté le vêtement qui lui était présenté. Il l’a fait en toute liberté car sa liberté n’est pas un vain mot. Dieu ne nous manipule pas comme des marionnettes. Ceux qui sont venus en franchissant chemins de traverse et carrefours sont venus en toute liberté. Ceux qui sont entrés ont accepté bien simplement et bien librement de revêtir le vêtement de noce. Dieu se propose à nous. Dieu nous invite à le suivre librement. Il ne nous enrôle pas de force. Accepter le vêtement de noce et s’en revêtir revient à exercer notre liberté.

Mais, accepter le vêtement de noce nous place aussi du côté de Dieu. Celui qui dépare dans la salle des festivités est un peu comme un voyeur qui ne s’engage pas, un touriste en simple visite. Entrer dans la salle pour se réjouir avec le Fils implique de notre part la volonté d’être avec Lui au point de vouloir Lui ressembler, car en fin de compte le vêtement de noce, c’est la tenue de service.

Au fait, au jour de notre baptême, n’avons-nous pas revêtu le vêtement blanc qui nous configure au Christ innocent, transfiguré, ressuscité ? Saint Paul, parlant des baptisés, écrit ceci : «  Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ.  » (Galates 3,27). Le vêtement de noce, c’est le Christ lui-même.

Baptisés, nous sommes d’autres Christ à la suite du Christ. Quelle grandeur ! Quelle responsabilité aussi de célébrer les noces du Christ avec l’humanité en nous unissant à Lui puisque nous l’endossons. Nous sommes venus à l’Eucharistie pour cela : réactiver en nous le don qui nous a été fait à notre baptême, porter le Christ.

En quittant cette église tout à l’heure, nous porterons ce Christ qui nous parle et nous nourrit, qui nous revêt de sa personne. Que cela nous rende heureux et émerveillés. Voilà notre foi ! Voilà ce qui nous est demandé de choisir : être du Christ. Il nous dit : « Veux-tu bien de moi ? »

Père Stéphane AULARD

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



Homélies antérieures



- A Notre-Dame du Rosaire le dimanche : 9h messe tridentine, 11h, 18h messe des jeunes, samedi : 18h

- En semaine

  • lundi, mercredi : 19h
  • mardi, jeudi, vendredi, samedi : 8h30

- A la Chapelle St-Joseph le dimanche 9h30

décembre 2017 :

Rien pour ce mois

novembre 2017 | janvier 2018

newsletter