Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      Maintenant la parole a un visage

Maintenant la parole a un visage


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  • 27 décembre 2010

HOMELIE DE NOËL 2010
NOTRE-DAME DU ROSAIRE (SAINT-MAUR)

1- « La Parole éternelle s’est fait toute petite –si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire. » (Verbum Domini, N° 12)

JPEGCe sont les mot que vient d’écrire le Pape Benoît XVI dans sa récente exhortation apostolique intitulée « La Parole du Seigneur » (Verbum Domini) qui fait suite au synode romain des évêques consacrés à la Parole de Dieu en 2008. Vous trouverez des développements plus abondants sur ce grand texte du Pape dans le numéro de Noël de notre journal paroissial. La formule lapidaire et si expressive de Benoît XVI a de quoi nous faire réfléchir en cette fête de la Nativité du Seigneur.

Mais, au fait, pourquoi et comment la Parole, une parole, le fait de parler pourrait entrer dans une mangeoire à animaux ? Quelle est donc cette parole ? Qui la profère ? Pourquoi est-elle éternelle et vient-elle se compromettre avec nous au point de se déposer dans une mangeoire ? Pourquoi le Dieu dont on dit jusque dans nos prières qu’Il est « tout-puissant » se rapetisse-t-Il, si j’ose dire, pour entrer dans cette mangeoire ? Que lui prend-Il ?

Frères et sœurs, ces questions méritent en effet des réponses. Elles existent d’ailleurs et constituent le coeur de la fête que nous célébrons aujourd’hui à la suite des générations chrétiennes qui nous ont précédés. Il s’agit du « Mystère de l’Incarnation » comme dit notre théologie et notre catéchisme. Autrement dit, la venue dans notre chair de Dieu en Jésus Christ. «  Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme  », dit le symbole de la foi.

Les évangiles synoptiques, en particulier Saint Luc qui nous fait le récit de la naissance de Jésus à Bethléem accueilli par les bergers (Luc 2,1-14 ; cf. le récit en Matthieu 2,1-12 : la visite des mages à Bethléem) mais aussi Saint Jean dans un tout autre style, à travers sa méditation contemplative qui inaugure son évangile –le fameux Prologue-, tous nous annoncent que le Messie, le Fils de Dieu, Jésus Christ Seigneur est aussi l’un d’entre nous. Pour dire en des mots plus directs ce qu’écrit Saint Jean : « La Parole est devenue un homme. » (Jean 1,14).

Sans doute faut-il préciser quelque peu de quelle « parole » il s’agit, ce qu’elle a pu faire avant la naissance du Christ et pourquoi en est-elle arrivée à devenir un homme ?

Aujourd’hui, les psychologues à travers de nombreux « groupes de parole », comme les orthophonistes et de nombreux philosophes, anthropologues et sémanticiens attirent notre attention sur l’importance de la « verbalisation » (le fait de mettre des mots pour s’exprimer) dans la vie humaine. L’être humain est un être de parole qui sait que sa grandeur tient aussi bien au fait de s’exprimer qu’à tenir sa parole et ne pas se payer de mots. Hélas, nos fragilités, nos limites et notre péché nous éloignent souvent de ce beau projet, nous le savons.

2- Maintenant la parole a un visage, qu’en conséquence nous pouvons voir : Jésus de Nazareth.

La Bible, les auteurs bibliques et le peuple de la Bible, Israël, ont fait l’expérience que Dieu notre Créateur en nous créant nous a doté de cette capacité de parler et d’agir comme Lui qui, dans son acte créateur, pose ce principe si essentiel : Il dit ce qu’Il fait et il fait ce qu’Il dit au point qu’en hébreu « dire » et « agir » équivalent (c’est le verbe davar). «  Il parla et ce qu’Il dit exista ; Il commanda et qu’Il dit survint.  » dit le Psaume 32 (33), au verset 9.

Cette parole efficace, performative comme disent les linguistes, est aussi la parole transmise par le législateur par excellence que fut Moïse : la Torah, la Loi. Cette parole qui a force de loi organisa la vie d’Israël en érigeant l’impératif éthique au sommet de la vie sociale et religieuse, nous ne l’oublions pas. Cette même parole relit l’histoire et à la fin de l’écriture du premier Testament se donne comme une sagesse, la sagesse qui est intelligence de Dieu, lecture pleine de sens de l’histoire de l’homme avec son Dieu.

JPEGDéjà le roi Salomon dans sa fameuse prière rapportée précisément par le livre de la Sagesse implore la venue de cette sagesse tout à la fois parole puissante, intelligence suprême, exigence éthique :
«  Dieu des pères et Seigneur miséricordieux qui as fait l’univers par ta parole, formé l’homme par ta sagesse afin qu’il domine sur les créatures appelées par toi à l’existence... Près de Toi se tient la Sagesse qui connaît tes oeuvres, et qui était, présente quand tu créais le monde. Elle sait ce qui est agréable à tes yeux, ce qui est droit selon tes commandements. Fais-la descendre des cieux saints, du trône de ta gloire, daigne l’envoyer, pour qu’elle peine à mes côtés et que je connaisse ce qui te plaît. Elle qui sait et comprend tout, elle me guidera dans ma conduite avec mesure... » (Sagesse 9, versets 1-2.9-11) Ce texte est admirable et annonce la venue de la Parole sur terre.

Nous croyons que cette parole toute-puissante, c’est-à-dire dotée d’une capacité inouïe de démultiplication et de création qui constitue son potentiel, n’est ni violente ni insipide. Elle a formé patiemment des générations de croyants en Israël. Mais, dans la pédagogie suprêmement intelligente de Dieu, elle a pris forme humaine puisqu’elle ne s’est plus contentée d’élever l’être humain, d’inviter à la clairvoyance et au discernement les hommes comme avaient tenté de le faire les prophètes, mais elle est advenue dans notre monde en prenant chair de notre chair.

Or, Celui que nous fêtons aujourd’hui, Jésus Christ, le « Verbe fait chair » comme le dit si bien notre langue, commence sa trajectoire de Dieu devenu un homme comme tous les hommes, en étant enfant donc en se taisant (le mot « enfant » (infans) ne signifie-t-il pas en latin : celui qui ne parle pas encore ?) : Oui, « la parole éternelle s’est faite toute petite », comme dit Benoït XVI.

Nous savons que le même Jésus Christ s’est formé durant trente ans à Nazareth, son village d’origine à l’école d’Israël et de Saint Joseph le charpentier dans ce qu’il est convenu d’appeler « la vie cachée » : vie d’étude de la Parole confiée à Israël, vie où le Messie se forme pour ainsi dire à la façon et aux usages des hommes, vie dans le cercle de la Sainte Famille.Puis vinrent les trois années décisives de la prédication du Christ : « Maintenant la parole a un visage, qu’en conséquence nous pouvons voir : Jésus de Nazareth  », dit encore Benoît XVI (ibid.)

Oui, frères et soeurs, en Jésus Christ la parole ne sera plus jamais en surplomb puisqu’elle a quitté les cieux, l’infiniment grand, pour prendre corps dans l’infiniment petit désignant par là le projet même de Dieu : sauver l’homme de l’intérieur, non en le commandant, mais en le guidant du plus profond de lui-même en lui montrant comment aimer, comment agir, comment livrer sa vie, comment en fin de compte vivre et mourir. C’est bien ce Dieu-là que nous pouvons accueillir dans une simple prière intérieure aujourd’hui, mais aussi une prière unanime et fraternelle qui nous soulève tous de l’intérieur en nous rendant à Lui comme on se rend à un rendez-vous, comme on rend les armes devant un enfant qui vient de naître.

3-Allons-nous consentir à nous rendre à Jésus Christ pour mieux nous rendre aux rendez-vous humains qui sont les nôtres ?

Je ne le sais pas : cela dépend de chacun de nous. Nous ne sommes pas dans un rêve ; au contraire nous sommes dans la réalité suprême puisqu’il s’agit de nous décider pour Dieu car c’est le meilleur chemin qui puisse nous conduire à nos frères.Certains parmi nous ne sont peut-être pas convaincus par mes propos et pourtant vous êtes ici aujourd’hui. Dieu vous connaît, Dieu vous poursuit.

Dieu a rendez-vous avec vous.

Ce n’est assurément pas dans le sensationnel et le superficiel de nos existences exténuées à force de ne pas nous arrêter qu’Il a rendez-vous. C’est assurément aujourd’hui, maintenant que notre Dieu a rendez-vous avec chacun d’entre nous car la célébration liturgique de la naissance de notre Dieu il y a près de deux mille ans à Bethléem n’est pas un simple anniversaire ou un album photos aux couleurs sépia ou encore une esthétique quelque peu désuète.

Dieu veut naître au coeur de chacun.

Dieu enfant se fait enfant pour connaître ses enfants. Dieu le Fils, Jésus Christ veut nous prendre par la main et nous faire réaliser ce que notre baptême a déjà inscrit en nous -si nous sommes baptisés- : Tu es mon fils, tu es ma fille. Tu comptes beaucoup pour moi, tu as du prix à mes yeux, jamais je ne t’oublierai(cf. Isaïe 43,4 ;49,15).

Vous voyez combien ce Dieu petit est grand. Vous voyez combien la parole qu’il chuchote à votre oreille et surtout à votre coeur est importante comme ces petits mots, ces petites attentions qui sont si importantes et qui, en ce temps de Noël, réveillent en nous le goût d’un monde décidément meilleur à coup de petits gestes et de brins de parole plutôt qu’au rythme de dépêches scandaleuses ou de déclarations tonitruantes sans lendemain. Pensez donc un instant à ceux que vous avez aimés et que vous aimez encore : ce sont les « riens » apparents de leur vie, les marques d’attention simples qui vous touchent et qui demeurent.

Charles Péguy méditant sur la foi, l’espérance et la charité désignait la foi et la charité comme des piliers pour la « petite espérance » : « Ainsi tout ce que l’on fait, tout ce que tout le monde fait on le fait pour la petite espérance. Tout ce qu’il y a de petit est tout ce qu’il y a de plus beau et de plus grand. » (dans, Le Porche du mystère de la deuxième vertu)

Oui, la parole éternelle du Très haut qui s’est fait tout petit nous fait entrer dans l’espérance. Avec le Christ petit enfant qui se mit plus tard à genoux, le Jeudi Saint au soir, pour nous servir et nous libérer de nous-mêmes, entrons dans la grandeur qu’Il nous propose. C’est elle qui sauve le monde et elle a pour nom : le service librement consenti, le quotidien où le Christ a rendez-vous avec nous, la générosité joyeuse, le respect des plus pauvres. Il nous en a montré le chemin et nous pouvons y communier de tout coeur dans cette eucharistie. Amen.

Père Stéphane AULARD



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- A Notre-Dame du Rosaire le dimanche : 9h messe tridentine, 11h, 18h messe des jeunes, samedi : 18h

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