Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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      Pour vous, qu’est-ce que la Résurrection du Christ ?

Pour vous, qu’est-ce que la Résurrection du Christ ?

Homélie de Pâques 2013




1- Pâques est la fête de la résurrection du Christ.

Pâques fête essentielle, que dis-je, première dans le calendrier liturgique chrétien, avant Noël pourtant si populaire parce que nous nous réunissons en famille peut-être encore davantage qu’à Pâques.

Et pourtant Pâques doit bien être tenue comme la « solennité des solennités » qui, au-delà des questions liturgiques, nous renvoie comme en un puissant écho les propos de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens :

« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre message est sans objet et votre foi est sans objet… Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n’êtes pas libérés de vos péchés… Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15, 14.17.19)

La résurrection du Christ, y croyons-nous vraiment ? Ou bien, la tenons-nous un peu à distance parce qu’en entendant « résurrection ».., nous entendons plutôt « mort », celle du Christ et la nôtre, et qu’il faut bien avouer que ce n’est guère « tendance » -comme on dit aujourd’hui- de parler de mort, donc a fortiori de résurrection alors que les valeurs « à la hausse » seraient plutôt le jeunisme (à ne pas confondre avec la jeunesse), le « look fashion » (traduisez une apparence à la mode), l’indignation temporaire, l’émotion permanente empêchant toute réflexion, les fidélités successives, le libéralisme en tous domaines pratiqué par ceux là-mêmes qui sont censés y être opposés !

Mais, au fait la résurrection n’est peut-être pas simplement une sorte d’avers comme il y a le revers sur une pièce de monnaie : l’avers étant la résurrection et le revers la mort ! Non, car la résurrection du Christ est bien plus qu’un renversement, comme une vengeance ou une revanche. La résurrection du Christ, comme le dit Benoît XVI dont les écrits lumineux nous enseigneront durablement c’est :

« L’évasion vers un genre de vie totalement nouveau, vers une vie qui n’est plus soumise à la loi de la mort et du devenir mais qui est située au-delà de cela-une vie qui a inauguré une nouvelle dimension de l’être-homme. C’est pourquoi la Résurrection de Jésus n’est pas un événement singulier, que nous pourrions négliger et qui appartiendrait seulement au passé, mais elle est une sorte de « mutation décisive », un saut de qualité. Dans la Résurrection de Jésus une nouvelle possibilité d’être homme a été atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre un avenir, un avenir d’un genre nouveau pour les hommes.


 » (Jésus de Nazareth, tome 2, Paris, Editions du Rocher, 2011, page 278)

La résurrection du Christ n’est donc pas un événement en mode mineur et sans lendemain : elle ouvre l’histoire des hommes, donc la nôtre singulière et celle de tous les peuples puisque la mort comme limite absolue, épreuve fatale, est dépassée et anéantie, ce que dit encore saint Paul lorsqu’il écrit que le dernier ennemi vaincu par Dieu sera la mort (cf. 1 Co 15,26).

2- Avant d’aller un peu plus loin, j’aimerais rappeler que la Pâque juive célébrée par la communauté juive en ce moment est un jalon essentiel qui nous mène à une juste compréhension de la résurrection du Christ. Il nous faut toujours prendre le temps de rappeler cela, de nous y attarder et alors seulement d’aller plus loin.

Cette Pâque en effet se distingue par deux éléments essentiels que rapporte l’Ancien Testament : le repas pascal pris en toute hâte avec le sacrifice de l’agneau et la libération d’Egypte qui se traduit par le passage de la Mer rouge. L’agneau pascal saigné et rôti n’est évidemment pas sans rappeler l’agneau des chants du serviteur d’Isaïe (cf. Is 53,7) conduit à l’abattoir et qui ne proteste pas : c’est la figure de l’innocent qui porte le péché de ses bourreaux. L’innocent par excellence, c’est le Christ et c’est lui qui porte le péché du monde comme nous le chantons à chaque messe.

Quant à la traversée de la Mer rouge d’Israël conduit par Moïse, c’est le signe de la libération que Dieu a voulue pour son peuple comme une protestation contre l’esclavage dans lequel il était maintenu. Moïse n’étant pas un général autoproclamé, mais bien le lieutenant de Dieu médiateur de son œuvre de libération.

Parfois, on a fait du livre de l’Exode -rappelant entre autre la première Pâque- une lecture uniquement politique voire nationaliste, ne voyant pas que cette œuvre de libération est d’abord une décision divine et qu’elle fut menée par un homme converti à Dieu et lui obéissant. Certes, les accents nationalistes sont bien là, mais ce n’était que la première étape annonciatrice d’autres formes de libération des hommes que Dieu avait à cœur d’accomplir : libération intérieure de l’homme entravé par le péché prenant bien des formes  : de l’égoïsme en passant par le meurtre, la volonté de puissance, le mensonge, l’infidélité, la haine de l’autre…

3- La Pâque du Christ, sa résurrection n’est pas une « réanimation » ou une image poétique voire mystique pour évoquer une certaine transcendance de l’homme qui s’est dépassé ou que l’on installe au panthéon des grands hommes pour lesquels il faut avoir de la reconnaissance. Ne pensez pas que je sois en train de critiquer les grands héros de notre histoire et encore moins nos belles figures de sainteté. Je suis simplement en train de dire, mieux, de confesser la résurrection du Christ comme une admirable nouvelle nous saisissant, nous étonnant (c’est le sens du mot admirable).

Tous les récits évangéliques annonçant la nouvelle de la résurrection insistent sur cet étonnement (Saint Luc parle de « délire » et d’étonnement -cf. Lc 24,11-12-), mais aussi sur la foi à laquelle conduit la résurrection (Saint Jean en particulier lorsqu’il reprend ces maîtres mots de son évangile : «  Il vit et il crut. », cf. Jn 20,8).

Bref, La résurrection du Christ l’a délivré des affres de la mort, mais, comme je le rappelais déjà tout à l’heure, elle inaugure un monde nouveau, un « être-homme » transformé, pour reprendre les propos de Benoît XVI, un monde et jusqu’au cosmos animés désormais par cette dynamique pascale mise en œuvre par la résurrection.

Les plus sceptiques d’entre vous cultivent le doute par méthode ou sont sérieusement –par métier par exemple- touchés par les questions de notre monde voire les démarches scientifiques toujours plus complexes aujourd’hui. La résurrection du Christ n’est pas un tour de magie. Elle manifeste la puissance (au sens d’un potentiel immense) du Dieu créateur, libérateur, consolateur et sanctificateur. Le Christ, dans le fameux récit de la « résurrection » tout à fait temporaire de Lazare dans Saint Jean (cf. Jn 11,25-26) déclare à Marthe :

« Moi, Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Et tout homme qui vit et qui croit en moi, ne mourra jamais. »

Le Ressuscité de Pâques, le Christ Jésus est comme le dit encore l’Apocalypse, le Vivant (cf. Ap 1,18) par excellence, l’homme nouveau, le Fils éternel qui vient renouveler l’homme et faire de lui un fils adoptif de Dieu son Père animé des énergies de la résurrection. Dès lors, frères et sœurs, en cette Pâques 2013, comme chaque année, rappelez-vous votre baptême qui a déjà renouvelé en vous votre être.

Vous êtes déjà habités de l’énergie de la résurrection : votre vie est déjà configurée au Christ, vainqueur, vivant, toujours nouveau. Demandez-vous si votre vie manifeste cela ou bien si elle est comme une eau dormante voire morte qu’il est temps de bousculer. Trop de chrétiens sont fatigués comme si leur christianisme était une sorte de patrimoine antique et solennel comme ces objets de famille auxquels on est attaché et que l’on sort au mieux dans les grandes occasions pour les remiser le reste du temps au fond d’une armoire.

La résurrection du Christ nous est communiquée comme un virus bénéfique : voulez-vous le croire ? Pour cela il vous faut urgemment vous confier au Christ, vous laisser saisir par Lui, par sa parole juste et bonne, ses actes simples et vrais, son attention à tous et non aux élites ou aux séducteurs. Il vous faut prier, rester dans le silence, mais aussi jubiler avec vos frères qui se donnent de la peine à proposer de nouvelles initiatives visant à rejoindre ceux qui sont –comme ne cesse de le dire le pape François- « à la périphérie » de la foi, de la vie sociale et ecclésiale.

Il ne faut assurément ni lâcher la nouvelle évangélisation ni la charité active pour que l’énergie pascale puisse se communiquer au plus grand nombre. Il faut oser croire que dans la nuit des conflits, du péché, de la paresse, du désenchantement se lève la puissance de la résurrection comme une germination profonde et puissante. Nous sommes dans cette église pour accueillir la lumière de l’aube pascale : l’éternel renouvellement de l’homme intérieur qui devient alors capable d’une immense bonté. Nous y croyons et ne nous laisserons pas atteindre par les scepticismes mortifères et les moqueries des blasés !

Je termine par deux détails : la Résurrection comme la passion, la mort de Jésus sont de nuit. La rencontre du Christ ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se déroule au crépuscule (cf. Lc 24,19). Quel enseignement tirer de ce détail si ce n’est que nous marchons à tâtons, notre foi est éprouvée, la résurrection comme dynamisme se joue même dans les épreuves, les tentations, les doutes.Je suis souvent témoin de ces instants de résurrection si je puis dire au cœur des souffrances, dans la disponibilité, l’attention, le soutien mutuel ou que l’on porte aux autres. C’est souvent dans l’épreuve que cela se joue…

Depuis Jésus ressuscité, il nous est donné d’accueillir pareils instants d’amour infini, de don de soi comme autant d’expériences de la résurrection à l’œuvre : recueillez cela aussi dans votre couple, dans vos relations filiales, dans vos amitiés, dans vos engagements. Cueillez et recueillez cela pour mieux vous recueillir et entrer dans la prière où ce que vous présentez comme si précieux va rejoindre l’éternité en marche, ce qui ne se perd pas.

Ou encore, mettez ce qui est » juste et bon », comme nous le disons dans la préface de nos prières eucharistiques sur l’orbite du Ressuscité et entrez dans la dimension du Dieu vivant qui surpasse toute dimension ! Oui, dans la nuit, tout n’est pas ténèbre !

Vous êtes-vous aussi demandé comment apparaît le Ressuscité ? Avec quel vêtement puisque la tunique sans couture lui a été arrachée et qu’il est quasiment nu sur la croix ? Son vêtement de Ressuscité c’est la lumière, le fameux « traje de luz  » des Espagnols (le « costume de lumière »). J’emprunte cette expression à l’art de la tauromachie. Cette expression nous fait penser à l’armure que saint Paul recommande aux chrétiens de porter pour mener le combat spirituel (cf. Ep 6,11.13). Surtout, ne s’agit-il pas pour nous de la robe de baptême, du vêtement blanc porté par les élus de l’Apocalypse (cf. Ap, 7,9) ?

Oui, frères et sœurs, soyons fiers d’être revêtus de la lumière de Jésus Christ qui est ressuscité. Que la lumière de Pâques nous entoure, nous protège, nous arme pour mener le seul combat qui vaille : celui de l’amour de plus en plus fraternel et du don de nous-mêmes à la suite du Christ qui accompagne son Eglise d’âge en âge comme Il l’a promis. Amen, alléluia !


Père Stéphane AULARD

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