Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
http://lerosairesaintmaur.org/Tous-saints-dans-le-monde
      Tous saints dans le monde

Tous saints dans le monde


HOMELIE DE LA TOUSSAINT 2011

1- Frères et sœurs, en cette fête de la Toussaint, nous mesurons combien l’enjeu de cette fête ne saurait se réduire à un culte de statues en plâtre ou même en matière plus noble. Des frères réunionnais et mauriciens que j’ai bien connus à une époque appellent souvent ces statues des « petits bons dieux », ce qui n’est pas sans poser quelques questions. En effet, si le culte de saints a tout à fait sa place dans la théologie et l’expérience catholiques, nous nous souvenons que la sainteté est le propre de Dieu au point que la Bible n’hésite pas à surnommer Dieu pour ne pas prononcer son nom, « le Saint ». Dieu saint est Dieu transcendant dans l’expérience d’Israël.

Mais, voici qu’en Jésus Christ le Saint a pris visage. Celui qui est né, a souffert la Passion, est ressuscité, le Christ Jésus est le Saint par excellence (cf. Luc 1,35 ; Actes 3,14). La sainteté du Christ fait de la Vierge Marie, sa mère, la « sainte Mère de Dieu » et tous les disciples de Jésus qui l’ont accueilli, confessé, servi de toute leur âme au point de livrer leur vie pour lui sont célébrés depuis les origines de l’Eglise comme « saints ». Les saints des premiers siècles sont tous morts martyrs. Ils nous sont familiers et leur témoignage nous fascine.

Quant à nous, nous espérons mener une vie chrétienne qui puisse à la fois nous conduire à aimer notre prochain, à servir notre temps pour la génération qui est la nôtre sans pour autant aller jusqu’au don du sang. Pourtant, nous ne pouvons oublier notre Maître vilipendé, victime d’un faux procès, abandonné par ses plus proches, crucifié. Nous ne pouvons pas rêver d’une existence chrétienne de tout repos si nous désirons ressembler quelque peu au « Saint » par excellence qu’est le Christ. «  Le disciple n’est pas au-dessus du Maître », nous a-t-il prévenu (Matthieu 10,24).

Alors, de deux choses l’une ou nous rêvons d’une existence chrétienne tellement rentrée dans le rang, faisant nombre avec notre société si prompte à entretenir le patrimoine tout en refusant d’en enseigner l’origine ; ou bien nous avons choisi le Christ et il nous appartient de témoigner à tout moment par nos choix de vie et notre comportement un sens de l’amour, du service de l’autre, du rapport aux biens de ce monde, de l’éthique sexuelle, familiale, sociétale qui ne peuvent que trancher avec les modèles sans cesse mis sous nos yeux.

La sainteté ne nous apparaît plus alors comme une sorte d’état éthéré, mais bien comme un engagement de tous les instants qui puise à la source même qu’est Jésus Christ, son Evangile et le témoignage de ses témoins, nos frères et sœurs les saints incarnant d’âge en âge l’idéal chrétien qu’ils déclinent pour le temps qui est le leur.


2- Les lectures bibliques de ce jour en saint Jean (Apocalypse 7,2-14 et 1 Jean 3,1-3) nous redisent avec force que notre sainteté ne constitue pas d’abord un effort sur nous-mêmes, mais un don qui nous vient du baptême : en effet, dans le baptême est engendré le peuple saint de Dieu, l’Eglise sainte comme dit le Credo. Les germes, les arrhes de l’Esprit Saint, la grâce nous ont été communiqués, inoculés pour ainsi dire. Peuple chrétien, sois donc fier de ton baptême qui t’unit au Saint de Dieu, le Christ.

Chrétien, tu es membre de son corps, tu as revêtu le Christ comme un vêtement de lumière. Tu es devenu « enfant de Dieu » (1 Jean 3,1). La sainteté du Christ veut t’innerver, circuler en toi. Usez des images biologiques qui vous touchent le plus, mais c’est bien cela : par le baptême le Christ vit en nous comme l’a découvert saint Paul (cf. Galates 2,17). Il ne saurait nous lâcher quoi qu’il en soit de nos reculs, de nos faiblesses, de nos infidélités et de notre péché.

Ne désespérons pas pour ne pas offrir au diable, le diviseur, une prise qui nous ruinerait et songeons au parcours de nombreux saints qui se sont convertis soit en recevant le baptême tard comme Saint Augustin au 5ème siècle, soit en ratifiant leur baptême reçu au temps de l’enfance comme Saint François d’Assise au 12ème siècle. Ou plus près de nous le Bienheureux Charles de Foucauld et tant d’autres...Que cette fête de Toussaint ravive en nous la joie de notre baptême et de notre intimité avec le Christ car cette solennité est autant la célébration de tous les saints qu’une invitation pressante : « Soyez tous saints ».

Déjà Moïse avait invité le peuple de Dieu à cette sainteté : « Soyez saints car Je suis saint, Moi, le Seigneur, votre Dieu » (Lévitique 19,2). Mais, voici qu’en Jésus Christ les enfants de Dieu adoptés par Lui au jour de leur baptême peuvent prétendre atteindre aux rives de la sainteté. Souvenons-nous des propos du Bienheureux Jean-Paul II qui n’ont rien d’incongru ou d’irréaliste : « N’ayez pas peur d’être des saints ! »


3- Si la sainteté est d’abord un don issu du baptême dont nous devons être fiers et prendre la mesure, la sainteté est aussi un « exercice » au sens fort de ce mot. La sainteté a bien à voir avec notre vie quotidienne, notre devoir d’état. Le Concile Vatican II dont on célèbrera en 2012 le cinquantième anniversaire de son ouverture a redit que les ministres de l’Eglise ont la charge d’enseigner, de gouverner et de sanctifier l’Eglise. La sanctification passant notamment dans leur ministère par la célébration des sacrements comme autant de dons de la grâce.

Mais, le Concile n’hésite pas à ajouter que le peuple saint dans son entier, non seulement les ministres ordonnés, les consacrés –religieux et religieuses-, mais donc aussi tout le peuple des baptisés est appelé à la sanctification par son état de vie, en particulier les couples chrétiens. En revenant du premier rendez-vous national des familles à Lourdes où près de 3000 personnes sont venues en famille du 28 au 30 octobre (600 personnes de notre diocèse constituaient le groupe diocésain le plus important ; plusieurs familles de notre paroisse faisaient partie de ce groupe), nous avons pu reprendre conscience de la sainteté de l’état du mariage chrétien dont le Concile souligne qu’il est par essence un haut lieu de sanctification des époux : «  Les époux chrétiens, pour accomplir dignement les devoirs de leur état, sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial ; en accomplissant leur mission conjugale et familiale, avec la force de ce sacrement, pénétrés de l’Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d’espérance et de charité, ils parviennent de plus en plus à leur perfection personnelle et à leur sanctification mutuelle ; c’est ainsi qu’ensemble ils contribuent à la glorification de Dieu... Membres vivants de la famille, les enfants concourent, à leur manière, à la sanctification des parents...  » (L’Eglise dans le monde de ce temps – « Gaudium et spes », N° 48, § 2 et 4).

C’est bien dans la réalité et le quotidien de notre vie en ce monde que se joue notre sanctification. Nous n’avons donc pas à haïr ce monde ni d’ailleurs à l’exonérer naïvement de tout péché. Mais, nous avons à l’aimer au nom de l’Incarnation et de la Rédemption du Christ.

Les chrétiens que nous sommes ont à être « l’âme du monde », selon l’expression d’une antique lettre chrétienne (Lettre à Diognète – 2ème siècle). C’est ainsi que non seulement nous nous sanctifions en vivant des sacrements et en nous essayant à vivre de charité à la suite du Christ, mais nous pouvons aussi « sanctifier ce monde », c’est-à-dire le rendre plus conforme au projet créateur de Dieu et poursuivre la mission rédemptrice du Christ par notre engagement, notre témoignage. « (Les laïcs) sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité. » (L’Eglise – « Lumen Gentium » N° 31)

A cet égard, l’Eglise continue d’encourager les chrétiens qui prennent part à la gestion politique du pays dans lequel ils vivent. N’ayons pas peur de cet engagement en politique. L’Eglise encourage aussi tous ceux qui dans leur profession à caractère social ou économique n’hésitent pas à contester des modèles en cours qui n’ont rien d’évangélique car fondés sur le profit pour le profit, la violence ou la haine de l’autre, le non respect de la personne humaine quelle qu’elle soit.

L’Evangile de ce jour (les Béatitudes en Saint Matthieu 5,1-12) ne peut que nous inspirer car je suis certain qu’il nous prend tous de court tout en nous parlant profondément. Oui, frères et sœurs, ouvrons nos cœurs de peur qu’ils soient étriqués et imbus d’eux-mêmes à force d’autosuffisance ou d’autosatisfaction : « Heureux les pauvres de coeur » (Matthieu 5,3)

Face à la violence de notre époque, choisissons la douceur évangélique comme vient de le réaffirmer notre Pape à Assise lors de la rencontre interreligieuse pour la paix dans la cité de Saint François modèle de douceur. Choisissons la pureté et entrons pour nous-mêmes déjà dans une démarche de purification sous la conduite de l’Esprit Saint qui ne saurait nous égarer et nous faire oublier l’Evangile. Soyons enfin artisans de justice chaque jour dans nos relations, notre vie de famille, notre vie professionnelle, nos engagements et même dans le choix de nos loisirs.

Je termine avec deux propos entendus récemment. L’un est attribué à Sainte Bernadette Soubirous : «  J’aime tout ce qui est petit. » Ne voyons pas dans ces quelques mots de la mièvrerie ou un goût morbide de disparaître, mais plutôt un autre regard que celui de notre époque. Réjouissons-nous des petites choses. Cueillons-les, recueillons-les pour en faire la matière de notre action de grâce. Voilà où le Seigneur passe !

Et puis un propos entendu à la radio de la part d’un chrétien irakien qui s’est trouvé il y a un an, la veille de la Toussaint, dans la cathédrale de Bagdad où les terroristes n’ont pas hésité à tirer sur des hommes, femmes et enfants en prière : «  Je leur pardonne..., nous vivions en paix avec nos voisins musulmans ! » Que l’esprit des béatitudes nous inspire alors l’invitation «  Tous saints » fera son chemin. L’Eglise en a besoin. Le monde en a besoin ! Amen.

Père Stéphane AULARD

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



Homélies antérieures



- A Notre-Dame du Rosaire le dimanche : 9h messe tridentine, 11h, 18h messe des jeunes, samedi : 18h

- En semaine

  • lundi, mercredi : 19h
  • mardi, jeudi, vendredi, samedi : 8h30

- A la Chapelle St-Joseph le dimanche 9h30

décembre 2017 :

Rien pour ce mois

novembre 2017 | janvier 2018

newsletter