Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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Homélies de 2013 à 2019



Convertir notre prière (29ème dimanche)

 

22 octobre 2019 2019

EVANGILE – selon Saint Luc 18, 1-8

En ce temps-là,Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux
de toujours prier sans se décourager :
«  Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’
Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice
pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.
’ »

Le Seigneur ajouta :
« Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ?Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice.
Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?
 »

Homélie du dimanche 20 octobre
Commentaires recueillis sur http://royannais.blogspot.com/

L’évangile de ce jour (Lc 18, 1-8) laisse penser que Dieu répond à la prière. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Voilà des années que nous prions pour la paix au Moyen Orient, par exemple. Que voyons-nous ? Chaque fois que l’on nous parle d’une prière exaucée, c’est toujours un cas particulier. Dieu guérirait telle personne, accorderait telle grâce. Dieu peut-il faire dans le détail quand des milliers d’enfants meurent ? Dieu ne sauverait-il que ceux qui l’appellent ? N’est-il pas bon pour tous ? Serait-il un fonctionnaire tatillon qui ne se saisirait que des demandes explicitement et correctement formulées ? Notre évangile dit le contraire. C’est au nom de Dieu qu’il faut penser que Dieu ne répond pas à la prière.

Vous voudrez bien excuser la brutalité du propos. Mais il se pourrait qu’à ne pas prendre en compte les difficultés de la prière, non seulement nous en détournions les autres, mais que nous-mêmes, nous ne cherchions pas à entrer vraiment dans l’aventure de la prière. Peut-être cela nous arrange-t-il d’en avoir une conception qui triche avec ce qu’elle est.

Qu’entendons-nous par réponse de Dieu, qu’attendons-nous comme réponse de Dieu ? Est-ce nous qui interpellons Dieu ? N’est-ce pas lui, le premier, qui nous a aimés (1 Jn 4, 19) ? Dieu peut-il être le répondant alors qu’il est la source ? Dans la demande même, notre prière est réponse. C’est nous qui répondons à son amour. La prière est moins dialogue avec Dieu que réponse à Dieu. Nos demandes sont un lieu pour découvrir que nous lui répondons.

Nous sommes loin de l’attitude païenne qui cherche à obtenir d’un dieu tout-puissant et craint quelques bienfaits ou protections octroyés plus ou moins arbitrairement. L’évangile est conversion, il nous retourne, il retourne notre conception de la prière. Nous sommes invités à convertir selon l’évangile notre pratique et notre conception de la prière.

Ce changement de regard sur la prière, c’est un changement de la foi, ou plutôt un passage à la foi. Et la question se pose : « le fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Si l’eucharistie est le modèle de la prière, nous devrons remarquer que, comme action de grâce, elle est réponse au Dieu auquel nous disons merci. La prière, cela s’apprend, cela s’éduque, chose que nous n’aimons guère entendre et encore moins pratiquer. La prière ce n’est pas que la spontanéité.

La prière n’est d’ailleurs pas notre prière. C’est celle du Christ. C’est lui le grand orant, le seul orant. Nous nous tournons vers le Père par le Christ dans l’Esprit. C’est Jésus le chemin. Comme le dit un de nos cantiques, le Père « écoute son fils dans le cri de nos hymnes ». Nous prêtons nos gorges, notre âme vivante, à l’Esprit qui de nos corps fait l’instrument qui chante la prière du Christ.

Nous sommes dans une société et une Eglise où l’inflation de la subjectivité fait de chacun une source autonome de pensée, volonté et action. Or prier, être chrétiens ‑ toujours au pluriel ‑, c’est être membres du corps du Christ. La prière nous fait entrer dans une communion, elle est communion à l’ensemble de l’humanité, corps du Christ.

S’agit-il de parler quand nous prions ? Pourquoi pas, de toute façon, « nous ne savons pas prier » (Rm 8, 26). Il n’y a pas de mauvaises prières, parce que toutes sont à côté de la plaque, de ce point de vue. N’allons pas nous mettre martel en tête. Nous sommes invités à nous exposer à Dieu, comme on s’expose au soleil. « Laisse-toi regarder par le Christ », dit encore un chant. Demeurer en sa présence.

Demeurer, c’est le verbe que l’évangile de Jean emploie pour dire la relation des disciples à Jésus. Dès le premier chapitre, l’Esprit demeure sur Jésus au baptême, les disciples demeurent avec Jésus après leur première rencontre. « Demeurez en moi » (Jn 15, 7 et 9) dit Jésus. Les paroles de la prière sont un moyen de demeurer avec le Christ, non en vue d’un développement personnel ou d’un bénéfice spirituel, mais en nous exposant avec tous nos soucis et nos peines, nos joies et nos espoirs, toute la vie du monde.

La prière est ainsi le lieu de la gratuité. Elle ne trouve pas son sens dans le « à quoi ça sert », mais dans le fait de s’exposer à l’amour gratuit et premier du Père.



 


"Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent"

 

24 septembre 2019 2019

Homélie prononcée ce samedi 21 septembre 2019 à Chemilly sur Serein ; à retrouver sur http://royannais.blogspot.com/

Le temps des sacrifices humains (25ème dimanche)

Jésus exagère quand il parle d’argent. D’ailleurs, même ses disciples ne mettent pas ses propos en pratique. La pauvreté évangélique ne concerne quelques illuminés, parmi lesquels François d’Assise et quelques uns de ses fils et filles, aujourd’hui encore.

Je ne parle pas de la pauvreté subie, qui avilie, voire tue, tant d’hommes, de femmes et d’enfant Je parle de la pauvreté librement consentie au nom de Jésus, Dame pauvreté, qu’épouse saint François, la pauvreté comme refus le plus décidé de sacrifier au dieu argent.

Faudrait-il penser que l’argent est un mal, même si c’est un mal nécessaire ? L’enseignement social de l’Eglise se refuse à des positions aussi radicales, parlant de l’argent comme d’un moyen qui n’est mauvais qu’à devenir une fin.

J’ai peur que ce soit un peu court. L’évangile parle de l’argent comme d’une idole. Que vous lui sacrifiiez une fois par an ou tous les jours, que vous lui sacrifiiez la vie de vos frères ou seulement un petit refus de partager, cela demeure une idole. Entre Jésus ‑ et les frères ‑, et l’argent, il faut choisir. Nous ne pouvons servir deux maîtres à la fois. « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. »

« Cette parole est dure. Qui pourra l’écouter ? » (Jn 6, 60) Et pourtant, qui nous fera croire que l’évangile n’a plus rien à dire tant le dérèglement de l’économie est source de violence, de guerre, de migration, d’inégalité, d’injustice ? Nous vivrions l’évangile dans sa force de renouveau social, ne serions-nous pas missionnaires ?
.......
Les inégalités dans notre pays et dans le monde n’ont cessé de croître depuis quarante ans. Les conséquences sont nombreuses, notamment sur le lien social. Pour qu’une société tienne debout, tienne comme société, un ensemble, il ne suffit pas d’augmenter la richesse, au point d’ailleurs de mettre la planète en péril, il s’agit de permettre au plus grand nombre d’y avoir sa place. En continuant à laisser au pouvoir un capitalisme de la dérèglementation, nous nous tirons une balle dans le pied. Non seulement ce qui financerait le lien social est sans cesse rogné, mais les classes moyennes sont elles-mêmes victimes des injustices économiques. En France, c’est une première depuis des siècles : les enfants ne sont plus statistiquement à un niveau de vie supérieur à celui de leurs parents. S’il s’agit de décroissance, ce peut être une bonne nouvelle, si c’est à cause des inégalités, c’est une bombe sociale. Et l’évangile, qui dit sa petite musique de paix, nous ne l’écoutons pas ?

Nous organisons le territoire national avec des banlieues où se concentrent les difficultés sociales et économiques, et ensuite, nous nous scandalisons de ce qu’il y ait des zones de non-droit. Nous laissons le trafic de drogue s’organiser parce que, sans cette économie parallèle, ce serait l’émeute permanente. Il ne s’agit pas de légitimer la délinquance, mais de s’interroger. Pouvons-nous nous étonner des conséquences des politiques que nos choix électoraux ont rendu possibles ? Alors, vivent les populistes et les extrémistes ? Pour l’heure Trump, Bolsonaro, Orban, Netanyahu n’ont fait qu’augmenter les sacrifices humains au dieu argent et pouvoir. Après quelques années de ce type de gouvernants, la situation d’aucun de leur pays ne s’est arrangée. Et l’évangile ? Et sa petite musique de paix ?

Les flux migratoires inquiètent. A dire vrai, ceux des pauvres ; parce que lorsque des européens s’installent aux Etats Unis, à la City ou à Dubaï, cela ne nous fait pas problème. Mais comment ces flux pourraient-ils ralentir alors qu’ils sont produits par la mondialisation et son marché, alors que rien n’est fait, au contraire, pour que les inégalités nord-sud se réduisent, que nous continuons à commercer avec ceux qui dépouillent leur propre pays ?

Et si l’évangile avait déjà la réponse ! Oh, certes pas en terme de politique, de moyens à mettre en œuvre. Mais comme une boussole. La course à l’argent mène à la catastrophe. La crise écologique en est la preuve. Mais rien ne change. Nous sacrifions au dieu argent des milliers, des millions de vies, déjà celles de nos enfants. Les sacrifices humains n’ont pas disparu. Les faux dieux en sont repus. Les autels du dieu argent débordent de sang humain.

Il n’y aura pas de paix sans partage, partage de notre commune humanité, de notre fraternité. Quel monde laissons-nous à nos enfants ? Et l’évangile n’aurait plus rien à dire ?



 


"Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux"

 

4 juin 2019 2019

EVANGILE – selon Saint Jean 17,20-26

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Homélie prononcée par le Père Royannais :

Quand Jésus prie, Dieu n’est plus le même (7ème dimanche de Pâques)

Qu’en est-il de l’historicité de cette prière (Jn 17, 20-26) ? Sans doute pas grand-chose ! Comment l’évangéliste a-t-il pu recueillir les paroles de l’intimité de Jésus avec le Père ? La prière est-elle d’ailleurs d’abord des mots ? N’est-elle pas davantage une disposition de toute la personne, tournée vers Dieu, comme le Verbe, ainsi que le dit le premier verset de l’évangile, est « vers le Père » ? Cette prière est un commentaire de ce verset premier : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était (tourné) vers Dieu, et le Verbe était Dieu. »

Jean rapporte ce qu’il a compris de l’attitude de Jésus qui est (tourné) vers le Père autant qu’il est pour nous. La prière de Jésus montre l’orientation de toute sa personne vers le Père et, en même temps, son désir d’union avec ceux que le Père lui a donnés.

Le découpage liturgique que nous venons d’entendre, termine la prière par ces mots : « pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. » Nous sommes tellement habitués à dire que Dieu est amour que nous ne nous rendons plus même compte de l’énormité de l’affirmation. La mission du Fils se réduit, si l’on peut dire, à une seule chose, manifester, par l’union de Jésus avec « les siens », l’amour dont Dieu nous aime.

Que Dieu aime les hommes, cela n’a rien d’évident, non seulement si l’on parcourt l’histoire des religions ou les discours actuels des religions. Mais dans le christianisme aussi, il semble que l’on n’ait cessé de l’ignorer, qu’il ait été nécessaire de le redécouvrir. Le Traité de l’Amour de Dieu de François de Sales en 1615 et la dévotion au Sacré Cœur (à partir de 1673) ont été des tournants dans ce retour à l’évangile selon lequel « Dieu est amour ».

Cela ne saute pas aux yeux ! On ne voit guère la bonté de Dieu avec tout ce qui arrive de malheur et de mort ! Mais Dieu n’est pour rien là-dedans. Il n’est pas davantage pour le bien que nous pourrions voir. C’est surtout que, si nous croyions pour de vrai que Dieu est amour, nous serions obligés de changer de vie. Si nous continuons à craindre Dieu, à le penser comme un juge inique ou inflexible, prêt à détruire qui s’oppose à lui, c’est que cela nous va très bien parce que point n’est besoin de changer pour un tel dieu-commun. Confesser le Dieu amour, c’est finalement plus radical, plus exigeant.

Dire que Dieu est amour ce n’est pas lui attribuer ce qui serait bon, l’amour. C’est faire de l’amour ce à partir de quoi nous devons nommer Dieu. Pour dire ou savoir quelque chose de Dieu, prenez l’amour pour modèle, sans tout ce qui vient l’abimer ou le détruire. L’amour unit, « ils ne sont plus deux, mais un ». Ainsi Dieu : « Qu’ils soient un en nous, eux aussi, […] comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. »

« L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne disparaît jamais. »

Remplacer tout par Dieu : « Dieu prend patience, Dieu rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. Dieu ne disparaît jamais. » Est-ce bien ce que nous pensons et croyons lorsque nous pensons à Dieu ? L’amour est communion. Ainsi, il nous faut penser Dieu. L’amour se donne. C’est ainsi que nous croyons Dieu. Il nous aime gratuitement. C’est pour cela qu’il se donne à nous.

Etre unis à Dieu, ainsi que Jésus prie, c’est pour nous être un avec l’amour. Il nous aime et nous devons nous aimer les uns les autres. Il nous aime pour que nous nous aimions les uns les autres. C’est encore mal dit. Nous nous aimons les uns les autres, et c’est lui. La prière de Jésus nous oblige à changer de Dieu. Quand Jésus prie, Dieu n’est plus le même. Il ne se connaît que là où l’on aime ou désire l’amour. « Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. »

Texte disponible surhttp://royannais.blogspot.com/



 


La "femme" adultère

 

8 avril 2019 2019

La religion adultère, Jn 8, 1-11 (5ème dimanche de carême)

Dans la bible, lorsqu’on parle d’adultère, c’est toujours d’une femme qu’il s’agit. Certes, il y a David avec Bethsabée. Mais David n’est pas l’homme adultère ou le roi adultère ; il a un nom et une histoire ; il n’est pas réduit à sa faute, à une infidélité conjugale.

Les Ecritures parlent souvent, même si ce n’est pas exclusivement, des femmes d’un point de vue phallocratique. Nous nous devons de lire les textes, à la fois conscients du contexte idéologique de production et de lecture pendant des siècles, à la fois décidés à rompre avec la dépréciation des femmes.

L’évangile de « la femme adultère » (Jn 8, 1-11) d’ailleurs ne parle pas de femme adultère.. Les interlocuteurs de Jésus n’ont rien à faire d’elle. Ce qu’ils veulent, c’est coincer Jésus. « Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. » Le procès de Jésus a déjà commencé (et ce depuis plusieurs chapitres).

Au regard de Jésus, attentif à cette femme, aux femmes, certes cette femme compte. Le regard de Jésus sur elle ajoute une pièce à conviction contre Jésus et oblige à rejeter la domination masculine. Mais dans l’économie narrative, effectivement, on constate que le récit ne s’intéresse ni à la femme ni à l’adultère.

L’adultère dans les Ecritures, y compris en Jean, ne désigne pas seulement la faute conjugale et sociale ; il sert à exprimer l’infidélité du peuple envers son Dieu. C’est le peuple qui est adultère, et lorsqu’on parle du peuple, dans une logique phallocratique, on parle des hommes qui courent après les idoles et les faux dieux.

La rupture de l’alliance, l’infidélité au Seigneur, est une maladie, une faute, un péché. C’est comme si le peuple se prostituait, n’avait aucune estime de soi, pour se livrer au plus offrant, en son intimité même, en son identité même, alors qu’il est la fiancée, l’épouse de son Dieu.

Les scribes et les pharisiens amènent à Jésus une femme surprise en situation d’adultère (et l’on se demande où donc est l’homme avec qui elle est en pareille situation) pour avoir de quoi accuser Jésus. Le piège se referme sur eux. Non seulement à cause de l’astuce, faut-il dire la fourberie de Jésus, mais aussi par l’arrière fond théologique. L’adultère désignant l’infidélité, qui est adultère dans cette histoire, sinon les scribes et les pharisiens ?

L’évangile parle bien en ce sens d’une femme adultère, mais ce n’est pas celle que l’on amène à Jésus, ce sont les scribes et les pharisiens. Ils ont, par fidélité à leur idole politico-théologique, socio-théologique, abandonné le Seigneur. Pour servir d’autres dieux, ils pensent toujours servir le Seigneur. L’adultère est comme au carré, redoublé par l’aveuglement, le mensonge ou l’hypocrisie.

Quels sont ces dieux ? Ceux qui mènent à la condamnation de Jésus, à son éradication. Ce que Jésus dit de Dieu est inadmissible pour ces fidèles des faux-dieux aux habits de véritables adorateurs. Autrement dit, ces faux-dieux sont ce que la religion, les religions disent de Dieu. Les faux-dieux, c’est chaque fois que nous remplaçons Dieu par la représentation que nous nous en faisons. C’est précisément cela une idole. Si le premier testament est aussi anti-idolâtrique, ce n’est pas d’abord pour dénoncer des statues, ouvrages de mains humaines, qui ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas. C’est parce que de Dieu, nous sommes portés à nous faire une représentation ‑ comment penser autrement ? ‑ et confondons cette représentation avec Dieu.

Il n’y a pas de représentation possible de Dieu, en dehors du visage d’homme de Jésus. Il faudrait dire, en dehors du visage d’humain, ou du visage humain de Jésus. (S’il faut bien avoir un genre, ce n’est pas la masculinité de Jésus qui nous sauve mais son humanité.)

Nous avons tous des idées, des représentations de Dieu. Même ceux qui ne croient pas, sans quoi ils ne pourraient pas ne pas croire celui en qui précisément ils ne portent pas foi. Mais lorsque les gens qui croient en Dieu ont une image de Dieu, c’est plus dangereux. Voilà la conversion que nous indique l’évangile aujourd’hui. La faute de la femme est bien peu par rapport à la trahison, véritable adultère, des scribes et pharisiens, fine fleur des gens de religion.

Notre Eglise doit dire et vivre que tout ce qu’elle dit sur Dieu, on ne peut jamais s’y arrêter comme si c’était LA vérité. Nos vérités, même et surtout théologiques, dès lors que nous les pensons définitives, point final, sont des idoles qui tuent et lapident, notamment les petits, sans défense, que représente de façon archétypale la femme, au milieu de tous ces hommes ! Elle est le modèle même de la victime de la religion. Tiens, l’évangile n’a plus rien de phallocratique et dénonce les comportements machistes, jusque dans l’Eglise aujourd’hui !

Homélie extraite de http://royannais.blogspot.com/2019/04/la-religion-adultere-jn-8-1-11-5eme.html->http://royannais.blogspot.com/2019/04/la-religion-adultere-jn-8-1-11-5eme.html



 


Mais qu’est-ce que j’ai donc fait au bon Dieu ?

 

8 avril 2019 2019

L’Evangile de ce 3ème dimanche de carême (Luc13, 1-9) nous parle d’innocents tués par des évènements extérieurs : la chute de la tour de Siloé et le massacre ordonné par Pilate. Instinctivement, nous cherchons le sens de ces malheurs et nous sommes tentés de dire "mais qu’est-ce qu’ils avaient donc bien fait au bon Dieu ?"

Cette page d’évangile est de très haute importance. Elle rejette tout lien entre le mal subi ‑ maladie, accident, catastrophe naturelle ‑ et la faute. Le malheur n’est pas une punition. Par conséquent, ce qui nous arrive de positif n’est pas, à l’inverse, une récompense. La théologie de la rétribution est renversée, terrassée.

Devant le mal, le mal subi, le mal qu’aucune responsabilité morale n’a provoqué, nous sommes abasourdis. Il nous semble qu’en déterminer l’origine, l’expliquer, nous rendrait ce mal plus supportable. Revenir à la rationalité consolerait.

Le mal serait-il le mal s’il était justifiable ? Comment le mal est-il le mal s’il est justifié, non seulement expliqué mais rendu juste. Non, l’explication ne rend pas juste. Nous mesurons dans la grave maladie, dans les catastrophes et accidents, l’injustice de la condition humaine, sa fragilité, sa vanité. La vie humaine, à mains égards, n’a pas de sens.
..............
Nous autres, croyants, ne tenons pas à Dieu parce qu’il est le sens, ce qui explique qu’il y a quelque chose plutôt que rien. Il faut changer d’esprit, de manière de penser, se convertir comme dit le texte (et non se repentir). Dieu est ce qui advient sans pourquoi, comme la rose qui éclot ; vivre, quoi qu’il en soit du mal et du non-sens, c’est saisir cet avènement, que l’on ne peut traquer même s’il faut longtemps et souvent le chercher.

NDR : les parties en italique sont extraites de http://royannais.blogspot.com/



 


L’aujourd’hui de Jésus et la libération des pauvres, Lc 4, 14-21 (3ème dimanche du temps)

 

1er février 2019 2019

« Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »

Cliquez ici pour retrouver cette homélie publiée sur le site http://royannais.blogspot.com/2019/



 


Commémoration des fidèles défunts : le règne de Dieu est au milieu de vous

 

8 novembre 2018 2018

Le règne de Dieu est au milieu de vous (Commémoration des fidèles défunts)

La prière pour les défunts a quelque chose d’archaïque qui rejoint ce qu’exprime l’animisme. Il n’est pas possible de vivre sans ceux que l’on a aimés ou haïs. Ils sont encore là, ils nous habitent. Prier pour eux est une façon de nous libérer de leur emprise. Ce ne sont pas eux qui peuvent nous visiter, c’est nous qui pouvons intercéder pour eux.

On doit reconnaître que l’on ne sait guère ce que cela signifie dès lors qu’ils ont rejoint l’éternité de Dieu. Il n’y a pour eux ni temps ni lieu. Il convient surtout d’apprendre à les penser aimés de Dieu, purifiés par Dieu, vivants de Dieu.
La première lecture que nous avons entendue (Sg 1,7-15) assène ce que nombre de chrétiens n’ont pas encore entendu. « Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. » Ce n’est en effet pas Dieu qui fait mourir, qui rappellerait à lui, comme le dit de façon erronée le missel des défunts. Si Dieu rappelle à lui, c’est de la mort. Dieu rappelle à la vie, ce que l’on appelle résurrection. Dieu ne fait pas mourir en rappelant à lui. En rappelant à lui, il fait vivre, car Dieu est le vivant, et il n’y a pas de mort en lui et par lui.

Dieu est affligé par la mort, pire encore, si c’est possible, que nous ne le sommes. Non seulement ses amis meurent, mais encore sa création est mise en péril, est combattue. C’est lui qui sombre lorsque l’un de nous meurt. Le dernier ennemi que Dieu fait plier, le plus redoutable sans doute, c’est la mort (1 Co 15, 26). La mort est l’ennemie de Dieu. « Car Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. »

Avec nos défunts, ceux qui nous habitent, ceux que nous souffrons de ne plus serrer dans nos bras, ceux que nous ne verrons plus jamais, du moins tant que nous ne serons pas morts nous-mêmes, c’est un peu de nous aussi qui est mort. C’est ce que nous avons vécu avec eux, ce qu’ils ont vécu avec nous qui est mort. Je ne suis pas consolé d’entendre dire qu’ils vivent près de Dieu ; je ne suis pas consolé d’entendre qu’on se retrouvera. C’est maintenant que leur absence est cruelle. C’est ici et maintenant que j’ai besoin d’eux.

Peut-être la seule façon de ne pas les perdre tout à fait, c’est de vivre ici et maintenant avec Dieu, puisque c’est désormais leur lot, d’une manière certes différente. Cependant, nous vivons la même chose qu’eux, la vie avec Dieu. Nous avons avec eux Dieu en partage, même si c’est de manière différente. En étant à Dieu ici et maintenant, nous sommes comme ils sont. Le royaume de Dieu nous est commun.

Qu’est-ce que ce royaume ? L’évangile que nous venons de lire (Lc 17, 20-25) n’en dit que la localisation, paradoxe évident puisque ce royaume n’a ni lieu ni temps. Il est deux lieux où il ne risque pas d’être, dans ce qui se voit comme une nouveauté soi-disant étonnante, ou demain. Ne courrons pas après les nouveautés religieuses, les communautés qui prétendent renouveler les choses parce qu’enfin, elles auraient compris l’évangile à la différence des autres. « N’y allez pas, n’y courrez pas. » « La venue du règne de Dieu n’est pas observable. »

Le royaume n’est pas demain non plus, après la mort, parce que « voici que le règne de Dieu est au milieu de vous ». Il n’y a rien à voir, il n’y a rien de merveilleux, il y a ici et maintenant l’urgence de changer nos vies pour qu’elles soient participation au royaume, la présence de Dieu en nos vies.

Nos défunts ont en commun avec nous la présence du royaume et, en ce sens, ne sont pas morts. Entretenir leur mémoire n’est-ce pas vivre encore avec eux, non pas demain, ailleurs, mais ici et maintenant ? Entretenir leur mémoire, n’est-ce pas accueillir ici et maintenant le règne de Dieu qui est au milieu de nous ?
La commémoration des fidèles défunts à la suite de Jésus ne consiste pas à en un culte des morts, mais en un changement de vie, notre conversion, pour accueillir le règne de Dieu qui est déjà milieu de nous. Nous vivons avec eux dans le même royaume, la présence vivifiante de notre Dieu.

Homélie extraite du site http://royannais.blogspot.com/



 


Jésus n’a jamais parlé du divorce

 

2 novembre 2018 2018

Homélie du dimanche 7 octobre 2018

Jésus n’a jamais parlé du divorce

Homélie du dimanche 7 octobre (27ème dimanche du temps) extraite du site http://royannais.blogspot.com sur l’EVANGILE - selon Saint Marc 10, 2-16*

Des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? ».

Le verset introductif de notre péricope (Mc 10, 2-12) est on ne peut plus clair. Il s’agit de mettre Jésus à l’épreuve. La question posée n’intéresse pas pour elle-même, mais comme occasion de faire que Jésus se casse la figure. On peut, on doit, dans ces conditions, penser que la réponse de Jésus a peu de chance de constituer un enseignement sur le divorce, la possibilité pour un homme de renvoyer sa femme.

Il y a fort à parier, que Jésus va d’abord chercher à se sortir du piège, et pourquoi pas, à rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui lui avait posé une chausse-trape.

Et c’est exactement ce qui se passe. Pour se sortir du piège, Jésus renvoie la question. La réponse lui donnera la marche à suivre. Il faut le dire, la réponse de Jésus est conditionnée par le piège et la manière de s’en sortir. Il est pour le moins imprudent d’y chercher, comme on le fait si souvent, un enseignement sur le divorce, et encore moins sur le mariage, puisque de celui-ci, il n’est pas question. Vous imaginez, pour parler du mariage, on commencerait par étudier les conditions du divorce ! Non pas comment éviter le divorce, mais dans quelles conditions y recourir.

La réponse de Jésus, comme il fallait s’y attendre est un piège, réponse du berger à la bergère. Il pousse l’exigence si loin que la question des interlocuteurs devient impossible. Si vous voulez parler des conditions du divorce, sachez qu’elles n’ont d’existence que due à votre dureté de cœur et, qu’à envisager les choses ainsi, on entre dans une logique d’adultère.

La question ne concerne d’ailleurs pas que les hommes, les mecs, mais aussi les femmes. Sale manie que cette phallocratie qui ne pense qu’aux mâles. Pensez aussi aux femmes. Et Jésus construit une réciprocité entre homme et femme, qui, certes est exigeante pour les femmes comme pour les hommes, mais laisse entendre que les femmes pourraient aussi plaquer leur mari, sorte de coup de semonce ou de pied-de-nez, puisqu’à l’époque, le nombre de femmes qui répudiaient leur mari devait être à peu près nul.

On doit encore ajouter que l’adultère dans les Ecritures est parabole de l’infidélité à Dieu, d’un comportement apostat. Ainsi, et autrement dit, non seulement votre cœur est dur, non seulement vous êtes adultères, mais vous n’êtes pas des Juifs fidèles à Dieu. Mettez-vous à la place des femmes, vous verrez ce que cela fait d’être répudié. Jeu, set et match.

La logique du chapitre 10 dans son ensemble doit être relevée. Entre logique du droit, celui de la répudiation, celui de la récompense parce qu’on a bien fait, et la logique de la gratuité, celle de l’amour, celle des enfants, celle de la guérison et de la grâce, il faut choisir. Si vous voulez parler du mariage en termes de droit et non en termes d’amour, il ne faut pas vous étonner que cela ne marche pas, que cela vous revienne sur le nez. C’est foutu d’avance.

Alors, quand l’Eglise parle du divorce à partir de ces versets, non seulement, elle fait un contresens, une erreur de lecture colossale, mais surtout elle démontre qu’elle pense comme les pharisiens, dans la logique du droit et non de l’amour. C’est l’Eglise, comme les disciples dans ce chapitre, qui est pharisienne. Qu’on se le tienne pour dit.

Ce n’est pas qu’on puisse faire n’importe quoi en matière matrimoniale, cette question n’est pas envisagée par le texte ; mais si l’on veut en parler correctement, si on veut en vivre correctement, que l’on commence à en parler du point de vue de la gratuité, de la grâce, de l’amour et de la justice, comme on parlerait de la vie avec Dieu, loin de la rétribution, au plus prêt de l’accueil sans limite et réciproque, sous le signe de la miséricorde, puisque Dieu est juste et amour.

Si l’on veut être disciple de Jésus, si l’on veut par sa vie de couple être témoins de l’amour de Dieu pour son peuple, alors, qu’on ne fasse du mariage pas une affaire de rétribution ou de droit. Que l’on parle de la vie avec Dieu et les autres sous le signe de l’amour, du pardon et de la justice, parce que c’est ainsi, la vie, une question d’amour et de pardon. Voilà l’enseignement de Jésus.

Homélie extraite du site http://royannais.blogspot.com/

*Vous retrouverez l’Evangile de ce dimanche et les commentaires de Marie-Noëlle Thabut en cliquant ici.



 


“Gaudete et exsultate”

 

2 septembre 2018 2018

exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel

Le pape François a publié lundi 9 avril une exhortation apostolique sur « l’appel à la sainteté dans le monde contemporain », « Gaudete et Exsultate ».
Dans cette troisième exhortation apostolique, François rappelle que chaque baptisé à une vocation à la sainteté.

D’emblée le pape précise qu’il « ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons “saints et immaculés en sa présence, dans l’amour” ».

Cliquez ici pour en obtenir le texte.



 


"Devenez ce que vous recevez"

 

30 août 2018 2018

Homélie prononcée par Mgr Henri-Jérôme Gagey à l’occasion de l’installation du nouveau curé de la paroisse Notre-Dame du Rosaire, le Père Jean-Luc Mairot.



Relisons le commencement de la Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (à retrouver en fin de texte) :

« Paul, Silvain et Timothée, à l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous, la grâce et la paix. »

Paul s’adresse à une communauté qu’il a fondée par sa prédication de l’Évangile et voilà la première chose qu’il lui dit :

« À vous, la grâce et la paix ».

C’est un souhait, mais ce n’est pas le constat d’un manque. Paul ne dit pas qu’il souhaite qu’un jour, enfin, les membres de cette communauté connaissent la grâce et la paix, comme si c’était lui qui allait les leur apporter. En effet, ensuite il enchaîne :

« À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. »

Par ces mots pleins de bienveillance, il confirme cette communauté dans sa foi, il l’assure qu’elle est réellement l’Église du Christ vivant d’une foi active, d’une charité effective et d’une espérance endurante. Elle est dès aujourd’hui l’Église de Dieu, à quoi correspond la phrase suivante :

« Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par Lui. »

J’aime cette manière dont l’apôtre débute sa lettre par une parole d’encouragement, une parole qui renvoie l’Église de Thessalonique à son identité de communauté choisie par Dieu. C’est d’ailleurs ce qui se produit au début de chaque eucharistie : nous entrons dans la célébration par un chant joyeux qui nous confirme dans notre identité tel que, par exemple, « Nous sommes le corps du Christ ». Ensuite le célébrant lance la formule « le Seigneur soit avec vous ». Et c’est seulement ensuite que nous sommes invités à nous ouvrir à la miséricorde de Dieu par le « Je confesse à Dieu » ou le « Seigneur prend pitié ».

Le rappel de cette manière de faire de l’apôtre Paul me semble bienvenu quand un nouveau curé vous est envoyé par notre évêque. En effet, cette attitude de Paul, qui correspond dans le fond au rôle du président de l’assemblée eucharistique, nous dit beaucoup du ministère du curé de paroisse.

Il n’est pas d’abord un administrateur, un manager, un lanceur de projets, un enseignant, il n’est pas d’abord celui qui doit permettre à ses paroissiens des prises de conscience et des remises en cause exigeantes. Tout cela il lui faut l’être bien sûr, mais il ne peut l’être en vérité que si d’abord il encourage la communauté en confirmant sa foi, en confirmant que malgré ses faiblesses elle est le corps du Christ et que chacun de ceux qu’elle rassemble est un membre de ce corps. Cette identité de la communauté et de chacun de ses membres n’est jamais complètement réalisée. Comme le dit un autre cantique, « devenez ce que vous recevez ! », il nous faut nous laisser conformer au don reçu en accueillant la Parole et en recevant l’Eucharistie pour en vivre parmi nos frères. Mais cette identité nous est d’abord donnée. Et c’est seulement parce que d’abord elle nous est donnée que nous pouvons ensuite nous y accorder.

C’est un point important de la foi chrétienne qui est en jeu : nous ne sommes pas appelés d’abord à changer de vie pour ensuite recevoir, comme une récompense, notre identité d’enfants de Dieu, de membres du corps du Christ. Le don de Dieu précède la conversion et c’est lui qui la rend possible. Les spécialistes du Nouveau Testament appellent cela la dialectique de l’indicatif et de l’impératif :

Indicatif : « vous êtes le corps du Christ » ;
alors
Impératif : « devenez ce que vous recevez »

Ou encore :

Indicatif : « vous êtes des enfants de lumière ».
alors
Impératif : « vivez en enfants de lumière ».

Cette attitude d’encouragement « à l’indicatif » n’est pas facile à tenir de manière réaliste avec conviction. Le regard du pasteur sur son peuple peut facilement devenir dur, pessimiste, découragé au point qu’il ne sera pas toujours d’humeur à adresser à sa communauté le souhait de Paul : « À vous, la grâce et la paix  ».

Pour me faire comprendre je vais vous faire une confidence. Depuis deux ans je suis Vicaire Général, cela signifie que pratiquement tous les dossiers, toutes les informations concernant la vie du diocèse me passent par les mains. Les bonnes nouvelles mais surtout les mauvaises car on passe plus de temps à considérer ce qui va mal que ce qui va bien. Et parmi tous ces dossiers il y en a qui ne sont pas jolis-jolis : des conflits de personnes, des affrontements, des problèmes de sous, parfois des malhonnêtetés ou des abus de pouvoir etc. Parfois c’est lourd !

Mais il y a une chose qui m’aide à ne pas sombrer dans le découragement, une chose parmi d’autres mais qui est importante : le vendredi matin, avant le conseil épiscopal hebdomadaire, nous tous, les vicaires et les délégués épiscopaux qui composons ce conseil, nous chantons les Laudes et nous célébrons l’Eucharistie autour de l’évêque. Et très souvent, après la lecture de l’Évangile, au lieu de faire un sermon l’évêque partage ce qu’il a vécu de fort et de beau dans ses dernières rencontres avec les diocésains. Dans une attitude contemplative il témoigne ainsi de la vie de l’Esprit à l’œuvre dans nos communautés et dans la vie des habitants du Val de Marne, et il nous invite à prendre la même attitude contemplative et à entrer dans ce partage en joignant notre action de grâce à la sienne.

L’attitude du pasteur qui considère sa communauté avec un regard de foi comme la communauté de sœurs et de frères bien-aimés de Dieu, qui ont été choisis par Lui, n’est pas spontanée. Elle peut être menacée, mise en doute. C’est pourquoi elle doit être cultivée en développant un tel regard contemplatif qui nous fait découvrir dans l’action de grâce la présence de Dieu au milieu des siens. Comme le dit le psaume de ce jour,

«  Allez dire aux nations : "Le Seigneur est roi !" Il gouverne les peuples avec droiture. »

Autrement dit, ce n’est pas l’action de votre curé qui fait que Dieu vous gouverne, c’est parce que déjà Dieu vous gouverne qu’un curé vous est envoyé. Ce que je vous dis là, est bien sûr destiné à votre nouveau curé afin de l’encourager à cultiver cette attitude contemplative. Mais vous comprenez que je dis cela pour nous tous ici afin que tous nous entrions dans ce regard qui discerne dans notre communauté le corps du Christ et ainsi fait cesser les bavardages, les critiques, les jalousies et les rumeurs. Après il y a bien sûr les orientations à arrêter, les décisions parfois difficiles à prendre, les désaccords à dépasser ou à supporter. Mais tout cela ne s’accomplira comme il convient que si cela se prend d’un regard contemplatif qui nous encourage à prendre soin les uns des autres, car « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous saurons que vous êtes mes disciples ».

Frères et sœurs, je vous le déclare :
« Vous êtes le corps du Christ, chacun de vous est un membre de ce corps, chacun reçois la grâce de l’esprit pour le bien du corps entier ». Alors, pour être fidèles au don qui vous est fait, « vivez en enfants de lumière sur les chemins où l’Esprit vous conduit »

Pour terminer cette homélie il y a un point sur lequel je souhaite attirer votre attention. Le Père Jean-Luc Mairot est votre curé, mais il vient aussi d’être nommé vicaire épiscopal, c’est-à-dire membre du conseil de l’évêque qui, avec l’évêque, prend soin de l’ensemble du diocèse. C’est une belle mission dont j’ai moi-même la charge. Mais, comme toutes les belles missions, elle réclame qu’on y donne de son cœur et de son temps. Donc si parfois le Père Mairot vous manque, s’il ne vous est pas tout à fait aussi présent que vous pourriez le souhaiter, je vous en prie, ne dites pas « le curé n’est jamais là quand on a besoin de lui ». Dites plutôt « notre curé est vraiment un homme de confiance et c’est pour cela que, par moment, il ne peut pas s’occuper seulement de nous ».


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2ème Lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1, 1-5b)

Paul, Silvain et Timothée, à l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous, la grâce et la paix.
À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l’Évangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude.



 


"S’il n’y a pas de résurrection des morts,...

 

27 juin 2017 2017

"S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité, et si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi notre foi" 1 Co 15, 13-14.

C’est pourquoi nous disons dans le Credo : " Je crois à la résurrection de la chair…"
Toute la vie chrétienne ou toute la foi chrétienne ou toute la conception chrétienne de l’existence va de la chair à la chair.
Au commencement, nous disons que la Parole de Dieu ou Dieu en sa Parole a pris chair de la vierge Marie et, à la fin, que le Christ en sa chair a été relevé d’entre les morts et qu’il a été élevé auprès de Dieu.

Au commencement, Dieu entre dans la chair de l’humanité, à la fin, la chair de l’humanité entre en Dieu. Tous les Pères de notre foi, des premiers apôtres jusqu’aux plus grands théologiens et aux plus humbles chrétiens ont risqué leur parole et leur vie sur cette foi.

Au long des temps de l’histoire chrétienne, cela a pu être dit de diverses façons, exprimé autrement, mais le sens reste le même : c’est le fondement de notre conception de la vie et de notre espérance.

Mais que disons-nous quand nous employons ce mot de "chair" ?
Si nous acceptons de penser que l’âme est ce lieu immatériel où l’amour de Dieu nous rejoint, la chair c’est le support de l’âme, c’est à la fois la condition de son existence et son expression. C’est ce qui fait qu’un être humain est humain, ce qui le met en communion avec l’espèce humaine, ce qui l’inscrit dans l’histoire humaine, et ce qui fait en même temps sa singularité, le fait qu’il ou elle est unique.

En un mot simple : ce qui fait qu’il est solidaire et, en même temps, solitaire. Qu’il n’existerait pas sans cette solidarité et qu’il n’existerait plus sans cette solitude.

Qu’est-ce qui fait notre être solidaire ? Toutes les relations qui nous ont précédés à commencer par celle de ceux qui nous ont engendrés, ceux qui nous ont éduqués, formés, et surtout ceux qui nous ont aimés. Mais ce sont aussi toutes les relations que nous-mêmes avons engagées, dans notre propre amour, dans notre service des autres quelles que soient les formes de ce service, dans la souffrance aussi. La chair c’est ce tissu de solidarités sans lequel nous ne serions pas un être humain. Ce sont les liens noués qui nous font exister. Et c’est pourquoi le Christ dit que ce que nous avons lié sur la terre sera lié dans le Royaume. Mais il y a aussi des liens qui emprisonnent et détruisent et qu’il faut dénouer pour être libéré. Et c’est aussi pourquoi le Christ dit que ce que nous aurons délié sur terre sera délié dans le Royaume.

Et qu’est-ce qui nous fait solitaires, c’est-à-dire uniques ? Notre histoire personnelle qui depuis la conception jusqu’à la mort n’est comparable à aucune autre, notre vie, les liens tissés, nos amours et, à l’intérieur de tout et par-dessus tout, le regard de Dieu posé sur chacune et chacun d’entre nous, l’amour unique de Dieu pour chaque être humain, quel qu’il soit. Voilà ce que l’on veut dire quand on parle de la chair.

Ainsi, quand l’évangéliste Jean nous dit que la Parole de Dieu a pris chair, cela signifie que Dieu, en sa Parole et par sa Parole, est entré dans cette solidarité concrète avec les hommes par un enfant nommé Jésus, par sa famille, les gens de Nazareth, les disciples qu’il a choisis, les gens rencontrés sur les chemins et sur les routes, celles et ceux de Galilée et de Jérusalem, y compris les autorités religieuses et Pilate qui l’ont rejeté et condamné à mort. Bref, ce qui, en Jésus et par lui, a lié Dieu à l’humanité. Et le pardon de Jésus est la signature ultime de cette solidarité, de cette chair, de tout ce qu’il a délié en libérant les hommes de leur péché.

Tout cet engagement de Jésus, toutes ses rencontres, les attentions portées aux uns et aux autres, les gestes des uns et des autres envers lui ont tissé et nourri son humanité ; tout ce qu’il a lié et tout ce qu’il a délié : c’est sa chair. C’est cela qui demeure en Dieu pour toujours et ce sera cela qui demeurera de nous en lui au dernier jour.

Jésus, au dernier repas, l’a symbolisé dans ce geste de la fraction du pain et de la coupe partagée : Ceci est ma chair. Je fais corps avec vous pour qu’après ma mort vous fassiez corps avec moi. Symboliquement dans l’Eucharistie, spirituellement dans la prière, concrètement dans le service des frères : les souffrants et les pauvres en tout premier lieu. Dieu a pris chair, s’est fait chair pour que toute la chair humaine passe en lui et y demeure.

Et toutes les évocations de la résurrection de Jésus nous disent qu’il n’a rien laissé derrière lui de sa chair, de sa solidarité avec l’humanité et que rien de l’humanité n’est détachable de lui et, par lui et avec lui, de Dieu.

Noël et Pâques se répondent et sont inséparables. Dieu vient dans la chair humaine, dans son histoire et la chair des hommes et leur histoire passent en Dieu. Mais cela se déploie ensuite dans l’espace humain et dans le temps, dans nos vies sublimes et tragiques. Dans cette tension de toujours entre la vie et la mort, en nous-mêmes et dans l’humanité.

Les chrétiens et les chrétiennes vivent cela avec les autres mais ils ne devraient pas le vivre comme les autres car cette foi que Dieu est venu dans la chair humaine pour la sauver et la transfigurer est au fondement de leur espérance. Quoi qu’il arrive, quels que soient les abîmes que nous avons à traverser, en dépit de tout, nous mettons notre confiance dans la vie de Jésus, la parole de Jésus, la solidarité avec Jésus, la mort de Jésus et la Résurrection de Jésus, premier-né d’entre les morts.

Père Jean-Marie Ploux
Homélie de la veillée pascale 2017 prononcée dans l’abbatiale de Pontigny (Yonne), cathédrale de la Mission de France



L’abbaye de Pontigny est un ancien monastère de l’ordre cistercien. Fondée en 1114, au nord de la Bourgogne, elle est la seconde des "quatre premières filles" de Cîteaux. Fermée à la Révolution française, elle est en partie détruite ; elle conserve néanmoins la plus grande église cistercienne du monde, consacrée depuis 1941 cathédrale de la Mission de France.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Pontigny




 


Message du Pape François pour la 50e JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

 

18 décembre 2016 2016

Le 1er janvier 2017 est la 50° Journée mondiale de la Paix.

Au début de cette nouvelle année, je présente mes vœux sincères de paix aux peuples et aux nations du monde. Je souhaite la paix à chaque homme, à chaque femme ainsi qu’à chaque enfant et je prie pour que l’image et la ressemblance de Dieu dans chaque personne nous permettent de nous reconnaître mutuellement comme des dons sacrés dotés d’une immense dignité. Surtout dans les situations de conflit, respectons cette « dignité la plus profonde » et faisons de la non-violence active notre style de vie.

Lire la suite du message du Pape François en cliquant ici.



 


Baptême du Seigneur (10 janvier 2016)

 

8 avril 2016 2016 par Alain Smith


« Après avoir été baptisé lui aussi,
le ciel s’ouvrit. »



Nous connaissons bien cette image du baptême de Jésus notre Seigneur, avec l’apparence de l’Esprit saint qui tel une colombe descend jusqu’à Jésus, et cette voix descendue du ciel : « Toi, Tu es mon Fils bien-aimé ; en Toi, je trouve ma joie »… Cette image, c’est celle qui est sur le vitrail à gauche en entrant dans notre église. C’est là aussi que j’ai été baptisé en septembre 1953. J’ai été baptisé « Alané », ce n’est pas un jeu de mots que les latinistes comprendront, ce qui m’amène à renouveler mon baptême chaque année à Pâques. A l’époque le baptistaire était au pied de ce vitrail à l’entrée de l’église. C’est une bonne chose qu’il soit maintenant au sein même de notre communauté, dans le transept gauche.

« Comme tout le peuple se faisait baptiser… » Nous pouvons nous demander pourquoi donc Jésus vient se faire baptiser, Lui le Fils de Dieu. Jésus le charpentier de Nazareth, prend place dans la longue lignée des hommes et de femmes qui attendent leur tour pour se laisser plonger dans les eaux du Jourdain. Rien ne le distingue des autres. Il vient rejoindre, dans l’anonymat, le peuple de pécheurs en attente que nous sommes. Il s’enfonce profondément et discrètement dans la pâte humaine. Il prend même la dernière place comme pour prendre dans ses bras toute l’humanité avec ses grandeurs et ses crimes, avec ses générosités et ses folies. Quand, à la suite des autres il remonte des eaux du Jourdain, c’est comme une nouvelle naissance qui s’amorce pour tous les hommes qui cherchent à se purifier. Sans tambour ni trompette, c’est déjà un monde nouveau qui est annoncé.

Cette insistance de Luc nous montre qu’il n’y a pas de vie chrétienne isolée. Un chrétien seul est rapidement un chrétien mort. Et nous pouvons penser particulièrement à nos frères chrétiens persécutés pour leur foi en 2016. Le premier effet du baptême est justement de nous faire rentrer dans la famille des enfants de Dieu, et donc des frères et sœurs de Jésus qui vivait de la vie de son peuple, tout humblement.

Je suis toujours émerveillé, et mes frères prêtres et diacres aussi certainement, de la beauté des signes de la célébration d’un baptême. Et ce matin je vous propose de revisiter ces signes du baptême par une petite catéchèse :
1. L’accueil dans la communauté des chrétiens. Et ici à ND du Rosaire, nous savons bien le célébrer par cet alléluia que nous chantons. Cet accueil est signifié par le signe de la Croix que nous traçons sur le front du baptisé. Cet accueil est d’autant plus important pour les familles qui se sont éloignées de notre communauté d’Eglise
2. L’imposition des mains pour donner toute la force de l’Esprit, comme la colombe qui descend sur la baptisé «  Que la force du Christ te fortifie, lui qui est le Sauveur et qui vit pour les siècles des siècles ». Certains parents me disent ensuite que j’ai dû donner à leur enfant à peu trop de cette force de l’Esprit… Mais cela promet aussi de bons chrétiens forts de leur Foi et de leur conviction !
3. Un signe discret qui pourrait aussi passer inaperçu, quand le célébrant touche les oreilles et la bouche du baptisé «  Effétah, c’est à dire : ouvre-toi ! Le Seigneur Jésus a fait entendre les sourds et parler les muets ; qu’il te donne d’écouter sa Parole, et de proclamer la foi pour la louange et la gloire de Dieu le Père. » C’est bien là la mission que chacun d’entre nous, nous avons reçu le jour de notre baptême… Nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, et proclamer la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Vous savez, avec nos jeunes handicapés, Les Amis de Cléophas, nous sommes toujours émerveillés de leur « intelligence de la Foi ». Une foi pure et vraie, sans complexe… Nous avons beaucoup à apprendre d’eux, nous qui nous sommes souvent bien compliqués et n’osons pas témoigner de notre Foi.
4. La renonciation au mal et la profession de foi. Ce beau dialogue que nous reprenons aussi lors de la veillée pascale. En affirmant par trois fois « je crois en Dieu » aux trois questions traditionnelles qui définissent la foi trinitaire de l’Eglise, nous reprenons à notre compte le trésor de cette foi que tant de générations ont redite avant nous. Au fond l’Eglise nous demande, au travers de notre triple « je crois » de lui faire suffisamment confiance pour reconnaître que sa foi trinitaire est la source qui irrigue la nôtre, même si certains aspects de cette foi nous paraissent bien obscurs.
5. Le baptême dans l’eau. Le baptême de Jean dans le Jourdain appelait à une conversion. Quand il y a la sécheresse, on le voit bien, les plantes meurent, les animaux ensuite, les enfants, les hommes enfin. L’eau est indispensable à la Vie. Nous devons respecter l’eau comme un trésor, un bien précieux. Ce sera l’enjeu écologique de nos prochaines années. Car sans eau il n’y aurait pas de vie. L’eau nourrit la vie, comme l’enfant qui grandit au sein de sa mère. C’est pourquoi l’eau est le symbole, le signe du baptême. Cette plongée dans l’eau du baptême nous fait passer de la mort à la vie, à la résurrection du Christ avec lui. Et cette eau s’écoule sur le baptisé, se répand comme l’Esprit Saint dans sa vie.
6. L’onction du saint-Chrême. Cette huile parfumée est consacrée par notre évêque, Michel Santier, chaque année lors de la messe chrismale avant Pâques. Selon une tradition très ancienne, c’est le parfum des rois et des princes, des consacrés à Dieu. On en marque le front des baptisés, des prêtres et des évêques lors de leur ordination. Et l’huile que le baptisé reçoit sur le front signifie combien Dieu l’a choisi pour le revêtir de sa plus grande dignité. Elle est le symbole de l’intimité qui existe maintenant entre Dieu et ce baptisé.
7. Le vêtement blanc qui signifie que le baptisé est une créature nouvelle dans le Christ : il a « revêtu le Christ » ; ce vêtement blanc en est le signe que tous nous devons l’aider par leur parole et leur exemple à garder intacte la dignité de fils de Dieu.
8. La lumière : C’est aux parents, au parrain & et à la marraine, que cette lumière est confiée : pour que le baptisé, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et demeure fidèle à la foi de son baptême.

Dès l’origine de l’Eglise, le Baptême a été un sacrement majeur, le sacrement de la foi. Il résulte d’une conversion dans un monde païen, ou laïc, souvent hostile. Etre baptisé dans le Christ et pour Lui, est un engagement à vivre comme Lui, en fidélité à son Evangile. Ce qui suppose de renoncer à des valeurs, de renoncer à des pratiques contraires à l’esprit des Béatitudes. Ce qui signifie aussi une appartenance très forte à l’Eglise corps du Christ, une volonté de participer à sa mission et le choix d’un vivre ensemble juste et fraternel pour témoigner de l’Evangile dans le monde… Evangile qui signifie « Bonne Nouvelle ».

En ce jour de fête, et en ce début d’année, c’est tout ce que je souhaite à chacune et chacun d’entre vous.

C’est ce que je souhaite aussi tout particulièrement à Marielle-Flore, Van-Gwenaël, Eléana, Martin, Alice, Gabriel, Angélique, Adam, Alexandre, Olympia et Mathis que j’ai eu la joie de baptiser l’année dernière…

Alain SMITH - diacre



 


Edito de Noël

 

5 avril 2018 2018

Un enfant nous est né ! Le monde est changé !
Propageons la nouvelle de maison en maison ! Inscrivez-vous dans une équipe synodale !

A chaque Noël, nous découvrons de plus en plus l’amour dont Dieu nous aime. Sa promesse se réalise progressivement depuis 2000 ans : en effet, à ses yeux mille ans sont comme un jour.

Oui ! Le monde change, sachons le voir avec beaucoup de bienveillance.
Rien ne peut étouffer et cacher les appels à l’amour criés dans le monde entier, les gestes de solidarité, les soutiens spirituels, les partages avec les réfugiés.
Dans ce monde médiatique où tout se sait dans l’instant, prenons le temps de la “bien-veillance”. Le monde est en enfantement d’amour : comme nous dit le psaume les cris et les pleurs ne sont que “les douleurs de femme qui accouche, elles ne durent qu’un temps”.

Alors, réjouissons-nous et propageons la nouvelle en public et en privé sur les places et dans nos maisons (Actes 20,20).

Parlons en public :
Philippe cardinal BARBARIN, dans une belle conférence à la Mairie de Saint- Maur, est venu d’Orient nous porter la nouvelle : suivons l’étoile d’Espérance qui mène à la crèche. Des croyants sont toujours là-bas, rien ne pourra les séparer de l’amour de Dieu . Ils attendent notre soutien, ne les oublions pas !

Partageons en privé :
A l’invitation de notre évêque Michel SANTIER, le Cardinal BARBARIN, archevêque de Lyon, est venu présider notre pèlerinage de Notre-Dame des Miracles. Beaucoup sont venus prier et accueillir Philippe, l’enfant et le lycéen de Joinville - Saint-Maur, le prêtre du diocèse de Créteil, aumônier du lycée Berthelot. Il nous a appelés à nous tourner vers Marie pour oser lui demander un miracle, un vrai ! Pour notre monde, pour notre famille, pour nous-mêmes...

Portons, comme Marie, la parole de Dieu au monde d’aujourd’hui, invitons nos voisins à partager notre joie car “Là où deux ou trois sont réunis en son nom, le Seigneur est là !” Invitez vos voisins, rejoignez une équipe synodale !

Un enfant nous est né... le monde en est changé !

Joyeux Noël ! Bonne et heureuse année 2015 après notre Seigneur Jésus-Christ !

Père René d’HUY



 


Rendez à César.....

 

5 avril 2018 2018

Rendez à César ce qui est à César, une expression qui a fait florès, que nous connaissons tous.

Mathieu nous propose aujourd’hui une voie paradoxale, un choix radical : à qui rendre un culte ? Le mot n’est pas prononcé, mais tout tourne autour de ce culte. Cette question essentielle, c’est la question que tout homme se pose, que toute conversion impose, et à plus forte raison, toute démarche missionnaire.

En ce jour de prière pour la mission universelle de l’Eglise, cette question est tout à fait pertinente, alors, Jésus, qu’apporte-t-il de nouveau ?

Il nous faut nous livrer à une véritable enquête pour résoudre l’énigme d’aujourd’hui. Car, c’en est une qui nous est proposée.

La tentation est forte aujourd’hui, comme hier, de se construire des idoles puissantes : marchés boursiers déréglés, économie virtuelle, écologie politique ; individualisme social et familial, addictions : drogues ; internet.

Rendez à César ce qui est de lui, et à Dieu, ce qui est de Lui.
La vie politique a ses exigences et ses règles Jésus ne les conteste pas

Mais alors, à Dieu, que lui rendre ?

De la nourriture, des vêtements, un temple ? Aujourd’hui : des lois, des tribunaux, des contrôles automatiques ?

Comme dans une enquête policière, la solution est à chercher ailleurs, sur le chemin. Ne dit-on pas à Jésus : « Tu enseignes le vrai chemin de Dieu » ?

Ce passage d’aujourd’hui, cette péricope évangélique, est incluse, entre un grand passage sur les noces et le mariage, plus précisément, une invitation aux noces ; et un passage sur une question de mariage, une question d’héritage, une question de vie ou de mort, une question de descendance : qui nous donnera la puissance de la vie ?

Il s’agit en fait d’une invitation à partager la joie nuptiale du royaume de Dieu, nous l’avons lu dimanche dernier.

Mais aussi un double commandement : l’Amour de Dieu, et l’Amour du prochain ; nous le lirons dimanche prochain puisque nous suivons la lecture continue de St Mathieu.

Le culte que propose Jésus n’est pas figé : il n’a rien à rendre, mais tout à partager.

Le culte à rendre est une démarche à apprendre, une découverte intime à vivre, dans la rencontre avec un Dieu qui nous veut tous comme des frères, en Lui, le Père.

Il ne fallait pas moins que son Fils, il ne fallait pas moins que Lui–Même, en son Fils, pour nous le révéler.

L’enquête approfondie, dans le laboratoire scientifique du langage pourrait nous conduire au chapitre 6 de Mathieu : l’équilibre des mots, en grec, permettrait de faire une comparaison très approfondie, je le dirai tout à l’heure. C’est le même contexte, contexte d’un culte à sanctifier, d’une volonté de Dieu sur la terre comme au ciel, de tentation du mal.

Mais surtout une question de même vocabulaire, je viens de le dire. Et j’en viens au point que je voulais aborder : la traduction exacte de ce passage du chapitre 6 c’est : « Remets nous la dette comme nous la remettons nous-mêmes à ceux qui nous doivent ».

Vous n’avez pas reconnu le passage peut être ? C’est dans le Notre Père !
« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». C’est une traduction littérale, proche du texte ; pour la comparaison des textes il est bon de regarder les mots précis.

Le chemin que propose Jésus nous mène à Dieu comme à un Père, qui fonde notre fraternité. Il ouvre la porte de notre chambre intérieure, intime, nuptiale, Il nous dit : « si tu veux prier, ferme la porte de ta chambre ».
Il vient nous délivrer des liens de l’obligation, oui, dans un culte libre !

Ce n’est pas pour obtenir une protection, encore moins pour nous protéger d’un malheur quelconque.
Dans beaucoup de pays, pratiquer publiquement la religion, c’est pratiquer publiquement un culte, social équilibré ; faire taire les jalousies et les rivalités, tout est équilibré prévu depuis des siècles : chacun à sa place.
Malheur à celui qui change de place, change de caste !

La Mission, c’est libérer de l’esclavage de la peur, des jalousies, des obligations, des dettes que nous savons tissées pour soumettre notre entourage.

Oh, vous croyez échapper à cette tentation ? Regardez ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui.

L’amour qui se transforme en possessivité : les enfants, le mari, la femme, les parents, je vous laisse continuer … c’est cela « les masques » que portent les hypocrites d’aujourd’hui.

L’énigme est donc levée, il n’y a rien à rendre à Dieu, comme on doit payer un intérêt, une dette.

C’est Jésus dont il est dit « tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu », comme les détracteurs le soulignent.
Il ne fait pas de différence entre les gens de religions différentes, Il est le guide qui nous mène vers l’hôte plus intérieur.

Il nous guide vers le centre du labyrinthe de nos vies, non pas vers le minotaure, ou la tête d’affiche Hercule du cinéma ; mi-dieu idole qui nous enferme et porte à un sacrifice sanglant.

Jésus nous mène vers le dieu unique qui se révèle comme celui qui aime comme un père.

Pour Jésus, Parole de Dieu, dans le texte d’aujourd’hui, Parole même, le culte à Dieu est à donner à celui qui se donne, à nous comme un père.

Comme son Père, notre Père, c’est cela la nouvelle de l’évangile à annoncer à notre tour, à tous les hommes.

Alors permettez-moi en ce jour de fête de Notre Dame du Rosaire notre fête patronale, de vous exhorter à retrouver le sens de l’amour nuptial, mystique !

Alliance que Dieu fait avec chacun d’entre nous. Il ne s’agit plus de l’alliance d’Abraham, de Moïse seulement, il s’agit de l’alliance avec vous, avec moi, cet amour que Dieu nous donne et qui permet d’aimer parce qu’on se sait aimé.

Le seul sacrifice que réclame ce dieu, le Dieu de Jésus Christ : c’est sa mort à Lui, sa mort même, pour que chacun mort avec lui soit avec lui plus fort que les idoles et que la mort même,

OUI ! Plus besoin de sacrifier aux idoles : il est le Seigneur, le vainqueur de nos tombeaux : rendez à Dieu ce qui est à Dieu.

Amen

Père René D’Huy


Deux Rendez-vous avec Marie à ne pas manquer :

Avec les jeunes étudiants d’Ile de France :

le jeudi 13 NOVEMBRE à Notre Dame de Paris les étudiants de cette année se préparent à monter à Montmartre après la messe des étudiants en union avec tous les chrétiens d’orient persécutés .

Avec notre Evêque :

le samedi 13 décembre, à St Maur, au pèlerinage de Notre Dame des miracles
Présidé par le Cardinal PHIPPE BARBARIN



 


Dieu Trinité est amour

 

19 juin 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LA FETE DE LA SAINTE TRINITE
(15 JUIN 2014)

Frères et sœurs, ceci n’est pas ma dernière homélie à Notre-Dame du Rosaire, même si en ce jour je souhaite vraiment rendre grâce à Dieu pour ces dix années de ministère vécues au milieu de vous.

Or, cette action de grâce a lieu le jour de la Sainte Trinité avec des textes bibliques que j’ai déjà eu l’occasion de commenter en 2011 lorsque j’ai fêté avec vous mes vingt-cinq années de sacerdoce.

J’aimerais simplement reprendre chacun des passages bibliques et les méditer quelque peu avec vous :

Le livre de l’Exode, deuxième livre du Pentateuque (la Torah comme dit la Bible hébraïque) nous propose d’entendre Dieu lui-même révéler à Moïse –qui lui a pourtant déjà demandé au Buisson ardent en Ex 3,14 son Nom- son identité profonde : « Adonaï, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. » (Ex 34, verset 6). L’épisode se passe peu après la fameuse scène du veau d’or qui valut à Moïse de briser les tables de la Loi reçues au sommet du Sinaï. Ici, Moïse n’a pas interpellé Dieu qui prend lui-même l’initiative de se révéler à son serviteur.

Vous connaissez mon goût pour les sources juives de notre foi : goût d’ailleurs recommandé et promu par le concile Vatican II. J’ai durant ces dix années eu l’occasion plus d’une fois de travailler, d’échanger, de commenter la Bible dans des contextes judéo-chrétiens à Saint-Maur et j’en rends grâce au Seigneur. La première Alliance n’est pas caduque ; l’Ancien Testament est notre patrimoine et je dirais plus profondément qu’il nous faut accéder à Jésus qui « accomplit » en passant nécessairement par l’Alliance première car elle fait toujours partie de l’Alliance éternelle !

Parfois, j’entends dire par des chrétiens que l’Ancien Testament présente un Dieu violent, vengeur, coléreux et batailleur…Avez-vous remarqué avec moi qu’il y a en nous toujours de la révélation première, incomplète, mais pourtant essentielle ? J’aime entendre des fiancés, des catéchumènes, des enfants balbutier les mots de Dieu qui ne sont peut-être pas canoniques, mais n’en constituent pas moins une esquisse balbutiante du Nom de Dieu. Dieu cherché, Dieu entre-aperçu, Dieu qui se découvre en marchant avec Lui.

Vous savez, il y a à Paris le musée des arts premiers quai Branly. On ne parle plus d’arts primitifs, mais d’ « arts premiers » qui disent combien l’être humain est un artiste en puissance capable de se représenter symboliquement. Eh bien, il y a aussi une « religion première » par laquelle les êtres humains se représentent Dieu non comme un autre« moi-même », mais bien comme le Tout-autre pourtant familier et mystérieux mais surtout aimable.

L’homme est capable de Dieu dit la théologie classique (« capax Dei ») : je le crois et j’en suis témoin sans cesse lorsque vous me parlez de Lui, lorsque vous vous lancez en apportant un témoignage lors d’une réunion de préparation au baptême ou lors d’une séance du parcours Alpha, lorsque des catéchistes se risquent auprès des enfants qui ont le chic de nous poser de « sacrées questions » comme lors de la dernière retraite de profession de foi où une jeune faisait remarquer au nom de son équipe ceci : « Vous dites que Jésus est Dieu et qu’il prie Dieu…, alors, il se prie lui-même… ! » Bonne question pour la fête de la Trinité !

La Trinité parlons-en justement avec Saint Paul dans la seconde lettre aux Corinthiens et précisément les derniers versets de cette lettre (2 Co, 13,13). Vous le savez l’introduction et la conclusion d’un texte sont toujours décisifs. L’introduction, on la rédige une fois que l’on a écrit tout son développement. Quant à la conclusion, elle est une signature et ouvre le texte au-delà de lui-même.

Or, les Corinthiens, jeunes chrétiens d’origine païenne étaient réputés pour leurs mœurs peu compatibles avec le style biblique et chrétien. Ils étaient sensibles aux discours à la manière grecque. Ils étaient aussi séduits par le Christ, mais ne renonçaient pas facilement à leurs anciens cultes et pratiques… Je vous cite le dernier verset de cette lettre : «  Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous  ! » Vous voyez d’où viennent nos salutations liturgiques : directement de ce souhait exprimé par l’Apôtre Paul aux Corinthiens.

Or, cette adresse est trinitaire. La Trinité n’est pas un axiome mathématique. La Trinité n’est pas un mystère compris comme une étrangeté. La Trinité exprime le cœur de Dieu qui se révèle non comme une montagne inaccessible ou un gros bloc de glace sur la banquise. Dieu Trinité nous dit fondamentalement que Dieu est unique et qu’il est amour (cf. «  Dieu a tant aimé le monde… », en Jn 3,16) et que cet amour se déploie de manière relationnelle. Dieu n’est donc pas une immense solitude, mais un être fondamentalement relationnel.

Ceci est une promesse pour l’Eglise et plus largement notre monde qui semble si brisé et au bord de grandes ruptures alors que l’on célèbre ces temps-ci sa « Libération » en 1944… Le mystère de Dieu communion –Père, Fils et Saint-Esprit -est le mystère du respect des personnes et de leur puissante unité. C’est ce que la théologie classique appelle le mystère de la vie parfaite sans fusion, confusion ni séparation.

Eh bien Saint Paul exprime cela à la fin de son épître pour inviter les Corinthiens qui étaient décidément bien remuants et batailleurs : entrez donc dans la grâce de Jésus, c’est-à- dire dans le don à la suite de Jésus ; entrez donc dans l’amour de Dieu le Père et oubliez Jupiter avec sa foudre qui vous tombe dessus ; entrez donc dans la « koïnônia », la « communion » fraternelle qui faisait dire à ceux qui rencontraient les premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment !  »(Tertullien, Apologétique, fin du IIème siècle)

Pour les célébrations où j’ai touché du doigt cette communion fraternelle lors des offices de la Semaine Sainte en particulier ; lors de certaines célébrations d’obsèques de paroissiens ; pour les agapes fraternelles du dimanche de rentrée ; pour les temps partagés en Equipe d’animation paroissiale, pour la présence de la communauté traditionnelle et les occasions de rencontres vraies que nous avons pu avoir : merci.

J’aimerais dire encore un mot de l’Evangile (Jn 3,16-18) qui place Jésus le Seigneur au centre, comme un pivot de notre acte de foi. Dans ma vie de prêtre, je vous l’ai déjà dit, ce qui me touche le plus, ce sont les actes de foi que réalisent parfois de manière extrêmement dense des catéchumènes, des jeunes, des malades, des mourants, des pénitents. Il me semble qu’à chaque fois que cela se produit, c’est non seulement un bel acte qui se produit en toute liberté, mais aussi que c’est Dieu lui-même qui est là, qui se dévoile un peu plus. C’est le ciel qui s’ouvre et la terre qui en est transformée.

Saint Jean a déjà fait l’expérience dans sa communauté que la foi au Dieu trinité en passant par Jésus découvert et aimé transforme notre monde. Il a aussi déjà vu combien la foi-confiance en Jésus peut être malmenée parce que d’autres lueurs fallacieuses semblent plus attirantes que Jésus Lumière. C’est pourquoi il nous prévient : « N’oubliez pas combien vous avez déjà expérimenté que seul Jésus peut vous combler, vous éclairer, vous apprendre ce qu’aimer veut dire. »Je me bats avec le dernier verset qui ne peut contrecarrer l’amour- engagement de Dieu envers le monde en « condamnant » deux versets plus loin ceux qui l’auraient oublié ou tout simplement méconnu.

Vous remarquerez que le texte ne dit pas que c’est Dieu qui nous condamne à la solitude et à l’enfer. Le texte s’adresse d’abord à ceux qui ont mis leur vie dans les mains du Seigneur (donc, ceux qui « croient » en lui) car il veut leur rappeler leur premier amour et quelque chose comme la chanson –si je puis m’exprimer ainsi- que le Seigneur nous offrirait : « Il y a longtemps que je t’aime ; jamais je ne t’oublierai… » Et toi, tu m’oublierais donc ; tu te condamnerais toi-même à vivre hors de tout lien avec Celui que tu as pourtant accueilli lors de ton baptême et de ta confirmation, en te mariant, en priant, en accueillant ma parole, en célébrant tous les sacrements. Non, ne fais pas cela me dit-il, nous dit-il. « Je te dis que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu !  »

Frères et sœurs, j’arrête là : merci à tous ceux qui croient modestement en eux et accomplissent quelque chose pour ce monde que Dieu nous a confié. Merci à ceux qui ont foi en leur prochain et le servent comme le Christ nous y invite : encore et toujours. Merci à tous ceux qui œuvrent auprès des plus démunis, des gens seuls, des malades en hôpitaux ou maisons de retraite. Merci à ceux qui donnent un avenir en instruisant et éduquant les jeunes. Merci à ceux qui se laissent transfigurer par Celui qui croit en nous ses créatures, ses frères alors que nous pourrions douter de nous-mêmes. Il est grand et beau le mystère de la foi ! Cultivons notre foi, ainsi nous ne serons jamais déçus !

Père Stéphane AULARD



 


Sans l’Esprit Saint, personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur !

 

17 juin 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DE LA PENTECÔTE
(8 juin 2014)

1-« Sans l’Esprit Saint, personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur !  » (1 Corinthiens 12,3) s’exclame Saint Paul en s’adressant aux Corinthiens, ces jeunes chrétiens issus d’un paganisme à la recherche d’expériences spirituelles fortes en transes et glossolalie !

Saint Jean dans le passage d’Evangile qui nous est offert pour cette Pentecôte (Jn 20,19-23) note quant à lui : « En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. » (Jean 20,20) Cette brève remarque de l’évangéliste a une double signification :

  • Les apôtres au soir de la Résurrection de Jésus aveuglés et enfermés qu’ils étaient reconnaissent tout d’un coup le Seigneur en personne, Jésus ressuscité et glorifié par le Père qui se tient au milieu d’eux et cela suscite en eux de la joie. Or, Saint Paul dans la lettre aux Galates parlant des fruits de l‘Esprit ne dit-il pas qu’ils sont : « amour, joie, paix… » (cf. Galates 5,22).
  • Au soir de la Résurrection et sans attendre, Jésus ressuscité continue de livrer l’Esprit Saint qui procède du Père aux apôtres : il assortit cela de souhaits de paix et les apôtres sont dans la joie !

Il arrive souvent que des personnes disent : « la Trinité, c’est compliqué : passe encore pour le Père et le Fils. Mais alors, l’Esprit Saint c’est trop compliqué ! » J’ai envie de leur dire, peut-être de vous dire aujourd’hui : c’est peut-être que vous n’accueillez pas le souhait de paix que le Seigneur vous donne. Pire, votre vie n’est pas en paix ; vous n’éprouvez aucune joie que nous ne confondrons évidemment pas avec les moqueries et le faux humour !

Et moi qui suis chargé comme prêtre de vous annoncer Jésus Ressuscité, pourvu que je le fasse sous l’action de l’Esprit Saint : «  Sans l’Esprit Saint, personne ne peut dire : Jésus est Seigneur ! »

2-Au fait, qu’est-ce que la Pentecôte ? Vous avez sans doute remarqué que dans le récit de la Pentecôte des Actes des Apôtres, il n’est pas dit que les apôtres firent une expérience qui s’appelle la Pentecôte. Non, il est dit qu’à l’occasion de la fête de la Pentecôte juive, tandis que de nombreux juifs pieux étaient venus en pèlerinage à Jérusalem pour cette fête juive, les apôtres sans doute réunis dans la salle du Cénacle, firent une expérience saisissante ressemblant à ce que Moïse bien avant eux avait vécu dans l’ouragan et les éclairs au sommet du Sinaï (cf. Exode 19,16ss). En effet, c’est sur le Sinaï que le don de la Torah lui fut fait. C’est ce que les Juifs, aujourd’hui encore, rappellent lors de la Pentecôte.

L’expérience des apôtres, c’est celle du don de l’Esprit Saint qui a habité profondément Jésus et qui maintenant les habite. L’Esprit Saint les revêtant de sa force leur donne de s’exprimer dans un langage accessible à ceux qui les entourent. De la « petite Pentecôte » qu’ils vécurent au soir de la Résurrection à la « grande Pentecôte » cinquante jours plus tard il y a donc une même expérience et un pas supplémentaire : l’expérience d’être habité par l’Esprit Saint : je ne suis pas seul, ils ne sont pas seuls et abandonnés à leur fragilité puisque l’Esprit Saint qui pacifie, qui fait aimer comme Jésus et qui établit dans la joie parfaite est communiqué.

Cinquante jours plus tard, ils sont confirmés dans cette vocation : Dieu s’est approché de nous en Jésus et Dieu demeure en nous Esprit Saint, souffle vital. A notre baptême nous avons été plongés dans l’eau et le feu de l’Esprit saint qui nous garantit que nous sommes aimés de Dieu. A notre confirmation, l’Esprit Saint comme un sceau de qualité nous affirme que nous sommes fils et filles de Dieu et envoyés comme le Fils pour porter au monde amour, paix et joie ! Ainsi la Pentecôte est fête des baptisés et confirmés. Elle ancre en nous la mémoire de ces événements clefs. Elle nous agrège au collège des apôtres et nous ouvre à la mission d’évangélisation qui se poursuit depuis le « début de la prédication évangélique » (cf. oraison d’ouverture).

3-Tout cela est enthousiasmant et exprime notre être chrétien fondamental que nous ne saurions mettre de côté ou oublier quand cela nous arrange ! La Pentecôte nous appelle en effet à faire le point de notre engagement chrétien. On ne peut pas demander des prêtres et des laïcs formés, disponibles et profondément engagés si l’on n’a pas, comme baptisé, réalisé à quoi nous engage notre baptême : à être solidaire du Corps du Christ qu’est l’Eglise dont je suis un membre. Non pas membre d’une association parmi tant d’autres, mais bien membre relié au Corps : soucieux de ce corps et désirant sa croissance !

L’évangélisation a en effet pour but la croissance de l’Eglise : croissance en nombre certes, mais aussi croissance en qualité de témoignage. Comme cela est toujours dur d’entendre des personnes que j’interroge lorsqu’elles viennent demander un service à l’église et qui me disent : « ah non, nous ne connaissons pas de chrétiens ! Lorsque l’on fait le bilan du parcours Alpha implanté maintenant depuis près de dix ans dans notre paroisse et notre ville, nous apprenons que nous avons réussi cette année à toucher huit personnes qui ont participé à ce parcours de découverte de la foi chrétienne sur plusieurs semaines. Huit personnes invitées par des chrétiens qui ont commencé à prendre leur baptême au sérieux et à inviter un voisin, un ami à entendre parler de Jésus, de ce qu’Il est pour nous et de la foi qui peut soulever, transformer nos vies ! Nous ne cherchons pas nécessairement à faire du chiffre, frères et sœurs, mais nous cherchons à partager notre foi qui nous donne des raisons d’aimer, de désirer la paix et d’entrer dans la joie profonde qui traverse toutes les épreuves !

Je vous prie de m’excuser si depuis dix ans vous avez eu l’impression que je vous bousculais un peu trop, mais sachez-le notre trésor n’est pas à cacher. Notre trésor est à partager en faisant confiance à l’Esprit Saint. Les apôtres le soir de la Résurrection et le jour de la Pentecôte étaient verrouillés dans la salle du Cénacle…, la salle où le Seigneur selon la tradition avait institué l’eucharistie. L’Esprit Saint les a bousculés, les a envahis, les a irradiés définitivement. Dès lors a commencé la grande aventure de l’évangélisation. Elle se poursuit, elle est actuelle plus que jamais.

Le Seigneur Jésus que nous aimons et que nous allons reconnaître présent dans cette eucharistie a besoin de nous pour que sa bonne nouvelle soit connue et aimée. Le Seigneur Jésus recherche non seulement des disciples, mais aussi des apôtres au cœur de feu. J’espère que durant la prochaine année scolaire, vous serez nombreux à inviter un ami, un parent, un voisin, un collègue, un saint-maurien parmi les 76000 habitants que compte notre ville au parcours Alpha, à vivre aussi pour vous-même –pourquoi pas- ce temps de découverte et d’approfondissement dans la fraternité !

Et souvenez-vous : « Sans l’Esprit Saint, personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! »

Père Stéphane AULARD



 


Sans Pâques, notre foi est vaine

 

26 mai 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DE PAQUES
(20 AVRIL 2014)

Je suis à mon bureau et je viens de relire, comme je le fais depuis bientôt vingt-huit ans quelques jours avant la fête, les textes bibliques de ce Dimanche de Pâques.

Je me demande depuis un moment : « Comment leur annoncer la nouvelle de Pâques ? Comment faire pour qu’ils saisissent profondément que, sans Pâques, notre foi est vaine ? »Mieux, que Pâques n’est pas un petit article de foi au milieu d’autres. Pâques, c’est le cœur de la foi chrétienne. Un de mes professeurs d’exégèse biblique au séminaire disait : « L’Evangile est écrit à l’encre de la résurrection ! » Car la Résurrection, la Résurrection du Christ, exprime pleinement qui est le Christ : « Moi, Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s’il meurt, il vivra. » (Jean 11,25)

Comme l’entend Saint Jean - celui qui court avec Saint Pierre vers le tombeau vide au petit matin de Pâques- dans la première vision du Christ rapportée par l’Apocalypse et qui semble le terrifier : «  Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, Je suis le Vivant : j’étais mort mais me voici vivant pour les siècles des siècles et je détiens les clefs de la mort et du séjour des morts. » (Apocalypse 1,17-18).

Nous pressentons bien qu’il y a ici bien plus qu’un grand homme au Panthéon des gloires internationales pour lequel nous aurions de la reconnaissance.

Nous pressentons bien que la Résurrection du Christ, c’est autre chose que le souvenir vivant d’un grand maître de sagesse aux paroles bienfaisantes à déguster de temps en temps pour un meilleur développement personnel !

Nous pressentons bien que si nous arrivons à mieux saisir –à tous les sens de ce mot « saisir »- ce « Vivant », notre vie pourrait en être transformée : notre vie personnelle certes, celle des nôtres et celle de l’Eglise ; celle du monde fasciné par les puissances de mort et prêt à jongler comme un apprenti sorcier avec le mystère de la vie.

Et pourtant malgré ce juste pressentiment –qui nous fait dire : « Ah si je vais de ce côté, je vais toucher à l’essentiel »- il semble que notre culture veuille s’étourdir dans l’oubli de ses racines comme si l’on pouvait vivre et se construire hors sol. N’est-il pas tout à fait stupéfiant que l’on veuille du « bio » en toutes choses, de l’authentique, du savoureux, des organismes non génétiquement modifiés et qu’au même moment l’on refuse ce qui fonde notre culture et qui s’appelle la Résurrection du Christ devenue une étrangeté, une vieillerie découverte à la foire aux trouvailles alors qu’il s’agit de la puissance comprise comme immense potentiel, grande geste qui explique et fonde tout le reste.

Attention, je ne vous parle pas de la résurrection chiquenaude à la façon : «  On efface tout (y compris la mort) et on recommence !  » Je vous parle de la résurrection de Jésus Christ Maître et Seigneur de l’Univers visible et invisible où Dieu fait homme épouse notre condition jusque dans notre mort pour y inoculer de nouveau le principe de vie qui est en Dieu et qui a été vicié par le péché originel. Oui, Il est bien mort le Christ pour que nous soyons vivants de sa vie et que nous lui soyons configurés. Dès lors, la foi chrétienne affirme ceci et je vous l’annonce ce matin :

En Jésus Christ, depuis sa Résurrection, la mort est terrassée : elle a reçu un coup fatal dont elle ne se relèvera pas. Même si elle n’est pas totalement éradiquée à la manière d’une épidémie, la mort comme instinct vicieux, comme fascination peccamineuse, la mort comme « culture » comme disait Jean-Paul II est touchée et elle ne s’en remettra pas.

Beaucoup d’entre nous sont ici des baptisés ; trois adultes ont reçu hier soir ici le baptême et il en a été ainsi pour plus de 3600 adultes hier soir partout en France. Qu’est-ce que le fait d’être baptisé signifie pour nous ? C’est bien le jour de nous poser la question puisque Pâques est le moment de l’année où il nous est demandé de renouveler notre profession de foi baptismale : Crois-tu en Dieu notre Père et notre créateur ? Crois-tu en Jésus Christ notre Sauveur ? Crois-tu en l’Esprit Saint consolateur et sanctificateur ? Crois-tu que l’Eglise catholique est ta mère qui t’apprend cela, t’éduque et te nourrit par la prière et les sacrements qui te sont vitaux faute de quoi tu te dessècheras !

Mais, frères et sœurs, comment entendons-nous ces paroles de Saint Paul : «  Vous êtes ressuscités avec le Christ. » (Colossiens 3,1) En effet, par le baptême, nous avons été, de manière initiatique, ensevelis avec le Christ et nous sommes ressuscités avec Lui. Le chemin pascal du Christ nous est offert pour nous inspirer tant il est vrai qu’il serait étrange que le Christ ne nous formât pas quand nous acceptons de nous laisser formater par une culture bien mortifère à force d’être politiquement correcte et qui nous éloigne du dynamisme de Pâques. Laissons-nous plutôt transformer par le Christ :

  • Son service de l’homme (Il n’a pas cessé partout où « il passait de faire le bien ») (cf. Actes 10) ;
  • Sa passion et sa mort comme puissant don de lui-même, sacrifice offert de sa vie pour nous sortir de l’esclavage du péché ;
  • Son ensevelissement qui lui permet encore de rejoindre tous ses frères humains mais aussi d’aller, comme Fils de Dieu, chercher au royaume des morts (les enfers) tous ceux qui gisent dans l’ombre de la mort.

Laissons-nous guider par le Fils de Dieu dans le cœur à cœur que nous pouvons entretenir avec Lui : Depuis combien de temps ne nous Lui avons-nous pas parlé ?

Depuis combien de temps nous sommes-nous entretenus avec Lui dans le secret de la prière et de la contemplation ?

Depuis combien de temps nous sommes-nous confessés pour recevoir le pardon et la paix toujours actuels, vivants, régénérant du Seigneur ?

Depuis combien de temps avons-nous communié avec ferveur au Christ qui accepte de venir en nous comme une nourriture autrement plus énergisante que toutes ces boissons frelatées que l’on nous vante ?

Savez-vous, frères et sœurs que le Christ a rendez-vous avec nous ce matin comme Il a rejoint ses apôtres timorés, trouillards, pleutres qui l’abandonnèrent au plus fort de la tourmente. Après sa résurrection, Il les a revus lorsqu’Il s’est montré à eux et cela les a définitivement mis en marche.

Je ne doute pas qu’aujourd’hui avant notre repas de famille et pour le justifier en somme –sinon la fête de Pâques serait vidée de tout contenu et ramenée à une occasion supplémentaire de manger du chocolat-, Il ait rendez-vous avec chacun et chacune d’entre nous précisément pour nous réveiller et nous relancer.

C’est important de ne pas rater ce rendez-vous que la liturgie de Pâques nous offre. Vous vous êtes déplacés nombreux contredisant les statistiques tellement prisées par les médias qui veulent cantonner la foi chrétienne et l’Eglise au rang du folklore ou au mieux du patrimoine (les vieilles pierres et les concerts de musique sacrée)

Acceptez donc ce rendez-vous d’amour avec le Ressuscité ! Puisez à la source l’énergie vitale de Celui qui dans un « duel prodigieux » a vaincu la mort. Renouvelez-Lui votre foi qui fait naître l’espérance chevillée au corps et l’amour de charité véritable.

Bref, soyons heureux de connaître le Christ et le Seigneur, le seul qui puisse fonder notre joie, la renouveler sans cesse et nous conduire.

Je conclus avec quelques mots empruntés à Saint Grégoire de Nysse, l’un des maîtres spirituels du christianisme oriental (4ème siècle). Il me semble qu’il nous indique un bel horizon ou plutôt un sommet à rechercher une fois que l’on a puisé à la source. Je vous souhaite de grand cœur cette belle trajectoire spirituelle. Sachez que les prêtres sont toujours disponibles pour vous aider à vivre une telle ascension :

« Celui qui s’élève ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement, et le commencement de biens toujours plus grands n’a jamais de fin. Jamais celui qui monte n’arrête son désir à ce qu’il connaît déjà ; mais s’élevant successivement par un autre désir à nouveau plus grand, à un autre supérieur encore, l’âme poursuit sa route vers l’infini à travers des ascensions toujours plus hautes. »

Père Stéphane AULARD



 


"Vous ferez cela en mémoire de moi"

 

26 mai 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU JEUDI SAINT
(17 avril 2014)

L’heure est tardive et le jour inhabituel…

Ce sont les vacances de printemps comme on dit… Et beaucoup sont partis en congés !

C’est pourtant la Semaine sainte de l’an de grâce 2014 et nous nous rassemblons dans toutes les églises du monde chauffées et éclairées, mais aussi mitraillées ou surveillées par quelque police politique pour faire mémoire de la Cène du Seigneur Jésus Christ au cours de laquelle Il institua le sacerdoce chrétien, la messe et le service par amour des hommes qu’Il est venu sauver.

Cette eucharistie nous invite donc à nous souvenir, pour mieux agir aujourd’hui et nous ouvrir à l’avenir de l’homme qui est en Dieu.

« Faites cela en mémoire de moi. »

Tout d’abord, l’Eglise se souvient  :

Nous ne sommes pas venus feuilleter les pages d’un album aux couleurs sépia ; non, nous sommes venus faire mémoire comme dans la liturgie pascale juive que Jésus a vécue avec ses disciples au cours du « repas » dont il est question dans l’Evangile.

Le Maître –Jésus- comme un rabbi pharisien entouré de disciples célèbre la Pâque juive entouré de ceux qui sont comme une famille pour lui et ils vivent ensemble le rituel de ce « seder » (repas) si particulier au cours duquel le plus jeune demande en substance au maître -qui fait office de père- : «  Pourquoi cette nuit diffère-t-elle de toutes les autres ? »Le maître répond alors en rappelant la nuit de la libération évoquée dans la première lecture de notre liturgie (Exode 12,1-14) : la libération d’Israël esclave en Egypte.

Dieu s’est souvenu de son peuple et son peuple se souvient de Lui qu’il ne saurait oublier. Oui, Dieu a pris parti pour son peuple dont il a vu la misère. Les fêtes pascales commencent aujourd’hui avec ce « triduum » (ces trois jours) et le mystère pascal est à l’œuvre puisque Dieu fait passer son peuple d’hier et d’aujourd’hui de l’esclavage à la liberté. Mais, ne nous y trompons pas si Dieu accomplit cette libération pour nous, ce n’est pas simplement pour que nous nous souvenions d’Israël en Egypte, mais pour que nous nous souvenions de la Passion du Seigneur annoncée dans le repas eucharistique, dans chaque messe offerte, célébrée en mémoire de jésus Christ notre libérateur : le libérateur de l’Eglise et de chacun de nous.

Jésus Christ s’est offert en sacrifice, a livré sa vie, a offert son corps et versé son sang pour nous libérer du mal et du péché qui nous rongent et font en nous œuvre de mort, nous rendent esclaves de nous-mêmes de nos passions, de nos désordres contre lesquels nous ne pouvons lutter par nos propres forces. Dès lors, en cette nuit du Jeudi Saint, comme les apôtres, nous accueillons déjà dans le repas eucharistique que Jésus nous demande de célébrer jusqu’à la consommation des siècles notre libération du péché  : c’est cela la messe.

Ce n’est pas un simple repas de fête où l’on communie les uns aux autres parce que l’on est heureux de se retrouver entre amis, en famille. La messe, c’est la mémoire du sacrifice de l’Agneau porteur du péché du monde auquel nous participons de bien des manières malheureusement. Ce soir l’Eglise se souvient que Jésus a institué cela, l’a établi et nous presse fortement de ne pas l’oublier.

J’entends parfois des personnes dire : « je viendrai à vos messes quand ce sera du gospel ! » D’autres disent plutôt : « Depuis que la messe n’est plus en latin, je ne viens plus : remettez la en place et je reviendrai… ! » Que je sache, la messe c’est la messe et les formes esthétiques qui l’entourent sont toujours secondaires par rapport à ce qui en fait l’essence que nous devons avoir devant les yeux ou plutôt au plus profond de nous : Notre Sauveur Jésus Christ la veille de sa Passion a institué la messe comme un sacrifice nous unissant au sacrifice de Jésus Christ.

A chaque messe, c’est le sacrifice du Christ qui est sous nos yeux et auquel nous communions véritablement. Comme le dit Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. » (1 Corinthiens 11,26)



« C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

La messe pour mieux agir aujourd’hui :

Nous ne sommes donc pas en dehors du temps en étant à la messe puisque nous nous unissons au « maître du temps et de l’histoire », à Celui qui a transformé l’histoire des hommes en la réorientant pour en faire une histoire sainte, une histoire du salut de Dieu qui est déjà accompli et qui se poursuit de générations en générations.

Dans quelques instants, nous allons voir le geste du lavement des pieds se dérouler devant nous. Certains vont y participer : ce n’est pas un honneur pour eux. Ils ne sont pas des paroissiens à part choisis pour leur zèle ou leurs qualités irréprochables. Ne nous attachons pas à ces détails, mais cherchons plutôt à comprendre comment le geste du lavement des pieds rapportés dans l’Evangile selon Saint jean (Jean 13,1 ss) trouve sa place au cœur de l’action eucharistique.

Pourquoi, ce qui semble trivial -laver des pieds- peut avoir toute sa place dans un espace sacré comme le chœur d’une église tout près de l’autel et avec les ministres de l’église revêtus des habits liturgiques. Ne cherchez pas, frères et sœurs, ce ‘lavement des pieds » où l’on se fait laver les pieds par un autre nous apprend l’humilité, le service mutuel et nous invite à relier prière et service, action et contemplation.

Comment vivre la messe véritablement si je n’ai pas la charité au quotidien dans ma famille, dans mes activités et engagements, dans mes pensées et mes dires ? L’image du lavement des pieds que nous allons voir nous rappelle que Jésus priant et s’offrant à son Père pour sa gloire et le salut du monde est bien Celui qui a touché les impurs et rendu leur dignité aux pauvres de toutes sortes.

Dès lors, quand je viens à la messe, je ne saurais oublier mon quotidien ; au contraire. Car je viens à la messe avec mes blessures et mes fragilités, mes réalisations et mes pauvres essais de charité. Je viens comme « recharger mes batteries » sur le Fils de Dieu le maitre de la charité et je viens m’unir à lui en apportant en offrande grandeurs et misères du monde. Souvenons-nous en au moment de la présentation des dons à l’autel. Pourvu que ce pain et ce pain mêlés du sang et des larmes de nos frères et de nous-mêmes expriment aussi l’amour véritable dont nous sommes capables et que nous retournons en action de grâce à Dieu !

« Vous ferez cela en mémoire de moi : »

Notre avenir est en Dieu

Sans doute comme moi êtes-vous pris parfois de vertige lorsque nous nous essayons à imaginer notre avenir au-delà de cette vie : avenir personnel, avenir relié à ceux qui nous précèdent et à la grande histoire humaine. Blaise Pascal parlerait ici probablement de ces espaces infinis effrayants tant la représentation est impossible.

Vous m’avez souvent entendu vous citer la fameuse parole de Saint Jean de la Croix : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » On a envie immédiatement d’ajouter : Nous serons jugés par le Dieu d’amour qui saura purifier en nous ce qu’il y aura à purifier pour nous faire accéder à la béatitude pleine et totale en Lui. Il est bon parfois d’avoir cela présent à nos esprits pour avancer.

Il me semble que ce soir, la fameuse injonction du Seigneur Jésus - « Vous ferez cela en mémoire de moi  » - comme conclusion des paroles de la consécration eucharistique appelle l’autre relié au lavement des pieds : « Afin que vous fassiez comme j’ai fait pour vous… » Notre religion est la religion de l’action à la suite de Celui qui est toujours à l’œuvre en communion avec son Père.

Le Christ nous somme d’agir dans son Eglise pour le salut du monde. Il nous dit que le critère de l’action est l’amour véritable qui ne saurait être visqueux ou mélancolique, mais bien plutôt engagement plénier, durable, fidèle, contre vents et marées. Cet engagement s’origine dans notre baptême déployé dans la confirmation et nourri par l’eucharistie : puisque le Seigneur nous fait la grâce insigne de venir nous nourrir de son amour, nous ne saurions moins faire en regagnant notre quotidien.

« Ite missa est » : Allez, la messe est dite dans le Cénacle et vous pouvez, comme un peuple sacerdotal, missionné la poursuivre dans le monde, sur le monde, comme dirait Teilhard. Toujours en vous unissant à Celui qui est source et sommet de votre vie pour que son amour se déploie en ce monde mieux que l’eau ne couvre les mers. Pour que son amour livré atteigne sa perfection en vos âmes et en vos vies enfin arrivés à sa hauteur. Voilà notre horizon. Voilà notre espérance pour aujourd’hui et pour demain. Voilà pourquoi la messe nous est si précieuse car elle est école pour notre vie, pour l’action de grâce et pour le sens ultime de nos existences cachées en Dieu.
Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Le chemin, la parole et l’offrande

 

22 mai 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU CINQUIEME DIMANCHE DE PÂQUES
18 mai 2014

Pour aller où je m’en vais, dit Jésus dans l’Evangile, vous connaissez le chemin… (Jean 14,4)

Le chemin, c’est Lui Jésus bien sûr. Il s’en va vers le Père non pas parce qu’Il va mourir. On est certes à la veille de la passion et de la mort du Christ. Non, plus fortement : Il va vers le Père. Il s’en retourne vers le Père, vers son Père et Notre Père. Car il vient de Lui et va vers Lui (cf. Jean 1,28 ; 13,1). C’est la trajectoire de la Révélation chrétienne, c’est le grand mystère chrétien : Le Christ dans son Incarnation vient du sein du Père jusqu’à nous pour habiter de l’intérieur, en toutes choses excepté le péché, notre condition humaine.

Son œuvre, ses œuvres, sont celle de la Rédemption par laquelle Il nous sauve du péché, Il nous libère de nos entraves qui nous lestent si rudement à ce qu’il y a de plus lourd en nous pour nous faire participer pleinement à son être et faire de nous un peuple saint, un peuple de prêtres chargés de s’offrir comme Lui aux frères et au Père. C’est ainsi que le mouvement de la Rédemption s’accomplit parfaitement et que l’œuvre d’amour du Christ se poursuit d’âge en âge.

L’Esprit Saint promis par le Christ ne nous laisse pas orphelins puisque nous sommes habités par Lui : la grâce peut davantage comme l’écrivait il y a quelques années l’abbé de la Trappe du Mont des Cats parce qu’elle nous est communiquée : «  l’Esprit poursuit dans le monde l’œuvre du Christ et achève toute sanctification », comme dit la prière eucharistique IV.

Avez-vous remarqué que le Christ chemin ne cesse de s’adresser à nous lorsque nous nous saisissons vraiment de l’Evangile, nous y plongeons, le mâchons, le relisons seuls ou avec d’autres, lorsque nous vivons des sacrements qu’Il a institués pour notre sanctification : sacrements de l’initiation, sacrement de la croissance, sacrements de la guérison. Lorsque nous croyons vraiment qu’il est possible de le rencontrer dans les frères.

Car, il y a aussi le » sacrement du frère », le sacrement des frères : pour moi, ils portent des noms ceux que j’ai accompagnés vers les sacrements depuis dix ans ici, dans une chambre d’hôpital, dans les familles. Je vous en remercie. Je vous remercie pour les confidences, pour la gravité parfois des propos partagés, pour la recherche de l’essentiel qui nous anime quand nous le voulons véritablement.

J’aimerais ajouter quelque chose sur le mot « parole » qui revient plusieurs fois dans tous les textes de ce 5ème dimanche de Pâques : les apôtres ne veulent pas délaisser le service de la Parole et la prière (Actes 6,2), mais ils ne veulent pas que le service des veuves et des orphelins à une époque où la sécurité sociale et les subsides de toutes sortes n’existaient pas, soit non plus délaissé. Ainsi se mirent en place les ministères et le ministère.

Les apôtres ne sont pas supérieurs aux diacres naissant avec Etienne à leur tête, mon saint patron : Apôtres, précurseurs des évêques et des prêtres comme diacres sont au service de cette triple tâche que doit accomplir l’Eglise à tous les âges : diaconie des pauvres, service des plus faibles et diaconie de la Parole, des sacrements et de la prière. Un peu plus loin dans les Actes des apôtres, l’on voit Etienne et Philippe en prédicateurs (Actes 7 et 8) et les apôtres en guérisseurs : les lignes de fracture entre prédication et charité n’existent pas en christianisme : on ne prie pas, on ne va pas à la messe pour oublier les autres, entrer dans une liturgie qui serait une pure esthétique sans lien avec le monde réel. On ne médite pas la parole de Dieu pour ne surtout pas rencontrer son voisin dans la peine ou la difficulté. Et la Parole renvoie au frère et les frères ont besoin d’entendre la voix du Seigneur à travers nous ! Tout se tient.

C’est cela qui constitue l’Eglise famille, l‘Eglise offrande, le temple spirituel dont parle Saint Pierre dans sa première lettre ( 1 Pierre 2,5). Vous savez combien j’ai eu à cœur durant mon ministère parmi vous d’embellir cette église : dédicace, changement de l’autel, changement de l’orgue, nouvelles cloches, ornements liturgiques. Mais tout cela est au service de notre offrande spirituelle, de l’offrande de nos vies reçues de Dieu et travaillées par nous avec la grâce de Dieu. Puissions-nous prendre part à chaque eucharistie en désirant y apporter nous-mêmes et nos familles, nos frères, nos voisins, nos collègues qui peinent, aiment, souffrent, croient, espèrent, comme nous.

Il faut que nous placions sur la patène et dans la coupe eucharistique notre offrande. Demandons-nous toujours ce que nous apportons en venant à l’eucharistie. Plaçons-la sur l’orbite de l’offrande du Christ offerte au Père. Obéir à la Parole (cf. 1 Pierre 2,8), c’est obéir au Christ qui nous enjoint de faire eucharistie, d’entrer dans l’action de grâce et dans l’intercession : faites ceci en mémoire de moi ! Unissez-vous à Moi dans l’offrande eucharistique !

Je termine avec ces propos de Jésus : «  les paroles que je vous dis je ne les dis pas de moi-même. »(Jean 14,10) Les paroles d’amour éternellement échangées en Dieu Père et Fils ne sont en surplomb de personne. Elles ne sont pas oiseuses, vaines, hypocrites, mondaines (et pour cause !) : elles sont éternelles, elles sont amoureuses, elles sont profondes.

O Christ, fais-nous entrer dans ce régime-là : celui des paroles qui restent, qui réchauffent et construisent, édifient. Fais-nous entrer dans la dynamique des paroles suivies d’actes et des actes dont on peut rendre compte. Fais-nous entrer dans le colloque éternel pour mieux travailler ici à ton œuvre. Alors nous goûterons déjà à l’éternité capable de saisir ce monde en travail d’enfantement (cf. Romains 8,22). Amen.

Père Stéphane AULARD



 


La porte qu’est le Christ

 

15 mai 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU QUATRIEME DIMANCHE DE PÂQUES
(11 mai 2014)

Ce quatrième dimanche de Pâques, comme vous le savez, a pour sous-titre : « Dimanche du Bon Pasteur ». C’est à cette occasion que chaque année l’Eglise universelle est invitée à faire monter une prière unanime pour les vocations. Une prière adressée au Seigneur Jésus Christ le Bon Pasteur, le Bon Berger.

Le chapitre 10 de l’Evangile selon Saint Jean présente Jésus comme le Bon Pasteur. On devine en entendant les dix premiers versets aujourd’hui que lorsque Jésus dit : « Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom  » (verset 3) il parle du Bon Pasteur, du vrai berger qui connaît chacune de ses brebis, leur a donné un nom ainsi lorsqu’il les appelle…, elles le reconnaissent et le suivent.

La fin du texte nous en dit un peu plus sur l’état d’esprit, les dispositions intérieures, le projet de ce Bon Pasteur dans lequel nous reconnaissons évidemment Jésus : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. » (verset 10) Nous connaissons Jésus Christ ; nous savons qu’en lui est la source de la vie, Il est le Vivant par excellence.

Et puis, plus d’une fois dans notre vie, nous avons pressenti qu’il est bon de vivre comme Jésus, de vivre à la suite de Jésus, de vivre avec Jésus comme compagnon de route (souvenez-vous des pèlerins d’Emmaüs accompagnés par le Ressuscité et qui découvrent combien par lui leur cœur est brûlant, combien par lui la vie, leur vie est renouvelée).

Tout dans ce passage nous introduit à l’affirmation du verset 11 qui est célèbre, mais que vous n’entendrez que l’année prochaine à pareille époque :

« Moi, je suis le Bon Pasteur, le vrai berger. »

Mais, le début de ce chapitre célèbre développe une autre image qui, au premier regard, nous paraît peut-être moins suggestive : l’image de la porte. D’abord de manière apparemment banale : «  Celui qui entre par la bergerie sans passer par la porte…, celui-là est un voleur. » (verset 1), puis de manière solennelle voyant que ses interlocuteurs n’ont vraiment rien compris ce que Jésus veut leur dire : « Amen, amen, je suis la porte des brebis… » (verset 7) ; enfin de manière extrêmement concise comme souvent dans l’Evangile de Jean lorsque Jésus s’attribue une image : « Moi, je suis la porte. » (verset 9)

Vous le savez, l’auteur du quatrième évangile met sur les lèvres de Jésus des expressions toujours ciselées de la même manière : sujet verbe et attribut : « Moi, je suis le pain de la vie » (Jean 6,35) ; « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14,6) ; « Moi, je suis la résurrection et la vie » (Jean 11,25). Jésus n’est pas prétentieux lorsqu’il parle ainsi. L’évangéliste se souvient des paroles du Seigneur révélant à Moïse son nom au buisson ardent : « Moi, je suis qui je suis. » (cf. Exode 3,14).

Là est la référence fondamentale et pourtant avec Jésus les choses se précisent : Celui qui est, qui était et qui vient est la porte. Non seulement, Il vient à notre rencontre, il chemine avec nous, mais aussi, il nous faut passer par lui. Pour aller et venir (cf. verset 9) en enfants de Dieu libérés, il faut accepter de passer par le Christ.

Vous connaissez cette autre parole de Jésus en Saint Jean : « Qui veut aller vers le Père doit passer par moi. » (Jean 14,6) Le passage, le chemin pascal qui nous fait toujours aller des ténèbres à la lumière, d’une vie quelconque à une vie pleine, passe par le Christ.

-Les catéchumènes comme les personnes qui redécouvrent la foi, les chrétiens charpentés savent que de leurs propres forces ils n’iront pas loin car ils se fatigueront. La porte de la bergerie, c’est la porte de l’Eglise où les chrétiens sont rassemblés, où la Parole est annoncée, où les sacrements sont célébrés. Le portail de l’Eglise, c’est le baptême, c’est l’eucharistie et la confirmation comme sacrements fondamentaux décisifs ou réitérables. Aller à l’eucharistie régulièrement et communier au Christ, c’est passer encore et encore par le Christ, la porte de la vie éternelle.

Beaucoup rêvent d’une autonomie absolue : « je fais ce que je veux. », parole adolescente qui est aussi celle de beaucoup d’adultes, bien illusoire à l’époque où –dit-on- nous sommes surveillés de toute part, écoutés, filmés, enregistrés, évalués, contrôlés. La porte qu’est le Christ, n’est pas un portique payant muni de radar. C’est la porte munie d’un seuil où l’on peut faire la pause, se parler au soleil, s’attarder. C’est la porte entre notre vie chahutée, bruyante, riche aussi et la vie régénérée, réalimentée, ressourcée. La porte, c’est le Seigneur lui-même comme de la « belle ouvrage » : une porte en beau bois sculpté, faite pour durer et que l’on admire.

Frères et sœurs, Celui qui se tient à la porte et qui frappe, comme dit l’Apocalypse (Apocalypse 3,20) est aussi la porte elle-même, car on n’entre pas dans la vie sans s’arrêter. Aujourd’hui arrêtons-nous devant cette belle porte qu’est le Seigneur, écoutons le son de sa voix, contemplons son beau visage pour mieux reprendre la route et découvrir chaque jour combien les visages de nos frères, leurs paroles, leurs actes peuvent être aussi précieux et devenir la matière de notre action de grâce.

Prions, le Seigneur pour ceux qui reçoivent l’ordination diaconale ou sacerdotale dans notre diocèse en ces mois de mai et de juin : qu’ils soient de bons passeurs, de bons pasteurs en étant toujours davantage attachés à Celui qui est la porte et le vrai pasteur !

Père Stéphane AULARD



 


Pourquoi sommes-nous chrétiens ?

 

14 avril 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION
(13 AVRIL 2014)

La Semaine sainte commence aujourd’hui avec la procession des rameaux rappelant l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem avant l’ignominie de l’abandon, de la trahison, du faux procès et de la crucifixion puis le silence du tombeau et la résurrection inouïe qui explique notre présence ici en ce jour.

Nous arrive-t-il en effet de nous demander pourquoi nous sommes chrétiens, toujours chrétiens, bientôt chrétiens  ? Nous sommes chrétiens bien sûr parce que pour l’immense majorité d’entre nous nos parents nous ont fait baptiser, « parce que c’est comme ça chez nous. » Loin de moi l’idée de mettre cela en cause surtout si cela nous a permis de découvrir Jésus dans son Eglise, d’apprendre à prier, de vivre les sacrements : confirmation, messe dominicale, mariage, confession, onction des malades, prière pour qu’il y ait des prêtres qui puissent nous servir ces sacrements…

Et aujourd’hui en ce dimanche des rameaux, 13 avril 2014, qu’avons-nous dans l’esprit et dans le cœur en venant à l’église  ? Nous voulons rapporter chez nous des buis bénis pour les placer sur la croix qui est dans une pièce de la maison. Nous allons en porter à une voisine qui ne se déplace plus ou aux enfants qui ne viennent pas beaucoup à l’église. Nous irons les placer sur la tombe familiale à l’occasion. Loin de moi l’idée de critiquer ces démarches charitables de partage, de dévotion, de respect qui nous honorent.

Mais, allons plus loin : aimons-nous Jésus et avons-nous le désir de le suivre comme nous avons suivi la croix pour entrer dans l’église tout à l’heure ? Avons-nous le désir de le bénir, le chanter, le célébrer comme notre roi, l’élu de nos cœurs rassemblés si je puis dire ? Qu’avons-nous envie de lui murmurer du bout des lèvres en puisant très profond en nous au début de cette semaine sainte ? Lui disons-nous nos peines, nos espoirs, nos désirs de paix, de vérité, d’amour sincère et durable ? Et si durant cette semaine nous nous essayons un peu à faire cela chez nous, dans un transport en commun même bondé, seul ou surtout ici en rejoignant tous ceux qui vont venir célébrer Celui qui a donné sa vie pour le salut du monde et le nôtre.

La Semaine sainte pour un chrétien catholique, c’est le sommet de l’année qui nous permet de nous remettre en face de l’essentiel : c’est-à-dire de Jésus. On ne rate pas la Semaine Sainte que l’on soit à Saint-Maur ou en vacances. On rejoint ses frères et sœurs pour prier avec eux et nous tourner vers l’unique nécessaire : mon roi et mon maître qui me donne du goût à vivre parce qu’Il est capable de transformer les cœurs les plus secs qui soient, parce qu’Il est capable de me faire pleurer en voyant que moi aussi je suis capable de trahir, de renier, d’être violent, menteur, superficiel comme tous les personnages de la Passion.

Mais, attention, s’il me fait pleurer mes péchés, c’est en fin de compte pour atteindre la vraie joie que personne ne pourra nous ravir : la certitude d’être aimé sans condition, la certitude que je ne serai jamais seul puisque mon Dieu m’accompagne partout, la certitude que le don de soi n’est pas une niaiserie mais bien le moteur qui transforme ce monde que Dieu nous a confié comme un champ à travailler, une œuvre d’art à façonner.

Frères et sœurs, ne nous lamentons pas sur l’époque que nous vivons, mais décidons-nous, avec la grâce du Dieu vivant à l’habiter chrétiennement. Et pour commencer, prions ensemble en suivant Jésus qui a institué la messe, le service charitable et le sacerdoce le Jeudi Saint. Suivons Jésus le Vendredi Saint sur son chemin de croix courageux, héroïque, magnifique en le transformant en chemin de vie et en don parfait de soi. Suivons Jésus ressuscité car l’amour de Dieu ne peut pas être anéanti, car l’amour du Seigneur est pour ceux qui le cherchent. Venons puiser avec les trois jeunes adultes qui seront baptisés samedi soir prochain au cours de la veillée pascale, la joie de croire. Venons dimanche prochain faire nos Pâques, autrement dit redire au Seigneur en assemblée chrétienne : Je suis chrétien avec mes frères ; j’en suis heureux et fier. Cela me donne de la joie, cela me fait croire, espérer et aimer et c’est bien là l’essentiel !


Père Stéphane AULARD



 


Lazare relevé d’entre les morts.

 

7 avril 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU CINQUIEME DIMANCHE DE CARÊME
(DIMANCHE 6 AVRIL 2014)

Ce dimanche, nous accueillons Laurianne, Mathilde et Alexis qui, dans quinze jours, au cours de la veillée pascale le 19 avril seront baptisés. Ils sont émus parce qu’ils viennent s’exposer à la grande lumière du Seigneur qui voit, scrute les reins et les cœurs, comme dit la Bible ? Le Seigneur n’est pas là pour nous dénoncer ou exposer à la face de tous combien nous sommes fragiles et pécheurs. Il se propose à nous pour nous aider à faire la vérité sur notre vie. Par le baptême, Il vient renouveler de fond en comble notre être intérieur et nous combler de sa présence vivifiante, nous habiter par son Esprit comme le soulignent les deux premières lectures de ce jour.

Au cours de la journée du pardon que vient de vivre notre paroisse ce samedi, beaucoup déjà baptisés sont venus aussi s’exposer à la Parole de grâce du Seigneur et regagner en lumière en recevant le pardon sacramentel de leurs péchés.

Ainsi donc, catéchumènes et baptisés, nous faisons l’expérience de la grande bonté de notre Seigneur qui veut notre bonheur, la réussite non seulement humaine, mais aussi spirituelle de notre vie. En effet, notre vie humaine livrée à nous-mêmes, nos tourments, nos errements, nos duretés, s’en irait tranquillement à la mort, au désespoir, à la solitude, pire à la bestialité si le Seigneur ne venait s’adresser à nous pour nous faire sortir de notre enfermement et en fin de compte nous libérer.

Le récit de la « résurrection de Lazare » dans l’Evangile selon Saint Jean (Jean 11,1-45), comme les deux autres récits de résurrection dans les évangiles synoptiques - celle de la petite fille de Jaïre qui avait douze ans (cf. Marc 5,22 ss) et celle du jeune homme conduit au cimetière par sa pauvre mère déjà veuve (cf. Luc 7,11 ss)- constituent des signes pour notre foi. Certes, le Seigneur n’a pas ressuscité tous les morts de son époque, mais à travers ces récits saisissants, Il se montre à nous comme celui qui libère du dernier ennemi avilissant l’homme, et l’enfermant : la mort (cf. 1 Corinthiens 15,26). A chaque fois, le Seigneur se montre plein de bonté, compatissant, proche, ému et même en pleurs face à la mort, face à la séparation qui semble définitive !

Lazare, comme les autres que le Seigneur a relevés de la mort, ne sont pas des privilégiés. Ne nous fâchons pas parce que Jésus n’a pas relevé de la mort notre grand-mère, un conjoint ou un ami très cher !

Ces « résurrections » sont des signes, des phares pour tous ceux qui veulent suivre Jésus à un double titre :

  • D’abord parce que le Seigneur nous ressuscitera au dernier jour comme le dit Marthe à Jésus : les Juifs de l’époque de Jésus le croyaient déjà. Oui, nous croyons qu’il nous prendra par la main, tous et chacun pour le jugement qu’il exercera avec miséricorde et sur l’amour qui aura été le nôtre.
  • Ensuite, parce que déjà maintenant, nous qui sommes entrés dans le mouvement de la foi, nous sommes ressuscités : la vie de Jésus ressuscité ne peut que nous amener à vivre une existence de ressuscité. Ainsi donc la résurrection n’est pas seulement pour l’au-delà de notre vie, mais pour cette existence que nous menons : « Je te dis que si tu crois tu verras la gloire de Dieu  » en ce monde, en ta vie, dans l’histoire que tu mènes, dans tes relations, dans tes décisions. J’ai envie de vous dire et de me dire à la suite de Jésus : « Crois-tu cela ? Croyons-nous cela pour aujourd’hui et pour chaque jour de notre vie ?

Lazare relevé d’entre les morts c’est une icône : ce n’est pas un mirage ou une affabulation. C’est un signe que le Seigneur nous a adressé : tu vois comme il était abîmé après quatre jours déjà. Tu vois comme la situation était désespérée. Tu vois comme Jésus était avec eux puisqu’Il a pleuré. Et pourtant il l’a délié de la mort parce qu’Il est la vie en sa source même comme en son sommet. Bien sûr que Lazare est mort plus tard, mais en attendant ce jour-là quelque chose a changé en sa vie, parce qu’il fut délié non seulement de ses bandelettes qui enserraient son corps, mais aussi parce que le souffle de Jésus l’a comme recréé.

Frères et sœurs catéchumènes, frères et sœurs déjà baptisés, laissons-nous délier de ce qui nous pèse et nous enferme par la force du Seigneur tout au long de notre vie. Pleurons quand il le faut, mais surtout vivons, aimons, agissons comme des vivants de la vie du Dieu vivant qui ne peut nous décevoir puisqu’Il nous libère.

Ne sentez-vous pas aujourd’hui en ce temps de carême comme les 113 catéchumènes de notre diocèse, comme les 3000 futurs adultes baptisés de Pâques en France et comme les milliers d’autres dans le monde que la vie de Dieu n’arrête pas de travailler les corps et les âmes partout  : Oui, l’amour de Dieu est vainqueur, oui la vie de Dieu nous est offerte. Soyons heureux de connaître le Seigneur et de nous confier à Lui. Soyons heureux de le recevoir dans son Esprit et dans le Corps de Jésus mort et ressuscité à jamais. Amen !


Père Stéphane AULARD



 


L’eau de la Samaritaine

 

14 avril 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LE TROISIEME DIMANCHE DE CAREME
(23 mars 2014)

Avec ce troisième dimanche de carême notre marche vers Pâques s’accélère et cela se traduit d’une façon concrète : nous venons d’entendre une grande page de l’Evangile selon Saint Jean proposée à notre méditation et à celle de nos catéchumènes qui recevront le baptême durant la Veillée pascale le 19 avril prochain. Nous renouons ainsi avec la plus grande tradition qui veut mettre devant les yeux des fidèles comme des catéchumènes les grands récits et discours de Saint Jean et ce dimanche l’entretien de Jésus avec la Samaritaine (Jean 4,5-42).

Le troisième, le quatrième et le cinquième dimanche, les catéchumènes peuvent rejoindre l’assemblée dominicale pour le temps dit des « scrutins ». Rassurez-vous la campagne électorale ne s’éternisera pas pendant trois semaines car les scrutins dont il s’agit existent depuis bien plus longtemps dans l’Eglise que nos votes démocratiques auxquels nous sommes malgré tout tenus de participer !

Les scrutins dont il s’agit veulent rappeler la qualité du regard du Seigneur qui «  scrute les reins et les cœurs  » de l’homme non pas pour le tenter, mais pour lui apprendre à résister à la tentation et le délivrer du mal. C’est pour cette raison que nos trois catéchumènes, Mathilde, Laurianne et Alexis nous rejoindront le samedi 5 avril à la messe de 18 h pour vivre au milieu de nous un scrutin liturgique qui se traduira essentiellement par une prière de délivrance et l’imposition des mains sur chacun d’eux.

En attendant, frères et sœurs nous sommes aussi comme des catéchumènes en ce temps de carême invités à ne pas récriminer contre le Seigneur : « Aujourd’hui, ne fermons pas nos cœurs, mais écoutons la voix du Seigneur », dit le Psaume 94 en écho à la première lecture (Exode 17,3-7) qui rappelle précisément les récriminations d’un peuple –Israël- délivré de la servitude et qui apprend difficilement à vivre en hommes libres.

C’est le Seigneur qui nous a libérés par le baptême et nous libère encore dans la pénitence, l’aveu de nos fautes et le pardon de nos péchés. Nous savons combien cela nous coûte d’entrer dans le processus de la libération du cœur et combien ce chemin est parsemé d’embûches ! C’est pourquoi Saint Paul peut rappeler aux baptisés d’hier et d’aujourd’hui : «  L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit saint qui nous a été donné. »(cf. Romains 5,5) C’est bien le Dieu d’amour qui, non seulement nous ibère, mais aussi fait de nous des temples de l’Esprit Saint remplis de Lui, nourris par Lui, abreuvés par le Seigneur qui n’abandonne aucun de ses fidèles.

Nous nous préparons certes à la fête de Pâques, mais nous n’oublions pas que déjà nous avons été libérés, déjà nous vivons de l’Esprit Saint, déjà comme dit Jésus : nous sommes les adorateurs en Esprit et en vérité du Seigneur puisque nous avons reçu le baptême d’eau et d’Esprit Saint qui unit tous les fidèles du Seigneur faisant d’eux le Peuple de Dieu, le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit Saint. Que tout cela est enthousiasmant de se savoir greffés à Dieu Notre Père par le Christ et dans l’Esprit Saint.

Dans ce récit et ce dialogue entre Jésus, la Samaritaine et les Apôtres, j’aimerais attirer votre attention sur trois points qui pourraient susciter en nous réflexion et conversion :

Jésus se présente à la Samaritaine venu puiser de l’eau en plein midi et les paroles qu’il prononce sont loin d’être banales alors que l’on pourrait le croire : « Donne-moi à boire ! » Bien des personnes imaginent que la rencontre avec le Christ est mystérieuse voire ésotérique ou bien qu’il va nous demander l’impossible. Y avez-vous songé ? Il sait que cette femme passe une bonne partie de sa vie à puiser et porter de l’eau. C’est précisément là dans cette tâche qu’il vient la rejoindre.

Bien plus, le Christ, qui est le véritable époux de l’humanité, sait que Jacob a rencontré Rachel au bord d’un puits (cf. Genèse29). Ici, le Christ, à travers la Samaritaine qui est comme une étrangère pour un israélite, vient briser les frontières et abattre les murs de séparation pour s’offrir comme l’époux de toute l’humanité sans faire acception de personne. Cela ne l’empêche pas de commencer par solliciter notre participation –‘Donne-moi à boire’-.

Frères et sœurs, écoutons le Seigneur qui nous sollicite : Il a besoin de nous pour poursuivre son œuvre de Salut. Ne faisons pas les modestes. Prêtons-lui nos bras, nos corps, nos intelligences. Ce n’est pas d’eau qu’il manque ; c’est l’humanité qui lui manque. C’est Lui encore qui, sur la croix ultimement, nous dira qu’Il a soif de notre salut (cf. Jean 19,28).

La Samaritaine qualifie Jésus de « prophète » parce qu’elle a vu quelqu’un qui lui a dit tout ce qu’elle a fait… Nous imaginerions plus volontiers qu’un prophète sait prédire l’avenir, est clairvoyant sur le présent et bon connaisseur de la Parole de Dieu. Voilà qu’elle s’étonne que le Christ ait pu lui dire : « tu en es à ton sixième homme ! »

Pour elle Jésus-prophète est cet homme qui lui permet de faire la vérité sur sa vie et qui n’a pas commencé par l’invectiver, la tancer, la condamner parce qu’elle est en « situation irrégulière » ! C’est au contraire le dialogue suivi, l‘écoute aussi du Seigneur qui lui ont permis non seulement de faire la vérité sur sa situation matrimoniale, mais aussi sur son rapport à Dieu. Elle aussi va devenir une adoratrice en esprit et en vérité !

Frères et sœurs, entrons nous aussi en dialogue avec le Seigneur qui nous réclame et peut tant nous apporter si nous consentons quelque peu à ce colloque avec Lui. Depuis quand, avons-nous véritablement pris ce temps ?

Les disciples de Jésus apparaissent vers la fin du récit et ils n’ont pas vraiment la part belle : c’est comme s’ils ne comprenaient pas grand-chose lorsque le Seigneur leur parle. C’est à croire que la femme étrangère est plus immédiatement en phase avec le Christ ! Le Seigneur les invite à ne pas rester rivés sur leurs questions très terre à terre (‘Quand passerons-nous à table ?’).

Il les invite à lever les yeux et à regarder le spectacle des champs prêts à être moissonnés. Vous connaissez certainement aussi cette invitation à la prière de jésus : «  Priez le maître de la moisson pour qu’Il envoie des ouvriers à sa moisson  ! » Nous avons souvent tendance à croire que nous sommes propriétaires du champ qu’il faut ensemencer. Le Seigneur, Lui, nous parle de « moisson ».

C’est comme si la question de la propriété du champ et celle des semailles ne nous regardaient pas : le Seigneur a besoin de nous pour moissonner. Nous sommes en bout de course : nous avons à contempler les champs mûrs ! Dès lors, notre œuvre ne sera pas d’abord inquiétude parce que nous n’avons pas les bonnes semences ou parce que nous ne savons pas nous y prendre. C’est le Seigneur le propriétaire et le semeur : nous sommes les moissonneurs !

Frères et sœurs, soyons donc des moissonneurs certainement pas naïfs et incompétents, paresseux, mais reconnaissons qu’avant nous d’autres ont travaillé à l’évangélisation de notre pays, de notre paroisse. Regardons combien le Seigneur grandit dans de nombreux cœurs humains qui ont soif. Réjouissons-nous et recueillons cela pour le rendre comme une grâce à celui qui veut avoir besoin de nous.

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Homélie pour la confirmation des jeunes du collège Jeanne d’Arc et de la paroisse Saint François de Sales

 

26 mars 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

Saint Maur, le samedi 15 mars 2014.

Aujourd’hui, c’est fête ici à Saint François de Sales pour vous les jeunes et vos familles à l’occasion de votre confirmation : vous avez été baptisés, catéchisés et vous avez commencé de communier au Corps du Christ pour la plupart d’entre vous depuis plusieurs années : il ne vous manque plus qu’être confirmés, si je puis dire, pour être des chrétiens catholiques pleinement initiés puisque le baptême, l’eucharistie et la confirmation sont les sacrements fondamentaux, les sacrements de l’initiation chrétienne. Serez-vous quitte pour autant ? Pas du tout puisque tout commence comme disent certains d’entre vous que je cite :

« Je vais entrer pour de bon dans cette communauté ! » (L’Eglise).
« Je vais prouver à Dieu que je suis digne d’être un de ses témoins. »
« Je veux devenir acteur et non spectateur de ma religion. »

Comment ne pas reprendre tous à notre compte de pareilles affirmations si enthousiastes !

Votre confirmation, nous la célébrons alors que commence ce soir le deuxième dimanche de carême dans toute l’Eglise. Ne croyez pas, jeunes et adultes, que pour autant cette célébration va être triste et austère. Ayons le carême joyeux ! Etre des chrétiens sérieux ne signifie pas avoir une « face de carême ».Oubliez cette expression totalement dépassée !

Je vous invite à laisser résonner en vous les lectures bibliques de ce deuxième dimanche de carême qui peuvent nous aider à ne pas passer à côté de ce beau temps de conversion qui va nous conduire à la fête de Pâques.

Je souligne trois détails de ces lectures qui peuvent nous aider à intérioriser le sens du sacrement de confirmation :

La première lecture, un extrait important du livre de la Genèse (Gn 12,1-4) qui raconte comment Abraham fut appelé par Dieu et la mission qu’il lui confia. Notre traduction n’est pas vraiment bonne. C’est littéralement : « Va vers toi hors de ton pays, hors de ta famille et hors de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir… »

Vous l’avez compris, j’aimerais insister sur ce duo : « Va vers toi » et « quitte ». Le Seigneur, chers jeunes, vous appelle à aller vers vous, c’est-à-dire à vous réaliser en quittant. Cela ne signifie pas tout abandonner, cela signifie : élaguer comme on élague les arbres pour qu’ils poussent mieux. Le carême comme la confirmation nous pressent de nous réaliser de cette façon. Il ne s’agit pas d’arriver le 20 avril –le jour de Pâques cette année- en n’ayant rien élagué pour progresser, mieux se connaitre et être selon les mots du Nouveau Testament un «  homme nouveau  », un être nouveau. Peut-être faut-il abandonner des idées toutes faites sur ma religion, l’Eglise, la foi. Peut-être faut-il changer certaines habitudes comme des addictions à la nourriture, au bruit qui ne s’arrête jamais, aux coups bas, aux méchancetés gratuites.

« Va vers toi », nous dit le Seigneur en abandonnant ce qui ne convient pas à quelqu’un qui se prétend chrétien : quitte ton lit le dimanche matin pour venir un peu plus souvent à la messe, viens avec tes amis. Continue d’animer la messe, un groupe d’éveil à la foi ou de catéchèse, tiens ta promesse scout qui n’est pas réservée aux moments que l’on passe entre scouts ou guides dans le local ou dans une de nos sorties scouts…

La deuxième lecture est un passage de Saint Paul à un jeune chrétien.(2 Tm 1,8b-10) Il y a cette expression : « Prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile. »

Cela ne signifie pas qu’il faut souffrir, pleurer, être anéanti pour être chrétien. Cela signifie : « donne-toi de la peine pour annoncer l’Evangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle de Jésus ». Qu’est-ce que la bonne nouvelle de Jésus si ce n’est son Evangile de l’amour sincère et généreux, de l’amour qui se donne et ne se reprend pas, de l’amour sans frontière. Vous allez me dire : « Vous croyez que c’est facile à l’époque où nous vivons ! » Chers amis qui êtes dans cette église, vous ne croyez quand même pas que l’Evangile est réservé à un petit groupe de gens qui pensent de la même façon, qui ont leurs règles du jeu bien établis et se comprennent du premier coup. Ceux qui vivent ainsi sont comme dans un club de bridge (je n’ai rien contre le bridge).

Mais, voyez-vous l’Evangile nous invite à ouvrir nos portes, les verrous de nos cœurs. L’Evangile nous demande de vivre comme Jésus passionnés par les autres et la société dans laquelle nous vivons. Les chrétiens confirmés ne sont pas tout le temps en train de critiquer, de condamner notre société. Ils prennent leur part à sa construction et à sa réussite en aimant, en ayant fondamentalement le goût de la rencontre et du partage avec tous, même ceux qui ne nous plaisent pas au premier coup d’œil. Nous avons le désir que la grâce de Dieu, c’est-à-dire son Esprit Saint nous donne des ailes, nous réjouisse, fasse de nous des artisans de paix. L’un d’entre vous écrit ceci :

« Il m’est arrivé de me demander pourquoi tant de jeunes abandonnent la catéchèse et qu’est-ce qui les faisait douter. »

C’est une bonne remarque. Je peux répondre à celui ou celle qui a écrit cela qu’il a d’abord raison de se poser des questions plutôt que d’être avachi sur son canapé à regarder une série idiote à la télé en mangeant des pop-corn ! Plus sérieusement, j’ai envie d’ajouter ceci : que ces interrogations qui t’animent ne te fassent pas désespérer.

Il y a dans notre société, autour de nous beaucoup de personnes qui sans en avoir l’air aspirent à autre chose que le bling bling et les paillettes. Alors toi qui es confirmé(e) aujourd’hui, donne-toi de la peine pour faire briller ta joie en connaissant Jésus personnellement ; dialogue avec tes amis d’autres religions ou athées, montre par toute ta vie que croire en Dieu ne t’empêche pas de croire en l’homme ! Je suis bien d’accord avec celui qui écrit dans sa lettre :

«  Etre chrétien, ce n’est pas une tendance à la mode, mais un choix de vie fondamental. »

J’en viens à l’Evangile qui raconte la Transfiguration de Jésus : belle page d’Evangile.(Mt 17,1-9) Plusieurs d’entre vous ont écrit dans leurs lettres qu’ils se demandaient s’ils allaient ressentir quelque chose, une émotion au cours de cette célébration.

Alors, je vous réponds : regardez Saint Pierre, Saint Jacques et Saint Jean dans ce récit où l’on voit Jésus notre Seigneur irradié par une lumière annonciatrice de sa résurrection. Manifestement, Pierre, Jacques et Jean (ils sont inséparables ces trois-là) ont été touchés par ce spectacle où Jésus est confirmé comme le Fils de Dieu non seulement parce qu’il est entouré des deux grandes figures de l’Ancien Testament –Moïse et Elie- mais aussi parce que Dieu son Père se fait entendre pour inviter les disciples à écouter Jésus et ne plus jamais avoir peur !

Les chrétiens sont heureux de connaître Jésus. C’est l’Esprit Saint que Jésus avait promis à l’Eglise naissante qui vit en nous et qui aujourd’hui vous confirme que Jésus est votre ami de toujours qu’il ne faut pas lâcher. Laissez-vous faire par l’Esprit Saint  ! Saint Pierre aurait aimé s’attarder sur la montagne de la Transfiguration et garder Jésus pour lui seul et ses deux autres compagnons. Jésus lui indique un autre projet  : redescends de la montagne en conservant au fond de toi ce qui est plus qu’une photo, mais bien une présence durable. Aujourd’hui que la confirmation vous transfigure : rayonnez Jésus autour de vous, soyez fiers de Lui et de votre foi sans écraser les autres, mais en étant des bons disciples passionnés par Lui, prêts à le faire découvrir. Soyez comme l’un d’entre vous l’écrit des « tabernacles pour l’Esprit Saint ».

L’Esprit Saint et l’Eglise vous accompagneront, si vous le voulez, au long de votre vie et en même temps vous disent  : «  Pouvons-nous compter sur vous pour qu’en vous voyant on découvre que Jésus est vivant en 2014  ? »

Père Stéphane AULARD



 


Homélie pour le mercredi des cendres

 

9 mars 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

(4 mars 2014)

Chers frères et sœurs, si vous êtes des « habitués » du Mercredi des Cendres, vous avez reconnu les trois lectures de ce jour car elles sont immuables. Nous les connaissons si bien que parfois nous ne les entendons plus. Nous nous sommes habitués à la Parole de Dieu qui ne peut plus résonner en nous comme une véritable nouvelle-cf. le prophète Joël qui ordonne que l’on fasse sonner de la trompette-, un appel –c’est ce que dit Saint Paul dans la 2ème lettre aux Corinthiens-, une méditation profonde nous invitant à l’intériorité –n’est-ce pas ce que développe le passage de Saint Matthieu avec tout le thème du secret sur lequel je reviendrai- ?

J’aimerais évoquer devant vous dans cette homélie d’entrée en Carême trois contrastes que nous offrent nos lectures :


Le premier contraste revient dans chacune des lectures où l’on voit en filigrane le peuple de Dieu - l’Eglise, notre paroisse communauté de communautés : bref, un collectif comme on dit aujourd’hui- et en même temps la personne singulière qui est chacun d’entre nous.

Le prophète Joël rappelle quelque chose qui était bien connu de ses contemporains : les grandes liturgies des fêtes juives célébrées au Temple de Jérusalem. Il évoque aussi les rites de deuil et de pénitence pratiqués par Israël et décrits dans plusieurs livres bibliques : notamment le rite des cendres  : on peut coucher sur la cendre, se recouvrir de cendres pour exprimer à Dieu son repentir, sa conscience d’être fragile et « bien peu de choses ».

La superbe et l’orgueil qui guettent tellement notre société de paillettes sont bien mises à mal avec un rite pareil qui n’a pourtant rien de mortifère, mais qui exprime malgré tout ce que les philosophes et anthropologues appellent la finitude de l’être humain. Joël invite le peuple de Dieu à se rassembler en corps, mais il n’hésite pas non plus à nommer clairement les différentes composantes de ce peuple : tous et chacun sont appelés à la pénitence et à la conversion comme tous et chacun se verront promettre à la fin de son livre la venue de l’Esprit Saint (cf. Joël 3,1-2).

C’est aussi ce que dit Saint Paul s’adressant à la jeune communauté chrétienne de Corinthe pleine de contrastes avec ses riches et ses pauvres, son goût pour les disputes et les convoitises, sa difficulté à sortir du paganisme dans lequel elle est née, ses mœurs bien peu évangéliques : le moment favorable dont parle l’Apôtre concerne toute cette communauté appelée à devenir un signe au milieu de la grande ville païenne et industrieuse, mais c’est aussi une invitation pressante adressée à chacun : « C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut  ! » (2 Co 6,2).

Quant à l’Evangile, il s’agit d’un extrait du sermon sur la montagne (Mt 6,1-6.16-18) dans lequel Jésus s’adresse à ses disciples rassemblés autour de lui pour bénéficier de son enseignement et s’en imprégner personnellement : Jésus évoque résolument des personnes que beaucoup pouvaient identifier se livrant à l’aumône, à la prière et au jeûne de manière ostentatoire pour mieux nous dire ce qui peut guetter une société ancrée dans ses habitudes et son style. Mais, c’est pour mieux inviter chacun à vivre autrement : «  Mais toi quand tu fais l’aumône, quand tu pries et quand tu jeûnes », rejoins ton Père dans le cœur à cœur tellement décisif pour qui souhaite progresser dans la vie spirituelle

Et nous, frères et sœurs rassemblés ici ce soir dans une belle communauté inventive, sans cesse renouvelée, priante et chantante… Soyons unis dans l’Esprit à l’Eglise, aux chrétiens des autres Eglises qui comme nous sont invités à entrer en carême. Soyons disponibles à ce que l’Esprit veut nous communiquer ce soir et au cours de ces jours de carême pour mieux nous unir au Seigneur Jésus que nous avons déjà choisi de suivre comme disciples.


Le deuxième contraste c’est celui des cendres –ce qui reste une fois que tout est brûlé ; du pas grand-chose, de l’inutile qui nous dérange, de la noirceur- et du parfum dont parle Jésus dans son enseignement sur le jeûne. Peut-être que ce rite des cendres nous indispose aujourd’hui parce que tous n’ont pas la chance de contempler un beau feu de cheminée. A dire vrai, on ne contemple pas les cendres : on les balaie pour s’en débarrasser.

Etre marqués sur notre corps par la cendre, c’est entrer dans une démarche de vérité et de lucidité. C’est rejoindre l’immense peuple de Dieu qui se souvient qu’il est poussière, qu’il est fragile comme l’herbe des champs. Cela ne nous fait sans doute pas de mal que nous nous regagnions tous en lucidité : oui, elle passe la figure de ce monde ! Nos champs de batailles sont souvent des champs de ruines et des tas de cendres. Nous aimons en faire mémoire mais nous devons aussi en tirer des leçons.

Nous serions tentés de ne voir en un jour comme aujourd’hui que la leçon portant sur la comédie humaine des bassesses accumulées ou des génocides à répétition qui prétendent faire disparaitre les autres parce qu’ils sont autres. Jésus, lui, nous dit : parfume-toi,-toi qui te mires si souvent dans la glace, parfume-toi comme cette personne cancéreuse et chauve qui a bien le droit de porter une perruque pour manifester sa dignité. Parfume-toi-même si tu as l’impression qu’en fin de compte tu ne vaux pas grand-chose. Ce n’est pas une opération camouflage, mais c’est comme ce Saint Chrême dont tu as été oint au jour de ton baptême et qui signifie ta dignité d’enfant de Dieu de fils/fille dans le Fils de Dieu.

Alors oui, frères et sœurs, que notre pénitence soit heureuse, lucide, et qu’elle soit prophétique : le Seigneur nous invite tout en rabaissant notre orgueil à répandre partout où nous passons quelque chose de la bonne nouvelle, comme un parfum précieux !


Le troisième contraste c’est ce rappel de l’Evangile : fais l’aumône –c’est le thème de notre carême en secteur pastoral : un carême solidaire, actif avec ceux qui se donnent de la peine à vivre quelque chose avec les plus démunis de notre société, à repenser notre rapport à l’argent : vous êtes invités à deux soirées présentées dans notre journal paroissial-, prie et jeûne. Mais, n’oublie pas que là encore ce qui te guette c’est ta frénésie à « faire des choses », à agir… même avec les meilleures intentions. Alors, entre dans l’intériorité, le secret.

Le secret dont parle le Seigneur est la modalité essentielle qui doit habiter notre agir. Vous me direz qu’aujourd’hui préserver le secret semble une partie perdue puisque tout est connu : vos conversations téléphoniques, vos faits et gestes, vos photos postées sur Facebook et semble-t-il, jusqu’à l’intérieur des cabinets ministériels ! Eh bien justement, il y a une chose que l’on ne vous retirera pas, c’est l’intimité de votre être. Combien de personnes en sortant des camps et autres goulags ont témoigné que cette partie de leur être –son essence- cela jamais n’a pu leur être arrachée. Or, c’est dans cette intimité que le Seigneur nous attend. Dans le cœur à cœur avec lui. Nous voyons sans cesse Jésus prier son Père dans l’Evangile, parfois des nuits entières. Certaines de ses prières nous sont connues comme la grande prière sacerdotale du chapitre 17 de Saint Jean. Mais, pour l’essentiel, nous ne savons pas ce que se disent le Père et le Fils. Or, c’est jusque-là que Jésus Christ veut nous entraîner

Trois adultes, Alexis, Mathilde et Laurianne se préparent à recevoir le baptême dans la nuit pascale le 19 avril : je suis certain que leur démarche est ancrée dans ce cœur à cœur où l’on se décide pour Dieu. Le Carême est pour les catéchumènes et pour les baptisés une quarantaine profondément joyeuse pour se préparer à redire ensemble avec toute l’Eglise ce que nous aurons pu après avoir écouté le Seigneur lui dire personnellement : «  Je crois en Toi, vivant, mystérieux, mon meilleur compagnon, mon Dieu dont je suis sûr, Père Saint révélé par Jésus : comment pourrais-je t’oublier ? »

Père Stéphane AULARD



 


Prier pour les ennemis

 

14 avril 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LE 7ème Dimanche du Temps ordinaire (A)
(23 février 2014)

Ce dimanche, nous poursuivons, frères et sœurs notre lecture et notre écoute du fameux sermon sur la montagne qui est le premier des cinq grands discours structurant l’Evangile selon Saint Matthieu.

Spontanément en écoutant l’extrait de ce jour (Matthieu 5,38-48), nous pouvons penser que Jésus nous ordonne une mission impossible : aimer nos ennemis  ! Est-ce que les ukrainiens révoltés en butte à un pouvoir autiste et répressif -au point que les européens et les russes se donnent rendez-vous en hâte auprès du pouvoir politique aux abois pour lui faire entendre raison et arrêter si possible le bain de sang- peuvent pardonner à leur président corrompu et l’aimer ?.

Plus près de nous : comment aimer nos ennemis ? Je connais des chrétiens un peu angéliques prêts à dire : « Je n’ai pas d’ennemis ! » On a envie de leur répondre : « Tant mieux pour vous, mais dans quel monde vivez-vous ? » Il y a des haines héréditaires dans les familles comme il y a eu des haines héréditaires entre français et allemands auxquels nous donnions quelques surnoms peu amicaux il n’y a pas si longtemps encore ! Il y a des haines entre groupes politiques comme au sein des entreprises. Il y a des mésententes notables qui peuvent aller très loin parfois entre voisins !

Alors, le discours de Jésus est-il décidément celui du « doux rêveur de Galilée » dont Ernest Renan parlait au XIXème siècle, lui qui avait rompu avec l’Eglise qu’il n’aimait guère et qui le lui rendait bien d’ailleurs !

Et si nous élevions un peu le débat pour ne pas faire de l’Evangile un livre de morale impossible…

En effet, dans ce discours, avez-vous remarqué qu’en transparence, on devine une personne : celle de Jésus lui-même confronté à des ennemis qui instruisent depuis le début de son ministère son procès. Pourtant n’est-il pas celui qui marche et va toujours plus loin à la rencontre de tous sans exception : voleurs, adultères, prostituées, opposants religieux, étrangers, malades impurs. Lui, peut nous dire qu’il a vaincu la haine en marchant, en « mouillant sa chemise », en offrant son regard qui aime. Pensez au jeune homme riche imbu de lui-même et dont l’Evangile nous dit qu’il le regarda et se mit à l’aimer (cf. Marc 10,21).

Durant la Passion, point de haine en lui jusqu’aux fameuses paroles en croix : «  Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (cf. Luc 23,24) La sagesse de Jésus n’est pas celle d’un philosophe ou d’un discoureur. C’est celle que lui inspire son Père ou mieux encore celle qu’il puise dans cette relation unique qu’il vit de toute éternité et qu’Il vient nous révéler : oui , Il est le visage, la pensée, les mains du Père saint et parfait que toute la Bible depuis l’Ancien Testament a découvert progressivement à travers des vies données, des paroles de prophètes et de sages livrées car puisées dans le cœur à cœur avec le Père.

Nous pouvons réduire l’Evangile à une morale : la politesse, la fameuse « béa » parfois un peu trop « fleur bleue ». L’appel de l’Evangile est plus fort puisqu’il nous invite à aimer les nôtres bien sûr : cela toutes les sagesses humaines le disent et ce n’est pas à négliger. Mais, nous qui croyons avoir rencontré le Dieu vivant, nous qui venons le prier avec des frères dans la foi, nous qui venons ici pour nous nourrir de son corps eucharistique blessé et ressuscité nous pressentons bien qu’il nous faut aller plus loin comme Jésus et sans crainte puisqu’il nous a promis l’assistance de l’Esprit et que Saint Paul nous le confirme : «  N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous. » (cf. 1 Corinthiens 3,16).

Que pouvons-nous faire ?

  • Prier pour les ennemis –nos ennemis- héréditaires : la force de la prière est déjà une montagne de bonté et d’amour. C’est une énergie qui, comme un feu, se diffuse rapidement. En puisant sa force au cœur de Dieu, la prière rayonne sur le monde. Lorsque les chrétiens disent : « Père, délivre-nous du mal », ils sont déjà victorieux du mal qui abîme le monde.
  • Nous pouvons encore et toujours et à tête reposée lire et relire l’Evangile pour qu’Il nous transforme à force de l’avoir médité, et « mâché ». Ainsi, nous pourrons faire quelques pas nouveaux vers ceux qui nous insupportent.
  • Nous devons certainement à une époque où les communautarismes risquent de s’installer comme des barrières de protection, ouvrir des brèches de rencontre : au Secours catholique ou à la Conférence Saint Vincent de Paul, nous ne choisissons pas « nos » pauvres. Dans notre paroisse comme dans toutes nos rencontres, demandons-nous s’il y a de la place pour des gens différents –handicapés, étrangers, jeunes-, nouveaux venus et osons croire que l’Eglise est toujours plus belle quand elle se porte vers de nouvelles terres ou comme dirait notre pape vers les «  périphéries existentielles ».

Portons ainsi dans notre prière tous ceux qui vivent des divisions (à commencer peut-être par nous-mêmes) et les cardinaux réunis autour du pape François pour déjà parler du futur synode sur la famille d’octobre prochain.

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Ne cachez pas la lumière

 

14 avril 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU CINQUIEME DIMANCHE ORDINAIRE (ANNEE A)
(9 février 2014)

Frères et sœurs en ce cinquième dimanche du temps ordinaire, nous célébrons avec l’Eglise tout entière la journée mondiale des malades que l’on aime bien aussi sous-titrer « dimanche de la santé ». Ainsi sont soulignés deux aspects :

D’une part la prière pour les frères malades alors que nous approchons de la fête de Notre-Dame de Lourdes si chère à notre cœur. En effet, à Lourdes, la Vierge Marie s’est fait connaître et reconnaître de Sainte Bernadette Soubirous en février 1858. Bernadette était une jeune fille pauvre et déjà souffrante. Mais la Vierge Marie s’est donnée à voir selon son témoignage comme une personne regardant une autre personne. Fidèles à l’enseignement du Seigneur Jésus nous sommes invités à visiter nos frères malades car en les rencontrant, c’est Jésus lui-même que nous rencontrons (cf. Matthieu 25,36.39)

D’autre part, la prière avec et pour tous les soignants quels qu’ils soient comme une reconnaissance bien sûr pour la tâche qui est la leur -et qui tôt ou tard nous sera sans doute précieuse-, mais aussi comme une communion, mieux une prise en charge spirituelle de ceux qui prennent en charge bien souvent la douleur, le poids des années, la souffrance de leurs semblables dont la santé est chancelante.

Le livre d’Isaïe le prophète dont nous avons entendu un extrait (chapitre 58) nous invite fortement à ne pas nous dérober à nos semblables pauvres, affamés, sans abri, malheureux, bref, dans tous leurs états. Cette liste n’est malheureusement pas close et nous fait penser une fois encore aux propos du Christ dans la scène dite du Jugement dernier que j’évoquais déjà il y a quelques instants : j’avais faim ou soif, j’étais étranger, nu, en prison, malade… et vous êtes venus me visiter, vous préoccuper de mon être. Comme dit Isaïe, « de ma chair » Or, la chair dans toute la Bible évoque tout à la fois l’être humain dans sa corporéité, son psychisme, son intelligence bien sûr, mais aussi dans sa dimension spirituelle qui en fait un fils, une fille de Dieu. La chair qui est donc plus que le corps est fragile…, et c’est cette chair qu’est venu habiter le Fils de Dieu lorsqu’il a pris chair de notre chair dans son Incarnation, ne l’oublions pas.

La prise en charge par le Christ de la chair de l’humanité constitue à proprement parler la lumière qui est venue dans le monde pour le sauver de sa finitude et ultimement de la mort. Toute la Bible n’arrête pas d’inviter l’homme à se charger de son prochain, à en avoir le souci durable. Obéir à ce commandement est une exigence de la Loi de Dieu. C’est aussi une lumière comme une visite à une famille en deuil, à un ancien trop seul, un voisin qui ne sort plus, à ses parents âgés atteints par le poids des ans, un malade quelle que soit sa maladie.

Vous avez remarqué que l’Evangile de ce jour (Matthieu 5,13-16) nous parle aussi de lumière pour nous dire : ne la cache pas. Nous pouvons penser : sois fier de ta foi, montre-la, n’aie pas peur des moqueries dans un pays par ailleurs libre où l’expression de la foi est libre. Mais, en rester là serait bien court : me revient en tête ce fameux verset de l’épître de Saint Jacques : «  Montre-moi ta foi qui n’agit pas ; moi je te montrerai ma foi qui agit !  » (cf. Jacques 2,18)

Si l’on regarde de près les quelques versets du passage évangélique de ce jour, ne lit-on pas : Que votre lumière brille, alors en voyant le bien que vous faites, les hommes rendront gloire à Dieu. » Le bien que vous faites, c’est l’attention désintéressée à son prochain, gratuite comme le fut l’action du Christ à l’égard de tous ; l’amour véritable des autres et pas seulement des nôtres. Voilà ce qui est lumineux et plein de sens. Voilà ce qui donne prix et goût à la vie que le Seigneur est venu habiter et racheter. Voilà notre programme. Voilà le programme de l’Eglise appelée à être, selon les propres mots du Concile à son sujet, « lumière des nations »

Aujourd’hui des enfants viennent de recevoir le signe sacré de la croix du Christ qui n’est pas un signe de mort, bien au contraire puisque c’est le signe de l’amour infini de Jésus pour ses frères, capable de se donner entièrement pour eux. Aujourd’hui des frères et sœurs souffrants, membres de notre communauté paroissiale ne viennent pas s’exhiber ou faire de la publicité pour un sacrement appelée autrefois extrême onction. Ils viennent recevoir sur leur front et sur leurs mains le signe sacré de la croix avec l’huile des malades qui va pénétrer physiquement et spirituellement leur être et les fortifier, les rendre forts de la force du Seigneur. Prions les uns pour les autres pour avancer dans notre vie en nous portant les uns les autres. Elle est belle l’Eglise de Jésus, elle est lumineuse quand des frères et sœurs prient les uns pour les autres et actualisent ce que le Seigneur fit il y a 2000 ans : elle est vivante et elle invite chacun et chacune à la vérité, la foi, l’espérance et la confiance !

Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Tout le portrait de son Père !

 

21 janvier 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

LE BAPTÊME DU SEIGNEUR
12 janvier 2014

Le baptême du Seigneur : quel beau titre pour une belle fête !

Beauté, profondeur, début du ministère de Jésus vont bien ensemble. Me vient à l’esprit ce texte de Charles Péguy :

« Le premier jour est le plus beau jour. Le premier jour est peut-être le seul beau jour. Et le baptême est le sacrement du premier jour. Et le baptême est tout ce qu’il y a de beau et de grand. » (Dans, Le porche du mystère de la deuxième vertu) Et ce commencement de l’action apostolique de Jésus consécutif à son baptême exprime le cœur de son être, de son mystère :

« Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où Il passait Il faisait le bien, et Il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec Lui. » (Actes 10,38)

La liturgie restaurée du Concile Vatican II nous permet d’entendre les différents récits ou évocations du baptême de Jésus dans les évangiles et cette année, c’est Saint Matthieu le narrateur. Les deux autres lectures : le passage d’Isaïe et l’extrait des Actes des Apôtres non seulement précèdent et annoncent l’Evangile, mais aussi détaillent les traits du portrait de Jésus.

1- Ainsi, le passage d’Isaïe, extrait des fameux chants du Serviteur (chapitre 42), nous apprend que ce Serviteur est un personnage singulier : en effet le Seigneur s’adresse à lui et le tutoie tout en lui confiant une mission précise : Il sera l’alliance entre Dieu et son peuple ; il est la « lumière des nations » (‘lumen gentium’ est cette expression que le Concile a reprise et qui sert de titre au grand texte consacré à l’Eglise qui poursuit le Christ comme son corps). Il est celui qui guérit et libère les personnes blessées de son peuple. Voilà assurément le portrait d’un grand homme.

Le passage des Actes des apôtres (la prédication de Pierre chez un centurion romain converti du paganisme et agréé par Dieu en Actes 10) précise qui est ce serviteur annoncé de manière prophétique par Isaïe : Il s’agit de Jésus de Nazareth consacré par Dieu lors de son baptême où Il reçoit l’Esprit Saint.

Or, Jésus accueille tout le monde, ne fait exception de personne : il fait le bien partout où Il passe et guérit ceux qui sont sous le pouvoir du démon. Il guérit donc de maladies bien plus graves encore que nos maladies qui minent pourtant notre santé corporelle. Il libère du mal.

D’où lui vient tout cela : de ce qu’Il est « tout le portrait de son Père. » Vous vous souvenez de ce verset de Saint Jean : « Qui m’a vu a vu le Père. »(Jean 14,9) C’est Jésus qui s’exprime ainsi. Lui qui est l’image de son Père, son icône –Vous comprenez au passage pourquoi nous pouvons représenter Jésus en peinture, en icône-. Parce que Jésus nous montre le Père. Il est le visage, la main, la bouche du Père.

Dieu n’est pas une idée lointaine, une sorte de force tellurique ou céleste. Dieu n’est pas davantage une idée, un « corpus d’idées. » Dieu est quelqu’un et en Jésus nous avons tout le portrait du Père en qui réside le Bien et qui nous aide à combattre toute forme de mal.

2- Le Nouveau Testament, les Evangiles singulièrement, nous invitent à approfondir la scène du baptême du Seigneur non pas seulement comme si nous faisions un arrêt au cours de notre voyage en Terre Sainte au bord du Jourdain là où Jésus fut baptisé, ou encore un pèlerinage sur les lieux des baptêmes familiaux où nous pourrions dire : « C’est là que ma grand-mère ou que moi-même j’ai été baptisé en 1920 ou en 2005 ! »

L’Evangile nous dit qu’à son baptême Jésus -qui est entièrement du côté de son Père comme Fils- nous a été donné comme frère.

Je ne sais pas si vous y avez déjà réfléchi, mais nous disons souvent que lors de son baptême Jésus a reçu l’Esprit Saint (C’est d’ailleurs les mots de l’Evangile selon Saint Matthieu : « Il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur Lui… ») N’est-ce pas étrange cette formulation : comme si Jésus n’avait pas l’Esprit Saint avec Lui qui a été conçu du Saint Esprit et qui est Seigneur dans la communion parfaite des personnes divines de la Trinité : un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint Esprit ?

Jésus voit l’Esprit Saint descendre -et tout le monde avec lui -comme une colombe pleine de douceur, pour que cela soit manifesté , pour que la douceur prenne le pas sur tout le reste. Pour que tous les fruits de l’Esprit Saint soient manifestés comme des promesses à tous ceux qui suivront Jésus « doux et humble de cœur. » (cf. Matthieu 11,29)

3- Voyez-vous frères et sœurs, nous vivons dans un monde de brutes épaisses et nous risquons de devenir des bêtes, avant de devenir bêtes ! L’actualité française nous en donne des exemples patents ces derniers jours.

Etre baptisé, ce n’est pas faire chorus avec cela.
Etre baptisé d’après la Parole de Dieu de ce jour, c’est accepter de se faire instruire par Dieu et non par la bêtise.
Etre baptisé, c’est être doux comme des colombes et rusés comme des serpents. C’est ne pas écraser l’autre par esprit de vengeance ou pour jouer des gros bras.
Etre baptisé, c’est fondamentalement vouloir faire le bien et essayer de passer notre vie à cela en élevant nos enfants sérieusement, en servant les autres, en restant honnêtes.

C’est aussi dire plusieurs fois par jour dans la prière : « Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre nous du mal », parce que nous découvrons que nous avons besoin de notre Dieu pour lutter contre le mal.

Etre baptisé, enfin et peut-être d’abord, c’est entendre la voix douce du Seigneur continuer de résonner depuis le jour de notre baptême et nous dire comme à Jésus le Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en Lui j’ai mis tout mon amour. » A notre baptême, le Seigneur nous a dit : «  Ecoute, regarde Jésus, attache-toi à mon Fils bien-aimé. »Et si, au cours de cette messe du Baptême du Seigneur, nous disions à voix basse ou du fond de notre cœur au Seigneur après la communion :

«  O Père, je suis ton enfant à la suite de ton Fils Jésus. il y a plus ou moins longtemps que je te connais… Jamais je ne t’oublierai. Donne-moi, je t’en prie, de passer ma vie à choisir et essayer de faire le bien comme Lui.  »

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Contempler la Sainte Famille

 

30 décembre 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

LA FETE DE LA SAINTE FAMILLE

29 décembre 2013

1- A quelques jours de la fête de Noël, nous voici de nouveau réunis, en « famille chrétienne » autour du Christ nouveau-né dans la crèche entouré de la Vierge Marie et de Saint Joseph son père adoptif. Fêter la Sainte Famille, c’est sans doute d’abord contempler la scène de la crèche qui est une scène évangélique à part entière comme peuvent l’être telle ou telle guérison de Jésus, tel signe qu’Il a posé comme la multiplication des pains ou la résurrection de Lazare, tel moment de sa Passion : des Rameaux à sa mort en passant par ses fameuses paroles en croix.

Le Christ dans la crèche est comme tout enfant, Il est muet : il ne parle pas. Celui qui est la Parole faite chair commence à Bethléem par être muet et comme le dit le passage de Matthieu que nous venons d‘entendre : Lui et ses tout proches lorsqu’ils viennent s’installer en Galilée à Nazareth sont comme « retirés » (cf. Matthieu 2,22-23), à l’écart au point que Nathanaël, l’un des premiers apôtres dira plus tard : « De Nazareth, peut-il sortir quelque choses de bon  ? » (cf. Jean 1,60)

J’ai suggéré à un certain nombre d’entre vous durant ce temps de Noël de prendre le temps de contempler la crèche pour y voir le Fils de Dieu entouré des siens, sa famille humaine que Dieu s’est choisie : Marie et Joseph. Il ne s’agit pas tant de regarder une scène charmante qui d’ailleurs, je l’espère, rappelle de bons souvenirs à un certain nombre d’entre nous ! Il s’agit de se mettre à l’école de ces parents qui ont accueilli l’Enfant Jésus : autrement dit comme Marie, il s’agit pour nous d’accueillir profondément la volonté de Dieu, d’y répondre de grand cœur dans la confiance et la durée.

Il s’agit de méditer et de conserver au fond de soi les merveilles accomplies par le Seigneur en nous. Comme Saint Joseph, il s’agit aussi de faire confiance à Dieu qui nous parle (les songes de Joseph) et nous déroute ; à Dieu qui nous accompagne alors qu’il est parfois impossible de se projeter. Il s’agit de protéger le noyau familial car c’est cela qui est sacré.

Plusieurs n’ont pas manqué de faire remarquer que la Sainte Famille n’est pas une famille ordinaire. Evidemment qu’elle n’est pas ordinaire ! Comme si aujourd’hui nos familles étaient ordinaires lorsqu’elles sont déplacées et forcées à l’exil, lorsqu’elles éclatent suite à la mésentente, lorsqu’elles tentent de se recomposer difficilement… Est-ce qu’autrefois les choses étaient si simples, c’est à voir.

Peu importe, ici nous voyons dans la Sainte Famille un modèle d’abord évangélique offert à tout chrétien ainsi invité à croire que ces saintes personnes ont, elles aussi – on l’entrevoit au fil des récits de l’Enfance de Jésus en Matthieu comme en Luc- une épaisseur et des sentiments, un parcours, des questions et des désirs. Regardons donc chacun des membres de la Sainte Famille : Jésus, Marie et Joseph et regardons-les ensemble pour progresser dans notre propre marche et notre propre parcours existentiel.

2- Je reviens sur les deux autres lectures de ce jour : l’une vient de l’Ancien Testament (Ben Sirac le Sage 3,2-6.12-14) : propos de sagesse me direz-vous invitant les enfants à soutenir leurs parents avançant en âge. A y regarder de près, même si le texte de Ben Sirac le Sage est effectivement un commentaire du quatrième commandement (« Honore ton père et ta mère. », cf. Ex 20,12), il brode comme on aime à le faire dans la tradition juive quelque chose de très fin : «  Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché. » (Si 3,14)

La miséricorde est un mot essentiel du vocabulaire biblique que nous traduisons (hésed) parfois par « amour » et à d’autres moments par « pitié »  : il s’agit de cette attitude d’abord charnelle qui consiste à être « pris aux tripes ».

Celui qui a des entrailles de miséricorde dit tout l’Ancien Testament, c’est d’abord Dieu pour son peuple, sa famille, qu’il ne peut abandonner ni à l’oppression (c’est pourquoi l’on revient toujours à la sortie de la terre de servitude : l’Egypte) ni au péché qui est une autre forme de servitude. Cette miséricorde de Dieu à notre égard doit être un ressort de toute notre vie, en particulier dans nos relations familiales. Une femme me racontait il y a quelques années combien après les nombreuses bêtises de sa fille, elle était encore prête à lui ouvrir sa porte quand elle reviendrait et d’ajouter : « Parce que c’est ma fille ! ». On a envie de préciser : « Ma fille prodigue ! » (cf. Luc 15) Cette miséricorde est assurément à cultiver en famille, entre personnes et entre générations, comme une bonne nouvelle.

3- La lettre aux Colossiens (Col 3,12-21) nous invite à vivre en famille chrétienne. Vous savez quel est le nom de la famille chrétienne : c’est l’Eglise ! Toute la première partie de ce texte évoque d’abord la fraternité, les relations fraternelles à développer. Nous sommes invités à l’amour mutuel pour aller vers la communion. Nous sommes invités à l’action de grâce qui est tout le contraire de la plainte et de la condamnation. N’est-ce pas ce que beaucoup d’entre nous voulaient exprimer l’an dernier à pareille époque lorsque nous sommes allés manifester pour le mariage entre un homme et une femme cellule de vie si fondamentale et base de la famille  ?

Paul insiste beaucoup pour que la parole du Christ soit à la source de notre action, de notre prière, de nos décisions. Pourvu qu’il en soit ainsi dans nos groupes et toutes nos activités paroissiales : souvenons-nous en en 2014. C’est une fois qu’il a posé tout cela qu’il en vient à parler de la relation homme-femme-enfants dans la famille.

Là encore, regardons bien et n’allons pas trop vite dire : ce n’est qu’un misogyne (cf. Col 3,18-21) ! Tout ce que Paul dit ici est tout à fait surprenant par rapport au modèle social et familial de son époque (le modèle du paterfamilias)et par bien des côtés devrait nous inspirer encore aujourd’hui : sur la « soumission » mutuelle, c’est-à-dire l’écoute et le respect mutuel, sur l’amour-don de soi et non profit sur le dos de l’autre.

Il est beau qu’en ce jour de Sainte Famille de Jésus, Marie Joseph, nous soyons invités à la sainteté de vie en partant de la crèche, en remontant par ce qu’il y a de plus précieux et profond dans toute la Bible : la miséricorde divine et enfin que nous désirions cette sainteté non seulement pour nous dans nos familles respectives, mais pour toute l’Eglise dont le témoignage est plus attendu que nous ne pensons en ces temps d’incertitude.

Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Demandons l’esprit d’enfance

 

28 décembre 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DE NOËL 2013


Chers frères et sœurs,

1- Je suis heureux de vous souhaiter à tous un «  joyeux Noël  ». Ce souhait peut paraître tout à fait banal parce qu’au fil des ans nous nous souhaitons toujours un joyeux Noël le 24 décembre au soir et le lendemain. Cela pourrait même paraître convenu. On préfère parfois substituer à ce souhait l’englobante formule aseptisée : « joyeuses fêtes ». Au moins là on ne risque pas de se tromper car cela vaut pour Noël et le Nouvel an et puis quoi : c’est la fête, ce sont les fêtes. Comme s’il n’y en avait pas d’autres !

J’ai pourtant envie de vous souhaiter un joyeux Noël car je veux m’inscrire dans cette belle tradition héritée qui n’oublie pas que depuis 2000 ans la joie est répandue sur terre parce que Dieu est venu au monde en la personne de Jésus Christ et cela change tout.

Surtout, cela suscite la vraie joie, celle que l’on espère parce qu’elle ne risque pas de se flétrir et parce que selon les mots de Jésus lui-même dans l’Evangile : elle est parfaite ! Noël, pour reprendre le titre de l’exhortation apostolique du pape François, c’est « l’Evangile de la joie. »


2- Au fait, vous vous souvenez : Noël, c’est un vieux mot de notre langue qui veut dire « naissance ». Alors, c’est vrai, nous nous souhaitons : « Joyeuse naissance »… Nous espérons continuer de pouvoir nous appuyer sur cet événement unique dans l’histoire humaine de la naissance du Christ pour atteindre la vraie joie. Et du coup, nous espérons que tous les petits d’homme qui viennent au monde vont continuer de réjouir le cœur de leurs parents après avoir été attendus neuf mois durant !

Joyeux Noël, joyeuse naissance du Seigneur donc. Mais, s’il s’agissait aussi pour nous de naître et même de renaître à Dieu aujourd’hui à l’occasion de Noël. Et si Dieu en Jésus qui s’invite dans l’humanité voulait que nous naissions pleinement, durablement à la vie divine. Rien que cela, tout cela oui je vous l’assure.

Les bergers de Bethléem qui ne s’attendaient vraiment pas à être visités par le Très-haut parce qu’ils étaient justement très bas furent pourtant informés par les anges –ces créatures célestes- de la naissance du Sauveur. « Il est pour nous ; nous pouvons nous approcher de Lui et le contempler pour laisser refléter son visage sur le nôtre et comme nous en imprégner. »

Ne soyons pas désespérés quand nous pensons à Dieu en nous disant que nous ne sommes pas à la hauteur. Depuis que Jésus est venu au monde, nous savons que Dieu n’est pas sur un piédestal. Nous savons que son trône c’est la terre ; nous savons que son visage a pris véritablement forme humaine.

C’est ainsi que Dieu a voulu se faire connaître de nous en venant habiter notre humanité de l’intérieur, en se mettant à notre école pour ainsi dire. Mais, c’est pour mieux demeurer en nous et que de cette façon Il nous transforme et fasse de nous ses amis enfants de Dieu son Père. C’est ce que Saint Jean résume superbement dans le prologue de son évangile en écrivant : « Il est venu chez les siens et tous ceux qui l’ont accueilli, Il leur a donné de devenir enfants de Dieu. » (cf. Jean 1,11-12)

Certains ne voient en Jésus entouré de la Vierge Marie et de Saint Joseph qu’un nouveau-né certes tout aussi charmant que tous les bébés du monde, une sorte d’image d’Epinal. Si cela peut les conduire à entretenir leur couple et leur famille c’est déjà très bien.

3- Mais, je vous propose d’aller un peu plus loin en contemplant la Sainte Famille à Bethléem : mettez-vous à l’école de ce qui est humble et apparemment peu brillant. Recueillez les beaux moments de la vie de votre famille qui valent beaucoup. Ecoutez vos enfants et leurs aspirations profondes tout en les éduquant.

Redevenons tous enfants si cela signifie : être vrai et honnête, être plein de confiance pour aujourd’hui et pour demain, être capable de redonner l’amour reçu simplement. Ou, pour le dire autrement en empruntant les mots du pape François dans son exhortation apostolique :

« La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invités à la révolution de la tendresse.  » (§ 88)

Je souhaite ainsi à tous et à chacun de ceux et celles qui sont ici aujourd’hui de renouer avec l’esprit d’enfance que Jésus nous a suggéré et qu’une grande sainte française a si bien incarné –Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus-. Demandons-le cet esprit d’enfance en nous plaçant devant la crèche et en regardant le Fils de Dieu. Demandons-le pour nous et pour ceux que nous aimons en ne craignant pas d’être naïfs !

Enfants de Dieu nous le sommes car Dieu nous connaît et veut entrer en relation, en alliance avec nous. Laissons tomber superbe et oripeaux pour entrer dans la filiation divine à la suite du Christ, le Fils de Dieu. Quelle belle condition que la nôtre ! C’est cela que nous aimerions faire découvrir à ceux que nous côtoyons chaque jour. Je vous l’assure, si vous y croyez et si vous rayonnez, puisque vous n’êtes pas seuls, cela va se sentir et on vous demandera d’où vous vient cette joie qui n’est pas factice !

Il me semble que c’est un beau cadeau à faire que de partager la joie de notre foi qui ne nous fait pas craindre pour l’avenir. Une jeune femme habitant Tacloban aux Philippines suite au cyclone de novembre était interrogée récemment sur les ruines de sa maison et elle disait : « Mais bientôt, vous savez, nous allons fêter Noël ! » Prions avec elle, nos frères de Syrie, de Centrafrique et des cinq continents.

Que la joie de l’Evangile demeure en nous !
Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Homélie du pélérinage de Notre-Dame-des-miracles

 

21 décembre 2013 2013

Messe de clôture du pèlerinage de Notre-Dame-des-Miracles
En l’église Notre-Dame-du-Rosaire de Saint-Maur-des-Fossés
Samedi 7 décembre 2013

Homélie de Monseigneur Michel SANTIER

Le thème de ce très beau pèlerinage de Notre-Dame des Miracles en cette année 2013 nous invite à contempler « Marie, Mère de la charité »

Lors de la marche des pèlerins cet après-midi, dans la station à l’Eglise Saint-Nicolas, vous avez partagé ensemble sur le service du frère à la suite de Marie, et vous avez prié, demandé au Seigneur par l’intercession de Marie de nous donner un cœur de feu, rempli d’amour, de charité envers Jésus-Christ et envers tous vos frères, particulièrement les plus faibles.

Cette année 2013, l’Eglise de France a vécu une démarche « Servons la fraternité diaconia 2013 » qui a culminé dans le grand rassemblement à Lourdes de 12.000 participants à l’Ascension.

En diocèse, pour clôturer l’année de la Foi, nous sommes allés en pèlerinage à Notre-Dame de Paris. La joie se voyait comme aujourd’hui sur les visages des 3.500 pèlerins.

La joie de la foi et la joie de la charité se conjuguent en Marie, dans l’Eglise, et dans le cœur de chaque baptisé.

Nous venons d’entendre dans l’Evangile la salutation de l’Ange à Marie :

« Réjouis-Toi, Marie, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »

Marie est invitée à communier à la Joie du peuple de Dieu, qui attend le Messie, relayée par le prophète Zacharie :

« Pousse des cris de joie, Fille de Sion, car le Seigneur vient en toi » Zach 9

Marie s’est laissée envahir par la grâce de Dieu, qui l’a aimée de toute éternité et choisie pour devenir la Mère de son Fils, cette grâce par anticipation lui vient de la mort de son Fils. C’est la raison pour laquelle elle est appelée l’Immaculée Conception que nous célébrons aujourd’hui dans ce pèlerinage.

Mais Marie, par son « Oui », «  je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole  » a coopéré à la grâce de Dieu, avec toute sa liberté, elle s’est laissée de plus en plus envahir par l’amour de Dieu qui l’a conduite à suivre son pèlerinage de foi jusqu’au bout, jusqu’à la Croix.

Sa Maternité s’est élargie aux dimensions de l’amour de Jésus qui, sur la Croix, a offert sa vie pour tous les hommes, pour chacun de nous.

Jésus nous l’a donnée pour Mère, et ce don nous est renouvelé à chaque eucharistie qui rend présent le sacrifice, le don de sa vie, que Jésus a fait pour le salut de tous les hommes sur la Croix.

La charité de Marie nous est révélée déjà au début de l’Evangile. Après l’Annonciation, elle apprend qu’Elisabeth, dans sa vieillesse, attend un enfant, elle se rend en Judée. Elle vient aider sa cousine dans l’attente et la naissance de Jean-Baptiste.

Mais cette charité de Marie nous est révélée de façon plus éclatante à la fin de l’Evangile, à la Croix.

Par amour elle communie aux souffrances de son Fils qui livre sa vie, et devient la Mère de tous ceux qui souffrent, elle est le refuge et la consolation de tous les pécheurs, de tous les petits qui vont en pèlerinage à Lourdes, ici, et dans tous les sanctuaires du monde, qui vient avec le chapelet. Elle est la Mère de la Miséricorde, ou comme le dit un cantique :

« Marie, tu es le sourire d’un Dieu qui nous aime »

Marie entend aussi la parole que le Seigneur adresse à tous ceux qu’il appelle et envoie en mission :

« Le Seigneur est avec toi »

Comme pour Moïse, pour Jérémie :


« Je serai avec toi »

Comme à tous les disciples et à vous tous :

« Je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin des temps »

Pèlerins, le Pape vient de nous adresser une très belle Exhortation Apostolique, «  La Joie d’Evangéliser  ».

Il nous présente Marie comme l’étoile de la Nouvelle Evangélisation qui suppose que l’Annonce de l’Evangile comprend des gestes de bonté et d’entraide envers les plus petits et les plus faibles :

« Chaque fois que nous regardons Marie, nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des
forts qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants.
 »

Demandons au Seigneur de nous accorder cette grâce de la force de la tendresse envers tous ceux qui souffrent, envers ceux que nous n’aimons pas parce qu’ils sont différents de nous.

Notre-Dame des Miracles, « Mère de l’Evangile » dit le Pape François, source de joie pour les petits, prie pour nous !

Amen, Alléluia !


+ Mgr Michel SANTIER
Evêque de Créteil



 


L’Avent, un temps pour revenir à Jésus

 

12 décembre 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT (A)
(1er décembre 2013)

Chers paroissiens, frères et sœurs, une nouvelle année liturgique commence avec ce premier dimanche de l’Avent.

Les quatre dimanches de l’Avent qui nous conduisent à Noël passent souvent comme une préparation à l’anniversaire de la nativité du Seigneur comme si nous accompagnions la Vierge Marie qui va bientôt mettre au monde le Seigneur Jésus.

Nous serions donc aujourd’hui et dans les semaines qui viennent simplement dans les prémices de Noël…

1- Et pourtant nous venons d’entendre l’Evangile selon Saint Matthieu en commençant par la fin : le chapitre 24 (versets 37 à 44). Autrement dit le fameux discours sur la fin de Jérusalem et du monde et sur l’avènement du Christ.

Qu’est-ce à dire ? Nous avons tous en tête les fameuses paroles du cantique de Noël bien connu : «  Il est né le divin Enfant, chantons tous son avènement ! » Avènement, venue, naissance… Noël. Alors pourquoi nous parler de Noël comme d’une « galère » en évoquant le Déluge ? Pourquoi ce ton de Jésus assez alarmant et qui nous met mal à l’aise ?

C’est parce que le temps de l’Avent, frères et sœurs, n’est pas une mise en condition pour fêter Noël car Noël comme événement du passé est passé. La venue, l’avènement dont il est question ici est la seconde venue du Christ, son retour dans la gloire à la fin de l’histoire humaine ; Ne chantons-nous pas après chaque consécration : « Viens Seigneur Jésus ! » Nous T’attendons ; nous attendons ton retour glorieux et le moins que nous puissions faire pour attendre activement ce retour annoncé, c’est de veiller, d’être aux aguets, tout simplement attentifs aux signes de ta venue qui ne rime pas avec austérité ou malaise entretenu.

Car je vais vous dire : ce retour glorieux nous en avons des signes dans nos eucharisties lorsque nos assemblées ne sont pas tournées vers elles-mêmes, mais au contraire ouvertes au Seigneur et à tous ces frères et sœurs qui nous entourent, qui sont notre famille chrétienne. Réjouissons-nous d’être ensemble ici dans la salle des noces de l’Agneau ! Réjouissons-nous d’avoir l’époux à nos côtés car l’Eglise rassemblée est toujours l’épouse.

Vous avez entendu cette semaine l’annonce de la parution de la première exhortation apostolique de notre Pape François –Evangelii Gaudium- (« La joie de l’Evangile). Je ne résiste pas au plaisir de vous en lire plusieurs extraits pour émailler mon propos. Voici donc les premiers mots du pape :

«  La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années. » (§ 1)

Tout cela ressemble étrangement à une « feuille de route » pour évangéliser, frères et sœurs ! Les catholiques sont tellement bien accordés aux exigences de la laïcité qu’ils en ont presque oublié qu’évangéliser veut toujours dire : sortir de soi-même et porter la bonne nouvelle du Christ venu dans notre vie pour qu’Il ait quelques chances d’advenir dans d’autres vies  !

L’austérité n’a donc pas sa place, les attitudes compassées ne sont pas de mise : croire n’est pas un malheur ; connaître et aimer le Christ ne vous imposent en aucune manière d’être inquiets de tout et surtout de ne voir que des horreurs autour de nous. Pendant que nous nous comportons ainsi, nous perdons du temps et ne sommes pas dans une attitude dynamique de proposition de la foi.

Comment pourrais-je oublier ceux qui, lorsque je suis arrivé ici il y a dix ans, m’ont dit : « Nous avons réfléchi avec le P Michel Roger et il était d’accord pour que nous lancions le parcours Alpha : es-tu d’accord ? J’ai répondu : « Je ne vais certainement pas arrêter un dynamisme car cela revient à rester en arrière, faire du fixisme, rêver du passé où l‘on transmettait la foi comme un bel objet précieux de famille. Aujourd’hui, il faut se bouger, écouter et travailler de manière renouvelée pour attirer à la foi et à l’espérance chrétienne nos contemporains ! Il me semble que le pape François nous encourage : nous pouvons le remercier.

2- Ne pas regarder en arrière, être aux aguets, c’est être en état de veille. Saint Paul, à deux reprises dans le passage de l’épître aux Romains de ce jour (Romains 13,11-14) nous presse de « revêtir le Christ ». Pour des chrétiens, cela signifie toujours ne pas oublier notre condition baptismale d’enfant de Dieu : fils et filles dans le Fils de Dieu nous le sommes. Nous avons vraiment autre chose à faire qu’à nous quereller ou nous jalouser ou nous étourdir comme si cela préparait des lendemains qui chantent. Etre chrétien, c’est donc être joyeux, mais aussi refuser la fausse facilité à laquelle cette société hyper libérale, libertaire et autoritaire voudrait nous entraîner.

Ecoutez encore le Saint-Père :

«  Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie. Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité. » (§2)

3- Notre temps de l’Avent pour tous et chacun peut être une belle occasion de revenir aux fondamentaux de notre foi : prière bien sûr encore et toujours, écoute de la Parole de Dieu (nous entendons les magnifiques prophéties d’Isaïe chaque année et dès ce dimanche), approfondissement de notre foi (nous mettrons à votre disposition des exemplaires de l’exhortation apostolique dès qu’elle sera parue en librairie ; d’ores et déjà vous pouvez la lire sur le site Internet du Vatican – www.vatican.va -) ; attention aux problèmes socio-économiques qui touchent beaucoup de personnes et vigilance par rapport à certains projets dits sociétaux en cours.

Bien sûr que nous sommes contre la guerre. Bien sûr que nous rêvons d’un monde en paix tel qu’Isaïe l’a prédit (cf. Isaïe 2,4-5), mais nous savons aussi d’expérience que tout cela ne se réalise pas seulement à coup de bonne volonté et de bons sentiments souvent fugaces. Cela se réalise –et beaucoup autour de nous ont besoin de le voir- lorsque des cœurs humains s’ouvrent à Dieu pour se laisser transfigurer par Lui. Durant ce temps de l’Avent, nous chantons la Vierge Marie, modèle du chrétien : ‘Tu as porté Celui qui portes tout.’ Tu l’as porté parce que tu t’es laissée saisir par le Seigneur et tu ne l’as pas quitté.

Restons aujourd’hui sur les paroles fortes du pape François à ce sujet. Nous voyons à quelle hauteur la barre est placée ! Mais n’est-ce pas le temps de l’Avent : «  Vienne Seigneur, vienne ton jour… »

« J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se lais¬ser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur » Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ou¬verts. C’est le moment pour dire à Jésus Christ : « Seigneur, je me suis laissé tromper, de mille ma¬nières j’ai fui ton amour, cependant je suis ici une fois encore pour renouveler mon alliance avec toi. J’ai besoin de toi. Rachète-moi de nouveau Seigneur, accepte-moi encore une fois entre tes bras rédempteurs ». Cela nous fait tant de bien de revenir à lui quand nous nous sommes perdus !  » (§ 3)

Père Stéphane AULARD



 


Homélie pour les obsèques du Père Jean-Christophe BOURNIZEAU

 

2 septembre 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

(Notre-Dame du Rosaire-Saint-Maur-des-Fossés - Lundi 18 novembre 2013)

Frères et sœurs,
Monsieur et Madame Bournizeau,
Monseigneur Santier,
Vous les membres de sa famille,
Paroissiens et amis venus des différentes villes du diocèse où le Père Jean-Christophe Bournizeau exerça son ministère,
Chers frères prêtres et diacres,

1 - Nous sommes venus célébrer l’eucharistie pour lui aujourd’hui. Vous le savez, une grande partie du ministère des prêtres consiste à célébrer,- j’allais dire « servir » l’eucharistie à nos frères comme le Seigneur Jésus nous a dit de le faire. Au moment où j’évoque cela, je suis sûr que beaucoup d’entre vous se souviennent de ces liturgies des jours saints comme du temps ordinaire, des premières communions ou lors d’un camp avec des jeunes que Jean-Christophe a pu présider. La messe est sur le monde et dans les mains du prêtre pour la joie de ses frères !

Jean-Christophe, tu as aussi prêché l’Evangile comme tu t’y étais engagé au jour de ton ordination. Tous se souviennent de tes homélies concises et denses. Tous se souviennent encore de ta présence à tes frères, de ton humour comme de ta réserve naturelle. A travers ta personnalité, ta prédication, ta façon de te situer auprès de tes paroissiens, nul doute que le Seigneur est passé tant il est vrai que pour rencontrer notre Dieu, ton visage, ton engagement, tes fatigues comme les épreuves de santé qui t’ont marqué ont sans doute constitué comme des lieux dits de sa présence au monde.

Il en va de même pour chacun et chacune d’entre nous et cela ne nous inquiète pas : bien au contraire, nous croyons et espérons qu’en toute personne qui croit, espère et aime, Dieu se révèle. Notre eucharistie d’aujourd’hui peut donc être cette juste et bonne occasion de recueillir les fleurs connues de ton ministère et de les unir à l’offrande continue de Jésus Christ à notre Père. L’Esprit Saint nous suggère que faire cela aujourd’hui est véritablement précieux !


2 - Tu as souhaité que l’icône du Christ descendant aux enfers prenne place dans le chœur de cette église pour que nous la contemplions. J’ai souvenir de t’avoir entendu superbement commenter cette image de l’Anastasis si révérée chez nos frères chrétiens d’Orient. Ta connaissance des Pères de l’Eglise et de la tradition orientale était indéniable. Au-delà de ce goût qui était tien, tu nous demandes aussi en ce jour –tu l’as écrit- d’annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection du Christ. Comment nous déroberions-nous à cette tâche qui est le cœur de la foi chrétienne ? Comme le dit l’Apôtre : « Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes ! » (1 Co 15,19)

Nous n’annonçons pas un simple message moralement riche mais qui viendrait prendre place au milieu des nombreuses philosophies, mythologies et sagesses dont les hommes sont heureusement capables. Nous annonçons l’admirable visite du Fils éternel venu à la rencontre de ce monde et de ses habitants pour les sauver de l’intérieur. Nous annonçons le Messie d’hier venu dans le cours du temps sur un point de la terre que Dieu a choisi, mais aussi pour le monde entier et le cosmos ainsi renouvelé et délivré de la loi de la mort comme une fatalité.

Oui, aujourd’hui tandis que notre frère est au milieu de nous couché dans le sommeil de la mort, nous nous disons, nous le disons en face du Christ à jamais vivant et debout : non, la mort, le mal sous toutes ses formes ne peuvent pas avoir le dernier mot depuis que le Christ les a traversés dans un « admirable combat  » - comme le dit la séquence de Pâques - dont il est sorti vainqueur !


3-Oui, Christ est venu à toi, cher Jean-Christophe, depuis longtemps. Il t’a saisi la main pour te tirer de la désespérance et te relever de toutes les façons. Oui, la Résurrection, comme un virus nécessaire, t’a été, nous a été inoculée dès lors que nous avons mis en Christ notre foi ! Oui, il nous est bon aujourd’hui de nous laisser saisir par le Vivant, comme le dit l’Apocalypse qui n’abandonne aucun de ses frères mais veut les purifier par son regard miséricordieux et juste !

L’Evangile de Jean que nous avons entendu (Jn 21,1-14) nous présente le Christ Jésus à l’œuvre au-delà de sa mort et de sa résurrection : il exprime parfaitement ce qu’Il veut être pour nous durant notre vie terrestre : ce maître prévenant qui dirige nos pas et nos gestes avec doigté, ce frère qui nous rassasie au long de nos jours et nous restaure dans la commensalité de l’eucharistie.

Laisse-toi une fois encore, cher frère, saisir par ce bon maître que tu as connu par la foi et servi dans le ministère sacerdotal !

Laisse-toi accueillir comme les Apôtres au bord du lac de Galilée. Et comme l’ont demandé tes proches nous chantons pleins de confiance à la suite de nos pères :

« In paradisum deducant te Angeli … »

« Que les anges te conduisent en Paradis, que les martyrs t’accueillent à ton arrivée et t’introduisent dans la Jérusalem du ciel. Que les anges, en chœur, te reçoivent et que tu jouisses du repos éternel avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare. »

Oui, que ton âme repose en paix jusqu’au jour de la Résurrection où nous vivrons –humanité pleinement réconciliée et purifiée- avec le Ressuscité qui nous a déjà illuminés et remplis de sa présence aimante !

Père Stéphane AULARD



 


Ne résistons pas à Sa miséricorde

 

6 novembre 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LA COMMEMORATION DES DEFUNTS
(2 NOVEMBRE 2013)

1-Au lendemain de la fête de la Toussaint, nous nous sommes réunis pour faire mémoire de nos défunts : c’est en vérité un beau « devoir de mémoire », comme l’on dit aujourd’hui, de garder présent à notre cœur et notre mémoire le souvenir de nos parents, de nos proches, mais aussi de nos maîtres, éducateurs, voisins, collègues, amis, prêtres ou religieuses qui ont compté pour nous.

Ils nous ont appris le sens de la vie ; ils nous ont éduqués, c’est-à-dire, selon l’étymologie de ce mot « conduits ». Ils sont désormais « défunts » : ce qui signifie, qu’ils ont accompli leur vie. Nous ne les oublions pas comme nous n’oublions pas les grandes et belles figures de sainteté que l’Eglise nous montre en exemple.

Bref, qu’il s’agisse des défunts ou des saints, c’est bien de la « communion des saints » dont il s’agit. Autrement dit de cet article de foi du Credo des chrétiens selon lequel un lien mystérieux unit les fidèles sur la terre, les fidèles dont les âmes sont en train d’être purifiées et les fidèles déjà parvenus dans le sein de Dieu.

Je ne vous dresse pas ici une cartographie de l’Eglise sur terre, du purgatoire et du paradis, car vous l’avez compris, il s’agit de bien plus que d’une géographie spirituelle, mais bien de la destinée de notre vie à chacun, de notre vie humaine, de notre vie liée à notre Créateur et à notre Sauveur.

Tout cela est sérieux sans être grave ou triste puisqu’il s’agit du sens de notre vie : son orientation profonde comme sa signification ultime.

2 - Vous avouerez que nous pouvons consacrer une journée à cette méditation par an. Nous pouvons aussi faire davantage : prier pour nos défunts ; prier avec nos défunts dans cette heureuse communion des saints.

Notre prière aimante est un acte d’amour envers ceux qui sont morts et puisqu’il s’agit de la prière c’est aussi nécessairement un acte d’amour envers le Seigneur : chaque prière simple, chaque messe, nous fait progresser dans l’espérance dont saint Pierre parle dans son épître : «  Béni soit Dieu… Il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance… » C’est qu’en effet, la résurrection du Christ ouvre les portes de l’espérance, inscrit cette vertu théologale en nous.

L’espérance nous fait lever les yeux vers le ciel, vers l’au-delà de nous-mêmes, vers le plus grand que nous-même qui n’est pas pour autant un sommet inaccessible, mais bien l’horizon et la fin ultimes de nos existences. Oui, l’espérance est notre héritage sur cette terre déjà transfigurée par la Résurrection du Seigneur Jésus : nous y croyons et elle devient un puissant moteur pour la vie que nous avons à mener de générations en générations.

Plus simplement après l’épreuve du deuil. Il ne s’agit pas de renoncer à la vie : il s’agit d’entrer toujours plus avant dans la vie éternelle qui n’est pas seulement la vie au-delà de cette terre, mais bien la vie en Jésus Christ ressuscité devenu mon compagnon de route, mon meilleur ami, mon maître qui m’apprend ce que vivre et aimer veulent dire.

J’ai toujours en mémoire ces paroles de Jésus Christ dans l’Evangile de Jean : «  La vie éternelle, c’est de Te connaître, Toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que Tu as envoyé, Jésus Christ. » (Jean 17,3) Quand Jésus prononça-t-Il ces superbes paroles ? Juste avant son arrestation et sa Passion… Et il s’agit de sa prière d’offrande à son Père. N’hésitons pas à prier Dieu notre Père avec foi pour gagner en espérance !

3-Le passage d’Évangile que j’ai choisi de vous faire entendre est emprunté à l’Évangile selon Saint Matthieu (chapitre 11). Pourquoi ? Pour deux raisons :

  • Le Seigneur Jésus nous invite à entrer dans la simplicité des tout-petits, c’est-à-dire des enfants. Nous sommes les enfants de Dieu et nous sommes souvent fort compliqués. Devant la grandeur de Dieu, on ne peut que plier le genou certes, mais il me semble que le Seigneur veut surtout nous manifester sa grande miséricorde, son cœur aimant grand ouvert et sa toute-puissance d’aimer. Nous résistons à cela et c’est sans doute pour cette raison que nous prenons parfois des chemins de traverse, nous éloignons de Lui, divaguons comme des brebis perdues. Dans cette eucharistie, redevenons des enfants de Dieu au cœur de pauvre, au cœur de simple (cf. Mt 5,3).
  • Autre raison : le deuil, la perte d’un être cher, surtout lorsque cela est inattendu nous épuisent et semblent nous vider de toute vitalité : le Seigneur veut nous consoler et nous recharger. Le repos auquel Il nous invite est bienfaisant. Il s’apparente à une de ces cures dont nous sommes parfois friands : laissons-nous remodeler par Lui comme dans ce magnifique duo de la statuaire de la cathédrale de Chartres où l’on voit un jeune homme reposer sur les genoux de Celui que l’on devine être le Seigneur : ils se ressemblent dans une éternelle et sereine jeunesse. Nous sommes la promesse de Dieu : nous venons de Lui et allons vers Lui. Notre vie est un long compagnonnage pour entrer dans cette ressemblance du Père amoureux de l’homme, du Fils médecin de l’homme et de l’Esprit Saint intime souffle de l’homme. Entrons dès maintenant dans le repos de Dieu : son amitié, sa douceur, sa miséricorde, sa présence, sa sérénité : sa paix. Confions aussi nos défunts à ce repos : «  requiem aeternam dona eis Domine  ! »

Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Il y a de l’amour dans la prière du publicain

 

4 novembre 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU 30ème DIMANCHE ORDINAIRE (C )
27 OCTOBRE 2013


1-Nous sommes restés la semaine dernière sur la terrible question de Jésus qui concluait le passage d’Evangile : « Le Fils de l’homme quand Il viendra, trouvera-t-Il la foi sur la terre ? »(Luc 18,8) Le passage d’Evangile que nous entendons aujourd’hui n’a apparemment aucun rapport avec ce qui précède si ce n’est qu’il met en scène un pharisien et un publicain… en prière (Luc 18,9-14).

Je dis bien : prière et non méditation, introspection ou cinéma intérieur. Or, quand il y a prière on peut penser qu’il y a foi puisqu’il est entendu que l’on prie Dieu auquel l’on croit !

D’ailleurs, dans cette parabole, genre littéraire auquel Jésus a souvent recours, sont mis en scène deux hommes bien typés et reconnaissables par leurs contemporains : un pharisien, c’est-à-dire un laïc (et non un fils d’une tribu sacerdotale), pieux et zélé qui commence sa prière au Temple en disant : « Mon Dieu… » Un publicain, c’est-à-dire un collecteur d’impôts pour l’occupant romain - un autre Zachée que l’on trouvera d’ailleurs au chapitre 19 de Saint Luc -, qui lui aussi commence sa prière en disant : « Mon Dieu… ».

Oui, ces deux hommes-là ont foi en Dieu auquel ils s’adressent familièrement, car Dieu fait partie de leur vie. Nous savons bien qu’aujourd’hui et autour de nous – quelquefois très près de nous- bien des hommes ne s’adressent jamais à Dieu qu’ils ne prient pas car Il ne fait pas partie de leur vie, ils ne croient pas en Lui !


2-Mais, le but de l’évangéliste est de regarder d’un peu plus près la prière qui monte du cœur et des lèvres du pharisien comme du publicain. Prière d’action de grâce pour le premier (« Mon Dieu, je Te rends grâce.. ») ; prière pénitentielle pour le second (« Mon Dieu, prends pitié de moi… »).

Certes, Saint Luc ne nous propose pas une typologie de la prière dans la Bible. Il sait que la prière d’action de grâce est tout aussi belle et importante que la prière pénitentielle. Et nous, nous savons bien que la messe, l’eucharistie (mot grec qui signifie action de grâce) est comme un « merci » offert à Dieu. Et la messe commence précisément par une prière pénitentielle (« Seigneur prends pitié  »). Ne se poursuit-elle pas par l’appel à la miséricorde du Seigneur même juste avant la communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir… » ?


3-Là où le bât blesse chez le pharisien si zélé au point d’en faire trop (il jeûne deux fois par semaine alors qu’habituellement on jeûne le jour de Kippour et lorsque l’on vient de perdre quelqu’un), c’est que son action de grâce est foncièrement autocentrée : son action de grâce … ne rend pas grâce à Dieu Sauveur du monde, Sauveur d’Israël et Sauveur de sa propre vie puisqu’elle devient miroir de sa propre action qui, certes, s’est donnée de la peine (il donne 10 % de ses revenus), mais en fin de compte sans avoir besoin de Dieu Sauveur ! « Je mérite bien que Dieu me récompense puisque je suis un homme bien qui essaie de faire du bien » !

La prière qui est reçue, agréée par Dieu, dit Jésus dans la parabole, est concise, humble et sans prétention. Car, devant Dieu on est toujours pécheur, non pas pour se désespérer mais pour être vrai ; non pas pour se rouler quelque peu avec délice dans son péché en feignant de le reconnaitre ; non pas parce que l’on est nécessairement un grand voleur, foncièrement méchant et adultère ! Mais, parce que notre vie est blessée, cabossée par les coups de la vie donnés ou reçus. Parce que notre vie est parfois terriblement banale et peu brillante alors qu’elle est aussi comme un immense appel à aimer véritablement !

Avez-vous remarqué dans la deuxième lecture de ce jour (2 Timothée 4,6-8 ; 16-18) cette expression superbe du grand pharisien qu’était Paul devenu comme un publicain en somme : « Dans sa justice, Dieu me la remettra (la récompense) en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire. »

Eh bien, frères et sœurs, il y a de l’amour dans la prière du publicain : il y a comme un immense creux au fond de lui qui ne demande qu’à être rempli par la grâce, l’amour du Dieu vivant !

Puis-je vous donner quelques conseils alors que nous approchons de la fête de tous les saints qui furent souvent de grands priants à force de durer dans la prière et de s’y laisser convertir :

Arrêtez la pendule (ça tombe bien avec le passage à l’heure d’hiver !) et au fond de votre chambre –qui est peut-être une pièce, mais surtout votre cœur intime -, placez-vous devant le Seigneur en commençant par vous taire !

Durez dans le silence et l’économie de mots  : le Seigneur vous connaît. Ce n’est pas votre discours, mais votre présence qu’Il attend !

Reprenez la prière du publicain ou celle du pèlerin russe de la tradition orthodoxe : « Jésus, Fils de Dieu Sauveur, prends pitié de moi pécheur ! »

« Prends pitié » : c’est-à-dire : « prends-moi dans tes entrailles blessées par le péché des hommes, mais si pleines de compassion pour nous au point d’être ce Cœur sacré qui aime tellement ce monde et chacun de nous ! »

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Serge ODJOUSSOU ordonné diacre

 

19 novembre 2013 2013

Ordination Diaconale de Serge ODJOUSSOU
14 septembre 2013 – Notre-Dame du Rosaire

Homélie de Monseigneur Michel SANTIER

Les textes de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre n’ont pas été choisis pour cette célébration de l’ordination ; ce sont les textes du jour, ceux du 14 septembre, fête de la Croix Glorieuse.

Notre frère Serge a désiré que nous entendions cette parole aujourd’hui. Comme l’Apôtre Pierre qui voulait empêcher Jésus de parler de la Croix, de sa Passion et de sa mort, nous sommes souvent tentés d’ignorer, de nier la Croix mais aussi les événements de la vie nous rappellent son existence. Voici les paroles que le Pape François a adressées aux cardinaux lors de l’homélie de la messe de clôture du Conclave :

Quand nous marchons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix, et quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur ; nous sommes mondains, nous sommes des évêques, des prêtres - j’ajoute des diacres - des cardinaux, des papes, mais pas des disciples du Seigneur. »

Voilà des paroles aussi radicales que celle de Jésus dans l’Evangile, paroles qui nous bousculent et qui nous invitent à la conversion, à un retournement intérieur.

Pourtant le Pape ne s’arrête pas sur le caractère doloriste de la Croix ; sur la Croix se révèle l’amour de Jésus, le poids, le prix de sa vie donnée. La Croix révèle la gloire de l’amour.

Je le cite dans la même homélie :

« Je voudrais que nous ayons le courage de marcher en présence du Seigneur, avec la Croix du Christ, d’édifier l’Eglise sur le sang du Seigneur qui est versé sur la Croix, et de confesser l’unique gloire : le Christ crucifié. Ainsi l’Eglise ira de l’avant. ».

Mais pourquoi la Croix ? Je cite à nouveau le Pape François dans son homélie de la messe des Rameaux sur la place Saint Pierre :

«  Pourquoi la Croix ? Parce que Jésus prend sur lui le mal, la saleté, les péchés du monde et aussi les nôtres. Il les lave, il les lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu. »

« Dieu a tant aimé le monde, qu’il nous a donné son Fils unique  » avons-nous entendu dans l’Evangile de ce jour.

« Regardons autour de nous » poursuit le Pape. « Combien de blessures le mal inflige-t-il à l’humanité : guerres, violences, conflits économiques, qui frappent, surtout celui qui est le plus faible, etc… Sur la Croix Jésus prend tout le poids du mal, et la force de l’amour de Dieu en est vainqueur, et le défait dans sa résurrection. »

La Croix du Christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie.

Serge va être ordonné diacre en vue d’être prêtre. Par l’imposition des mains, par le don de l’Esprit-Saint, il va être configuré à Jésus serviteur. Le diacre est ordonné pour le service, le prêtre pour être pasteur. Un prêtre, comme un évêque demeure toujours diacre, serviteur du Christ et de son Eglise. Les diacres sont ordonnés pour nous rappeler à tous que le service de la fraternité, le service des plus faibles, est une dimension essentielle de la vie chrétienne et de la mission de l’Eglise.

Qu’est ce que le service ?

Tu as vécu cet été les Journées Mondiales de la Jeunesse au Brésil avec 250 jeunes du diocèse dont beaucoup t’entourent aujourd’hui, et les 3 millions et demi de participants.

Tu as entendu l’appel que le Pape François a adressé aux jeunes : « Allez, sans peur, servir. » et il a répondu à la question « qu’est-ce que le service  ? ».

Servir : « c’est laisser sa vie s’identifier à celle de Jésus. C’est avoir ses sentiments, ses pensées, ses actions, et la vie de Jésus est une vie pour les autres.  »

La première urgence aujourd’hui c’est la pauvreté spirituelle, et dans l’accompagnement des scouts, et des aumôneries, comme aux JMJ, tu as perçu l’immense attente, la soif de tous ces jeunes.

Evangéliser, c’est avant tout leur révéler l’Amour de Dieu, combien ils sont aimés, combien ils ont du prix aux yeux de Dieu.

Ta vie donnée au Seigneur sera un appel pour eux et pour nous tous ; un appel à dépasser nos replis sur nous-mêmes, nos égoïsmes, pour servir nos frères, particulièrement les plus fragiles, les plus démunis, et ce dont ils ont besoin ce n’est pas uniquement des secours matériels. Comme disait l’un d’entre eux à Lourdes au rassemblement Diaconia : « nous ne sommes pas que des estomacs  » ils ont besoin d’entendre la Parole de Dieu, l’Evangile, qui leur donnera la force de se remettre debout, de croire en leur dignité.

Serge, tu es un signe vivant pour nous, comme le disait le Pape François à Rio :

« Jésus nous accompagne dans cette mission. Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites, et il nous envoie tous. L’Evangile est pour tous et non pour quelques uns. Il n’est pas seulement pour ceux qui semblent les plus proches, plus réceptifs, plus accueillants. N’ayez pas peur d’aller, de porter le Christ en tout milieu, jusqu’aux périphéries existentielles, également à celui qui est le plus indifférent. Le Seigneur est à la recherche de tous. Il veut que tous sentent la chaleur de sa miséricorde, et de son amour. »

Serge, dans le don total que tu fais de toi-même aujourd’hui au Seigneur, et à tous tes frères en humanité :

• N’aie pas peur. Jésus te l’a promis, par son Esprit, Il sera toujours en toi source de joie et de bonheur.

• N’aie pas peur. Car la mission que tu reçois aujourd’hui comme diacre et bientôt comme prêtre, elle n’est pas seulement la tienne, mais celle de toute l’Eglise Diocésaine.

• Notre Eglise est appelée à donner la parole à tous les baptisés, pour que tout ensemble nous découvrions l’attente de tous ceux qui sont en recherche, et percevoir ce qui peut, dans leur existence, leur donner le goût de l’Evangile, le goût de se mettre à la suite de Jésus Christ.

• Nous tous : « Soyons attentifs ».

• Regardons à travers les rites de l’ordination ce que Jésus Christ va réaliser dans notre frère Serge, ce qu’il va réaliser en vous tous ici rassemblés, en notre Eglise Diocésaine.


+ Mgr Michel SANTIER
Evêque de Créteil



 


Un amour inconditionnel pour suivre Jésus

 

12 septembre 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU 23ème DIMANCHE ORDINAIRE (Année C)
(DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 2013)

Rappel de l’Evangile de ce dimanche - Luc 14, 25 - 33

De grandes foules faisaient route avec Jésus ;
il se retourna et leur dit :
« Si quelqu’un vient à moi
sans me préférer à son père, sa mère, sa femme,
ses enfants, ses frères et soeurs,
et même à sa propre vie,
il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix
pour marcher derrière moi
ne peut pas être mon disciple.

Quel est celui d’entre vous
qui veut bâtir une tour,
et qui ne commence pas par s’asseoir
pour calculer la dépense
et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, s’il pose les fondations et ne peut pas achever,
tous ceux qui le verront se moqueront de lui : Voilà un homme qui commence à bâtir
et qui ne peut pas achever !

Et quel est le roi
qui part en guerre contre un autre roi,
et qui ne commence pas par s’asseoir
pour voir s’il peut, avec dix mille hommes,
affronter l’autre qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut pas,
il envoie, pendant que l’autre est encore loin,
une délégation pour demander la paix.
De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens,
ne peut pas être mon disciple. »


1-En ce dimanche de rentrée, nous pouvons nous réjouir d’être au nombre de ces foules qui font route avec Jésus comme l’indique le passage d’Évangile de ce jour (Luc 14,25-33). Nous pensons bien sûr à nos jeunes qui cet été ont participé nombreux aux Journées mondiales de la jeunesse et qui nous rapportent leurs souvenirs emprunts de bonnes résolutions après de pareils moments vécus en groupe, en foule à Rio. Nous pensons aussi aujourd’hui à la foule des priants réunis hier soir Place Saint Pierre à l’invitation du Pape (100 000 personnes) pour prier simplement afin qu’une vraie paix s’installe entre les hommes et particulièrement en Syrie. Notre évêque avait aussi lancé l’invitation à la prière et jusqu’à notre paroisse : ce fut un beau et profond moment.

Prions encore et toujours pour que le « Prince de la Paix  » comme Isaïe (cf. Isaïe 9,5) désigne le Messie s’installe en nos cœurs nous aidant alors à trouver une véritable «  culture de la rencontre et du dialogue  » comme le dit encore le Pape François lors de l’Angélus du 1er septembre.

En parcourant ce passage d’Évangile, je me disais : elles sont étranges ces grandes foules qui suivent Jésus avec enthousiasme appréciant en particulier son verbe, ses gestes forts, miracles en particulier. Elles aiment voir le chanteur…, mais apprécient-elles au fond la chanson ? Souvenez-vous : n’est-ce pas ainsi que l’on parlait de Jean-Paul II à une époque en France avec quelque ironie : on aime la prouesse de l’artiste…, mais le contenu du message, les gestes prophétiques allant à l’encontre des certitudes établies, c’est autre chose !

2-Eh bien l’Evangile de ce jour ne nous prend-t-il pas nous aussi à revers ?

Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à sa propre famille et même à sa propre vie, il n’est pas digne d’être mon disciple… Vous avouerez qu’il faut encaisser de pareils propos ! Surtout lorsque l’on sait que l’Eglise défend la famille et recommande de s’occuper de ses parents. Qu’à la suite du Christ elle invite à « s’aimer soi-même pour mieux aimer son prochain  ».

Quand je vous aurai dit en plus que la traduction « me préférer  » adoucit l’original grec qui est «  haïr » (« Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son propre père… »), vous allez tomber dans la consternation. Bien sûr le verbe « haïr » est ici un intensif, une exagération verbale proprement sémitique ; mais tout de même !

Que veut donc nous dire Jésus ici en réclamant de nous un amour inconditionnel pour le suivre ?

Pour imiter le style du Pape, je pense que le Christ nous dit qu’il n’a que faire de disciples tièdes, mous, incertains, vaguement convaincus, annonçant de belles convictions et somme toute hypocrites. Je me hâte de vous dire que ce que je vous dit vaut pour vous comme pour moi !

J’ai remarqué que les couples sont exigeants dans leur relation : ils veulent de l’intense, ils veulent de l’authentique. Dans le domaine politique comme dans la vie de l’Eglise nous sommes exigeants car nous ne voulons plus de gens qui « se payent de mots », mais « ne payent pas de leur personne » !
Très bien, pourvu que nous ayons pour nous-mêmes les mêmes exigences ! Pourvu aussi que nous n’en restions pas qu’aux idées, mais que nous nous rencontrions vraiment.

Je pense ici à Sainte Bernadette après ses premières apparitions à Lourdes, interrogée, passée à la question par des notables anticléricaux et passablement scientistes, elle dit à propos de la Vierge Marie : «  Elle m’a regardé comme une personne !  » Le Christ, frères et sœurs nous regarde Lui aussi comme des personnes. Il a rendez-vous avec notre assemblée, notre paroisse dans toutes ses composantes et avec chacun, chacune d’entre nous car Il est une personne qui veut prendre de la place dans notre vie.

L’autre aspect déroutant, exigeant de ce passage d’Évangile tient dans la parabole de la tour et de l’armée engageant la bataille. Le Christ nous dit : si tu vois que tu n’iras pas jusqu’au bout dans ta construction, si tu vois que partir en guerre – quelle actualité- est une erreur stratégique, alors renonce ! Les gouvernants comme les simples citoyens n’aiment pas renoncer au prestige, à la gloriole, à l’orgueil. C’est pourquoi ils imaginent des projets immobiliers pharaoniques ou achètent une voiture surpuissante alors que la vitesse est toujours plus limitée car meurtrière. C’est que nous aimons n’en faire qu’à notre tête et rêver de toute-puissance alors que nous ne sommes que de pauvres mortels !

La renonciation à laquelle le Christ nous appelle n’est pas qu’un simple consentement à réduire nos gaz à effet de serre. Il s’agit d’accepter de nous laisser gouverner par Celui qui nous est plus intime que nous-mêmes, l’Esprit Saint qui vit en nous et nous fait découvrir que les fils et filles d’homme sont aussi et avant tout enfants de Dieu.

Renoncer à nous-mêmes dès lors consiste à faire place à Dieu et d’abord en entretenant notre colloque intérieur avec lui. Je dis bien notre colloque et non pas notre cinéma intérieur, nos rêveries qui peuvent être des fantasmes guère spirituels.

Je vous prends un exemple : le Christ nous invite à la prière de manière précise en trois occasions :

  • « Priez pour vos ennemis. » (Matthieu 5,44)
  • « Priez pour que le maître de la moisson envoie des ouvriers à sa moisson. » (Matthieu 9,38)
  • « Priez pour ne pas entrer en tentation. » (Matthieu 26,42)

Que faisons-nous de ces invitations fortes à la prière ? Avons-nous l’idée de prier pour ceux qui sont des tyrans et gazent leurs peuples ? Ou bien, estimons-nous qu’il n’y a rien à faire avec ces gens-là si ce n’est faire pleuvoir sur eux des bombes qui les éliminent une fois pour toutes ? Sommes-nous comme ces personnes qui exigent que les prêtres soient à leur service comme il y a quarante ans alors qu’ils sont dix fois moins nombreux et que nous ne souvenons plus du nom du dernier prêtre ou de la dernière religieuse sortis de notre famille ? Sommes-nous prêts à nous engager dans la catéchèse des enfants et des jeunes, dans l’accompagnement des adultes qui s’approchent comme Alexis du baptême ? Avons-nous le réflexe spontané de prier le Seigneur, que dis-je de crier vers Lui, lorsque nous commençons à déraper ou attendons-nous que ça passe comme une maladie bénigne ?

Vous voyez qu’en toutes ces circonstances et en bien d’autres, renoncer à nous-mêmes, c’est aller au tréfonds de nous-mêmes pour non pas nous enliser dans nos problèmes, mais bien trouver et retrouver le socle de notre vie, notre Créateur, notre Sauveur et notre véritable intime, l’Esprit Saint.

3- En ce début d’année, alors que je commence au milieu de vous ma dixième année de présence à Notre-Dame du Rosaire comme votre curé, je n’ai pas à vous annoncer de projets pharaoniques comme horizon de notre année. Je veux simplement surligner l’Évangile, désigner le Christ que nous aimons et qui est notre véritable richesse. Le préférer ne nous amènera jamais à oublier notre quotidien, notre famille et notre prochain. Le préférer nous permet de ne pas nous égarer en route car Il est la boussole. Renoncer à nous-même n’est pas une sorte de masochisme à l’époque du bien-être nombriliste. Renoncer à nous-même c’est laisser Dieu entrer dans notre vie pour la réussite évangélique de notre vie. N’est-ce pas aller à l’essentiel au-delà des oripeaux et des incantations ?

Pendant un instant, entrons dans notre sanctuaire intérieur ; vivons ce moment en étant proches les uns des autres, prions les uns pour les autres. Accueillons le Seigneur qui, de la crèche à la croix et jusque dans sa résurrection, nous apprend le chemin juste, simple et vrai de nos existences. Accueillons le Seigneur qui devient trésor de notre vie, qui vient habiter nos existences si souvent tentées par les mesquineries et pourtant appelées à connaître sa gloire. Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Les chemins de Marie

 

23 août 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LA FETE DE L’ASSOMPTION

(15 août 2013)

1- L’Eglise, en ce jour, célèbre l’Assomption de la Vierge Marie « élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel », selon les termes du dogme de l’Assomption défini par le pape Pie XII en 1950. Est-ce à dire qu’avant 1950, on ne célébrait pas dans notre Eglise l’Assomption de la Vierge ? Bien sûr que si ! C’était même en France notre « fête nationale » si l’on peut dire surtout depuis que le roi Louis XIII avait demandé, suite à la naissance inespérée du dauphin et qu’il attribuait à l’intercession de la Vierge Marie, que l’on organise des processions partout en France en l’honneur de la Patronne principale de notre pays.

La France a partie liée avec la foi chrétienne depuis des siècles –même si certains feignent de ne pas le savoir- et singulièrement avec la Vierge Marie, la « Mère de Dieu » (selon la belle expression du Concile d’Ephèse en 431), la « Théotokos » (littéralement, celle qui « enfante Dieu ») comme le disent nos frères orientaux.

N’est-il pas heureux que chrétiens catholiques et orthodoxes se retrouvent –entre autres- autour de la Vierge marie en chemin vers l’unité pour laquelle le Christ a lui-même prié la veille de sa passion (cf. Jn 17,21) ?

2- L’Evangile qui vient d’être proclamé (Lc 1,39-56) est aussi celui de la fête de la Visitation (le 31 mai) : il nous rapporte la rencontre simple et joyeuse d’Elisabeth et de Marie, la bénédiction qu’Elisabeth adresse à Marie, « la mère de mon Seigneur » (Verset 43) : « Tu es bénie entre toutes les femmes » (Verset 42). Nous aimons reprendre ces mots dans la prière de l’Ave Maria.

Puis vient le célèbre Magnificat de Marie qui proclame la grandeur de Dieu se déployant dans l’humilité de sa servante et plus largement dans la vie de tous ceux qui vivent de cette humilité. C’est d’ailleurs sur cette « humilité » (humilitas en latin ; tapeinôsis, en grec) que nous pourrions nous arrêter en ce jour où nous contemplons en Marie l’œuvre de Dieu. Je reprends donc les versets du Magnificat qui vont nourrir notre méditation :

« Il s’est penché sur son humble servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse. » (Verset 48)
« Il renverse les puissants de leurs trônes ; Il élève les humbles. » (Verset 52).

3- Marie, fille d’Israël, dès sa Conception, à l’Annonciation et à la Visitation est la « toute humble » à l’image du Christ son fils qu’elle va enfanter. Saint Paul, dans la célèbre hymne au Christ qu’il adresse aux Philippiens (cf. Ph 2,6 ss.) présente en effet le Christ comme Celui qui aurait pu revendiquer d’être traité à l’égal du Père dont Il partage la nature divine –c’eût été au niveau le plus haut-. Bien au contraire, Il « s’est abaissé » (Verset 8) dans son service de l’humanité qu’il vient rétablir dans sa dignité première en s’offrant à elle.

L’humilité de la Vierge Marie procède de celle de son fils, elle qui est la parfaite disciple, en menant une existence cachée, de service et joyeuse.

Dans notre langue « humilité » est un mot forgé sur « humus » et désigne la terre dans sa fertilité. La « nouvelle Eve », comme se plaît à l’appeler Saint Irénée, n’a donc pas oublié sa condition de créature qui a partie liée avec la terre qu’elle habite tout en étant porteuse d’une manière unique du projet de Salut de Dieu. Son double service comme parfaite disciple du Christ et comme créature assumée s’exprime dans cette humilité dont elle fait preuve.

Le second verset que j’ai cité il y a quelques instants (« Il élève les humbles  ») élargit la prière de la Vierge Marie en envisageant tous les serviteurs humbles du dessein de Dieu qui vont être élevés par Lui. En Marie, il n’y a aucune gloriole, aucun orgueil, aucune autosatisfaction, mais uniquement la disponibilité et l’action de grâce pour les grandes choses –les merveilles ; cf. Verset 49- que Dieu accomplit dans ses créatures lorsqu’elles n’oublient pas qu’elles ont été voulues par Lui « à son image et ressemblance » (cf. Gn 1,26).

Donc, Marie voyant que Dieu élève les humbles n’attire pas les regards vers elle. Pourtant, c’est bien elle que nous voyons « élevée » (« hypsôsen », verset 52) en tête de cette grande procession des ressuscités évoquée par Saint Paul dans la deuxième lecture de ce jour (cf. 1 Co 15,23) en tête de laquelle se trouve le Ressuscité.

Depuis des siècles, certes avec affection et reconnaissance, mais aussi avec le (bon) sens de la foi (sensus fidelium), nos ancêtres dans la foi ont vu immédiatement après le Christ ressuscité, Lui qui est, selon les mots de Paul, « souverainement élevé » («  hyperhypsôsen », cf. Ph 2,9), la Vierge Marie, icône de l’Eglise militante, en marche (comme aime à la présenter la constitution conciliaire Lumen gentium sur l’Eglise dans son chapitre 8 : «  La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise  »)et donc promesse d’un triomphe offert que l’on ne s’attribue pas, où l’on ne s’élève pas, mais où l’on est élevé par la main tendre et miséricordieuse du Seigneur qui ne saurait oublier les siens.

Oui, frères et sœurs en cette solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, célébrons la toute-belle et toute-simple : Notre-Dame. Empruntons les chemins évangéliques qui sont les siens et qu’elle a reçus de son fils : service, vie cachée, joie profonde d’être connu de Dieu. C’est cela que le Seigneur couronne en Marie à l’Assomption.

Pour conclure cette homélie, j’aimerais vous citer un extrait des paroles du pape François à l’Angélus qui conclut le 28 juillet les JMJ de Rio. Il s’adresse aux jeunes et à nous tous, je pense. Il nous présente la Vierge Marie, disciple, servante et joyeuse.

« La Vierge Immaculée intercède pour nous au ciel comme une bonne mère qui garde ses enfants. Marie nous enseigne par son existence ce que signifie être disciple missionnaire. Chaque fois que nous prions l’Angélus, nous faisons mémoire de l’événement qui a changé pour toujours l’histoire des hommes. Quand l’ange Gabriel annonça à Marie qu’elle deviendrait la Mère de Jésus, du Sauveur, elle, même sans comprendre la pleine signification de cet appel, s’est confiée à Dieu, elle a répondu : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole  » (Lc 1, 38). Mais immédiatement après qu’a-t-elle fait ? Après avoir reçu la grâce d’être la Mère du Verbe incarné, elle n’a pas gardé pour elle ce don ; elle s’est sentie responsable, et elle est partie, elle est sortie de sa maison et est allée en hâte pour aider sa parente Élisabeth, qui avait besoin de soutien (cf. Lc 1, 38-39) ; elle a posé un geste d’amour, de charité et de service concret, en portant Jésus qui était dans son sein. Et ce geste elle l’a fait en hâte !

Voilà, chers amis, notre modèle. Celle qui a reçu le don le plus précieux de la part de Dieu, comme premier geste de réponse va servir et porter Jésus. Demandons à la Vierge de nous aider nous aussi à donner la joie du Christ à nos proches, à nos compagnons, à nos amis, à tous. N’ayez jamais peur d’être généreux avec le Christ. Cela en vaut la peine ! Sortir et aller avec courage et générosité, pour que tout homme et toute femme puisse rencontrer le Seigneur. »

Bonne fête de l’Assomption à tous.

Père Stéphane AULARD



 


La pentecôte, acte de naissance d’une Eglise qui sort de sa torpeur et de sa peur.

 

21 mai 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DE PENTECÔTE
19 MAI 2013

1-Frères et sœurs en ce jour de Pentecôte, l’Eglise dans sa liturgie nous invite à faire mémoire d’un événement fondateur qui s’est déroulé à Jérusalem cinquante jours après la mort et la résurrection du Christ il y a plus de 2000 ans. Il s’agit de la venue de l’Esprit Saint sur les Apôtres enfermés dans la salle du Cénacle où, selon la tradition, le Seigneur avait le Jeudi Saint institué l’eucharistie après leur avoir lavé les pieds.

On peut dire que l’Eglise est née au pied de la Croix lorsque le Seigneur rendit son dernier souffle qui est bien davantage qu’une ultime expiration. Selon l’Evangile de Jean, lorsque le Christ mourut il « livra l’Esprit  » (« parédôken to pneuma  ») (cf. Jean 19,30) .Le Christ crucifié transmit à son Eglise en germe (Marie et Saint Jean au pied de la croix en sont les images) son Esprit.

Au cours des quarante jours qui suivirent la résurrection du Seigneur, Le Christ ressuscité rencontra ses Apôtres et Il leur confirma ce qu’Il leur avait déjà confié dans ses entretiens avec eux après la Cène. Nous venons d’entendre à l’instant un passage de Saint Jean où Il annonce très clairement la prochaine venue de l’Esprit Saint sur ce petit troupeau constitué des apôtres qui, pourtant, aux heures sombres de la Passion l’abandonnèrent : « Moi, je prierai le Père, et Il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : L’Esprit de vérité. » (cf. Jean 14,16) et, un peu plus loin : «  L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et Il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (cf. Jean 14,26)

2-Or, cet enseignement et cette mémoire dont parle le Christ aux Apôtres est fondamental : il y a un enseignement qui fait vivre et une mémoire vive qui met en marche, qui saisit et qui permet d’accomplir des merveilles. Lorsque le Christ ressuscité rencontra ses disciples, Il souffla sur eux comme Dieu insuffla son haleine de vie sur l’être humain –selon la Genèse- pour qu’il vive (cf. Genèse 2,7). Le Christ ressuscité souffla donc sur ses Apôtres pour leur permettre de revivre après le traumatisme de sa mort et la trahison des Apôtres pourtant compagnons de route du Seigneur durant trois ans ! (cf. Jean 20,22).

La Pentecôte est comme l’acte de naissance d’une Eglise qui sort de sa torpeur, de sa peur. C’est sa mise au monde, c’est son engagement dans le monde. Désormais l’action des Apôtres, leur témoignage explicite (l’annonce de Jésus Seigneur) comme leur témoignage implicite (le service des hommes à l’image du Maître, le combat contre toutes les formes de mal, la guérison des cœurs et des corps) constituent le programme de l’Eglise fondée sur les Apôtres. Ce sont là les « merveilles » dont parle le récit de Pentecôte dans le livre des « Actes… des Apôtres » : nous en sommes les héritiers comme disciples ! (cf. Actes 2,11)

Frères et sœurs, la morosité est, vous le savez une spécialité française. Nous sommes, à ce qu’il paraît, le peuple européen le plus déprimé champion de l’usage des antidépresseurs, inquiet pour notre avenir, n’aimant plus l’Europe que nous avons pourtant fondée, en proie au doute sur nous-mêmes, ne sachant pas ce que deviendront nos enfants qui travailleront plus longtemps… Et nous chrétiens au milieu de ce peuple naguère officiellement « fille aînée de l’Eglise » qui a suscité tant de saints, de missionnaires et d’œuvres de charité, comment nous sentons-nous  ? Avons-nous l’enthousiasme de nos frères aînés et de tant de frères et sœurs chrétiens actuellement dans le monde et pourtant quelquefois opprimés, pauvres et parfois extrêmement minoritaires ?

3-Deux événements peuvent nous faire réfléchir et nous aider à ne pas sombrer dans la déprime généralisée ! C’est d’abord le très beau rassemblement qui a eu lieu la semaine dernière à Lourdes : « Diaconia : servons la fraternité ». 12000 personnes venant de tous les diocèses de France accompagnées par 80 évêques. Parmi ces personnes (une bonne douzaine venant de Saint-Maur et 180 du diocèse), 3000 étaient des personnes qui ne prennent jamais la parole et qui, comme les Apôtres, ont pris la parole : des gens en grande précarité, des SDF, des Roms, des malades, handicapés, immigrés, prisonniers (par vidéo interposée), divorcés parfois remariés, chômeurs… Le peuple des petits et on les a écoutés !

L’appel issu de ce rassemblement dit ceci : « Ensemble, osons le changement de regard sur les plus fragiles. Abandonnons un regard qui juge et humilie pour un regard qui libère. Nous n’avons pas de prochain clé en main. La proximité se construit chaque jour. Ensemble, osons le changement d’attitude au sein des communautés chrétiennes pour que les pauvres y tiennent toute leur place… » Voir l’article sur Diacona 2013 publié sur notre site web "lerosairesaintmaur.org"

En dialoguant avec l’une d’entre nous qui se trouve dans un grand dénuement récemment, j’ai entendu ce que Jésus a promis à ses Apôtres : la mémoire de ses paroles pour nous faire tenir dans l’épreuve et pour nous relancer toujours dans notre vie. Elle évoquait la jeune fille de l’Evangile à laquelle Jésus dit : « Lève-toi… ». Ou encore la pierre roulée du tombeau et pourtant si lourde, promesse d’avenir : « Non les portes ne sont pas pour moi toujours fermées… » Oui, l’Evangile et la prière sont de puissants leviers et lorsque nous nous y livrons nous sommes habités par l’Esprit Saint qui commence à nous relever et ouvre encore et toujours nos vies aux dimensions de notre Dieu !

L’autre événement qui est aussi une belle promesse c’est le rassemblement des 12000 jeunes de 13-15 ans de la région parisienne à Jambville en ce moment- même ! Le FRAT. Là encore, comme la semaine dernière, 10000 fois douze disciples de Jésus se réunissent non pas pour se compter, mais pour s’exposer à l’Esprit Saint ! Ils s’en souviendront, je vous l’assure de cette Eglise qui prie, qui chante, mais aussi qui échange, qui s’instruit et qui envoie. Cliquez ici pour retrouver le site du FRAT

On leur souhaite, et nous nous souhaitons joyeuse Pentecôte puisque l’Esprit Saint « affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ  » (cf. Romains 8,16-17), en le suivant partout où Il se trouve : dans l’homme défiguré comme dans le jeune plein de promesse ; dans les couples qui se préparent au mariage sacramentel comme dans les personnes seules, dans nos compatriotes de toutes origines et religions comme dans nos frères chrétiens persécutés en différentes religions du monde que nous ne saurions oublier.

En cette « Année de la foi », notre foi est un puissant levier pour nous permettre de reconnaître le Christ vivant, l’Esprit Saint à l’œuvre et nous tourner vers le Père avec simplicité comme Jésus nous y invite encore et toujours. Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Laissons-nous mettre en mouvement par l’Ascension !

 

11 mai 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LA FETE DE L’ASCENSION
JEUDI 9 MAI 2013

1- La fête de l’Ascension du Seigneur n’est pas un conte pour enfants ou un phénomène relevant de l’hallucination collective ! L’Ascension du Seigneur clôt le cycle pascal constitué par ce que l’on appelle couramment les « apparitions  » de Jésus après sa résurrection. Je n’aime guère pour ma part ce mot « apparition » qui me paraît trop faible et donne justement à croire que « ce n’est pas bien sûr tout cela ! » Je lui préfère l’expression : «  rencontres du Christ ressuscité  » avec ses Apôtres.

Vitrail de l’église Notre-Dame du Rosaire

L’Evangile selon Saint Luc et le début du livre des Actes des apôtres du même évangéliste- présente l’Ascension de Jésus comme cette ultime rencontre qu’Il eut avec ses Apôtres et le cercle des disciples au terme des quarante jours au cours desquels Il s’était déjà donné à voir ressuscité à maintes reprises : à quelques-uns (pensez aux pèlerins d’Emmaüs qui cheminent sur la route en Luc 24,13-35) ou au groupe des onze apôtres (à la fin de Saint Luc à partir –Luc 24, 36 - qui se conclut par le récit de l’Ascension).

Saint Marc, dans ses derniers versets dit de manière très sobre : « Donc, le Seigneur Jésus après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu.  » (Marc 16,19)

L’Evangile selon Saint Jean ne rapporte pas le moment de l’Ascension, mais dans les discours après la Cène Jésus dit à plusieurs reprises aux Apôtres qu’Il s’en va, qu’ils ne Le verront plus, qu’Il reviendra. Jean précise même : «  Il vaut mieux que je m’en aille, en effet si je ne pars pas le Paraclet ne viendra pas à vous ; si au contraire je pars je vous l’enverrai. » (Jean 16,7). Jésus ne s’en va pas vers la mort, mais Il va vers son Père et le nôtre (cf. Jean 20,17) et l’Ascension exprime parfaitement cela.

C’est Saint Matthieu qui rappelle l’ordre de Jésus convoquant ses apôtres en Galilée pour les envoyer en mission avant de leur confier ce fameux verset qui clôt cet évangile : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Matthieu 28,20)

Que retenir de cette brève enquête ?

Deux fils, si je puis dire, qui constituent la trame de l’Ascension :

  • le premier fil concerne Jésus qui s’en va, se sépare de ses apôtres, est enlevé pour monter au ciel. Ce fil n’est pas sans rappeler l’enlèvement d’Elie dans l’Ancien Testament (cf. 2 Rois 2) qui confie son esprit à Elisée son disciple… Des prophètes en sont témoins. Elie est resté dans la tradition d’Israël comme le grand prophète à imiter tellement bien qu’on le retrouve avec Moïse à entourer le Christ transfiguré sur la montagne (cf. Luc 9,30). Il y a là une annonce de l’Ascension du Seigneur.
  • Le second fil concerne les disciples qui vont recevoir l’Esprit. Il s’agit bien sûr de l’Esprit Saint décrit par Saint Luc comme une force, un vêtement qui va revêtir les apôtres (cf. Luc 24,49). Le livre des Actes qui reprend pour le poursuivre l’Evangile selon Saint Luc se fait plus explicite puisqu’il dit que les apôtres vont bientôt être baptisés (c’est-à-dire « plongés ») dans l’Esprit Saint. Dès lors, ils seront témoins de Jésus et de la Bonne nouvelle « jusqu’aux extrémités de la terre  » (cf. Actes 1,4.8). Ici Saint Luc rejoint d’ailleurs Saint Matthieu dans le fameux verset qui a mis en marche tant de chrétiens au cours des siècles : «  Allez de toutes les nations faites des disciples, baptisez les…, Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (cf. Matthieu 28,19-20)

2- Frères et sœurs, je vous ai rappelé tous ces points pour que nous prenions le temps en cette fête de l’Ascension de porter notre regard sur Jésus et que nous prenions, reprenions conscience de notre mission de disciples comme nous y invitent les lectures de l’Ascension.

Beaucoup en effet s’arrêtent au « phénomène » de l’Ascension (comment Jésus fut-Il propulsé pour s’élever au-dessus de la terre ?)Il est vrai que notre peinture classique a cherché à représenter cette scène parfois de manière un peu naïve. Et comme cela semble impossible, beaucoup s’arrêtent là.

Pourtant, songeons-y : le Seigneur en disparaissant de nos yeux achève le mouvement même de l’Incarnation et de la Rédemption, les deux grands mystères de notre foi qui, en fait, ne font qu’un  : Il est né en venant chez les siens (cf. Jean 1,11), dans ce monde créé par Dieu, voulu et aimé de Lui pour venir à notre rencontre et nous sauver en s’immergeant dans la vie des hommes, en partageant tout ce qui nous constitue à l’exception du péché.

Or, qu’est-ce qui nous constitue ? La naissance, la croissance, l’éducation, le travail, la rencontre et les relations humaines, l’amour comme un don de soi, la souffrance, la mort. Il retourne au Père dont Il vient (cf. Jean 14,12 ; 16,5.28) car c’est le mouvement même de la résurrection qui proteste contre l’abandon, la trahison, la condamnation, le meurtre, l’oubli, la honte. Si la résurrection de Jésus exprime à la fois son réveil (on peut dire que Jésus est l’Eveillé) d’entre les morts et sa dignité car Il est debout, son Ascension exprime son exaltation.

Ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas de porter aux nues un « exalté » au mauvais sens de ce mot, mais de reconnaître son relèvement définitif, son retour dans les mains du Père qui est le véritable sanctuaire comme dit l’épitre aux hébreux (Hébreux 9,24) ; le Ciel. Oui, en osant croire à cette grandeur, à cette « hauteur de vue », ouvrons notre regard pour croiser celui du Père des siècles et de l’histoire : Dieu est plus grand et ne saurait être ravalé à peu de choses. Son amour est plus grand et ne saurait être ravalé à peu de choses. Comme il est bon de croire à cette immensité, à cet océan d’amour qui n’est pas une perte mais un geste : celui des bras ouverts pour accueillir ce qui ne saurait disparaître.

Une carmélite à propos de sa propre mort écrivait ceci : « Ce qui se passe de l’autre côté, quand tout pour moi aura basculé dans l’éternité, je ne le sais pas : je crois seulement qu’un amour m’attend… » C’est l’amour de Dieu. Jésus, dans son Ascension, nous dit qu’au-delà de cette terre, de ses affres et de ses petitesses, il y a vraiment du plus grand, du plus haut qui nous élève et qui nous appelle. Tout cela n’a rien d’angoissant ; bien au contraire c’est très bon.

Dès lors nous pouvons vraiment comprendre, dans le dialogue qui précède la Préface, grande entrée dans la prière eucharistique, ces mots que nous entendons sans y prêter véritablement attention : « Elevons notre cœur (« sursum corda ») : cela est juste est bon !  »

Ne voyez-vous pas combien le devenir du Ressuscité ouvre nos cœurs, Il s’élève pour nous indiquer notre propre devenir !

3- Mais, en attendant une tâche nous est offerte tant que nous sommes dans ce monde  : pour trois ans peut-être comme la durée du ministère du Christ, pour des dizaines d’années, pour quelques jours : peu importe ! Cette tâche, c’est de reprendre la route, notre route, habités de l’Esprit Saint qui, comme dit Jésus dans l’Evangile (cf. Actes 1,8 ; Jean 14,26), nous est promis et qui nous fait souvenir de ses propres paroles. Il nous assiste, Il nous habite et nous permet d’envisager aussi de grandes choses à accomplir à la suite de notre Maître. C’est cela être témoins.

Dans ce temps liturgique qui nous sépare de la Pentecôte, fête du don de l’Esprit Saint et de la naissance de l’Eglise, exposons-nous déjà à l’Esprit Saint. Nous exposer en Eglise à L’Esprit Saint risque de nous brûler sans doute ; pour autant nous risquons certainement moins un cancer à pratiquer ce genre d’exposition qu’à nous exposer parfois sans précaution et pourtant avec délice au soleil durant l’été !

Lorsque je rencontre des confirmands, je leur propose de prendre un temps de silence et d’écrire une parole de Jésus qu’ils ont mémorisée et qu’ils estiment ne pas devoir oublier : c’est l’Esprit du Père et du Fils qui imprime en nous ces paroles si précieuses qui nous font vivre, nous bousculent, nous dérangent et nous emmènent plus loin.

Et si dans cette « neuvaine » ( neuf jours) qui nous sépare de la Pentecôte nous aussi faisions cette expérience de nous asseoir un peu à l’écart, de laisser le Seigneur venir à notre rencontre au point que cela nous saisisse et qu’une parole du Maître vienne dans notre cœur pour remonter jusqu’à nos lèvres.

Cette parole nous fera certainement du bien, nous consolera quelquefois et fera peut-être de nous de simples témoins au milieu de nos frères et sœurs qui sont notre quotidien. Faisons le pari que nous allons oser prendre ce temps d’ici la Pentecôte !

Vous voyez, frères et sœurs, combien l’Ascension du Seigneur nous parle de Jésus notre Maitre et notre ami ; mais aussi de nous. Laissons-nous mettre en mouvement par l’Ascension !

Soyons enfin en communion avec les 12 000 pèlerins rassemblés à Lourdes –à l’occasion du Rassemblement Diaconia- . Ils réfléchissent et prient avec les Apôtres et la Vierge Marie pour que le service de nos frères demeure le plus grand cadeau que nous puissions leur faire au nom de Jésus aujourd’hui.

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Pour vous, qu’est-ce que la Résurrection du Christ ?

 

21 avril 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

Homélie de Pâques 2013



1- Pâques est la fête de la résurrection du Christ.

Pâques fête essentielle, que dis-je, première dans le calendrier liturgique chrétien, avant Noël pourtant si populaire parce que nous nous réunissons en famille peut-être encore davantage qu’à Pâques.

Et pourtant Pâques doit bien être tenue comme la « solennité des solennités » qui, au-delà des questions liturgiques, nous renvoie comme en un puissant écho les propos de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens :

« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre message est sans objet et votre foi est sans objet… Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n’êtes pas libérés de vos péchés… Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15, 14.17.19)

La résurrection du Christ, y croyons-nous vraiment ? Ou bien, la tenons-nous un peu à distance parce qu’en entendant « résurrection ».., nous entendons plutôt « mort », celle du Christ et la nôtre, et qu’il faut bien avouer que ce n’est guère « tendance » -comme on dit aujourd’hui- de parler de mort, donc a fortiori de résurrection alors que les valeurs « à la hausse » seraient plutôt le jeunisme (à ne pas confondre avec la jeunesse), le « look fashion » (traduisez une apparence à la mode), l’indignation temporaire, l’émotion permanente empêchant toute réflexion, les fidélités successives, le libéralisme en tous domaines pratiqué par ceux là-mêmes qui sont censés y être opposés !

Mais, au fait la résurrection n’est peut-être pas simplement une sorte d’avers comme il y a le revers sur une pièce de monnaie : l’avers étant la résurrection et le revers la mort ! Non, car la résurrection du Christ est bien plus qu’un renversement, comme une vengeance ou une revanche. La résurrection du Christ, comme le dit Benoît XVI dont les écrits lumineux nous enseigneront durablement c’est :

« L’évasion vers un genre de vie totalement nouveau, vers une vie qui n’est plus soumise à la loi de la mort et du devenir mais qui est située au-delà de cela-une vie qui a inauguré une nouvelle dimension de l’être-homme. C’est pourquoi la Résurrection de Jésus n’est pas un événement singulier, que nous pourrions négliger et qui appartiendrait seulement au passé, mais elle est une sorte de « mutation décisive », un saut de qualité. Dans la Résurrection de Jésus une nouvelle possibilité d’être homme a été atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre un avenir, un avenir d’un genre nouveau pour les hommes.

 » (Jésus de Nazareth, tome 2, Paris, Editions du Rocher, 2011, page 278)

La résurrection du Christ n’est donc pas un événement en mode mineur et sans lendemain : elle ouvre l’histoire des hommes, donc la nôtre singulière et celle de tous les peuples puisque la mort comme limite absolue, épreuve fatale, est dépassée et anéantie, ce que dit encore saint Paul lorsqu’il écrit que le dernier ennemi vaincu par Dieu sera la mort (cf. 1 Co 15,26).

2- Avant d’aller un peu plus loin, j’aimerais rappeler que la Pâque juive célébrée par la communauté juive en ce moment est un jalon essentiel qui nous mène à une juste compréhension de la résurrection du Christ. Il nous faut toujours prendre le temps de rappeler cela, de nous y attarder et alors seulement d’aller plus loin.

Cette Pâque en effet se distingue par deux éléments essentiels que rapporte l’Ancien Testament : le repas pascal pris en toute hâte avec le sacrifice de l’agneau et la libération d’Egypte qui se traduit par le passage de la Mer rouge. L’agneau pascal saigné et rôti n’est évidemment pas sans rappeler l’agneau des chants du serviteur d’Isaïe (cf. Is 53,7) conduit à l’abattoir et qui ne proteste pas : c’est la figure de l’innocent qui porte le péché de ses bourreaux. L’innocent par excellence, c’est le Christ et c’est lui qui porte le péché du monde comme nous le chantons à chaque messe.

Quant à la traversée de la Mer rouge d’Israël conduit par Moïse, c’est le signe de la libération que Dieu a voulue pour son peuple comme une protestation contre l’esclavage dans lequel il était maintenu. Moïse n’étant pas un général autoproclamé, mais bien le lieutenant de Dieu médiateur de son œuvre de libération.

Parfois, on a fait du livre de l’Exode -rappelant entre autre la première Pâque- une lecture uniquement politique voire nationaliste, ne voyant pas que cette œuvre de libération est d’abord une décision divine et qu’elle fut menée par un homme converti à Dieu et lui obéissant. Certes, les accents nationalistes sont bien là, mais ce n’était que la première étape annonciatrice d’autres formes de libération des hommes que Dieu avait à cœur d’accomplir : libération intérieure de l’homme entravé par le péché prenant bien des formes  : de l’égoïsme en passant par le meurtre, la volonté de puissance, le mensonge, l’infidélité, la haine de l’autre…

3- La Pâque du Christ, sa résurrection n’est pas une « réanimation » ou une image poétique voire mystique pour évoquer une certaine transcendance de l’homme qui s’est dépassé ou que l’on installe au panthéon des grands hommes pour lesquels il faut avoir de la reconnaissance. Ne pensez pas que je sois en train de critiquer les grands héros de notre histoire et encore moins nos belles figures de sainteté. Je suis simplement en train de dire, mieux, de confesser la résurrection du Christ comme une admirable nouvelle nous saisissant, nous étonnant (c’est le sens du mot admirable).

Tous les récits évangéliques annonçant la nouvelle de la résurrection insistent sur cet étonnement (Saint Luc parle de « délire » et d’étonnement -cf. Lc 24,11-12-), mais aussi sur la foi à laquelle conduit la résurrection (Saint Jean en particulier lorsqu’il reprend ces maîtres mots de son évangile : «  Il vit et il crut. », cf. Jn 20,8).

Bref, La résurrection du Christ l’a délivré des affres de la mort, mais, comme je le rappelais déjà tout à l’heure, elle inaugure un monde nouveau, un « être-homme » transformé, pour reprendre les propos de Benoît XVI, un monde et jusqu’au cosmos animés désormais par cette dynamique pascale mise en œuvre par la résurrection.

Les plus sceptiques d’entre vous cultivent le doute par méthode ou sont sérieusement –par métier par exemple- touchés par les questions de notre monde voire les démarches scientifiques toujours plus complexes aujourd’hui. La résurrection du Christ n’est pas un tour de magie. Elle manifeste la puissance (au sens d’un potentiel immense) du Dieu créateur, libérateur, consolateur et sanctificateur. Le Christ, dans le fameux récit de la « résurrection » tout à fait temporaire de Lazare dans Saint Jean (cf. Jn 11,25-26) déclare à Marthe :

« Moi, Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Et tout homme qui vit et qui croit en moi, ne mourra jamais. »

Le Ressuscité de Pâques, le Christ Jésus est comme le dit encore l’Apocalypse, le Vivant (cf. Ap 1,18) par excellence, l’homme nouveau, le Fils éternel qui vient renouveler l’homme et faire de lui un fils adoptif de Dieu son Père animé des énergies de la résurrection. Dès lors, frères et sœurs, en cette Pâques 2013, comme chaque année, rappelez-vous votre baptême qui a déjà renouvelé en vous votre être.

Vous êtes déjà habités de l’énergie de la résurrection : votre vie est déjà configurée au Christ, vainqueur, vivant, toujours nouveau. Demandez-vous si votre vie manifeste cela ou bien si elle est comme une eau dormante voire morte qu’il est temps de bousculer. Trop de chrétiens sont fatigués comme si leur christianisme était une sorte de patrimoine antique et solennel comme ces objets de famille auxquels on est attaché et que l’on sort au mieux dans les grandes occasions pour les remiser le reste du temps au fond d’une armoire.

La résurrection du Christ nous est communiquée comme un virus bénéfique : voulez-vous le croire ? Pour cela il vous faut urgemment vous confier au Christ, vous laisser saisir par Lui, par sa parole juste et bonne, ses actes simples et vrais, son attention à tous et non aux élites ou aux séducteurs. Il vous faut prier, rester dans le silence, mais aussi jubiler avec vos frères qui se donnent de la peine à proposer de nouvelles initiatives visant à rejoindre ceux qui sont –comme ne cesse de le dire le pape François- « à la périphérie » de la foi, de la vie sociale et ecclésiale.

Il ne faut assurément ni lâcher la nouvelle évangélisation ni la charité active pour que l’énergie pascale puisse se communiquer au plus grand nombre. Il faut oser croire que dans la nuit des conflits, du péché, de la paresse, du désenchantement se lève la puissance de la résurrection comme une germination profonde et puissante. Nous sommes dans cette église pour accueillir la lumière de l’aube pascale : l’éternel renouvellement de l’homme intérieur qui devient alors capable d’une immense bonté. Nous y croyons et ne nous laisserons pas atteindre par les scepticismes mortifères et les moqueries des blasés !

Je termine par deux détails : la Résurrection comme la passion, la mort de Jésus sont de nuit. La rencontre du Christ ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se déroule au crépuscule (cf. Lc 24,19). Quel enseignement tirer de ce détail si ce n’est que nous marchons à tâtons, notre foi est éprouvée, la résurrection comme dynamisme se joue même dans les épreuves, les tentations, les doutes.Je suis souvent témoin de ces instants de résurrection si je puis dire au cœur des souffrances, dans la disponibilité, l’attention, le soutien mutuel ou que l’on porte aux autres. C’est souvent dans l’épreuve que cela se joue…

Depuis Jésus ressuscité, il nous est donné d’accueillir pareils instants d’amour infini, de don de soi comme autant d’expériences de la résurrection à l’œuvre : recueillez cela aussi dans votre couple, dans vos relations filiales, dans vos amitiés, dans vos engagements. Cueillez et recueillez cela pour mieux vous recueillir et entrer dans la prière où ce que vous présentez comme si précieux va rejoindre l’éternité en marche, ce qui ne se perd pas.

Ou encore, mettez ce qui est » juste et bon », comme nous le disons dans la préface de nos prières eucharistiques sur l’orbite du Ressuscité et entrez dans la dimension du Dieu vivant qui surpasse toute dimension ! Oui, dans la nuit, tout n’est pas ténèbre !

Vous êtes-vous aussi demandé comment apparaît le Ressuscité ? Avec quel vêtement puisque la tunique sans couture lui a été arrachée et qu’il est quasiment nu sur la croix ? Son vêtement de Ressuscité c’est la lumière, le fameux « traje de luz  » des Espagnols (le « costume de lumière »). J’emprunte cette expression à l’art de la tauromachie. Cette expression nous fait penser à l’armure que saint Paul recommande aux chrétiens de porter pour mener le combat spirituel (cf. Ep 6,11.13). Surtout, ne s’agit-il pas pour nous de la robe de baptême, du vêtement blanc porté par les élus de l’Apocalypse (cf. Ap, 7,9) ?

Oui, frères et sœurs, soyons fiers d’être revêtus de la lumière de Jésus Christ qui est ressuscité. Que la lumière de Pâques nous entoure, nous protège, nous arme pour mener le seul combat qui vaille : celui de l’amour de plus en plus fraternel et du don de nous-mêmes à la suite du Christ qui accompagne son Eglise d’âge en âge comme Il l’a promis. Amen, alléluia !


Père Stéphane AULARD



 


Le langage de la croix

 

5 septembre 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

Homélie pour le Vendredi Saint

HOMELIE POUR LE VENDREDI SAINT
(29 mars 2013)

1- Le pape François lors de sa première homélie aux cardinaux, le lendemain de son élection (le 14 mars) s’exprime ainsi :

« Le même Pierre qui a confessé Jésus Christ lui dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Je te suis, mais ne parlons pas de Croix. Cela n’a rien à voir. Je te suis avec d’autres possibilités, sans la Croix. Quand nous marchons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix et quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur, nous sommes mondains, nous sommes des évêques, des prêtres, des cardinaux, mais pas des disciples du Seigneur. »

Ces propos du pape m’ont fait réfléchir –comme prêtre bien sûr puisqu’il interpelle entre autres les prêtres. J’ai eu le sentiment qu’à l’approche de la Semaine Sainte et plus particulièrement du Vendredi Saint, ce commentaire de l’attitude de Pierre prêt à confesser un messie triomphant, mais certainement pas le Dieu crucifié, devait nous interpeller tous autant que nous sommes.

Aujourd’hui en ce Vendredi Saint 2013, la méditation sur la Croix au centre de notre liturgie –chemin de la croix et office de la Passion- est impérative. La croix est présente dans nos églises et dans nos maisons, dans nos cimetières et dans nos maisons, Elle est gravée sur nos nouvelles cloches. Beaucoup d’entre nous la portent autour de leur cou. Nos frères coptes l’ont tatouée sur leur poignet. Et alors…

Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (cf. 1 Co 1,18) parle d’un « langage de la croix  ». Il ne s’agit pas de littérature, mais d’expérience. N’est-ce pas lui qui dit dans une autre de ses lettres (cf. Col 1,24) qu’il achève en sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ. Or, les souffrances du Christ sont évoquées de manière prophétique dans le passage d’Isaïe, le quatrième Chant du Serviteur (cf. Is 52,13-53,12) que nous lisons chaque Vendredi Saint, mais aussi dans la lettre aux Hébreux (cf. Hé 4,14-16 ; 5,7-9).

Même si le mot « croix » n’est pas employée dans ces passages bibliques fameux, nous voyons bien que le visage défiguré du Serviteur est bien celui de Jésus sur la Croix, que son cri, sa prière et sa supplication s’expriment à travers les fameuses « sept paroles du Christ en croix ». Ce serait le comble que nous ayons inventé une « esthétique » de la croix, des discours sur la croix, sans, pour reprendre les mots de Paul, intégrer profondément le « langage de la croix (qui) est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, (qui) est puissance de Dieu. » (cf. 1 Co 1,18)

Chaque Vendredi Saint, nous réentendons la Passion selon Saint Jean qui rappelle non seulement le procès fait à Jésus, mais aussi sa passion –ses souffrances-, sa crucifixion, sa mort et sa mise au tombeau. Tous ces différents moments sont chargés d’émotion et quel chrétien peut entendre ce récit sans frémir, sans faire mémoire de son Seigneur et graver en lui l’image du Seigneur supplicié ?

En effet. Mais me revient en mémoire cette question si souvent posée par des enfants et des adultes sidérés devant tant de souffrance : « Dieu n’aurait-Il pas pu nous sauver par un autre moyen que ce torrent d’horreurs et de tortures ? »

2- La Passion du Christ et sa croix sont le sommet de sa vie au cours de laquelle Il n’a pas cessé de « se donner de la peine », de souffrir en voyant le mal, la mesquinerie de ses apôtres, le complot des scribes, anciens et grands prêtres se liguer contre Lui, la diatribe des pharisiens dont il était pourtant proche et qui finissent par vouloir l’éliminer. Et que dire du reniement de Pierre et de la trahison de Judas ?

Nous avons en mémoire la demande des juifs d’origine grecque venus en pèlerinage à Jérusalem pour la Pâque juive : « Nous voudrions voir Jésus. » (Jean 12,21). Ils veulent voir un messie selon leur cœur qui soit beau, puissant, chef de guerre et guérisseur. La réponse de Jésus ne se fait pas attendre : «  L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié.  » (Jean 12, verset 23). Ils n’ont probablement rien compris et certainement imaginent une autre gloire que celle … de la croix ! Quelques versets plus loin, Jésus s’écrie : «  Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12,32) Et l’évangéliste de préciser : « Il signifiait par-là de quel genre de mort il allait mourir. » Dans l’instant personne n’a rien compris !

Peut-être que nous non plus d’ailleurs ! Ai-je compris, moi, ce que signifie cette élévation du christ sur la croix qui fait écho à une prophétie de Zacharie : «  Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. » (cf. Za 12,10)

Je ne suis pas en train, frères et sœurs, de vous faire un cours d’érudition biblique. Je suis simplement en train de vous dire qu’il y a un mystère de la croix, de l’élévation du Christ sur la croix et qu’il nous faut longuement contempler le Christ sur la croix pour descendre aux profondeurs du mystère de notre salut qu’Il a accompli définitivement, ultimement, sur la croix.

Certes, objecterez-vous peut-être, Il n’est plus sur la croix, mais n’allons pas trop vite à la résurrection en refusant la croix, en « zappant » sur la croix. Sinon, nous risquons toujours de faire de l’Evangile un livre de sentences morales sympathiques, mais finalement déconnectées de celui qui a prononcé ces paroles de feu et qui a payé de sa personne pour faire de nous des disciples. Sinon, comme le dit notre pape, nous « mondanisons  ».

Les mystiques comme Saint Jean d’ailleurs nous pressent de ne pas mondaniser, c’est-à-dire de ne pas nous soumettre à l’esprit du monde affamé de gloriole, de paraître, de succès immédiats qui réjouissent temporairement même s’ils sont sans lendemain, de fidélités successives et non construites sur le roc.

Combien de fois entend-t-on des jeunes s’extasier qu’un couple soit encore « ensemble » après 25, 50 années voire davantage bien sûr de vie commune dans le mariage ? Ce n’est pas le nombre des années qui doit nous impressionner, mais bien la fidélité construite pas après pas, l’édification mutuelle dans la traversée des épreuves qui sont autant de croix. Voilà que nous comprenons mieux ce que veut dire Jésus en parlant de porter sa croix !

3- J’aimerais attirer votre attention sur deux détails du texte de la Passion. Le récit se déroule de nuit : le procès chez Anne et Caïphe après l’arrestation de Jésus se déroule de nuit. La tradition nous rapporte (nous l’avons entendu dans le récit de la Passion selon Saint Luc) que l’obscurité s’établit à Jérusalem au moment de la mort de Jésus.

Comme dit Saint Jean de la Croix, le grand mystique espagnol du XVIème siècle :

«  Je sais bien la source qui coule et fuit, malgré la nuit.
Sa lumière jamais n’est obscurcie et je sais que tout éclat en surgit, malgré la nuit.
Issu de cette source le courant est si vaste je le sais, si puissant, malgré la nuit… »
(Chant de l’âme,
La Pléiade, pp 893 et 895).

La croix, comme la foi, ont à voir avec la nuit. Dans la nuit de la foi, dans l’épreuve de la croix qui nous semble incompréhensible voire insupportable, le Seigneur veut se lier à nous. Ce soir, dans cet office de nuit, le Seigneur veut dans les ténèbres de notre péché, de nos épreuves pour un certain nombre d’entre nous, lever le voile et se révéler à nous plus vrai, plus juste, moins mondain…

Un autre détail qui a son importance : les soldats qui ont crucifié Jésus se partagent ses vêtements, sauf sa tunique sans couture. Le pape Benoît XVI commentant ce passage (Jésus de Nazareth, volume 2, Paris, Editions du Rocher, 2011, page 248) précise que cette tunique tissée d’un seul fil n’est pas sans rappeler la tunique du Grand Prêtre. Le Christ sur la croix est prêtre. Sa vie est le véritable sacrifice, l’amour donné jusqu’à l’extrême.

Et me voilà à penser à ce fameux verset de Paul dans l’épître aux Romains :

« Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu… » (Romains 12,1)

N’est-ce pas en contemplant Celui qui s’est sacrifié sa vie durant et définitivement sur la croix par amour pour nous que nous pouvons reprendre force pour marcher, édifier et confesser, comme dit le pape François en faisant de notre vie, jour après jour, un don.

Contemplons donc notre maître et Seigneur sur la Croix. Je cite encore notre pape le jour des Rameaux :

«  La croix du christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’Il a fait le jour de sa mort.  »

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Pâques, le contraire du fatalisme

 

6 avril 2013 2013

Homélie entendue en la cathédrale de La Rochelle et prononcée par son évêque, Monseigneur Bernard Housset

Pâques, le contraire du fatalisme
Nous sommes dans la joie. Car nous croyons fermement que le Christ
a dépassé la mort et est vivant pour toujours.


DIEU NOUS DONNE DE VAINCRE NOS FATALITES

La mort, la plus grande fatalité qui soit, est vaincue.
Célébrer la résurrection du Christ nous invite donc à ne pas être des
fatalistes, des gens amorphes qui subissent leur existence et
succombent à la résignation.

De deux choses l’une : ou bien la mort est le dernier mot de la vie ou
elle ne l’est pas. Si elle l’est, le grand mathématicien, Henri Poincaré,
mort il y a cent ans, aurait raison. Il disait : « l’aventure humaine,
ce n’est qu’un éclair de lumière entre deux nuits ».

Mais, puisque le Christ est vraiment ressuscité, la mort n’est pas
la dernière étape de la vie. Certes Dieu ne nous empêche pas de mourir,
pas plus qu’il n’a empêché le Christ de mourir.
Mais « Il l’a ressuscité le troisième jour », comme l’affirme Pierre.
Et à la suite du Seigneur Jésus, grâce à Lui, nous traverserons la mort
biologique et nous ressusciterons à notre tour.
Nous ne sommes pas condamnés à mort, nous sommes appelés à
la vie définitive.

Il parait que les français se situent dans les dix peuples les plus tristes
du monde actuel. Nous serions désabusés et fatalistes par rapport à
notre avenir collectif. Je ne sais pas si ce sondage correspond à la réalité.
En tout cas, notre joie chrétienne de la Résurrection peut nous permettre
de dépasser notre éventuelle tristesse.


CAR DIEU ESPERE EN NOUS

Car Dieu ne peut pas nous abandonner, Dieu ne peut pas échouer.
Son désir finira par se réaliser : que tous les humains se retrouvent dans
une unique famille pour partager son bonheur, son Amour, sa liberté.

Certes, Dieu ne fait pas les choses à notre place. Il nous invite sans cesse
à prendre nos responsabilités pour développer nos capacités personnelles
et parvenir à une humanité fraternelle. Il nous donne de vaincre peu à peu
toutes les fatalités qui peuvent nous accabler. Dieu croit en l’homme,
ce n’est pas pour rien qu’Il est devenu homme, pleinement homme.
La Résurrection du Christ est l’aboutissement de son Incarnation.

Dieu croit en chacun de nous, Dieu espère en chacun de nous, même
si nous lui causons de nombreux soucis, par nos refus de répondre
à ses appels. Et, de même qu’Il a réussi la Résurrection du Christ,
Il réussira la nôtre. Il donnera à chacun de nous la plénitude de
sa personnalité. Et il comblera l’humanité dans ses aspirations à
« la vie, à la vérité, à la justice, à la paix et à l’amour »
(préface de la fête du Christ-Roi).

Une telle espérance n’est pas une illusion, elle est fondée sur
le témoignage de ceux et celles qui ont vu le Christ après
sa Résurrection. Nous venons d’entendre l’apôtre Pierre, dans
la première lecture, annoncer cette Bonne Nouvelle.
Aujourd’hui, c’est le pape François qui, à la suite de Pierre, a
reçu la charge de nous confirmer dans cette foi, grâce à
sa simplicité et son humilité.

Trois points d’actualité

Cette Bonne Nouvelle de l’Evangile, nous pouvons la vivre tous
les jours, particulièrement dans trois points d’actualité :

  • Le respect des hommes et des femmes qui exercent une responsabilité politique, dans la diversité de leurs appartenances et de leurs partis.
    Des « affaires » concernent certains d’entre eux.
    Il nous faut raison garder et ne pas crier « Tous pourris ».
    Aucun être humain n’est parfait. Seuls le Christ et sa Mère
    sont irréprochables. La plupart des politiques essaient, à
    travers leurs limites, de servir le bien commun.
  • Le mariage entre un homme et une femme est une institution
    fondatrice d’humanité. Elle précède l’Etat et même l’Eglise.
    Elle ne peut pas être bouleversée au gré des gouvernements
    successifs. Qu’il y ait des garanties, des sécurités pour les unions
    de deux personnes du même sexe, une telle recherche est
    compréhensible. Mais sans confusion entre des situations
    différentes. Les références fondamentales pour notre humanisation
    ont besoin de clarté.
  • Le vivre ensemble : de nombreux observateurs de la société
    française constatent une montée de l’agressivité contre
    les musulmans. Nous, catholiques, ne succombons pas aux sirènes
    du racisme et du populisme.
    Ne les transformons pas en boucs émissaires de nos difficultés.
    Ne procédons pas à des confusions entre les islamistes
    intégristes et la majorité des croyants musulmans.
    Recherchons avec ceux-ci la rencontre inter-culturelle et
    le dialogue inter-religieux.
    Ainsi, notre société française sera plus apaisée.

Dieu nous appelle à la fraternité, Lui qui est le Père commun
de l’humanité entière.

Amen.

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes

http://www.catholique-larochelle.cef.fr/Paques-le-contraire-du-fatalisme



 


HOMELIE POUR LE MERCREDI DES CENDRES

 

14 février 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

(13 FEVRIER 2013)



1- En entrant, frères et sœurs, ce soir dans le temps du Carême par cette célébration solennelle du Mercredi des Cendres, nous ne sacrifions pas à quelque exercice suranné ! Nous avons au contraire pleine conscience que partout dans le monde des millions de chrétiens catholiques, comme nous, de tous horizons et de toutes générations prennent le temps de se rassembler « entre le portail et l’autel » de leur église pour « revenir » à Dieu comme nous y presse le prophète Joël (Joël 2,12) !

Oui, en entendant ce prophète et surtout en contemplant le Christ au désert qui commence par se retirer pour mieux entrer dans son ministère public, nous prenons sur ce temps qui nous semble courir toujours plus et nous échapper. Nous le saisissons pour nous réunir à une heure inhabituelle en Eglise, en assemblée fraternelle, et commencer ce chemin de retour à Dieu dont notre culture, nos usages, notre quotidien, notre mode de vie nous éloignent, semble-t-il, inexorablement !

Puisse ce Carême nous être profitable : prions les uns pour les autres, les uns avec les autres ce soir pour nous encourager sur ce chemin ardu de l’union à Dieu et de la communion à nos frères et sœurs humains pour lesquels Dieu Notre Père s’est compromis à jamais en s’offrant par son Fils pour notre rédemption, ne l’oublions pas.

Vous le savez, comme nous y a invités Benoît XVI, nous sommes dans l’Année de la foi. Nous ne bénéficierons probablement pas de son encyclique pourtant programmée sur la première des trois vertus théologales. Nous pouvons toutefois nous reporter à l’encyclique qui ouvrait son pontificat à Noël 2005, Deus caritas est (Dieu est amour). Elle affirme dès le début ceci :

« ‘Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui’ (1 Jean 4, 16). Ces paroles de la Première Lettre de saint Jean expriment avec une particulière clarté ce qui fait le centre de la foi chrétienne : l’image chrétienne de Dieu, ainsi que l’image de l’homme et de son chemin, qui en découle. De plus, dans ce même verset, Jean nous offre pour ainsi dire une formule synthétique de l’existence chrétienne : « Nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous. »…. (N° 1)

Un peu plus loin, le pape commentant le commandement de l’amour du prochain (cf. Lévitique 19, 18) à la lumière de l’engagement du Christ, le Fils de Dieu, en ce monde ajoute ceci : «  Comme Dieu nous a aimés le premier, l’amour n’est plus seulement un commandement, mais il est la réponse au don de l’amour par lequel Dieu vient à notre rencontre. » (Ibid.)

2- Le temps du Carême est le « temps favorable » (cf. 2 Corinthiens 6,2) par excellence pour revenir à Dieu, donc à notre foi, et nous décider à la cultiver : notre acte de foi c’est de croire en l’amour de Dieu qui a pris chair dans le Christ. De cette vérité crue, éprouvée – nous sommes bien-aimés de Dieu : nous l’avons découvert, nous en avons fait l’expérience personnellement- découle notre propre engagement dans ce monde : vivre et aimer à la suite du Christ.

C’est pourquoi nos évêques en France ont bien eu raison de nous proposer depuis 2011 d’entrer dans la démarche « Diaconia » pour donner à notre foi sa « résultante » : l’amour de charité. C’est l’amour qui se fait service, l’amour plus grand comme nous l’entendons le Jeudi Saint («  Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.  » Jean 15,13).

Qui d’entre nous ne voit pas que c’est à cet amour-là que nous aspirons tous ? Qui de nous ne voit pas que seul cet amour est digne de foi parce qu’il est dans le droit fil de l’amour manifesté en Jésus Christ ? Qui de nous ne voit pas qu’entre son désir et la réalité il y a un abîme certain : nous n’aimons pas comme nous voudrions.

Nous sommes fragiles, faibles, versatiles, inconstants, infidèles, orgueilleux, hypocrites… La liste est longue. Nous pourrions être désespérés en voyant l’abîme de notre péché, c’est vrai, et pourtant l’étincelle de l’espérance, la troisième vertu théologale qui nous « dit Dieu » selon l’étymologie de ce mot, est bien là. Dieu croit en nous et chaque temps liturgique vient nous chanter ce refrain-là : Dieu croit en nous malgré tout.

Dès lors notre Carême avant d’être une opération spéciale de ménage intérieur est la manifestation du Dieu amour encore et toujours. Il n’en a pas fini avec nous. Nul n’est perdu pour Dieu. Ce monde lui est consacré parce que Jésus Christ le bien-aimé s’est donné et se donne encore à nous.

C’est Lui, frères et sœurs, qu’il nous faut rechercher dans les grands espaces de nos vies et dans l’humble quotidien. C’est Lui qu’il faut servir pour accéder à l’amour véritable puisque lui-même nous a aimés le premier et qu’il continue de nous servir dans sa parole, dans les sacrements, dans le cœur à cœur où il vient remplir nos êtres de son Esprit !

3- Plusieurs personnes semblent ne pas connaître cette démarche « Diaconia ». Je crains parfois qu’elles ne connaissent pas davantage l’Année de la foi ou soit passées à côté de la célébration du cinquantenaire de l’ouverture du Concile Vatican II… Je ne vous demande pas en ce début de Carême d’aller nécessairement assister à des conférences sur la foi ou le Concile, même si cela n’est pas interdit. Je suis là humblement comme prêtre pour vous dire que tout cela s’articule dans notre Eglise et pour notre bien. Et le temps du Carême est le moment de nous mettre au travail !

Vous arrive-t-il de dire très lentement quand vous êtes seuls le Symbole des Apôtres ou le grand Symbole de Nicée-Constantinople. En les disant, priez en confiance avec ces mots… Ils vous conduiront peut-être à chercher à en savoir plus sur ces formulations de notre foi que nous avons héritées de nos ancêtres… dans la foi.

On me dit parfois qu’il n’y en a que pour les pratiques religieuses des autres dans notre pays comme si le christianisme n’existait plus. Savez-vous que des jeunes chrétiens se convertissent à l’Islam parfois parce qu’ils disent avoir découvert dans cette religion des règles et des comportements normés pour accéder à Dieu. Tout en continuant de choisir la voie du secret comme nous y invite Jésus dans l’Evangile de Matthieu ainsi que le refus de l’ostentation, rien ne nous empêche de jeûner un tant soit peu au cours de ce Carême : apprenons à distinguer le nécessaire du superflu.

Apprenons à pratiquer une saine écologie spirituelle : où se trouve notre Bien ? Est-ce dans les « biens » de ce monde consommés ou jetés ou dégustés et surtout partagés. Que notre offrande de carême nous inscrive déjà dans la perspective de la grande journée organisée par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) et qui aura lieu le 14 avril prochain. Son thème de réflexion sera la question de la souveraineté alimentaire tellement actuelle. Notre offrande de Carême ne sera jamais vaine si elle est préparée dans un esprit de partage.

Deux autres rendez-vous vont rythmer notre carême qui sera bousculé par les vacances d’hiver de la première quinzaine de mars. Nous vous proposons un temps de veillée de prière le vendredi 22 février ici à 20 h 45 avec quelques témoins de la charité dans notre ville de Saint-Maur qui témoigneront de leur engagement et nous inviteront à prier avec le groupe de prière de louange du mercredi soir, Anastasis. Un mois après, la veille des Rameaux, le 23 mars, vous sera proposée notre grande journée du pardon comme un sommet du Carême. Vivons ces moments ensemble pour nous soutenir et faire grandir en nous la prière personnelle en même temps que nous donnons à voir une communauté fraternelle et joyeuse à ceux qui nous rejoignent.

Un mot encore : chaque vendredi de carême nous renouerons avec la célébration du chemin de la croix à 18 h dans l’église pour tous ceux qui pourront se rendre disponibles à cette heure-là.

Frères et sœurs, quelle joie d’entrer ensemble sur un chemin de Carême que nous n’avons pas à imaginer comme une performance, mais plutôt comme un chemin de randonnée où l’effort, les rencontres, les points d’eau qui désaltèrent, la contemplation des merveilles de Dieu se conjuguent pour offrir un temps où l’on revient à Dieu dont on a parfois un peu oublié l’adresse malgré tous nos GPS !

Je conclus cette homélie en citant la conclusion du Message pour le Carême 2013 que Benoît XVI nous adresse. Cultivons, comme il nous y invite, la joie de croire, la joie de la foi et le goût d’aimer :

« Chers frères et sœurs, en ce temps de Carême, où nous nous préparons à célébrer l’événement de la Croix et de la Résurrection, dans lequel l’Amour de Dieu a racheté le monde et illuminé l’histoire, je vous souhaite à tous de vivre ce temps précieux en ravivant votre foi en Jésus Christ, pour entrer dans son parcours d’amour envers le Père et envers chaque frère et sœur que nous rencontrons dans notre vie. A cette fin j’élève ma prière à Dieu, tandis que j’invoque sur chacun et sur chaque communauté la Bénédiction du Seigneur ! » (N° 4)


Père Stéphane AULARD



 


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