Paroisse Notre-Dame du Rosaire, Saint-Maur des Fossés
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Homélies antérieures



Aujourd’hui, regardons la crèche ...

 

29 décembre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DE NOËL 2012

Frères et sœurs nous voici rassemblés dans cette église comme des millions d’autres (en France et dans le monde) pour fêter Noël. Nous n’envisageons pas, semble-t-il, de passer Noël sans « passer un moment » à l’église. Le prêtre que je suis ne peut que vous féliciter, vous encourager à continuer de mettre le Christ en bonne place dans votre vie, votre maison, votre famille bien sûr, vos engagements professionnels et associatifs et même dans vos loisirs !

Aujourd’hui, je regarde la crèche ; mieux, je la contemple et je vois qu’en son centre se tient un enfant, un bébé, un nouveau-né : l’Enfant Jésus. Il y a de la paille, des animaux. La tradition prophétique y a vu un âne et un bœuf et, comme le dit Benoît XVI dans son dernier livre-commentaire des évangiles consacré aux récits de « L’enfance de Jésus » (Paris, Flammarion, 2012), «  l’iconographie chrétienne a cultivé très tôt ce thème. Aucune représentation de la crèche ne renoncera au bœuf ni à l’âne.  » (Page 101). Il n’y a pas, nous aimons les animaux, ils sont là dans la crèche, mais il n’y a pas que les animaux…

Il y a surtout les personnages principaux de cette scène de la Nativité : les parents de Jésus, son père nourricier Joseph et sa mère la Vierge Marie d’une part ; les bergers d’autre part. L’évangéliste Saint Luc qui rapporte la naissance de Jésus à Bethléem écrit que les parents de Jésus n’ont pas trouvé de place dans la « salle commune » (Luc 2,7), c’est pourquoi ils se retrouvent dans une étable qui n’est autre qu’une des nombreuses grottes des environs de Bethléem dans lesquelles les bergers parquaient leurs troupeaux.

La scène se passe en dehors de Bethléem : aux portes de la ville comme la crucifixion de Jésus se déroulera en dehors de Jérusalem. Il n’y a pas de place pour l’Enfant Dieu dans la ville : on le met « à la porte », on le congédie du début à la fin comme un gêneur, un empêcheur de tourner, de penser surtout en rond… (cf. op. cit., p 98). L’image souvent charmante de la crèche traditionnelle aux nombreux santons ne doit pas nous faire oublier cette entrée dans la vie des hommes de Jésus qui est pourtant bien l’Emmanuel, « Dieu avec nous ».

Et si tout de suite Jésus s’avérait être le Sauveur des hommes déplacés, exilés, rejetés simplement parce qu’Il est comme eux. Les médias oublient souvent de dire que les chrétiens sont actuellement les plus exposés dans bon nombre de pays comme des gêneurs. Que l’on songe par exemple à nos frères du Pakistan, de certains états de l’Inde, de certaines zones de l’Indonésie, au Nigéria… Comment ne pas penser à eux ? Comment les oublier alors qu’ils nous montrent le visage de Jésus rejeté parce qu’Il gêne !

Nous voyons ce couple de jeunes parents Joseph et Marie dans la crèche : ils sont à l’image de tant de couples dans le monde découvrant leur enfant et s’extasiant sur lui. Tous les pères et mères de la terre sont comme cela et comme l’on souhaite à tant de couples ayant attendu leur enfant de vivre ces instants privilégiés. Joseph, père adoptif, père nourricier de Jésus, l’a fait entrer dans sa filiation royale remontant à David ; quant à Marie sans doute bien jeune, son « oui » à l’Ange ne l’empêche évidemment pas de former un véritable couple, selon le projet de Dieu Créateur, avec celui qui est son époux (cf. Matthieu 1,19).

Deux beaux versets du Prologue de Saint Jean s’appliquent parfaitement à ce couple de Joseph et Marie : « Il (Jésus) est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli, mais à tous ceux qui l’ont accueilli, Il leur a donné de devenir enfants de Dieu  ». (Jean 1,11-12) Rejeté dès ses débuts, le Fils de Dieu a trouvé refuge dans ce couple entièrement donné à Dieu et qui est aussi bien inséré dans la culture et la tradition religieuse d’Israël. Jésus est véritablement leur fils Lui qui est le Fils de Dieu, le « premier-né avant toute créature  » (cf. Colossiens 1,15), le « premier-né d’une multitude de frères » (cf. Romains 8,29) : on peut ainsi dire qu’en Jésus nous sommes frères Lui qui nous apprend que nous sommes « enfants de Dieu ».

Les bergers avertis par l’Ange du Seigneur sont aussi dans la crèche : eux seraient plutôt a priori exclus de la fête parce qu’ils travaillent dehors, n’ont pas toujours bonne réputation (pensez donc aux mauvais bergers dont l’Evangile de Jean – chapitre 10- parle) et n’ont sûrement pas été bien instruits dans la tradition de la Bible. Ils ne savent pas que les prophètes ont annoncé la naissance du Messie à Bethléem (cf. Michée 5,1-3). Ils ne savent pas davantage que ce Messie sera berger d’Israël comme eux sont bergers de leurs troupeaux.

Frères et sœurs que vous soyez de fins connaisseurs de la Bible ou béotiens en la matière, je vous annonce avec l’Ange du Seigneur « une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur » (cf. Luc 2,10), c’est Jésus Christ.

Oui, je sais qu’Il est né il y a 2000 ans. Vous pouvez soit en rester à l’anniversaire d’un grand homme ou bien « aujourd’hui » comme dit Saint Luc laisser Jésus Christ naître dans votre vie, votre cœur. Vous ne venez pas souvent à l’église, mais vous vous retrouvez dans les « valeurs du christianisme » ; mieux vous trouvez la personne de Jésus superbe –et vous avez raison- : pendant quelques instants fermez les yeux et soyez comme Joseph et Marie : veillez sur Jésus afin qu’Il fasse de vous de véritables enfants de Dieu.

Soyez comme les bergers qui accourent vers Lui dans la simplicité…, pour gagner en sincérité, en vérité dans ce monde blasé. Soyez comme l’Ange du Seigneur (ange veut dire « annonciateur ») : annoncez ce qui est vrai, bon et beau pour l’homme sans trembler, sans hésiter. Notre Dieu dans la simplicité qui caractérise sa puissance nous offre la vérité sur l’homme, le monde et nous-mêmes.

Choisissons avec Lui ce qui grandit notre humanité, ce qui l’honore, ce qui la construit. Puisez dans cette messe – comme dans chaque messe et tous les sacrements de l’Eglise du baptême au mariage en passant par l’ordination des diacres et des prêtres, la pénitence et le sacrement des malades, la confirmation - l’énergie divine, la grâce, le Saint-Esprit qui revêt la Vierge Marie et chacun des personnages de la crèche. Découvrez que vous n’êtes jamais seul puisque Dieu vous sauve et Dieu est avec vous comme votre meilleur allié. Tout en nous souvenant qu’être allié de Dieu ne fait pas de nous des ennemis des autres qui ne Le connaîtraient pas !

Frères et sœurs en ce Noël 2012, au cœur de la crise non seulement économique mais aussi morale que traverse notre société, je vous en supplie : tournez-vous vers Jésus Christ, le meilleur ami de l’homme. Tournez-vous aussi vers l’Eglise qui, comme la Vierge Marie et Saint Joseph, porte le Christ pour l’offrir au monde comme son Sauveur. Soyez de l’Eglise, mère et éducatrice. L’Eglise est notre famille !

Je termine en vous citant un extrait du concile Vatican II dont nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de son ouverture. Le Concile reste notre « boussole » comme l’a dit le Bienheureux Jean-Paul II dans ce monde bouleversé, violent mais aussi magnifique et fascinant que Dieu aime :

« L’Église, quant à elle, croit que le Christ, mort et ressuscité pour tous offre à l’homme, par son Esprit, lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation. Elle croit qu’il n’est pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel ils doivent être sauvés. Elle croit aussi que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître. Elle affirme en outre que, sous tous les changements, bien des choses demeurent qui ont leur fondement ultime dans le Christ, le même hier, aujourd’hui et à jamais. C’est pourquoi, sous la lumière du Christ, image du Dieu invisible, premier-né de toute créature, le Concile se propose de s’adresser à tous, pour éclairer le mystère de l’homme et pour aider le genre humain à découvrir la solution des problèmes majeurs de notre temps. » (Gaudium et spes, N° 10, 2 - 7 décembre 1965)

Ce texte n’a décidément pas vieilli : au cœur de ce monde, avec la grâce de ce Dieu qui nous aime et ne nous abandonne pas, servons nos frères pour lesquels Dieu est venu au monde.

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Editorial de NOEL

 

22 décembre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

JESUS, QUI EST-IL ET D’OU VIENT-IL ?

En ce Noël 2012 nous sommes marqués cette année encore par la crise économique, mais aussi par des débats qui traversent toute la société sur l’identité des personnes et leurs liens notamment à travers la question du mariage. C’est dans ce contexte que nous sommes aussi invités à célébrer la naissance de Jésus Christ comme l’événement qui fait advenir Dieu dans le monde et l’homme renouvelé dans le cœur de Dieu.

Le pape Benoît XVI nous a proposé que l’année 2013 soit une « Année de la foi ». Il a souhaité que le début de cette année commence le 11 octobre, jour anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II (le 11 octobre 1962) il y a cinquante ans. Il vient aussi de sortir le troisième volume de sa lecture des évangiles (« L’enfance de Jésus  » Paris, Flammarion, 15 euros). Le début de son ouvrage constitue une réflexion sur les généalogies de l’évangile de Matthieu (Matthieu 1,1-17) et de Luc (Luc 3,23-38) et sur le prologue de Jean (Jean 1,1-18). Vous trouverez aisément ces réflexions très stimulantes aux pages 11 à 25 de cet ouvrage. Elles m’ont inspiré le titre de cet éditorial.

Bien sûr il y a la question de l’identité de Jésus (Il la pose à ses disciples lorsqu’il est en chemin avec eux, en Matthieu 8,27 par exemple). Et cette question taraude l’entourage familial de Jésus à mesure qu’il entre dans sa vie et son ministère. Les gens de son village se disent entre eux : Nous connaissons sa mère, son père (cf. Marc 6,3 ; Jean 6,42). Que lui arrive-t-il ? On ne le reconnaît pas dans son identité de fils de charpentier et de villageois…

Il y a aussi la question de son origine que prennent à leur compte les « généalogies » en montrant comment au fil des générations Jésus est bien fils d’Abraham, le père des croyants en marche et de David, le roi-messie. Ou encore, selon Luc, qu’il est fils d’Adam, fils de Dieu. « Luc… descend de la cime Jésus vers les racines, pour montrer en tout état de cause à la fin que la dernière racine ne se trouve pas dans les profondeurs, mais au contraire en haut – c’est Dieu qui est à l’origine de l’être humain : « Enos, fils de Seth, fils d’Adam, fils de Dieu. » (Luc 3,38) » (Op.cit. Page 20)

« L’événement Jésus Christ » tel qu’il est rapporté par ces généalogies nous dit en somme deux choses sur son origine, sa mission et son identité : Il est l’accomplissement de la promesse de Dieu, celle que les prophètes d’Israël entrevirent au fil des siècles. Il est aussi le « nouvel Adam » parfaitement uni au Père, sans péché, promesse d’une humanité renouvelée.

Dès lors célébrer Jésus Christ dans le mystère de sa naissance dans le monde à Noël ne peut que nous amener à une réflexion fondamentale sur ce que nous sommes nous aussi : inscrits dans la suite des générations d’hommes et de femmes qui nous ont portés à la vie, qui nous ont « mis au monde ». Célébrer Noël nous amène aussi à nous interroger très profondément et vraiment sur notre acte de foi au Christ : accomplit-il pour nous la promesse de Dieu-Emmanuel (Emmanuel signifie « Dieu avec nous  » en hébreu) ? Est-Il pour nous promesse de renouvellement pour l’humanité encore aujourd’hui ?

Benoît XVI conclut sa méditation avec le prologue de Jean que nous entendons dans la liturgie du jour de Noël. Il commente en particulier le verset 12 du chapitre 1 : « Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, eux qui ne furent engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. »

Par le baptême nous naissons à Dieu. «  La foi confère une nouvelle naissance : ils (les croyants) entrent dans l‘origine de Jésus Christ, qui désormais devient leur origine même… Notre vraie « généalogie » est la foi en Jésus, qui nous donne une nouvelle origine, nous fait naître « de Dieu ». » (Op.cit., pages 24-25)

Comme prêtre, je rencontre de plus en plus d’adultes et de jeunes qui se cherchent et cherchent un sens (signification et direction) à leur vie. Récemment un papa qui réfléchit à son propre baptême me disait combien une réflexion sur notre fragilité et notre grandeur en même temps qu’un besoin d’entrer dans une communauté l’animent.

Poursuivons, frères et sœurs, cette réflexion chacun, ensemble, dans cette paroisse ou ailleurs sur ces questions essentielles qui ne nous éloignent pas pour autant de nos contemporains ni des questions d’avenir tant sociales, économiques ou sociétales actuelles : qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? En ce temps de NOËL, dans le climat chaleureux de retrouvailles familiales et amicales, je vous invite à regarder vers Jésus Christ Dieu fait homme qui nous dit notre identité profonde  : nous sommes faits pour Dieu qui nous donne notre véritable visage humain, nous apprend ce qu’aimer veut dire, nous fait prendre fait et cause pour la terre qu’Il est venu rencontrer et donne ultimement sens à notre vie appelée à rencontrer Dieu par-delà cette vie terrestre .

Oui, c’est en regardant vers le Christ et en commençant par la crèche que l’on découvre l’homme accompli rassemblant autour de lui :

  • Joseph son père nourricier qui l’adopte pleinement et l’inscrit dans la tradition d’Israël,
  • Marie, « celle en qui arrive un nouveau commencement »,
  • Les bergers, pauvres parmi les pauvres premiers autour de l’enfant né dans la pauvreté,
  • Les mages, astronomes et astrologues qui ressemblent à tant de nos contemporains attirés par la raison et l’irrationnel…


Fêtons Noël ici comme partout en famille chrétienne rassemblée promesse pour une humanité réconciliée !

Joyeux et saint Noël !


Père Stéphane AULARD



 


Premier dimanche de l’Avent

 

12 décembre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT 2 décembre 2012 (Année C)

  • -Jérémie 33,14-16
  • -1 Thessaloniciens 3,12-4,2
  • -Luc 21,25-28.34-36


Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique dont les médias ne vont guère parler : il faut bien dire qu’entre l’année scolaire, l’année civile, l’année comptable pour notre calendrier, sans oublier l’année chinoise ou l’année maya, nous sommes servis…

1-L’année de prière des chrétiens commence par le temps de l’Avent qui est comme un « petit carême » scandé par quatre dimanches nous préparant à la fête de Noël. Noël signifie « naissance » et Avent signifie « avènement », autrement dit : venue. L’Avent nous prépare donc à la venue de Jésus.

Toute notre tradition chrétienne se plaît en somme à nous centrer sur l’anniversaire de la naissance de Jésus qui constitue ce qu’on appelle sa « venue dans la chair » (Dieu s’est fait homme en Jésus), sa venue dans le monde.

Vous comprenez pourquoi le passage de l’Evangile d’aujourd’hui nous dit que jésus parle de sa venue à ses disciples. Pourtant un verset qui semble décrire cet événement (Luc 21,27) n’en parle pas précisément comme de la crèche de Noël :

« Alors on verra le Fils de l’homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. »

Et qu’y a-t-il autour de ce verset ? Des histoires de guerres et de malheurs qui s’abattent sur les hommes… Tout cela est bien sombre et peu en phase avec la « douce nuit » de Noël que nous aimons chanter…

2- C’est qu’il y a « venue » et « venue ! Nous sommes à la fin de l’Evangile selon Saint Luc. Je vous rappelle que c’est au début que Saint Luc raconte la naissance de Jésus et l’adoration des bergers par exemple dans ce que l’on appelle : « L’Evangile de l’enfance » (Luc 1 et 2) dont le Pape Benoît XVI vient de donner un beau commentaire que vous pourrez lire.

A la fin de l’Evangile, un grand discours (le chapitre 21 dont nous lisons un extrait)
précède le récit de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Dans ce discours de Jésus qu’il tient dans le Temple il est question successivement de la destruction du Temple par les Romains (qui est effectivement arrivée en l’an 70 et fut menée par les armées romaines commandées par le général Titus), de la fin de Jérusalem également rayée de la carte par les mêmes Romains.

Puis, le discours semble s’élargir (c’est notre extrait) au monde de l’époque et de tous les temps ainsi qu’aux cataclysmes et aux guerres que les hommes se font et se feront tout au long de l’histoire. A la différence des prophètes de malheurs qui jalonnent notre histoire et qui se complaisent sans cesse à annoncer la fin du monde et même à en chercher la date, Jésus se concentre sur ses disciples – donc à nous qui sommes rassemblés dans cette église- et leur dit d’une certaine manière : « Je suis venu il y a déjà longtemps renouveler l’histoire et y inscrire comme un point « zéro » à partir duquel on comptera désormais les années après moi » : ce point, c’est la naissance de Jésus (Noël).

Il y aura aussi une fin de toutes choses, une fin du monde, une fin des temps, une fin de l’histoire humaine : le Christ (c’est Lui, le Fils de l’homme) viendra de nouveau, Il reviendra pour juger le monde sur l’amour dont il aura fait preuve, sur l’amour que nous aurons mis en œuvre à la suite du Christ si bien relayé par la foule des saints et des témoins de la foi d’hier et d’aujourd’hui. J’aime cette parole du grand Saint Jean de la Croix : «  Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour … »

3- Nous sommes dans l’entre deux : entre Noël et la fin du monde en somme  ! Bien des pays sont en guerre ou dans des situations critiques. L’actualité nous le rappelle sans cesse. Bien des personnes et des groupes sociaux vivent des duretés de la vie : perte d’emploi, maladie, deuil, pauvreté, exil, ruptures familiales, mésententes… Les cataclysmes sont de toutes sortes et pas seulement climatiques ou boursiers !

La seule attitude chrétienne valable et qui puisse aider les autres consiste dans ces circonstances qui, je le répète, jalonnent toute l’histoire des hommes sur terre, c’est de se tenir debout. Dès lors, j’entends la parole de Jésus qui, j’en suis sûr, est pour chacun, chacune d’entre nous :

« Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.  » (Lc 21,28)

Ou encore à la fin de l’extrait d’Evangile d’aujourd’hui :

« Restez éveillés et priez en tous temps… » (Lc 21,36)

La Bible nous raconte dans les premières pages (en Genèse 4) l’histoire d’Abel et de Caïn : Caïn tua son frère dont il était jaloux. C’est le premier meurtre rapporté par la Bible. Et le texte biblique nous dit que Caïn offrait un « visage abattu » et qu’il erra comme une âme en peine suite à ce meurtre. Au contraire de Caïn qui développe la jalousie et le ressentiment pour finir abattu et rasant les murs, Le Christ nous invite à nous tenir debout et éveillés. Dans le Nouveau Testament, vivre débout et éveillés signifient toujours non seulement la dignité humaine qui nous permet de « relever la tête », mais surtout la puissance de la résurrection, l’énergie divine du Christ qui se communique à nous.

Voilà la venue du Christ dans l’entre deux : c’est la venue quotidienne et comme cachée, discrète dans le fracas du monde. Comment rencontrer le Christ pour bénéficier de cette énergie ? Comment le laisser venir en nous si ce n’est en le priant en tout temps et en choisissant la veille qui est le contraire de l’abrutissement et de la perte de conscience qui nous guettent toujours ?

Alors peut-être un conseil pour le temps de l’Avent : un peu de « gymnastique spirituelle » : entrer dans une église régulièrement non seulement pour rejoindre la communauté priante des frères et sœurs autour du Seigneur pour la messe dominicale, mais aussi entrer dans sa chambre seul ou dans une église et garder le silence pour nous tenir devant le Fils de l’homme qui a rendez-vous avec chacun de nous. Osons cette rencontre qui nous permettra de traverser les épreuves qui ne manquent pas assurément.

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Fête du Christ Roi de l’Univers

 

10 décembre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LA FETE DU CHRIST ROI DE L’UNIVERS
(25 novembre 2012)

1- Le passage d’Evangile qui vient d’être proclamé en Saint Jean (chapitre 18, versets 33 à 37) est un extrait de la Passion du Seigneur. On pourrait dire qu’il s’agit d’un tableau (la première station du Chemin de la croix). Ne nous y trompons pas cette scène entre le roi Jésus et le gouverneur romain Ponce Pilate n’est pas un échange sympathique entre personnes de même rang qui se retrouveraient pour deviser sur la vérité comme dans un cercle philosophique.

Nous nous souvenons que Pilate en réponse à Jésus lui indiquant sa mission de « rendre témoignage à la vérité  » répondit : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Verset 39). Cette remarque est moins la réponse d’un homme qui se piquait de philosophie à ses heures perdues que celle d’un être désabusé qui en avait assez d’être reclus dans un des confins de l’empire romain où la population était réputée agitée et versatile. Il avait plutôt hâte d’en finir avec le prisonnier Jésus et de « rentre à la maison »…

Le passage d’Evangile insiste pour nous dire que ce prisonnier n’est pas ordinaire : il est roi comme David la grande figure tutélaire des juifs et tellement mieux qu’Hérode le sanguinaire à la botte des romains. Mais, c’est un roi nu, un pauvre homme abandonné de tous, sans grade, sans couronne, sans sceptre, sans cour, sans troupes, sans peuple apparemment. Il est sifflé, moqué, abandonné, Celui qui est « le roi ».

N’est-il pas étrange dans ces conditions de vouloir absolument présenter Jésus Christ comme roi puisque ce titre semble si dérisoire au seuil de la Passion. Peut-être, mais en attendant, n’oubliez pas frère et sœurs la Croix qui figure je pense en bonne place chez vous et que vous contemplez : le motif de la condamnation y est inscrit en toutes lettres  : «  Jésus de Nazareth, le roi des juifs ». Celui qui s’est dit roi des juifs et qui n’était qu’un imposteur, un pauvre, un provincial sorti de sa bourgade perdue, un séducteur lâché par ses supporteurs…

Et nous qui officiellement n’aimons plus les rois depuis notre Révolution, mais sommes prêts à nous rendre aux puissants du moment surtout s’ils « communiquent bien » comme on dit aujourd’hui…et nous bercent d’illusion en nous faisant quelques cadeaux… Qu’est-ce qui nous attire dans le visage du Christ, dans sa personne, dans sa parole, dans ses faits et gestes ?

2-Je voudrais vous inviter, frères et sœurs, à réfléchir un instant à cette expression qui accompagnera d’ailleurs la bénédiction à la fin de cette messe : « Que Dieu tout-puissant vous bénisse  »… Mais au fait de quoi parlons-nous lorsque nous affirmons la toute-puissance de notre Dieu qui semble bien être l’apanage des rois et « puissants de ce monde » comme on dit ? Dans le mot « puissance », il y a tellement mieux que la force ou évidemment la violence. Il ne s’agit pas de cela bien sûr.

Il y a le verbe pouvoir. Non pas le pouvoir des « hommes et femmes de pouvoir »…, mais la capacité de multiplier, de réaliser, d’engendrer. Dans le cas du Christ, cette capacité de faire le bien, d’aimer, d’être juste, d’être vrai…

La Préface de la messe d’aujourd’hui appelle ce «  règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix… » Oui, le roi que nous confessons est bien Celui qui vient rendre témoignage à la vérité, au Bien, au juste et souverainement à l’Amour. C’est bien cela que nous avons découvert tous et chacun chez lui et qui nous fascine. C’est bien cela, frères et sœurs, membres du Corps du Christ qu’est l’Eglise, qui est remis entre nos mains, dans nos corps et dans nos âmes : vivre de bien et d’amour, faire la justice et témoigner de la vérité sur l’homme, le monde et Dieu.

Ces temps-ci ne vous semble-t-il pas urgent et nécessaire de rendre témoignage à la vérité sur l’être humain sans employer les armes des lobbys que l’Eglise catholique a toujours refusées : l’entrisme, la malhonnêteté intellectuelle, la calomnie, la corruption.

3- Dans cette eucharistie, regardons vers le souverain Bien, l’Amour plus grand, le juste des justes, la vérité ultime qu’est le Christ. C’est en regardant le Christ, c’est en communiant à sa vie divine qu’Il ne cesse de nous offrir à chaque communion que nous grandissons comme frères et sœurs bien-aimés de ce roi. C’est de Lui que nous recevons notre ordre de mission : Lui, le transpercé et le victorieux, l’alpha et l’oméga de toutes choses et des univers.

N’ayons pas peur car Il nous livre ce pouvoir d’aimer quand nous nous manifestons pour oser dire la vérité de l’être humain appelé à la communion dans l’acceptation des différences fondamentales qui le structurent, par exemple.

Que la fête du Christ Roi de l’Univers nous donne d’accueillir en Jésus le Prince de la Paix, le Royaume au milieu de nous.

Que cette fête nous relance dans notre désir patient et résolu de faire triompher ce qui est bon pour l’homme dont Dieu s’est approché une fois pour toutes en Jésus Christ.
Amen.


Père Stéphane AULARD


NB : La fête du Christ Roi de l’univers fut établie par le Pape Pie XI, le 11 décembre 1925. C’est aussi le dernier dimanche du temps ordinaire de l’Eglise.



 


Des étoiles dans le chaos

 

9 décembre 2012 2012 par Thierry Wion

HOMELIE POUR LE 33ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
(Dimanche 18 novembre 2012)

  • • Daniel 12,1-3,
  • • Hébreux 10,11-18,
  • • Marc 13,24-32


Mes chers frères et sœurs si vous comptiez sur les textes de la messe d’aujourd’hui pour vous remonter le moral, ce n’est pas gagné !

Nous approchons de la fin d’année liturgique. C’est pourquoi l’Eglise nous propose des textes qui nous parlent de la destruction du Temple de Jérusalem et de la fin du monde.

J’étais la semaine dernière en Grèce avec des collègues et des jésuites et il y avait un vieux jésuite grec avec qui je parlais volontiers.
Au soir d’une journée magnifique où nous avions fait une excursion à Corinthe sur les traces de Saint Paul, nous « sirotions » un genre d’armagnac grec, pâle copie du nôtre, et nous réfléchissions sur l’homélie d’aujourd’hui car il est en ce moment même en train d’en faire une du côté de Delphes.

Et il me disait avec sa voix exceptionnelle « En ce moment ces textes ça tombe mal, mais bon, tu comprends Thierry, il ne faut pas lire ces textes comme des messages de catastrophe, mais comme un appel à l’espérance en période de catastrophe ». Vous avez reconnu comme moi la subtilité ignacienne !

Il est vrai que le texte du livre de Daniel se termine en « happy end », mais le début est loin d’être joyeux. Il parle d’un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent. Je trouve personnellement et malheureusement ce message d’actualité. Je vous laisse de côté les tornades américaines qui ont fait que des tas de personnes se retrouvent aujourd’hui sans grand-chose, les violences, les guerres, les maladies : chacun peut y aller de son petit couplet.

Pourtant, à la fin Daniel nous parle de sages, de maitres de justice qui brillent comme des étoiles.

J’en ai vu des étoiles dans ce chaos et j’en ai entendu des sages et des maîtres de justice pas plus tard qu’en début de semaine.

  • Les imams français qui sont partis à Jérusalem pour essayer de représenter dignement leur religion, de dire comme ils sont désolés et blessés par les crimes de l’affaire Mérah et de l’image qu’il a donnée de la religion islamique. Ils ont essayé de jeter un pont entre eux et les juifs : je trouve cela honorable et courageux.
  • Autre étoile, une jeune étudiante en médecine spécialisée dans les maladies sexuellement transmissibles, ancienne élève de mon lycée, qui est venue me rencontrer pour me demander de faire avec deux de ses camarades bénévolement de l’information dans les classes pour leurs jeunes camarades.
  • D’autres étoiles : des jeunes qui servent la soupe à l’Armée du Salut pour les SDF parisiens… Il n’y a pas assez de soirées pour que l’on puisse emmener tous les volontaires.


Je pourrai presque mettre autant d’étoiles qu’il y a de catastrophes, mais savons nous les voir frères et sœurs ?
Sans aller très loin il se dessine dans notre paroisse des étoiles extraordinaires.
Quelques exemples :

  • La société Saint Vincent de Paul qui combat tous les jours la détresse physique et moral par des actions ponctuelles et d’autres très régulières.
  • Le Secours Catholique qui nous sollicite en cette journée qui lui est consacrée et qui est tous les jours sur le terrain.
  • Les Scouts Compagnons qui partent cet été en Amérique du sud pour faire un chantier.
  • Tous ces jeunes ce soir qui animent notre célébration avec le Père Joachim, notre étoile filante cristolienne que nous retrouvons avec joie....


Et puis il y a les « TOP » : vous ne savez peut-être pas ce que sait,. Je vais vous l’explique, je crois que cela vient de notre évêque.

Les TOP : « T » comme tables, « O » comme ouvertes, « P » comme paroissiales.

C’est un repas où l’on invite quelqu’un à partager un moment convivial. Quelqu’un qui a besoin d’un moment fraternel. Quelqu’un chez qui vous décelez une pauvreté qu’elle soit morale, physique, pécuniaire, bref une fragilité et bien vous l’invitez le soir de la vente de charité (le 1er décembre) à la Maison paroissiale et vous ferez un heureux. Vous vous ferez plaisir et il y aura deux étoiles de plus dans le ciel.
Comme quoi il n’est parfois pas très difficile de devenir une « star » !

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Plus sérieusement n’attendons pas toujours des autres, des politiques, des autorités. Nous avons de par notre baptême un rôle à jouer, frères et sœurs. Nous devons comprendre que nous sommes tous envoyés pour témoigner de l’amour de Dieu et faire passer cet amour par des actions qui sont à notre portée.
Ne pensons pas que nous n’en sommes pas capables, le Seigneur par ses sacrements nous donne son Esprit Saint il nous donne sa force. L’espérance chrétienne ne consiste pas à attendre un « autre monde » mais un « monde autre », un monde transformé, un monde transfiguré à attendre par notre baptême, un monde ressuscité.

Reprenons chers frères et sœurs l’image du figuier de l’Evangile. Quand les feuilles tendres commencent à sortir, c’est l’annonce de l’été. Jésus aujourd’hui nous invite à reconnaître les signes d’espérance qui annoncent la venue du monde nouveau. Plus encore, Il nous invite aujourd’hui à être pour nos frères et sœurs dans la détresse ces signes d’espérance.

Dans le moment de silence qui va suivre demandons au Seigneur à travers le sacrement de l’eucharistie de nous donner la force d’être, proches et attentifs, durant cette semaine, aux plus faibles et aux plus petits.

Demandons au Seigneur de Le servir et de les servir. S’il nous en sent dignes, de nous transformer en torches d’amour en étoiles dans leurs nuits.

Oui, avec Toi Seigneur les ténèbres ne sont pas ténèbres, devant Toi la nuit comme le jour est lumière. AMEN

Thierry WION, diacre.



 


Le mariage comme révélation et bonne nouvelle pour l’humanité

 

17 octobre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU 27ème E DIMANCHE ORDINAIRE (ANNEE B)
(7 octobre 2012)

On aurait voulu le faire exprès que l’on ne s’y serait pas pris autrement !

En effet en plein débat – si ce mot est encore à l’ordre du jour dans les médias en particulier- sur le mariage entre personnes du même sexe, la liturgie de ce 27ème dimanche du temps ordinaire de l’année B nous fait entendre Marc, chapitre 10, versets 2 à 12. On trouve dans l’Evangile selon Saint Matthieu le parallèle de ce texte (chapitre 19, versets 3 à 10).

1- Ce passage évangélique nous est particulièrement précieux parce que Jésus y est sommé par les pharisiens de s’expliquer (« mis à l’épreuve » dit l’évangéliste en Mc 10, 2, c’est-à-dire, éprouvé, tenté (c’est le même mot en grec)… sur le mariage, plus précisément sur la lettre de répudiation qu’un homme peut être amené à remettre à sa femme selon son bon vouloir (« pour n’importe quel motif  » précise Matthieu (Mt 19,3).

Réfléchissons-y un instant frères et sœurs : des hommes interrogent le rabbi (le maître) Jésus sur le mariage non pas en général, mais en présentant un cas aberrant : pouvons-nous, nous les hommes nous démarier uniquement parce que nous en avons décidé ainsi, selon notre bon vouloir de mâle ?

La réponse de Jésus ne se fait pas attendre : elle est cinglante. Elle refuse de se faire prendre au piège des tentateurs qui diront quelle que soit la réponse du maître qu’il n’y connaît rien –il est célibataire-, qu’il ne respecte pas l’enseignement du grand législateur que fut Moïse, qu’il est totalement idéaliste , donc irréaliste !

Notez bien d’ailleurs que dans la version de Matthieu, ce sont les apôtres qui prennent le relais des pharisiens à la fin de l’entretien. Un verset terrible l’atteste : « Ses disciples lui dirent : ‘si telle est la condition de l’homme par rapport à sa femme, il vaut mieux ne pas se marier. ‘ » (Matthieu 19,10)

2- Mais que dit donc Jésus dans ce passage d’Evangile qui est si insupportable ?

Il s’exprime sur le mariage en prenant les choses non par le petit bout de la lorgnette, non pas en légiférant à partir de cas particuliers comme le prévoit le livre du Deutéronome que les pharisiens ont bien en tête (cf. Deutéronome 24,1-2). Il part de la deuxième page de la Bible (la première lecture de ce jour en Genèse 2,18-24). Il la cite et la commente.

Prenons la mesure de cette manière de citer et de commenter de Jésus. Pour lui, il ne s’agit pas de se livrer à des arguties, mais bien d’aller à l’essentiel en citant l’Ecriture sainte dans ce qu’elle offre « en tête » (c’est le sens du mot Genèse en hébreu : « berechit »). Le propos de Jésus n’est donc pas de nous servir un discours sur l’apparition de l’être humain comme nous serions tentés de le croire en prenant ce récit de la Genèse comme une gentille fable.

JPEGEn effet, si l’on en reste là, on peut tout de suite se désintéresser de ce texte alors que la préoccupation des auteurs bibliques est bien de situer le couple humain –homme et femme- comme le sommet de la création où la ressemblance et la différence se conjuguent admirablement tant il est vrai qu’une femme ressemble à un homme de bien des manières et réciproquement.

Et pourtant la différence fondamentale entre le masculin et le féminin loin de se transformer en opposition est au contraire à la source de l’attirance et du désir en vue de la communion. La Bible nous offre la révélation divine qu’il n’y a d’humanité que dans ce « semblable » et ce « différent » fondamental, dans ce « même » et cet « autre » qui se cherchent, s’appellent pour se conjuguer. Cette conjugaison, ce mariage est au service de l’union du genre humain, de la communion.

C’est pourquoi Jésus reprenant le texte de la Genèse qui dit : « c’est pourquoi l’homme quittera père et mère pour s’attacher à sa femme et ils deviendront tous deux une seule chair. » (Genèse 2,24) commente en précisant : «  Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » (Marc 10,8-9)

3- En Jésus la révélation de la vérité sur l’être humain devient bonne nouvelle : l’union, la communion qui est en devenir («  Ils deviendront tous deux une seule chair…  »), devient une réalité au présent car cette union dans le mariage de l’homme et de la femme est un don de Dieu («  Ils ne sont plus deux, mais une seule chair. »). Il est dans le projet de Dieu que l’être humain sans fusion romantique, mais aussi sans défiance mortifère s’approche de la communion qui est le mystère même du Dieu unique, du Dieu trinitaire qui s’est révélé progressivement à l’homme : Dieu un et communion des personnes divines.

J’ai coutume de dire aux mariés à chaque mariage que je célèbre que leur histoire unique qui leur paraît quelquefois très intime -voire privée- a bien partie liée avec le devenir de l’humanité puisque le mariage fait advenir l’union dans le genre humain qui y aspire malgré toutes ses divisions et ses conflits récurrents. Un couple humain marié fait grandir cette communion, cette unité bien plus il la réalise. Et le fruit, la fécondité de cette communion paraît lorsque le couple « met au monde » ses enfants.

Vous voyez, frères et sœurs, pourquoi l’Eglise tient au mariage comme révélation et bonne nouvelle pour l’humanité : parce qu’il en va de l’être humain et de Dieu. Voilà pourquoi, nous ne pouvons pas imaginer que le mariage se transforme en s’ouvrant aux personnes de même sexe.

Lorsque l’Eglise demande que l’on ne sacrifie pas cette institution divine et humaine qu’est le mariage, ce n’est pas parce qu’elle rêve et qu’elle ne connaît pas les difficultés de la vie des personnes : il y a dans nos assemblées dominicales des personnes seules suite à un veuvage ; il y a dans nos assemblées des personnes divorcées et parfois remariées. Qui a dit que nous ne les aimions pas ? Qui a dit qu’elles n’avaient pas leur place ici ? Bien au contraire ! Qui a dit que les personnes homosexuelles n’avaient pas leur place dans nos assemblées ? Il y en a : qu’elles sachent que nous les considérons comme des frères et des sœurs et que le mieux que nous puissions faire est bien d’apprendre à prier et partager ensemble. Mais, de grâce, ne bradons pas le mariage comme l’union de l’homme et de la femme !

Je sais que beaucoup d’entre vous se demandent ce que pense l’évêque de Créteil. Il propose aux prêtres, diacres, laïcs chargés de mission, laïcs chargés de la préparation au mariage une journée de travail le 25 octobre sur le mariage afin que nous nous redisions les convictions qui sont les nôtres sans oublier les difficultés de beaucoup à l’égard du mariage.

Il nous invite aussi nombreux à la grande veillée de prière qui aura lieu à la cathédrale de Créteil le mercredi 28 novembre à 20 h 30  : venez nombreux. Un certain nombre d’entre nous veulent manifester au grand jour qu’ils ne sont pas d’accord avec le projet gouvernemental : écrivez à vos élus, signez les pétitions qui circulent, demandez-leur rendez-vous.

Les évêques de France ont quant à eux rendez-vous le 2 novembre à Lourdes pour leur conférence annuelle. Nul doute qu’il sortira de cette assemblée plénière un certain nombre de repères qui nous aideront à prendre la parole. Peut-être nous inviteront-ils à manifester. Patientons encore un peu et suivons plus que jamais nos pasteurs.

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Homélie pour l’installation du Père Pierre-Edouard Le Nail, curé de Saint François de Sales (Saint Maur des fossés)

 

8 octobre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

le 23 septembre 2012

1- Frères et sœurs, paroissiens de Saint François de Sales, cher Pierre-Edouard, ce n’est pas le curé de Notre-Dame du Rosaire ou le responsable du secteur pastoral de Saint-Maur qui vient aujourd’hui présider cette messe comme il l’a fait au cours de ces deux dernières années –avec les autres prêtres et la plupart des diacres de Saint-Maur lors des difficultés de santé du Père Jean-Claude Julien- Non, aujourd’hui c’est un membre de l’équipe épiscopale de notre diocèse de Créteil – un vicaire épiscopal- qui vient officiellement installer au nom de notre évêque, Mgr Michel SANTIER, un nouveau curé. Soyez certains que Mgr SANTIER vous salue tous et encourage toute la communauté catholique d’Adamville et de la Pie au moment où un nouveau curé, le Père Pierre-Edouard LE NAIL lui est donné.

Il me semble que la liturgie de ce jour qui est bonne nouvelle nous enseigne à la fois ce qu’est un curé de paroisse et aussi ce qu’est une communauté chrétienne digne de ce nom. L’enseignement de l’Evangile nous invite toujours à une conversion de nos cœurs si nous voulons suivre le Christ comme nous l’entendions déjà la semaine dernière (cf. Mc 8,34).

2- Essayons de situer l’épisode évangélique d’aujourd’hui (Mc 9,30-37) : le Christ confie à ses disciples qu’il souffrira sa Passion, mourra de mort violente et ressuscitera. Il ne va pas au suicide, mais Il pressent parfaitement ce qui lui arrivera et Il y consent : Le Christ ne subira pas sa mort comme une injustice puisqu’Il donne sa vie et la livrera ultimement dans un immense acte d’amour, un don de lui-même, son sacrifice sur la croix.

Un curé de paroisse par sa prédication vient non seulement nous apprendre ce qu’il en est de Jésus Christ (sa vie, ses paroles et ses actes), mais il vient nous dire – parce qu’il est envoyé par l’évêque garant de la foi- le secret de notre famille avec patience et passion parce qu’il s’est attaché lui-même à Jésus, parce qu’il sait pour l’avoir expérimenté lui-même que le Seigneur est vivant, que son cheminement, le don de lui-même par amour, est notre grand horizon.

Votre curé est donc d’abord un disciple de Jésus qu’il a choisi de servir dans l’Eglise parce qu’il s’est attaché à la personne de Jésus. Il vous partagera pendant le temps de son ministère ici sa passion comme il l’a déjà fait partout où il est passé dans notre diocèse et ailleurs.

Ceux qui connaissent notre frère Pierre-Edouard connaissent sa grande disponibilité, son engagement pour ses paroissiens et dans le scoutisme notamment. Ils savent qu’il ne fait pas les choses à moitié. Il faut qu’ils sachent – il faut que vous sachiez- que Jésus Christ remplit sa vie, comme celle de votre précédent curé et les nombreux curés et prêtres qui ont servi votre paroisse auxquels nous pouvons penser aujourd’hui autrement que comme des noms simplement gravés dans le marbre.

J’aime redire que si l’Evangile était un livre idéologique de plus au service d’une dictature de plus, il aurait certainement gommé ce qui suit l’annonce de la Passion du Christ, c’est-à-dire la mesquinerie des apôtres et leur recherche de la gloire personnelle (« Ils se taisaient car sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. »).

Or, non seulement cela n’est pas caché, mais en plus le Christ corrige avec pédagogie ses apôtres en leur délivrant une parole à connaître par cœur (après tout on apprend bien par cœur des recettes de cuisine ou des fables de La Fontaine) et une petite parabole.

La parole est la suivante : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous.  » Notre religion n’étouffe pas, contrairement à ce que beaucoup de nos contemporains pensent, le désir et l’ambition : être premier… Simplement, la voie proposée est originale puisque c’est la voie de l’humilité et du service. Le texte grec dit : « être le diacre de tous. » Les prêtres avant d’être prêtres sont diacres ! Etre diacre, c’est être serviteur.

Certes, le curé d’une paroisse est pasteur de sa communauté, il en prend soin (c’est l’étymologie du mot « curé »), il en a le souci constant. Ainsi dans vos quartiers vivants de la Pie et d’Adamville, il y a des personnes qui ont fait souche ici depuis fort longtemps ; il y a aussi des personnes nombreuses qui viennent de différents pays de l’Europe et d’autres continents.

Tous importent au curé de la paroisse parce que le berger ne choisit pas ses brebis, il n’a pas ses préférées, il ne s’attache pas à un petit groupe en oubliant les autres. C’est sans doute pour cette raison que le berger ne reste pas toujours dans sa paroisse pour que son regard ne s’émousse pas ! Cette attention à la diversité des milieux, des origines, des générations, des cultures est un véritable service.

La parabole de l’enfant placé au milieu des apôtres veut rappeler cela. L’enfant ne comptait guère à l’époque de Jésus parce qu’il s’agissait souvent d’une nouvelle bouche à nourrir et on ne prêtait pas aux petits l’attention qu’on leur prête souvent aujourd’hui. On a beaucoup progressé en ce domaine, mais il ne s’agit pas de transformer pour autant les enfants princes.

Si j’ose pousser la parabole un peu plus loin, je pourrais dire qu’aujourd’hui, au moment où le ministère pastoral de Pierre Edouard commence ici, il se tient au milieu de vous comme un enfant qui va apprendre à se faire saint-maurien et habitant de ce quartier grâce à vous et, en échange, vous recevrez de cet apôtre la parole du Seigneur, le goût de la prière et les sacrements. Il vous proposera avec l’Equipe d’animation paroissiale en particulier et l’Equipe pastorale de secteur des initiatives pour servir l’évangélisation et le service des frères puisque c’est cela notre mission.

3- Je vous ai dit tout à l’heure que les textes bibliques de ce jour nous enseignent à la fois ce qu’est un curé et aussi ce qu’est une communauté chrétienne digne de ce nom. En effet, un curé de paroisse n’existe pas en lui-même et sans sa paroisse, les services et les mouvements qui y sont implantés. Je pense évidemment ici au scoutisme : le groupe scout d’Adamville bien sûr que Pierre-Edouard, comme aumônier territorial, connaît déjà, mais on pourrait aussi parler de la Jeunesse d’Adamville, du Secours catholique implanté avenue Carnot, de la communauté portugaise, de l’Ensemble scolaire Jeanne d’Arc, entre autres. Vous êtes là d’ailleurs ce matin, je vous reconnais !

La lettre de Saint Jacques (la deuxième lecture) que nous lisons depuis plusieurs semaines ne nous ménage pas, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais, après tout dans une famille il faut se dire les choses en face et c’est ce que fait Saint Jacques avec sa communauté de jeunes chrétiens. Il est assez terrible d’entendre que les rivalités et les jalousies peuvent miner une vie de famille, une vie associative ou de mouvement, une vie paroissiale…, mais c’est souvent la réalité. Il faut donc trouver le remède à cela.

Le remède, me semble-t-il est dans l’ambition chrétienne qui lui est donnée par Dieu. La générosité, les efforts ne suffisent pas. Ecoutons Saint Jacques qui nous invite tous à accueillir la « sagesse qui vient de Dieu » : « elle est pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie.  »(Jc 3,17) La suite de cette eucharistie va être la prière et l’action de grâce pour l’œuvre de Dieu déjà réalisée en Jésus Christ : beaucoup d’entre nous vont communier en recevant le Christ.

JPEGLaissez votre curé vous enseigner la prière et surtout prier avec vous. C’est là notre source. Le concile Vatican II le dit bien à propos de l’eucharistie qui est « source et sommet de la vie chrétienne  ». Le curé d’une paroisse, les prêtres qui collaborent avec lui –je pense ici au Père Jean-Pierre- célèbrent l’eucharistie comme le Seigneur nous l’a demandé pour vous offrir la générosité de Dieu, l’amour de Dieu. Cela compte beaucoup dans leur existence et ils veulent donc dans l’eucharistie vous inviter à communier de manière plus intense au Christ pour mieux communier à vos frères.

Avant de demander au Père Pierre-Edouard de dire seul la profession de foi et qu’il vous demande ensuite à votre tour comme lors de la veillée pascale ou d’un baptême d’affirmer votre foi, je veux vous dire que notre diocèse de Créteil vous invite tous à la célébration des bienfaits du Concile Vatican II que nous célèbrerons en communion avec le pape Benoît XVI et les diocèses du monde entier le dimanche 14 octobre après-midi à Créteil. Venez nombreux vous réjouir avec toute l’Eglise de vivre aujourd’hui en chrétiens catholiques. Vous ne serez pas déçus !

Cher frère Pierre-Edouard sois heureux ici à Saint-Maur et à Saint François de Sales comme enfant de Dieu et curé de cette paroisse. Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Messe de rentrée de la paroisse ND du Rosaire (2 septembre 2012)

 

7 octobre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU 22ème DIMANCHE ORDINAIRE (ANNEE B)

Frères et sœurs, c’est la rentrée. Après avoir entendu ce passage d’Evangile (Marc 7,1-23), je pense que certains ont pu se dire : on aurait quand même pu trouver un passage d’Evangile un peu plus stimulant et dynamique pour commencer l’année pastorale. Toutes ces histoires de pureté légale héritées de l’Ancien Testament, en quoi peuvent-elles encore nous concerner ? Et puis cette liste finale sur les impuretés du cœur, ce n’est vraiment pas facile à entendre !

C’est vrai ! Pourtant heureusement que nous ne sélectionnons pas les passages d’Evangile que nous aimons pour délaisser les autres. Et puis après tout l’Evangile, c’est la « Bonne Nouvelle », alors j’aime à croire qu’il y a nécessairement quelque chose de bon dans cet extrait de Saint Matthieu pour chacun de nous et pour notre paroisse réunie à l’occasion de la rentrée. Songez-y, cet Evangile retentit aujourd’hui dans toutes les églises du monde : n’est-ce pas un beau signe d’universalité que d’écouter à des millions la même parole du Seigneur !

Savez-vous que la réforme liturgique conciliaire (Nous fêterons le 14 octobre à Créteil comme dans tous les diocèses du monde le 50ème anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II par Jean XXIII) a renoué avec ce bel usage hérité des Pères de l’Eglise commentant la Bible : la première lecture souvent empruntée à l’Ancien Testament annonce l’Evangile qui l’accomplit en Jésus Christ  ?

Or, que dit la première lecture de ce jour (Dt 4,1-8) empruntée au livre du Deutéronome (le 5ème livre de la Bible, de la Torah, qui porte un nom grec : la « deuxième loi ») ? Le Deutéronome redit une deuxième fois la Loi de Dieu contenue dans les premiers livres de la Torah. Ainsi s’exprime la pédagogie de Dieu qui aime dire et redire à son peuple ce qui est bon pour lui, pour sa vie.

Les juifs sont en effet convaincus –par expérience- que l’homme, livré à lui-même, risque toujours de se livrer à ses bas instincts pour sombrer dans la barbarie. Le remède pour empêcher cela, c’est l’obéissance à la loi de Dieu qui le fait avancer sur le bon et juste chemin. C’est pourquoi la Loi est si précieuse et vénérée dans la religion juive. Beaucoup de juifs religieux vivent encore de cela aujourd’hui : ne l’oublions pas. Cela mérite respect. Ecouter la Loi de Dieu et s’en nourrir conduit nécessairement à appliquer cette Loi, à la « mettre en pratique », comme dit le Deutéronome.

La deuxième lecture – Saint Jacques (1,17-27) - ne nous invite-t-elle pas à « mettre en application sans nous contenter d’écouter… la Parole de Dieu ? » Saint Jacques n’arrête pas de dire cela constamment dans cette lettre invitant les jeunes chrétiens de sa communauté à ne pas se limiter à proclamer leur foi sans la vivre activement.

Cet enseignement est évidemment toujours d’actualité. Vous le savez bien d’ailleurs : les chrétiens ne sont jamais autant estimés que lorsqu’ils agissent dans le sens du bien, de la justice et de la charité. Les médias et tous nos frères d’origine chrétienne qui ont quelque peu oublié le chemin de l’Eglise et de la pratique de leur foi aiment les grandes figures de charité telles que l’Abbé Pierre, Mère Térésa ou Sœur Emmanuelle. Il ne saurait donc être question pour nous de renoncer à faire le bien !

Pourtant, un autre verset a attiré mon attention dans ce passage de Saint Jacques : « Accueillez donc humblement la parole de Dieu semée en vous ; elle est capable de vous sauver. »(Jc 1,21) Accueillir la parole de Dieu, ce n’est pas accueillir simplement un livre de maximes ou de sentences de sagesse pour bien conduire sa vie. Accueillir la « parole de Dieu », c’est accueillir le Christ. En effet, la Parole de Dieu par excellence, c’est le Christ. N’est-ce pas Saint Jean qui écrit dans le prologue de son Evangile : « La Parole s’est faite chair » (cf. Jn 1,14) Et il parle de Jésus Christ. La Parole en Jésus Christ a en effet pris corps. Ce n’est quand même pas la même chose d’accueillir des paroles de sagesse ou d’accueillir quelqu’un dans sa vie.

Oui, frères et sœurs, nous sommes les disciples de Jésus Christ que nous déclarons vivant, auquel nous sommes attachés. C’est Lui que nous venons accueillir ici ce matin dans cette eucharistie. Il faut aller jusque-là. Le pape Jean-Paul II dans son texte qui ouvrait en l’an 2000 le Grand Jubilé avait écrit ces mots latins que je vais traduire immédiatement : « Duc in altum ! » Ces mots signifient tout autant : « avance en eau profonde » que : « avance plus loin. »

Le contexte évangélique de cette expression est la pêche miraculeuse (Luc 5) lorsque Jésus invite Pierre à jeter les filets plus en profondeur ou plus loin donc… En reprenant ces mots aujourd’hui comme curé de cette paroisse et en ce moment de la rentrée, j’ai le désir de vous inviter à aller plus en profondeur de vous-mêmes et plus loin dans votre engagement comme chrétiens.

Comment cela peut-il se réaliser si ce n’est en accueillant humblement le Seigneur en vous. Nous l’accueillons en écoutant sa Parole de vérité qui nous rendra libres à chaque eucharistie. Nous l’accueillons en communiant à son Corps eucharistique. Nous l’accueillons aussi, frères et sœurs, dans le cœur à cœur auquel nous consentons dans la prière personnelle et dans ce sanctuaire intérieur qu’est notre âme après avoir fermé la porte de notre chambre (cf. Mt 6,6).

Dès lors, nous pouvons mieux comprendre le passage de l’Evangile qui ne dénonce assurément pas la Loi, mais sa caricature (D’autres rabbins à l’époque de Jésus fustigeaient aussi l’hypocrisie de ceux qui s’attachent à la lettre des prescriptions et oublient l’essentiel). Lorsque Jésus nous invite à purifier l’intérieur et non l’extérieur, il nous suggère de cultiver notre intériorité comme dans le fameux passage du Sermon sur la montagne où il nous propose de vivre les grandes pratiques de la loi « dans le secret ». C’est bien dans le cœur à cœur et non dans le bruit et la fureur que nous pouvons faire la vérité en rencontrant le Dieu vivant : en l’écoutant, en l’appelant, en le contemplant.

Certains vont peut-être penser que je vous pousse au monastère en vous invitant à la prière dans le cœur à cœur avec Dieu. Pas forcément ! C’est sans doute dans ce temps donné que le Seigneur peut nous indiquer ce qu’Il nous propose de vivre et de renouveler en nous. Et nous le savons bien c’est là qu’Il peut nous indiquer les voies de la charité que nous célèbrerons dans le rassemblement Diaconia (le Service) du dimanche 14 octobre autour de notre évêque à Créteil.

Ce jour-là nous ferons aussi mémoire de l’ouverture du Concile Vatican II qui reste notre boussole pour ce temps. N’est-ce pas ce concile qui nous a fait redécouvrir l’Eglise comme peuple de Dieu et pas seulement comme une société hiérarchique ? N’est-ce pas ce concile qui nous a invités à prier et célébrer avec la Parole de Dieu ? N’est-ce pas ce concile qui nous a invités à fréquenter tous nos frères chrétiens avec lesquels nous avons tant à partager au-delà de nos divisions. Et cela ne nous empêche pas d’aller à la rencontre des autres croyants !

Ce rassemblement diocésain précèdera de peu le pèlerinage que conduira ensuite notre évêque à Rome (du 28 octobre au 2 novembre). C’est là en effet que sont nos sources et que nous pouvons découvrir l’universalité de l’Eglise en rencontrant le successeur de Pierre, le pape. Il est encore temps de s’inscrire à ce pèlerinage auquel je participerai.

Frères et sœurs, je vous souhaite à tous une belle rentrée paroissiale. Je suis heureux de commencer ma neuvième année avec vous ici à Notre-Dame du Rosaire. Nous accueillerons dimanche prochain notre nouveau vicaire, le Père Cédric KUNTZ et nous accompagnons par la pensée le Père Joachim NGUYEN qui vient de rejoindre Saint Christophe de Créteil dont il devient le curé.


Père Stéphane AULARD



 


"Petit Villard " a soixante ans !

 

7 septembre 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LE SOIXANTIEME ANNIVERSAIRE DE LA COLONIE DE VACANCES DE ND DU ROSAIRE à PETIT-VILLARD
(22 juillet 2012)

J’aimerais commencer cette homélie sur la prairie en vous disant que ce qui est écrit dans le Psaume 22 (21) est en train de se réaliser aujourd’hui ici à Petit Villard. Bien sûr c’est l’Association familiale éducative du Parc Saint-Maur (l’AFE), c’est un groupe dynamique d’anciens colons et moniteurs qui a bien organisé cet anniversaire des soixante ans de La Colo ! On les remercie tous.

JPEGEn fin de compte, ce n’est pas si courant qu’une paroisse en Ile de France et sans doute un peu partout en France dispose d’une colonie de vacances actuellement. Je me réjouis donc comme curé actuel de Notre-Dame du Rosaire à Saint-Maur d’avoir reçu ce bel héritage si bien transmis de notre colonie de vacances qui se veut réellement à la fois familiale et éducative comme le dit si bien l’intitulé de l’association qui la porte.

J’espère que mes successeurs et que les paroissiens de ND du Rosaire auront à coeur de vouloir faire vivre cet esprit familial, simple, joyeux, à dimension humaine, cette volonté éducative aussi tellement importante de nos jours pour les jeunes générations et pour nous tous d’ailleurs.

Pourquoi le Psaume 22 s’accomplit-il aujourd’hui avec la célébration de cette messe sur la prairie ? Je suis certain que plusieurs d’entre nous n’ont jamais assisté à une messe en « plein air », à la campagne, à la montagne ou à la mer. L’année dernière j’ai vécu encore pour ma part plusieurs très belles célébrations eucharistiques entre 2000 et 3000 m d’altitude dans les Pyrénées avec des jeunes qui participaient à une marche en montagne juste avant de rejoindre les jeunes du diocèse de Créteil participant aux JMJ de Madrid.

Eh bien aujourd’hui ici le Seigneur est notre berger et c’est lui qui nous rassemble, qui nous nourrit de sa parole que j’essaie de vous commenter. Car les prêtres constituent ensemble l’équipe des bergers du Seigneur : on les appelle aussi des « pasteurs ». Et le curé d’une paroisse est celui qui doit prendre soin de tous comme un berger doit prendre soin de toutes ses brebis.

Je suis ici avec le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (c’est le capitaine de l’équipe des prêtres de Lyon) pour vous dire que le Seigneur vous aime, vous connaît chacun par votre nom et qu’il vous dit : si tu le veux bien je vais t’accompagner sur le juste chemin, prendre soin de toi et susciter en toi grâce et bonheur (cf. Psaume 22,3.6).

Ce qui se vit cette année à Petit Villard depuis que la colo a commencé comme depuis soixante ans veut participer à votre bonheur, votre joie. Les prêtres veulent vous dire au nom du Seigneur que le bonheur, la joie, la grâce, l’amour, la vérité et la justice ont une source : c’est le Seigneur.

Le temps que nous passons ensemble à prier et à célébrer le Repas du Seigneur sur ce « pré d’herbe fraîche » dans cette messe, ce n’est pas du temps perdu ! C’est un bon et beau temps que nous allons garder en mémoire et auquel nous pourrons revenir par la mémoire. C’est l’occasion d’oser dire : «  Seigneur, dans ces veillées, dans ces randonnées, dans ces jeux, dans ces fous rire et dans ces moments d’entraide, dans ces repas et dans ces services auxquels nous participons nous apprenons une certaine qualité de vie et nous devinons que tout ce qu’il y a de juste et de bon dans tout cela, c’est Toi, la source et le sommet de notre vie. »

Emma, veux-tu poser ta question maintenant ?

De nos jours, comment font les pasteurs pour rassembler et guider les brebis égarées sur le droit chemin ? (Emma)

Autrefois, il suffisait de faire sonner la cloche de l’église pour que les habitants (les brebis) du village se rassemblent souvent dans l’église. Aujourd’hui, la cloche ne suffit pas et souvent dans nos grandes villes on ne l’ entend pas bien.

Je vais vous donner un exemple pour vous montrer comment on peut aujourd’hui essayer de rassembler les brebis du Seigneur. Didier, notre diacre va reconnaître tout de suite de quoi je parle. Depuis plusieurs années à Saint Maur on propose un parcours qui s’appelle ALPHA (ce qui veut dire le commencement). Il s’agit de rencontres conviviales autour d’un repas destinées en priorité à des personnes qui ne viennent pas forcément à la messe tous les dimanches.

Comment leur faire connaître notre proposition ? Nous nous sommes inscrits sur le site Internet d’Alpha qui présente tous les endroits où existe ce parcours en France. Eh bien je me souviens d’une année où plusieurs jeunes femmes sont venues parce qu’elles étaient allées chercher sur Internet où existait ce parcours. Elles habitaient notre ville, ne venaient pas à l’église habituellement et ont fini par trouver le chemin de la paroisse et de ces rencontres par ce moyen-là.

J’ai rencontré il y a deux jours un monsieur qui voulait me parler des questions qu’il se pose dans son travail où il rencontre beaucoup de personnes révoltées par la vie, la maladie et toutes sortes de souffrances. Il m’a dit que lui aussi cela finit par l’atteindre.

Ensuite il m’a expliqué qu’il vit avec une amie, a des enfants et qu’il aimerait leur faire découvrir Jésus. Tout cela s’est passé ...dans un restaurant et j’ai fini par lui donner les dates de l’Eveil à la foi pour l’an prochain : sa fille de 5 ans pourra ainsi y venir.Voilà encore une manière de rassembler les brebis aujourd’hui.

Balthazar va maintenant poser sa question sur la deuxième lecture...

Pourquoi tant de guerres malgré le message de paix du Christ ? (Balthazar)

C’est une immense question que pose Balthazar.En ce moment même plusieurs peuples sont en guerre dans le monde. Beaucoup subissent plus qu’ils ne font la guerre, car ce n’est pas un jeu. Le coeur de l’homme est compliqué et malade comme dit la Bible. Pourtant l’homme est créé pour réaliser le bien. En Jésus nous dit Saint Paul, c’est la paix et l’amour qui se sont approchés de nous.

Jésus en donnant sa vie par amour pour nous a changé quelque chose dans cet affreux processus de violence qui ronge l’homme et l’abîme. Il y a bien sûr le tableau sombre des gens qui souffrent, qui meurent, qui sont chassés de leur maison. Mais il y a en même temps dans les moments les plus durs de l’Histoire des personnes qui sauvent les autres, sont prêts à donner leur vie, se sacrifient même.

Ces choses-là sont arrivées en France il y a soixante-dix ans quand des enfants juifs et leurs familles étaient arrêtés. Il y a eu aussi des personnes formidables qui ont pris des risques. A La Varenne, le curé de la paroisse de l’époque, le Père Emile MOREL a ainsi permis de sauver de nombreux enfants juifs avec l’aide de paroissiens. Cela n’a pas empêché les nazis de commettre des crimes affreux, mais cela a permis aussi à l’amour d’être plus fort que la haine.

Il nous faut inventer des jeux de rôle autour de la paix ! Il nous faut apprendre à être des personnes passionnées par la paix. Il faut demander au Seigneur dans la prière comme l’a fait Saint François d’Assise en son temps à faire de nous des « artisans de paix...qui apportent la paix là où domine la haine... »

C’est maintenant Robin qui va poser une question sur l’Evangile de ce jour...

Selon l’évangile de Saint Marc, Jésus dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu  ». Nous nous posons la question : pourquoi est-il important pour eux d’aller au désert pour se reposer ? (Robin)

Pour nous les Français nous nous représentons souvent le désert comme une grande étendue de sable où il n’y a pas d’eau et où il est impossible de vivre. C’est le Sahara avec ses conditions extrêmes... Il est en effet bien difficile de se reposer dans des lieux pareils. Mais, il n’est pas plus facile de se reposer en étant planté devant sa télé en permanence ou en ayant son MP 3 branché toute la journée.

Demandez à Romuald et à Fabrice qui ont vécu une année de « désert » avant d’entrer au séminaire ce qu’ils ont fait pendant cette année-là de leur téléphone portable, de leur ordinateur et d’autres objets qui nous accaparent tellement qu’on n’a plus de temps pour nous-mêmes, plus de temps pour se détendre et laisser à Dieu la possibilité de parler à notre coeur.

Les apôtres étaient partis en mission donc ils rencontraient beaucoup de personnes, leur parlaient, les guérissaient, leur annonçaient la bonne nouvelle de la vie telle que le Seigneur nous la propose. Cela leur demandait beaucoup d’énergie. Il fallait donc qu’ils reprennent des forces et c’est ce que le Seigneur leur a proposé.

Il est important pour chacun de nous d’avoir des moments comme cela de détente complète. Pensez-vous que le repos du week-end sera complet si l’on nous propose comme seul objectif de prendre notre voiture pour aller passer tout notre temps libre dans un centre commercial ? Vous comprenenez pourquoi le repos dominical c’est important et pourquoi le Seigneur nous dit : prenez du temps gratuit pour vous rencontrer, vous parler, jouer ensemble, manger ensemble un vrai repas, vous amuser simplement.

Je pense que d’une certaine manière ce que nous vivons à Petit Villard au cours de ce week-end comme durant toute la colo c’est vraiment ce que le Seigneur nous propose : nous détendre ensemble, nous réjouir ensemble dans la simplicité. C’est ce que doivent faire des chrétiens !

Frères et soeurs, je vous remercie pour votre écoute. Je remercie ceux qui ont préparé cette messe et la réflexion qui a permis d’animer cette homélie. Réjouissons-nous dans le Seigneur qui nous a instruit et qui maintenant nous invite à son festin.


Père Stéphane AULARD



 


Ascension du Seigneur - Homélie 2012 -

 

14 juin 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

1) Dans cette méditation d’Ascension, j’aimerais vous parler du
ciel.

Vous comprenez tout de suite pourquoi. Les textes bibliques de la liturgie de ce jour ne nous disent-ils pas à propos de Jésus :

- > "Il fut enlevé au ciel." (Actes 1, 2)

- > "Celui qui était descendu est le même qui est monté au plus haut des cieux." (Éphésiens 4, 10)

- > "Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu." (Marc 15, 19)

À quoi le ciel nous fait-il penser ?
Pour certains – j’en suis – à ces superbes soirées d’été où nous renouons avec notre imaginaire en contemplant dans le ciel la "voie lactée" qui n’a pourtant rien à voir ni avec une route, ni avec le lait !

Plus sérieusement, je pense au verset fameux du Psaume 113 b (115) :
"Le ciel, c’est le ciel du Seigneur ;
Aux hommes, Il a donné la terre.
" (verset 16)

Ou encore :
"La vérité germera sur la terre
Et du ciel se penchera la justice
." (Ps 84, 12)

Il n’y a pas dans la Bible d’opposition dure entre le ciel et la terre comme entre des "mondes à part", ou comme dans la fameuse guerre des civilisations dont on nous rebat les oreilles !

Le Ciel, c’est Dieu ; la terre, ce sont les hommes à qui elle est confiée. Mais, s’il y a séparation, ou plutôt altérité, il n’y a pas non plus opposition. Dieu n’oublie pas "dans son ciel", Lui, le ’Très-Haut", sa créature qu’Il a voulue dans son immense amour. Et pour que la vérité germe sur la terre, la justice de Dieu est bien nécessaire.


2) La fête de l’Ascension exprime cette "solidarité", comme on dit aujourd’hui, entre ciel et terre, entre le « monde de Dieu » et le « monde des hommes » dans leur juste autonomie et leur heureuse rencontre en Jésus Christ.

Le Christ à l’Ascension ne « s’évade pas » ( cf la Préface 1 de l’Ascension) dans un autre monde appelé ciel. Il porte plutôt cet amour immense répandu sur la terre jusqu’à son Père qui en est la source. Tout est ainsi reconnu, accompli, récapitulé pour employer des termes de Saint Paul.

L’Ascension signe Pâques dans son vocabulaire d’exaltation, d’exultation, d’élévation. Oui, frères et sœurs, au jour de l’Ascension, il convient que nous ayons des pensées et des prières élevées, la tête dans le ciel et les pieds sur terre. N’est-ce pas là notre vocation ?


3) Le Christ est la tête de pont de l’Église, son corps dont nous sommes. L’Eglise n’est pas appelée à mépriser les combats et les duretés de ce monde, mais à les transcender en Lui qui vient de Dieu –le ciel- et qui a bien pris chair –la terre-Lui qui est retourné au Père, indique nettement notre condition de fils et filles de Dieu :

  • Nous sommes de Dieu et non du hasard.
  • Nous pouvons marcher avec Dieu, et non seuls chaque jour.
  • Nous serons en Dieu au-delà de nous-mêmes, de nos limites biologiques et circonstancielles, car appelés à cet au-delà qui rassemblera les générations, les cultures dans le Fils, notre frère aîné, venu déposer le ciel sur la terre, et qui a déjà apporté sa moisson de la terre bien travaillée dans les mains célestes du Père.

C’est là notre chemin. C’est là notre vocation en espérance, c’est-à-dire en dynamisme.

N’ayons pas peur dans notre foi d’aller jusqu’à la Résurrection et l’Ascension.

Comme les disciples du Seigneur Jésus, laissons-nous renouveler sans cesse par le don de l’Esprit Saint qui a partie liée avec l’action de l’Église.

Osons croire, enfin, non aux "forces de l’esprit", trop vagues, mais bien à la communion des saints, présence du ciel à nos côtés, prière puissante des saints du ciel pour que la terre devienne ce laboratoire de l’amour de charité installé par le Christ. Il nous est confié et il est appelé à produire un amour purifié de nos égoïsmes, exprimant la très haute vocation de l’Homme créature, enfant de Dieu, fils dans le Fils et par l’Esprit saint.

Bonne fête de l’Ascension.


Père Stéphane AULARD



 


Contempler le Christ

 

20 juin 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU CINQUIEME DIMANCHE DE CAREME (B)
(25 mars 2012)

1- Depuis le début de ce carême, nous chantons chaque semaine : «  Je veux chanter ton amour Seigneur chaque instant de ma vie, danser pour toi en chantant ma joie et glorifier ton Nom.  » La musique est simple et entraînante. La joie est l’horizon de ce chant. Tout est en place pour nous combler puisque nous sommes rassemblés pour l’eucharistie autour du Seigneur qui est le motif de notre joie. Les paroles de la fin du chant semblent aller dans le même sens enthousiaste : « et glorifier ton Nom. ».

Glorifier le Nom du Seigneur : « que ton nom soit sanctifié  », disons-nous dans la prière du Notre Père. Il s’agit bien de glorifier le Nom du Seigneur Dieu Notre Père. Les Juifs qui étaient à Jérusalem et ces grecs sans doute païens mais attirés par la foi juive au Dieu unique sont là au moment de la fête de Pâques pour « sanctifier le Nom » imprononçable de Dieu.

Les Juifs et les apôtres qui viennent d’être témoins de la résurrection de Lazare (Jean 11,1-45) et de l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem (Jean 12,12-19) sont fascinés, aimantés, attirés par Jésus qu’ils veulent voir comme d’autres l’ont écouté ou encore touché depuis qu’il a commencé son ministère itinérant partout en Israël. «  Nous voudrions voir Jésus » (Jean 12,21) me fait penser à ces paroles de Jésus précisément en Saint Jean : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14,9)ou encore : « Qui veut aller vers le Père doit passer par moi... » (Jean 14,6).

Si nous sommes là c’est bien parce que nous comptons rencontrer le Seigneur, le voir, le toucher, l’écouter, le goûter dans l’eucharistie partagée : «  Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! »(cf. Psaume 33,9)


2- Beaucoup ont fait cette expérience de se laisser regarder par le Christ en venant quêter dans le sacrement de la miséricorde ces paroles qui prolongent son agir et qui sont confiées à l’Eglise pour qu’elle poursuive le ministère de compassion, de consolation, de bonté du Seigneur Jésus : «  Par le ministère de l’Eglise que le Seigneur vous donne le pardon et la paix... », entend-t-on lorsqu’un prêtre remet les péchés à un pénitent ! Il y a là plus que des mots ; il y a là véritablement une expérience à vivre : Oui, le nom du Seigneur est glorifié à chaque fois que l’un de ses enfants accepte de se laisser envelopper par la tendresse et la miséricorde abondante qui est en Lui.

Nous pouvons faire cette expérience dans la prière personnelle et communautaire, dans le compagnonnage humain en semant paix et bonté autour de nous et dans nos relations. Nous pouvons faire cette expérience de manière éminente en célébrant le sacrement du pardon qui nous fait toucher très concrètement à cette réalité spirituelle considérable :tu vaux tellement plus que ton péché, tes fragilités, tes turpitudes, tes mesquineries.

Oui, glorifie le Nom du Seigneur qui t’a créé et t’a racheté toi qui es l’image du Dieu transcendant et qui devrait tellement porter en toi, dans tes enfants et ta famille, dans tes relations, dans tes choix, ton style de vie le Nom du Seigneur de l’univers. Oui, rien que cela, tout cela : porter en toi le nom du Seigneur. Tu as été baptisé et tu finis malgré tout par enfouir le trésor du Dieu vivant.

Qu’à cela ne tienne, viens te réconcilier avec ton Dieu. Alors tu pourras célébrer sur terre non seulement le Père des hommes mais aussi son image parfaite, son icône, le Fils, Jésus Christ qui veut te mener au plus près du Père. Aujourd’hui beaucoup veulent ne pas manquer d’ambition.

Notre ambition est celle-ci : glorifier le Nom du Père en suivant au plus près Jésus Christ, le serviteur, le maître, le frère, notre frère.

Durant ce carême qui n’est pas encore terminé, il nous faut oser nous approcher de Jésus. Il faut lui dire : « J’ai envie de te voir ! » Il faut aussi découvrir les chemins du Dieu vivant qui passent par ceux empruntés par Jésus, il n’y a pas à sortir de là. Il y a quinze jours avec le récit des marchands chassés du Temple (cf. Jean 2,15-16), nous étions fortement invités à « faire le ménage en nous » et à chasser les étals des jugements à l’emporte pièce de nos vies, les peurs de toute sorte, les intolérances qui conduisent à la haine incommensurable de l’autre, les bassesses qui ne sont pas le privilège que ... des grands. Pour cela, la semaine dernière nous étions au pied du mur avec l’annonce pure, forte, claire de la foi chrétienne : «  Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique. Ainsi tout homme qui croira en lui ne périra pas ! » (Jean 3,16)


3- Et aujourd’hui ? Il me semble que Jésus nous révèle étonnamment sa manière : l’humilité, l’abaissement, l’adhésion profonde au dessein du Père (ce que l’épître aux hébreux appelle l’obéissance) et par-dessus tout le don de soi par amour. C’est ce que la métaphore du grain de blé tombé en terre et qui semble impuissant, alors que la germination est déjà en œuvre, nous révèle. C’est le chemin qui va à contre courant de nombre de nos modèles en cours confondant la connaissance approfondie des êtres avec le nombre d’amis que l’on a sur les « réseaux sociaux ».

C’est pourtant le chemin actuel de beaucoup d’entre nous et je suis là pour vous encourager à chercher d’autres voies : dans la patience des relations aimantes quoique difficiles, dans le service accompli chaque jour, chaque semaine auprès de démunis ou « blessés de la vie » sans convocation des journalistes, quelque chose de grand et de prometteur se réalise et n’en doutez pas : le Royaume de Dieu est en marche.

« Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jean 12,32) dit Jésus à ceux qui sont venus le voir. Il nous le dit aussi. Des siècles de christianisme nous ont appris à regarder, mieux, à contempler la croix du Christ non pas seulement comme un instrument de torture abject, mais bien comme le lieu ultime du don de soi.

Les chrétiens qui ont regardé vers Jésus sur la croix et qui l’ont suivi magnifiquement ne manquent pas : de saint François d’Assise qui s’est converti devant la croix de San Damiano à saint Maximilien Kolbe qui livra sa vie en prenant la place d’un père de famille dans l’enfer des camps de concentration.

Tous ont découvert que c’est bien la puissance de résurrection qui habite le Vivant dans tous les moments de sa vie jusque sur la croix. Cette puissance, cette énergie, c’est l’amour plus grand qui nous invite au dépassement de nous-mêmes avec la grâce de Dieu.

Oui, l’être humain n’est pas condamné à végéter dans ses forces animales. Oui, la croix du Christ est déjà victorieuse parce que seul l’amour jusqu’au bout sauve. Le Christ obéissant au Père l’a accompli. Nous avons reçu par l’Esprit Saint cette puissance qui ne peut pas s’éteindre et qui peut nous conduire bien au-delà de nous-mêmes à hauteur du Dieu vivant.

Que cette fin de carême, que le temps pascal tout proche de nous maintenant nous amène à contempler le Christ dans l’Evangile, sur la croix, dans la prière, dans le service du frère et dans les sacrements. Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Les combats du Carême

 

12 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

Homélie du mercredi des cendres (22 février 2012)

Frères et soeurs, la prière d’ouverture de la messe de ce jour est à la fois très dense et apparemment décalée par rapport à notre mode de vie et nos pratiques en cours ici en France et plus largement dans le monde occidental. Réentendons-la une fois encore :

« Accorde-nous, Seigneur, de savoir commencer saintement, par une journée de jeûne, notre entraînement au combat spirituel : que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l’esprit du mal. Par Jésus Christ... »

1- Avons-nous jeûné et de quoi aujourd’hui ? Pourquoi jeûner aujourd’hui, durant ce carême et le Vendredi Saint ? Qu’est-ce que ce combat spirituel aux allures sportives ou guerrières que certains épinglent dans d’autres religions ? Qu’est-ce que l’esprit du mal pour nous ? Croyons-nous qu’il est à l’œuvre dans notre monde et en nous-mêmes ou est-ce que cela nous paraît être un enfantillage dépassé ? Je pourrais multiplier les questions... que pose cette oraison de Carême.

Ces questions, je me les pose tout comme je n’ignore pas les autres questions que nous pouvons porter actuellement :
Pourquoi la précarité et la pauvreté croissante ?
Le rêve européen-t-il un avenir ?
La persécution des chrétiens s’accroît-elle dans le monde et risque-t-elle de nous atteindre ici ?
Les prochaines élections en France vont-elles être l’occasion de faire le point sur la société que nous voulons ? (Cf. l’ouvrage de Mgr André VINGT-TROIS : « Quelle société voulons-nous ?  » faisant suite à la Lettre du conseil permanent des évêques de France du 3 octobre 2011 : «  Elections : un vote pour quelle société ? »)
Ou encore, pourquoi la vie quotidienne des familles et les couples est-elle si compliquée en particulier dans notre région parisienne ?
Pourquoi la maladie frappe-t-elle si injustement endeuillant parfois sans égard des parents ou des amis ?

Bref, cette oraison est-elle si décalée que cela des préoccupations que je viens d’énumérer et que nous n’avons pas déposées à la porte de l’église en y entrant pour les reprendre tout à l’heure après avoir sacrifié à un rite que beaucoup de nos contemporains ignorent totalement !



2- L’entraînement dont il est question dans cette oraison me paraît à mettre en lien avec le combat spirituel auquel fait sans cesse référence Saint Paul dans ses écrits (Cf. 1 Corinthiens 9,24 ss.). Il utilise souvent l’image du combat sportif sans doute parce qu’il a entendu parler de la passion toute grecque pour les jeux et olympiades sportives fort prisés au 1er siècle dans ces contrées où l’amène sa passion d’évangélisateur !

Pourtant le carême qui s’ouvre devant nous n’est pas une compétition qui permettra au terme de classer les meilleurs d’entre nous dans la catégorie charitables, priants et jeûneurs !

Nous n’avons pas à nous ausculter ou à nous comparer sinon nous tomberions dans la critique extrêmement vive que Saint Matthieu porte contre ceux qu’il appelle les « hypocrites » (Cf. Matthieu 6,2.5.16) qui se donnent en spectacle, en se faisant remarquer des autres pour être en fin de compte célébrés comme des héros de la charité, de la prière ou du jeûne par leurs contemporains. On l’aura compris ceci est vraiment contraire à ce que Dieu attend de nous.

Alors à quoi bon mener un « combat spirituel » durant quarante jours comme un entraînement utile pour toute notre vie marquée par de nombreux autres combats à mener ? Sans doute d’abord parce que toute la Bible et notre tradition spirituelle le recommandent en référence au Seigneur Jésus lui-même.

Précisons encore que la pratique de l’aumône (le don charitable, solidaire, comme nous disons aujourd’hui) de la prière ou du jeûne constituent dans l’expérience religieuse d’Israël comme autant d’efforts réputés bons pour s’approcher de Dieu et de son prochain. Ces pratiques sont comprises comme des efforts de la personne humaine qui veut s’ajuster à Dieu, d’où l’expression : « Si vous voulez vivre comme des justes... » (Cf. Matthieu 6,1). Ces pratiques sont bien religieuses : l’aumône n’est donc pas un simple acte de solidarité du type « charity business » pas plus que le jeûne n’est une cure de désintoxication visant à purifier notre corps.

Mais, on pourrait aussi dire que la prière n’a pas pour but de nous éloigner du prochain pour nous réfugier en Dieu. La « religion juste » dont il est question ici est une totalité : aumône pour nous rendre proche de l’autre qui a besoin de notre aide ; prière pour nous approcher du Dieu intime et Père comme nous le révèle Jésus ; jeûne pour nous retrouver en nous désencombrant de ce qui nous asservit puisque nous sommes si souvent déjà comblés et même saturés.

Vous le sentez bien, frères et sœurs, le carême nous entraîne pour gagner en vérité, pour nous resituer face à Dieu et face à notre prochain, pour nous libérer du superflu qui a tellement tendance à s’imposer comme soi-disant nécessaire, pratique, moderne ! Chacun d’entre nous pourra sans doute après avoir reçu le signe des cendres méditer sur l’aumône qu’il pourrait pratiquer, la prière qu’il pourrait consentir, le jeûne qu’il pourrait décider durant ce carême.

Les cendres sont un signe de pénitence et de deuil dans la tradition juive : pour faire pénitence, il faut discerner ce qui nous abîme, ce qui nous encombre, ce qui ne nous établit pas dans la paix et l’amour du prochain. La cendre et le jeûne si souvent liés aux rites de deuil dans l’expérience religieuse d’Israël se retrouvent aussi dans le grand rite de pénitence communautaire du Jour des expiations (que nous connaissons sous son appellation hébraïque : Yom Kippour).

Notre célébration d’aujourd’hui est certainement à mettre en lien avec cette fête juive : pénitence et mortifications sont au service de notre conversion, c’est-à-dire de notre retournement vers le Seigneur avec toute l’Eglise qui se prépare à célébrer Pâques le 7 avril au soir et le 8 au matin. Oui, couchons-nous sur la cendre ce soir mais pour mieux nous entraîner à servir Dieu et notre prochain comme des ressuscités que nous sommes déjà, c’est-à-dire des hommes et des femmes debout !



3- J’aimerais maintenant attirer votre attention sur trois rendez-vous qui nous sont proposés par l’Equipe pastorale du secteur de Saint-Maur et par l’équipe d’animation paroissiale de Notre-Dame du Rosaire durant ce Carême comme autant de moments à vivre entre frères pour nous encourager, nous porter les uns les autres et grandir dans la foi au Christ.

1. Il s’agit tout d’abord de la distribution du journal l’1visible dont je vous ai parlé plusieurs fois et que nous avons distribué largement lors de nos assemblées de Noël. Nous avons affiné le projet avec l’Equipe d’animation paroissiale et un groupe de personnes désireuses de s’impliquer dans la distribution de ce journal d’information chrétienne gratuit.

Je vous annonce que quatre équipes se sont constituées et attendent que vous les rejoigniez pour aller à la rencontre des saint-mauriens partant à leur travail en empruntant l’une des quatre gares RER de notre ville le jeudi 15 mars prochain entre 7 heures et 8 heures 30. Cette action d’évangélisation va nous compromettre puisque nous essuierons peut-être des refus. Elle va nous permettre aussi d’entrer en dialogue avec des personnes qui résident ici et qui ont le droit d’entendre parler du Christ, de l’Eglise et de ce que vivent les chrétiens.

Voilà un bel entraînement à mettre en place pour une action limitée qui fera l’objet d’une relecture ensuite. Rosaire Info vous précisera prochainement les contacts à prendre pour faire partie d’une équipe.

2. Le secteur pastoral de Saint-Maur vous propose le mardi 27 mars au soir une soirée d’information et de partage avec ceux qui sont engagés ici dans des actions caritatives et solidaires. Cette rencontre nous permettra certainement de découvrir ceux qui s’engagent ; peut-être de rejoindre leur association ou leur groupe existant à Saint-Maur.

Nous prendrons aussi le temps de partager avec des personnes bénéficiant d’une aide ou d’un soutien dans le cadre de ces associations. Nous continuerons ainsi de faire place à la dynamique « Diaconia – Servons la fraternité » qui vous a été présentée notamment dans l’éditorial de Rosaire info du mois de février.

Nous cherchons, à travers cette initiative, à mettre au coeur de la vie de notre Eglise la charité qui se donne de la peine et la charité qui est amour mutuel. Soyons attentifs à ce qui se vit dans nos quartiers comme entraide et comme partage fraternel au travers de ces associations.

3. Notre paroisse sera invitée enfin le samedi 24 mars à la journée du pardon : belle journée pour prendre le temps de nous jeter dans les bras de Dieu notre Père qui est miséricordieux. Temps personnel et aussi événement paroissial puisque jeunes et adultes sont conviés à déposer leurs fardeaux aux pieds du Seigneur en vivant le sacrement de pénitence et de réconciliation. De notre assemblée de ce jour jusqu’au 24 mars, c’est bien la même démarche pénitentielle et confiante qui nous est donc proposée.

Mais, pour l’heure entrons sereinement et joyeusement - cette joie profonde dont nous a parlé le Seigneur Jésus - dans ce temps de célébration des cendres :

« Regarde, tes actes et ta vie pourraient ne te sembler être que des cendres insignifiantes : feu consumé dont il ne reste que ce rien. Que n’es-tu chaud ou froid toi qui chosisis si souvent la tiédeur des cendres... Accueille donc ce temps de carême non comme une accusation que Dieu ton Seigneur porterait contre toi, mais bien comme le souffle de son Esprit Saint faisant renaître en toi le feu qui couve sous les cendres. »

Entrons donc dans ce dynamisme que le Seigneur seul sait mettre à l’oeuvre en nos vies puisqu’Il nous aime et nous le redit aujourd’hui encore !

Père Stéphane AULARD



Vous pourrez trouver des réponses aux questions que vous vous posez à propos du Carême sur les sites :
http://www.eglise.catholique.fr/foi...
http://qe.catholique.org/le-careme/...,
www.portstnicolas.org



 


Pour que Noël soit enfant

 

12 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

Homélie de Noël 2011

Chers frères et sœurs venus nombreux dans cette église célébrer Noël en famille et avec la famille chrétienne que l’on appelle l’Eglise invitée sans cesse par le Seigneur à se rassembler, je vous redis : Bienvenue ici dans la maison du Seigneur où beaucoup viennent en sachant d’instinct qu’elle est sacrée parce que sa Parole y résonne, parce que les voûtes y conservent bien plus que les traces de notre respiration ou des volutes de l’encens, mais bien le souffle de nos prières et de nos chants de louange. Bienvenue dans cette maison qui est la vôtre quand vous passez pour la prière silencieuse et solitaire et surtout quand vous rejoignez vos frères pour l’assemblée dominicale, la messe !

L’Eglise est la famille des enfants de Dieu. La crèche de Noël cette année veut évoquer cette Eglise à travers ses voûtes stylisées et contrastées à l’image de notre diversité et aussi à l’image de ce que deviendra notre actuelle cathédrale trop petite à Créteil lorsque nous l’aurons déployée en la surélevant pour lui donner volume et forme de mains jointes comme les mains de Marie et de Joseph en prière pleins de reconnaissance devant leur enfant qui n’est autre que le Seigneur lui-même. Un petit Philippe que je visitais il y a deux jours en vue de son baptême (il a 7 ans) et à qui je demandais qui est Jésus m’a répondu sans hésiter : «  Jésus, c’est le Fils de Dieu ! » ».

1- Mesurons-nous la portée de cette expression : Dieu en Jésus est enfant non pas comme ces divinités de tous les panthéons qui croissent et se multiplient à force d’accouplements fort peu moraux ! Non, Dieu est enfant en Jésus Christ car Il semble vouloir commencer une ultime étape avec l’humanité qu’Il a voulue et qu’Il ne cesse de créer. Dieu en entrant dans le cours du temps (cf. Hébreux 1,2) épouse sa créature pour mieux la racheter de l’intérieur. Ce n’est pas un faux semblant. C’est le chemin de l’Incarnation.

Naître, c’est le meilleur chemin à emprunter chez les hommes puisqu’il s’agit de la voie de l’humilité, de la fragilité, de la simplicité, de la promesse. Les mots me manquent pour décrire cette voie de l’enfance si bien explorée depuis par de nombreux spirituels dont Sainte Thérèse de Lisieux. Dieu enfant, Dieu gracieux, mais ne nous y trompons pas Dieu aussi malmené, Dieu pauvre, Dieu en danger comme beaucoup d’enfants et de nourrissons dans le monde parce qu’affamés, ballotés, mal aimés.

Nos crèches modernes n’ont vraiment rien à voir avec la grotte de Bethléem sorte de hangar pour les animaux doté de mangeoires bien peu hygiéniques pour nous autres occidentaux passionnés d’hygiène pendant que nos ancêtres étaient passionnés par les symboles. La crèche de Bethléem est un symbole fort : ne serait-elle pas l’invitation à se concentrer sur l’essentiel : la famille qui accueille un enfant comme un don du ciel, une vie offerte que l’on a acceptée de porter et de mettre au monde pour que cette terre continue de se transformer.

C’est bien dans la succession des générations livrées avec amour à ce monde que Dieu ne cesse de le créer en nous demandant de participer à son œuvre de création : « Pour faire un homme, des hommes, un monde, mon Dieu que c’est long  », dit la chanson. Pourtant, c’est bien dans cette histoire humaine que le monde de Dieu advient ! .

2- Avec quoi sommes-nous venus ici aujourd’hui ? Avec nos joies et nos peines, avec nos rêves de paix et notre désir d’aimer. Sans doute aussi avec notre soif de justice et de vérité. Pauvres pécheurs que nous sommes, tout cela nous habite sincèrement et pourtant demeure précaire en nous car nous faisons souvent le contraire de ce que nous annonçons.

Les anges de la nuit de Noël eux s’exclament en chœur : «  Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes de bonne volonté » Dans cette formule qui a donné naissance au chant du Gloria se trouve concentré le projet de Dieu. Sa gloire, sa réussite tient dans la paix qu’Il dépose dans le cœur des hommes comme un germe prometteur.

Je vous souhaite à tous la « paix de Dieu », sa grande paix, la sérénité qu’Il nous offre pour oser en ce temps de Noël un geste d’affection, un geste de tendresse, un moment de rencontre qui permettra de se pardonner et de s’aimer mieux, un geste de charité, de solidarité comme nous aimons dire aujourd’hui.

Noël, c’est la paix de Dieu, la trêve de Dieu. Comme à l’époque médiévale, si nous le voulons bien, nous pouvons goûter à la paix en la suscitant : cela nous réjouira profondément et augurera de bonnes choses pour l’année 2012.

3- Devant un enfant, tout enfant, devant l’Enfant Dieu, le Fils de Dieu, nous sommes invités à naître et à renaître à la foi des chrétiens. La célébration de Noël nous suggère sans doute de naître à Dieu comme lui a voulu naître à l’homme. Naître à Dieu, cela passe par plusieurs attitudes que je vous propose si vous voulez développer en vous un peu de spiritualité chrétienne : Regardez Marie, Joseph, les anges dans le ciel et les bergers sur la terre.

Il y a le silence de Marie et de Joseph, leur méditation qui se fait émerveillement. Arrêtons de nous livrer à la critique systématique qui prend souvent la forme de la dérision. Apprenons de Marie le chant des merveilles de Dieu, la découverte de l’extraordinaire dans l’ordinaire.

Regardez les bergers qui passent de l’étonnement à la joie de raconter, partager, offrir aux autres ce qu’ils ont découvert à la crèche. Nous voudrions d’ici quelque temps offrir aux habitants de Saint-Maur, à ceux qui usent du RER quotidiennement, font leurs courses sur les marchés et les commerçants de la ville un journal gratuit chrétien (L’1visible). Pourrons-nous compter sur votre disponibilité pour aller à la rencontre des autres et leur offrir notre foi comme on offre son amitié ? Saint Jean dans son magnifique Prologue (Jn 1,1-18) écrit ceci :

« Le Verbe (la Parole de Dieu faite chair en Jésus) est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais, tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, Il leur a donné de pouvoir de devenir enfants de Dieu  » (Jean 1,,11-12)

Voilà que celui qui est le Fils de Dieu et qui s’est mis à notre école, à taille humaine, nous propose de devenir « enfants de Dieu » à notre tour. Il nous dit : faites-moi confiance comme j’ai foi en vous. Prêtre, je suis chargé de vous le dire aujourd’hui. Alors, livrez-vous à une plus grande foi, une plus grande confiance en Dieu.

Vous avez bien fait de venir ici pour que Noël soit enfant et non marchand, pour que Dieu soit premier servi car c’est le meilleur chemin pour servir l’homme et non l’asservir. Avec nos frères chrétiens du Moyen Orient en grand danger et qui sont d’admirables témoins de la foi, allons à l’essentiel. Honorons Dieu pour mieux nous occuper de l’homme.

Il ne s’agit pas tant de penser à Dieu quand cela nous prend que de panser l’homme en le soignant à la manière de Jésus Christ. Car l’enfant de Bethléem est devenu grand et n’a pas cessé de se mettre à hauteur d’homme pour faire reculer sa misère et son péché. Voilà ce qu’Il veut faire pour nous en ces jours de Noël.

Voilà ce qu’Il nous propose de vivre en nous associant à son grand œuvre. C’est la tâche des enfants de la famille de Dieu. C’est la tâche de notre génération et des deux milliards deux cent mille chrétiens dans le monde.

Un grand homme, Vaclav HAVEL, touché par la foi chrétienne, grand combattant de la liberté qui s’était confessé à Jean-Paul II, vient de mourir et donc de naître à la pleine lumière de Dieu. Je fais miens ses propos de décembre 1989 que j’avais recopiés alors sur un morceau de papier en pensant à la Parole de Dieu et à notre mission comme chrétiens :

«  Ne laissons pas souiller le beau visage de notre révolution tranquille. Elle est née de la révolte contre la violence, la saleté, l’intrigue, la mafia, les privilèges et les persécutions. Que la vérité et l’amour l’emportent sur le mensonge et la haine.  » (10 décembre 1989 à Prague)

Seigneur Jésus, Tu es la vérité et l’amour : viens encore à notre monde et donne-nous de venir à Toi ! Amen

Père Stéphane AULARD



 


Au commencement ...

 

12 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

Deuxième dimanche de l’Avent : 4 décembre 2011 (Marc 1,1-8)

1- En ce deuxième dimanche de l’Avent la liturgie nous fait entendre le commencement de l’évangile selon Saint Marc que nous méditerons tout au long de l’année jusqu’à la fête du Christ Roi le 25 novembre 2012... Nous n’en sommes pas encore là et il y aura de l’eau qui aura coulé sous les ponts d’ici là. Surtout l’Evangile aura tracé son chemin en nous..., si nous le voulons bien.

Pour le moment, tandis que cet évangile est proposé à notre écoute, j’aimerais tout d’abord relire ce verset magnifique qui l’inaugure comme le Prologue, certes plus long, en Saint Jean : «  Commencement de l’Evangile de Jésus Christ, le Fils de Dieu. » (Marc 1,1) C’est concis mais ciselé. C’est bref, mais dense. C’est beau, mais c’est surtout profond.

2- De quel commencement s’agit-il ? Des commencements de Jésus annoncé à Marie comme en Saint Luc dans la scène de l’Annonciation ? (cf. luc 1,26-38) Des commencements comme la généalogie de Saint Matthieu ou de Saint Luc ? (cf. Mt 1,1-17 ou Lc 3,23-38) De la naissance de Jésus comme dans ces mêmes évangiles ? (cf. Lc 2,1-20 et Mt 2,1-12) Non, car il s’agit d’un autre commencement, qui me fait penser au commencement de la Bible : «  Au commencement Dieu créa le ciel et la terre... »(cf. Gn 1,1) Ou encore au Prologue de Jean : « Au commencement était la Parole, et la Parole était tournée vers Dieu et la Parole était Dieu... » (cf. Jn 1,1) Nous sommes sur la bonne piste.

Pourtant, Saint Marc ne dit pas : « Au commencement... », mais : « Commencement... » Alors, commencement d’un évangile avec son premier chapitre et son premier verset : c’est un peu trivial, vous ne trouvez pas ! Dans la tradition littéraire française on pourrait même dire qu’il est inutile d’annoncer un commencement : il vaut mieux en venir au fait tout de suite ... Il me semble que l’évangéliste veut nous dire quelque chose comme : voici le commencement de l’histoire de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ venu dans la vie des hommes. C’est l’histoire du Fils de Dieu venu chez les fils et filles d’hommes. Cette histoire avait été annoncée il y a bien longtemps et la promesse des prophètes dont celle d’Isaïe tenant en deux mots est accomplie : «  Il vient. »(cf. Is 40,10)

Oui, Il est venu. Et pourtant il ne cesse de venir. Oui, ce commencement fut chronologique. Il y a bien eu une année zéro. Mais, à chaque fois qu’un être humain se met à l’ écoute profonde de Jésus Christ dans le secret de sa prière, sur sa table de travail avec sa Bible entre les mains, coincé dans un RER qui n’avance pas et pourtant en méditation, en attendant ses enfants ou ses petits-enfants à la sortie de l’école tout en faisant de ce temps un moment de méditation et de rencontre du Seigneur, dans un engagement associatif où je recherche le bien des autres et m’y engage pleinement, le Seigneur Dieu, le Fils de Dieu vient !

3- Dès lors ce temps de l’Avent, ce énième temps de l’Avent pour certains d’entre nous ne consiste pas à nous préparer à la fête de Noël comme on prépare un anniversaire. Vous avez bien raison avec vos enfants et vos petits-enfants de préparer votre crèche au pied d’un sapin si vous le désirez. Mais surtout de vous poser, de vous reposer pour que Dieu vienne à vous. Laissez le Dieu qui vient advenir. Laissez le Dieu qui est qui était et qui vient commencer en vous.

Car, c’est cela la foi chrétienne : non pas Dieu qui vient à notre esprit quand nous pensons un peu à lui à l’occasion quand il reste un peu de temps ou que l’on souhaite avoir recours à ses services. Mais Dieu qui vient habiter la demeure des hommes, celle de Marie et celle de tous ceux qui à sa suite veulent bien l’entendre et le laisser exister en nous au point de nous transformer.

Je reviens sur le passage de la deuxième lettre de Pierre (2 P 3,8-14) qui a de quoi peut-être nous effrayer : pourquoi selon l’apôtre faudrait-il un grand cataclysme avant la venue, le retour du Christ à la fin des temps ? Sans doute parce que dans l’imaginaire des chrétiens et de tous les hommes il faut toujours des scènes apocalyptiques auxquelles vont succéder des scènes d’un grand bonheur apaisé.

J’aimerais plutôt insister sur l’attitude que Saint Pierre nous invite à avoir dans ce contexte : la conversion, c’est-à-dire le retournement du cœur qui s’ouvre à Dieu et aux autres. Et encore : «  tout faire pour que le Christ nous trouve nets et irréprochables... » (cf. 2 P 3,14) On est loin de ceux qui auraient envie de dire : comme tout va mal finir dans un grand brasier et qu’il n’y a rien à espérer, enivrons-nous, noyons-nous dans les paradis artificiels, moquons-nous de tout, dans la dérision générale puisque demain nous mourrons ! Non.

Le monde est en feu aujourd’hui comme hier blessé qu’il est dans son consentement perpétuel au péché et au mal. Mais, invitation nous est lancée à ‘renverser la vapeur’ de ce train infernal : vivons dans la justice de Dieu. Soyons joyeux, recueillons les bonnes nouvelles au cœur de nos fragilités : les merveilles de la vie, les merveilles de Dieu qui est à l’œuvre au cœur de nombreux hommes de bonne volonté, je vous l’assure. Faisons monter déjà avec Marie l’action de grâce : «  Le Seigneur fait des merveilles au cœur des fragilités. » (cf. Lc 1,46)

Frères et sœurs participons à ce recueil des fragilités et des merveilles comme je vous y ai invité dans le numéro de Rosaire Info de décembre. Toutes nos contributions auront leur place dans la crèche (une urne est déposée à cet effet devant la crèche). Le jour de Noël, la prière universelle de notre assemblée sera constituée à partir de ce beau recueil !

Père Stéphane AULARD



 


Vivre le deuil à la lumière du Christ

 

9 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE POUR LE JOUR DES DEFUNTS
(2 NOVEMBRE 2011)

1- Frères et sœurs, au lendemain de la célébration de la Toussaint, nous nous rassemblons et prions pour nos défunts, ceux dont on a célébré au cours des douze derniers mois les obsèques dans cette église ou dans une autre. Nos défunts sont présents à notre esprit, notre mémoire. Certains peut-être parmi nous sont encore dans le moment du deuil consécutif à cette séparation que nous vivons plusieurs fois au cours de notre vie, mais à laquelle nous ne nous pouvons évidemment pas nous habituer.

Cette séparation, cette coupure est en effet une rude épreuve quand on perd son conjoint, lorsqu’un enfant disparaît prématurément, quand un accident violent se produit, quand quelqu’un se suicide... A chaque fois, même quand la personne que nous aimons est très âgée et comme comblée d’années, elle faisait partie de notre quotidien : nous étions bien ensemble et voilà que cette mort nous afflige.

Je viens de vous rapporter à la fois mon expérience. C’est la même que la vôtre. Prêtres, comme vous nous sommes atteints par cette loi de la vie qui conduit à la mort. Me revient à l’esprit cette parole de Montaigne : «  Vivre, c’est apprendre à mourir. » Il y a là comme un propos de sagesse chez un homme qui a vécu au 16ème siècle dans un univers bien différent du nôtre parce que la mort était plus quotidienne du fait de la précarité des soins que l’on pouvait alors dispenser aux malades, du fait d’épidémies mortelles fréquentes, de guerres dont les gens de ma génération n’ont pas idée.

Aujourd’hui, nous nous sommes habitués à repousser la mort hors de notre horizon comme s’il s’agissait d’une faute de parcours. Comme nos cimetières toujours plus éloignés de nos villes transformés en jardins paysagers et quelquefois peu visités.

En cette journée de commémoration des fidèles défunts, nous avons peut-être pris le temps d’aller nous recueillir sur nos tombes familiales. Nous l’avons peut-être fait hier ou le ferons prochainement. Notre mémoire est alors sollicitée et les souvenirs défilent. Les questions que nous portons restent ouvertes.

J’ai choisi de vous faire entendre deux passages du Nouveau Testament que j’aimerais maintenant vous commenter en espérant que cela puisse à la fois vous apaiser et faire grandir votre foi et votre espérance car après tout n’est-ce pas ce que nous venons chercher dans une église ?


2- D’abord un passage de l’Evangile selon Saint Marc (15,33-39 ; 16, 1-6) :

Ce passage d’Evangile rapporte la mort de Jésus et l’annonce de sa résurrection.

Il me semble qu’un pareil texte est spirituellement riche pour nous. En effet, si les affres de la mort peuvent nous tenailler, si les derniers moments ont pu être éprouvants pour nous, les deux paroles prononcées par Jésus et par le centurion sont à tenir ensemble : « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné  ? » et « Vraiment cet homme était le fils de Dieu ».

« Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné  ? »

J’entends souvent, en rencontrant des familles pour préparer la célébration des funérailles, des personnes meurtries, ayant le sentiment d’avoir été abandonnées par Dieu, seules en face d’elles-mêmes pour affronter la mort. Jésus, aussi étonnant que cela puisse paraître a emprunté à un psaume (Psaume 21/22) ce verset : « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (verset 2) Il nous rejoint dans nos peurs, dans nos doutes. Il est avec nous. Cette solitude, ce que nous ressentons comme un abandon parfois, il l’a habitée de sa présence.

C’est pourquoi il nous faut être présent aux souffrants, aux malades, aux personnes âgées, aux mourants. Dans les maisons de retraite, les hôpitaux et cliniques, dans nos immeubles..., soyons présents les uns aux autres afin que ce sentiment rude d’être abandonné puisse se transformer en autre chose : le véritable abandon. «  Mon Dieu, je m’abandonne à Toi. Tu n’es pas loin dans l’humanité de ceux qui m’entourent.  »

J’ai ressenti encore cela il y a quelque temps en allant visiter une personne qui est morte deux jours après : une fille et une amie étaient présentes à ses côtés dans sa chambre. J’ai parlé normalement à celle qui semblait endormie. Je lui ai serré la main. Nous avons dit ensemble avec ses proches les prières familières qu’elle avait dites toute sa vie. Je lui ai imposé les mains pour lui exprimer cette présence du Seigneur à ses côtés et jusqu’en elle. J’ai fait l’onction d’huile des malades sur son front et ses mains. J’ai eu en retour un sourire, des yeux qui se sont entrouverts et un sentiment de paix suivi d’une profonde communion avec celles qui étaient là.

« Vraiment, cet homme était le fils de Dieu. »

C’est le cri du centurion au moment de la mort de Jésus. Cri de foi. Frères et sœurs, nous sommes les enfants de Dieu. Du Dieu amour. Les signes du baptême nous l’ont attesté : « Bien-aimés, nous sommes enfants de Dieu  » dit Saint Jean (1 Jean 3,1).

Que notre foi soit confiance en Dieu notre Père qui ne rejette pas ses enfants puisqu’au contraire Il veut les rassembler. Qu’au moment de la mort des nôtres, nous ayons la simplicité dans un grand mouvement de confiance de remettre à Dieu notre Père l’un de ses enfants. C’est là ce que nous pouvons nous souhaiter les uns les autres.

C’est ce que nous pouvons dire souvent au Seigneur en prononçant par exemple le prénom familier de l’être aimé. Quelque chose comme : « Accueille en ta présence, en ta lumière, ô Père Saint, celui, celle que j’ai aimé (e). Il (elle) est ton fils, ta fille. Tu n’es pas un Père monstrueux. Tu n’abandonnes aucun de tes enfants. Et si le péché, si, la faiblesse ont pu l’atteindre, purifie son âme pour qu’elle puisse s’unir à toi le foyer d’amour, le volcan d’amour dont nous sommes aussi le reflet à nos plus belles heures.  »

Dans l’annonce de la résurrection de Jésus au matin de Pâques, j’aime tout particulièrement ces paroles de l’ange : «  Vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il est ressuscité. Il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait été déposé. » Pensons-y lorsque nous allons visiter les tombes de ceux qui nous précèdent. Lorsque nous allons nous recuillir devant la case qui contient l’urne cinéraire de notre parent ou dans un jardin du souvenir.

Nous avons besoin de ces lieux de mémoire et pourtant, nous pressentons en y allant que cette tombe familiale, ce lieu ne saurait nous dire la fin d’an parcours. Il (elle) est au-delà de cet espace clos. Son âme s’en est allée. Son être est promis à la résurrection à la fin des temps. Cette résurrection générale à la fin des temps scellera, nous l’espérons de toutes nos forces, la communion entre tous les êtres dans l’amour du Dieu vivant.

Prions pour notre parent en attendant. Prions avec lui, pour lui. Parlons-lui peut-être sans oublier de nous adresser aussi à Dieu. Offrons des messes et participons-y puisque chaque messe est un instant où l’amour de Dieu manifesté en Jésus s’offre à nous.


3- J’en viens au passage de Saint Paul aux Romains (14,7-12) :

Je vous l’ai fait entendre pour qu’il sollicite notre foi au Christ. Que le Seigneur soit notre compagnon de route dans tous les instants de notre vie. Quand nous sommes malheureux, endeuillés, souffrants bien sûr, mais aussi dans la joie au moment des naissances, lorsque nous aimons, lorsque nous réalisons des projets, dans notre quotidien fait de rencontres. Soyons familiers de Jésus Christ que nous pouvons rencontrer chaque jour dans les détails de notre vie.

Je citais hier les propos de Sainte Bernadette Soubirous qui a dit : « J’aime tout ce qui est petit. » Je crois de plus en plus que c’est là dans l’intime, le beau, le simple que réside le Seigneur qui dit la qualité d’un être. Allons jusque là pour mieux rencontrer les autres et le Seigneur. La transcendance réside sans doute dans l’ordinaire bien souvent transfiguré quand nous y consentons.

« Tous nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. », dit Saint Paul. N’en ayons pas peur puisque pour une fois il y aura de l’égalité entre tous ! Et puis ce tribunal s’apparente plus à un espace liturgique qu’à un prétoire puisque nous aurons tous la parole pour acclamer Dieu et non pour nous défendre âprement devant un Dieu supposé dur comme nous savons l’être parfois...

Oui, chacun devra rendre compte pour lui-même..., au lieu de juger l’autre. Mais surtout n’oublions pas la parole de Saint Jean de la Croix : «  Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour. » Connaissez-vous beaucoup de juges préoccupés de récolter les élans d’amour, les gestes de charité ? Voilà notre Dieu : Il est amour. Il ne nous veut que préoccupés de cela. Il veut que nos amours rejoignent son amour dans un volcan dont nous n’avons pas idée ! Essayons en ce jour de faire le pas de la foi pour y consentir. Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Homélie pour la fête patronale de Notre-Dame du Rosaire

 

9 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

(29ème DIMANCHE ORDINAIRE (A) : DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011)

Frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la fête patronale de notre église consacrée à Notre-Dame du Rosaire. La fête liturgique est célébrée le 7 octobre. Nous rappelons aussi aujourd’hui la fin des apparitions (le 13 octobre 1917) de la Vierge Marie qui s’est présentée à Fatima en disant aux petits bergers :

« Je suis Notre-Dame du Rosaire »

.

1- La première lecture de ce jour - un passage d’Isaïe (Is 45,1-6) - s’adresse à un roi païen du 6ème siècle avant Jésus Christ estimé des Juifs car il les avait autorisés à revenir après l’Exil à Babylone à Jérusalem. Isaïe dans ce célèbre passage prophétique n’hésite pas à dire que Dieu a choisi Cyrus parmi les rois de l’époque pour qu’il accomplisse une œuvre bonne en autorisant ce retour des exilés. Il va même plus loin en le qualifiant de « messie » (cf. Is 45,1), c’est-à-dire d’instrument choisi pour accomplir la volonté de Dieu.

C’est sur ce texte et bien d’autres dans la Bible que juifs et chrétiens ont réfléchi pour voir dans les hommes politiques justes des « hommes de bonne volonté » et même davantage : des « hommes de Dieu » capables par leur raison, leur droiture morale de servir le peuple de Dieu dont la vocation est de manifester la grandeur du Seigneur puisque Israël est la « lumière des nations » (cf. Is 49,6).

Les chrétiens ont enrichi cette interprétation en confessant que la véritable lumière des nations, c’est le Christ lui-même, source de la lumière et encore l’Eglise elle-même qui, prenant le relais d’Israël, devient porteuse non seulement de la Loi de Dieu, mais aussi de la Bonne Nouvelle, l’Evangile, destinée à éclairer durablement toutes les nations qui sont sous le ciel.


2- Et Marie, me direz-vous, où est sa place dans ce vaste projet de Dieu ? Les fenêtres hautes de notre église (au-dessus des vitraux qui, comme je vous l’ai déjà dit, représentent les mystères joyeux, douloureux et glorieux du Rosaire) reproduisent comme de petites vignettes extraites des litanies de la Vierge la qualifiant de : « tour de David », « miroir de justice », « étoile du matin »...

Il me semble que ces trois invocations extraites des litanies de la Vierge sont très explicites : Marie est celle qui porte haut, comme sur une tour de guet, le Messie, Jésus Christ, qui n’est plus, comme dans l’Ancien Testament, un simple roi. S’il est « fils de David », c’est parce qu’Il est relié à toute la tradition d’Israël qu’Il accomplit, mais aussi Il la dépasse totalement. Marie est cette tour, car elle aussi puise dans cette longue tradition qui est bien la nôtre. Oui, notre foi vient de loin ! Mais, au sommet de la tour, il y a le Christ comme un phare !

Miroir de justice, Marie l’est parce qu’elle reflète la justice de Dieu sur son visage, dans son corps, dans son âme, dans son silence qui est patience, dans son empressement à se mettre au service des autres (notamment dans sa rencontre avec sa cousine Elisabeth : la Visitation) comme son fils le manifestera parfaitement à toutes les pages de l’Evangile. Marie reflète la justice au sens très profond de la Bible à la suite d’Abraham qu’elle chante dans le Magnificat : oui, Dieu se souvient de sa promesse faite à Abraham, le père de ceux qui ont foi en Dieu, qui lui font confiance d’âge en âge (cf. Luc 1,55).


3- Pour poursuivre ma méditation sur la Vierge Marie, reflet superbe de son Fils Jésus Christ, j’aimerais faire un commentaire rapide de ce très beau verset de Saint Paul dans la Première Lettre aux Thessaloniciens (la deuxième lecture de ce jour : 1 Th 1,1-5). Paul est dans l’action de grâce pour la foi de ces jeunes chrétiens de Macédoine. Il n’hésite pas à leur confier qu’ils sont présents à sa prière « à tout instant  ». Il salue leur foi active, leur charité qui se donne de la peine et leur espérance persévérante.

Paul dans une autre célèbre lettre (cf. 1 Co 12-13) dit à une autre jeune communauté que la foi, l’espérance et la charité sont des dons (charismes) offerts par Dieu aux croyants. Parmi ces trois dons, la charité est assurément le meilleur , celui qui demeurera en Dieu assurément, la source de l’amour qui se donne de la peine (cf. 1 Co 13,13).

La Vierge Marie a parfaitement incarné cette foi active, cet amour qui est don d’elle-même sans retour et cette espérance indestructible. Oui, elle est bien l’étoile du matin qui annonce la résurrection après la nuit noire de la Passion. Nous aimons nous confier à Marie, nous voyons en elle un modèle de sainteté mais aussi une mère pleine de tendresse pour son fils et pour les chrétiens.

Notre-Dame du Rosaire s’est manifestée à Fatima. Elle avait donné encore avant de la persévérance au milieu de combats bien politiques lorsque des chrétiens l’invoquèrent au cours de la fameuse bataille navale de Lépante contre les Turcs au 16ème siècle.

Ayons cette simplicité de nous tourner vers elle dans nos combats quotidiens comme nos pères et nos mères l’ont fait avant nous. Ayons la simplicité de repasser l’Evangile devant nos yeux où nous la voyons confiante, aimante, espérant contre toute espérance.

Entrons, nous aussi, dans ces « vertus théologales  » comme disent la théologie et la spiritualité chrétienne. Autrement dit, accueillons ces dons où Dieu est à l’œuvre. Car le Seigneur bien avant que cela ne nous vienne à l’esprit a confiance en nous, nous aime le premier même si nous en doutons, espère en nous, nous attend, nous relance, nous donne un avenir.


Certains diront : il a bien pris soin de ne pas commenter l’Evangile du jour : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Matthieu 22,21) Il est vrai qu’en cette période pré-electorale, j’ai un devoir de réserve comme tout ministre de l’Eglise qui n’a pas à vous désigner le candidat qui lui semble idoine pour être le futur président de la République.

Ceci n’empêche pas les chrétiens que nous sommes tous d’avoir un regard lucide, intéressé et critique (au sens plein de ce mot) sur la situation politique du moment et sur de grands principes auxquels comme catholiques d’aujourd’hui nous entendons bien rester être attentifs : la dignité de l’être humain, le vivre ensemble et le sens du bien commun qui ne saurait devenir la somme des intérêts particuliers comme le signalent nos évêques dans leur message récent : « Elections : un vote pour quelle société ? »

Nous diffuserons prochainement ce texte et organiserons sûrement, le moment venu, un temps de réflexion commune sur les grands enjeux du débat politique dont le Seigneur n’est pas absent, loin de là ! Notre responsabilité à cet égard est forte : ne désertons pas le champ politique pour nous réfugier dans une spiritualité qui ne serait plus incarnée.

Nous sommes sur une ligne de crête qui n’est pas toujours confortable, certes, mais qui nous appelle à la vigilance et à l’engagement loyal, pondéré et confiant. C’est sur ce mot que je termine : la confiance qui exprime en profondeur qui est Marie, ce qu’elle a permis dans le plan de Salut de Dieu à l’égard de notre humanité.Si nous regardons vers elle aujourd’hui, c’est sans doute pour cela : gagner en confiance comme cette humble jeune fille de Nazareth dont le regard est profond et l’engagement total.

Père Stéphane AULARD



 


Tous saints dans le monde

 

9 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DE LA TOUSSAINT 2011

1- Frères et sœurs, en cette fête de la Toussaint, nous mesurons combien l’enjeu de cette fête ne saurait se réduire à un culte de statues en plâtre ou même en matière plus noble. Des frères réunionnais et mauriciens que j’ai bien connus à une époque appellent souvent ces statues des « petits bons dieux », ce qui n’est pas sans poser quelques questions. En effet, si le culte de saints a tout à fait sa place dans la théologie et l’expérience catholiques, nous nous souvenons que la sainteté est le propre de Dieu au point que la Bible n’hésite pas à surnommer Dieu pour ne pas prononcer son nom, « le Saint ». Dieu saint est Dieu transcendant dans l’expérience d’Israël.

Mais, voici qu’en Jésus Christ le Saint a pris visage. Celui qui est né, a souffert la Passion, est ressuscité, le Christ Jésus est le Saint par excellence (cf. Luc 1,35 ; Actes 3,14). La sainteté du Christ fait de la Vierge Marie, sa mère, la « sainte Mère de Dieu » et tous les disciples de Jésus qui l’ont accueilli, confessé, servi de toute leur âme au point de livrer leur vie pour lui sont célébrés depuis les origines de l’Eglise comme « saints ». Les saints des premiers siècles sont tous morts martyrs. Ils nous sont familiers et leur témoignage nous fascine.

Quant à nous, nous espérons mener une vie chrétienne qui puisse à la fois nous conduire à aimer notre prochain, à servir notre temps pour la génération qui est la nôtre sans pour autant aller jusqu’au don du sang. Pourtant, nous ne pouvons oublier notre Maître vilipendé, victime d’un faux procès, abandonné par ses plus proches, crucifié. Nous ne pouvons pas rêver d’une existence chrétienne de tout repos si nous désirons ressembler quelque peu au « Saint » par excellence qu’est le Christ. «  Le disciple n’est pas au-dessus du Maître », nous a-t-il prévenu (Matthieu 10,24).

Alors, de deux choses l’une ou nous rêvons d’une existence chrétienne tellement rentrée dans le rang, faisant nombre avec notre société si prompte à entretenir le patrimoine tout en refusant d’en enseigner l’origine ; ou bien nous avons choisi le Christ et il nous appartient de témoigner à tout moment par nos choix de vie et notre comportement un sens de l’amour, du service de l’autre, du rapport aux biens de ce monde, de l’éthique sexuelle, familiale, sociétale qui ne peuvent que trancher avec les modèles sans cesse mis sous nos yeux.

La sainteté ne nous apparaît plus alors comme une sorte d’état éthéré, mais bien comme un engagement de tous les instants qui puise à la source même qu’est Jésus Christ, son Evangile et le témoignage de ses témoins, nos frères et sœurs les saints incarnant d’âge en âge l’idéal chrétien qu’ils déclinent pour le temps qui est le leur.


2- Les lectures bibliques de ce jour en saint Jean (Apocalypse 7,2-14 et 1 Jean 3,1-3) nous redisent avec force que notre sainteté ne constitue pas d’abord un effort sur nous-mêmes, mais un don qui nous vient du baptême : en effet, dans le baptême est engendré le peuple saint de Dieu, l’Eglise sainte comme dit le Credo. Les germes, les arrhes de l’Esprit Saint, la grâce nous ont été communiqués, inoculés pour ainsi dire. Peuple chrétien, sois donc fier de ton baptême qui t’unit au Saint de Dieu, le Christ.

Chrétien, tu es membre de son corps, tu as revêtu le Christ comme un vêtement de lumière. Tu es devenu « enfant de Dieu » (1 Jean 3,1). La sainteté du Christ veut t’innerver, circuler en toi. Usez des images biologiques qui vous touchent le plus, mais c’est bien cela : par le baptême le Christ vit en nous comme l’a découvert saint Paul (cf. Galates 2,17). Il ne saurait nous lâcher quoi qu’il en soit de nos reculs, de nos faiblesses, de nos infidélités et de notre péché.

Ne désespérons pas pour ne pas offrir au diable, le diviseur, une prise qui nous ruinerait et songeons au parcours de nombreux saints qui se sont convertis soit en recevant le baptême tard comme Saint Augustin au 5ème siècle, soit en ratifiant leur baptême reçu au temps de l’enfance comme Saint François d’Assise au 12ème siècle. Ou plus près de nous le Bienheureux Charles de Foucauld et tant d’autres...Que cette fête de Toussaint ravive en nous la joie de notre baptême et de notre intimité avec le Christ car cette solennité est autant la célébration de tous les saints qu’une invitation pressante : « Soyez tous saints ».

Déjà Moïse avait invité le peuple de Dieu à cette sainteté : « Soyez saints car Je suis saint, Moi, le Seigneur, votre Dieu » (Lévitique 19,2). Mais, voici qu’en Jésus Christ les enfants de Dieu adoptés par Lui au jour de leur baptême peuvent prétendre atteindre aux rives de la sainteté. Souvenons-nous des propos du Bienheureux Jean-Paul II qui n’ont rien d’incongru ou d’irréaliste : « N’ayez pas peur d’être des saints ! »


3- Si la sainteté est d’abord un don issu du baptême dont nous devons être fiers et prendre la mesure, la sainteté est aussi un « exercice » au sens fort de ce mot. La sainteté a bien à voir avec notre vie quotidienne, notre devoir d’état. Le Concile Vatican II dont on célèbrera en 2012 le cinquantième anniversaire de son ouverture a redit que les ministres de l’Eglise ont la charge d’enseigner, de gouverner et de sanctifier l’Eglise. La sanctification passant notamment dans leur ministère par la célébration des sacrements comme autant de dons de la grâce.

Mais, le Concile n’hésite pas à ajouter que le peuple saint dans son entier, non seulement les ministres ordonnés, les consacrés –religieux et religieuses-, mais donc aussi tout le peuple des baptisés est appelé à la sanctification par son état de vie, en particulier les couples chrétiens. En revenant du premier rendez-vous national des familles à Lourdes où près de 3000 personnes sont venues en famille du 28 au 30 octobre (600 personnes de notre diocèse constituaient le groupe diocésain le plus important ; plusieurs familles de notre paroisse faisaient partie de ce groupe), nous avons pu reprendre conscience de la sainteté de l’état du mariage chrétien dont le Concile souligne qu’il est par essence un haut lieu de sanctification des époux : «  Les époux chrétiens, pour accomplir dignement les devoirs de leur état, sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial ; en accomplissant leur mission conjugale et familiale, avec la force de ce sacrement, pénétrés de l’Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d’espérance et de charité, ils parviennent de plus en plus à leur perfection personnelle et à leur sanctification mutuelle ; c’est ainsi qu’ensemble ils contribuent à la glorification de Dieu... Membres vivants de la famille, les enfants concourent, à leur manière, à la sanctification des parents...  » (L’Eglise dans le monde de ce temps – « Gaudium et spes », N° 48, § 2 et 4).

C’est bien dans la réalité et le quotidien de notre vie en ce monde que se joue notre sanctification. Nous n’avons donc pas à haïr ce monde ni d’ailleurs à l’exonérer naïvement de tout péché. Mais, nous avons à l’aimer au nom de l’Incarnation et de la Rédemption du Christ.

Les chrétiens que nous sommes ont à être « l’âme du monde », selon l’expression d’une antique lettre chrétienne (Lettre à Diognète – 2ème siècle). C’est ainsi que non seulement nous nous sanctifions en vivant des sacrements et en nous essayant à vivre de charité à la suite du Christ, mais nous pouvons aussi « sanctifier ce monde », c’est-à-dire le rendre plus conforme au projet créateur de Dieu et poursuivre la mission rédemptrice du Christ par notre engagement, notre témoignage. « (Les laïcs) sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité. » (L’Eglise – « Lumen Gentium » N° 31)

A cet égard, l’Eglise continue d’encourager les chrétiens qui prennent part à la gestion politique du pays dans lequel ils vivent. N’ayons pas peur de cet engagement en politique. L’Eglise encourage aussi tous ceux qui dans leur profession à caractère social ou économique n’hésitent pas à contester des modèles en cours qui n’ont rien d’évangélique car fondés sur le profit pour le profit, la violence ou la haine de l’autre, le non respect de la personne humaine quelle qu’elle soit.

L’Evangile de ce jour (les Béatitudes en Saint Matthieu 5,1-12) ne peut que nous inspirer car je suis certain qu’il nous prend tous de court tout en nous parlant profondément. Oui, frères et sœurs, ouvrons nos cœurs de peur qu’ils soient étriqués et imbus d’eux-mêmes à force d’autosuffisance ou d’autosatisfaction : « Heureux les pauvres de coeur » (Matthieu 5,3)

Face à la violence de notre époque, choisissons la douceur évangélique comme vient de le réaffirmer notre Pape à Assise lors de la rencontre interreligieuse pour la paix dans la cité de Saint François modèle de douceur. Choisissons la pureté et entrons pour nous-mêmes déjà dans une démarche de purification sous la conduite de l’Esprit Saint qui ne saurait nous égarer et nous faire oublier l’Evangile. Soyons enfin artisans de justice chaque jour dans nos relations, notre vie de famille, notre vie professionnelle, nos engagements et même dans le choix de nos loisirs.

Je termine avec deux propos entendus récemment. L’un est attribué à Sainte Bernadette Soubirous : «  J’aime tout ce qui est petit. » Ne voyons pas dans ces quelques mots de la mièvrerie ou un goût morbide de disparaître, mais plutôt un autre regard que celui de notre époque. Réjouissons-nous des petites choses. Cueillons-les, recueillons-les pour en faire la matière de notre action de grâce. Voilà où le Seigneur passe !

Et puis un propos entendu à la radio de la part d’un chrétien irakien qui s’est trouvé il y a un an, la veille de la Toussaint, dans la cathédrale de Bagdad où les terroristes n’ont pas hésité à tirer sur des hommes, femmes et enfants en prière : «  Je leur pardonne..., nous vivions en paix avec nos voisins musulmans ! » Que l’esprit des béatitudes nous inspire alors l’invitation «  Tous saints » fera son chemin. L’Eglise en a besoin. Le monde en a besoin ! Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Le vêtement des noces

 

12 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU 28ème dimanche ordinaire (année A : Mathieu 22, 1-14)

1- Frères et sœurs, nous venons d’entendre le récit sous forme de parabole du festin de noces auquel les premiers invités ne répondent pas, tandis que d’autres invités de dernière minute finissent par venir (les versets 1 à 10).

Dans la deuxième partie de la parabole nous est offert un petit récit (versets 11 à 13) presque inquiétant - alors qu’on avait terminé juste avant sur une note en forme de « happy end ». En effet, tandis que la salle se trouve tout d’un coup remplie d’invités inespérés, l’un d’entre eux, dans un étrange face à face avec le père du marié, va se retrouver en un rien de temps jeté dehors « pieds et poings liés », condamné à pleurer tout seul dans le noir, exclu qu’il se trouve de la noce parce qu’il n’a pas revêtu le « vêtement de noce » ...

A-t-il décidé de venir en « débraillé » au mariage ? N’a-t-il pas d’argent pour aller s’acheter un costume ? On se prend à essayer d’imaginer la vie de ce pauvre homme qui nous est devenu sympathique, tant il est vrai que ce qui lui arrive nous semble injuste. Le roi voulait beaucoup d’invités et à cause d’un peu de négligence, un pauvre homme au milieu d’une foule se trouve débarqué !

Mais, au fait, qui est ce fils du roi qui célèbre ses noces ? Qui est ce roi ? Qui sont les invités successifs ? Qui sont les serviteurs dépêchés pour aller quérir des invités à tout prix ? Qui est cet homme qui ne porte pas le « vêtement de noce » ?

Des auditeurs chrétiens n’ont aucune peine à reconnaître dans ce « fils du roi » le Christ Lui-même dont le livre de l’Apocalypse nous dit qu’Il est venu, comme l’Agneau prêt au sacrifice, célébrer ses noces avec l’humanité (cf. Apocalypse 19,9 : « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! ») L’Église tout entière est concernée par ces noces qui, chaque semaine, sont célébrées au cours de l’Eucharistie.

Dès lors, notre église est bien la salle des noces auxquelles nous sommes tous conviés. Vous avez répondu ce matin à l’invitation du Seigneur en venant ici. Nous verrons tout à l’heure pourquoi il nous faut porter le « vêtement de noce » comme dans l’Apocalypse où l’épouse aussi (c’est-à-dire l’Église) «  a revêtu ses parures » pour ses noces avec l’Agneau (cf. Apocalypse 19,7).


2- Revenons maintenant à la question des invités. Il y a d’abord les premiers invités qui l’étaient depuis toujours. Cela allait de soi. Ils n’avaient même pas besoin d’un « carton d’invitation » tant cela semblait être naturel qu’ils viennent. Ces invités, c’est le peuple d’Israël qui sait qu’il est cher au cœur du roi depuis toujours.

Mais, pourquoi donc ne veulent-ils pas venir ? (verset 3). Ils prétextent qu’ils sont occupés et donc indisponibles. Ils vont plus loin en finissant par tuer les ultimes serviteurs venant les convier en les suppliant à la noce imminente (verset 6). Le récit est dramatique et n’est pas sans évoquer la parabole des vignerons homicides, entendue récemment, qui se finissait sur le meurtre du fils du propriétaire de la vigne venant chercher son fermage (cf. Matthieu 21,39).

Ces récits ne sont pas sinistres ; ils ne font pas partie d’une mauvaise série littéraire. Ils rapportent la manière dont s’écrit l’histoire du Salut, de notre Salut dans le sang et dans les larmes. Qu’il s’agisse des prophètes ou du Christ (le Fils de Dieu par excellence), c’est la même histoire qui se déroule et dont nous parle toute la Bible au fil de l’Ancien et du Nouveau Testament.

L’amour de Dieu pour le monde n’est pas reçu, jusqu’au Christ lui-même dont Saint Jean dit dans le prologue de son Évangile : «  Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli.  » (cf. Jean 1,11). Pourtant Dieu ne se lasse pas puisqu’Il envoie les prophètes, les sages, des rois, le Christ lui-même, car Il veut, tel un père de famille nombreuse, être entouré de tous ses enfants.

La Bible nous dit, page après page, que le Seigneur a choisi un peuple, Israël, pour mettre en oeuvre son dessein de Salut et lui manifester son amour. Malgré les vicissitudes de l’histoire, la mort tragique de bon nombre de prophètes, les infidélités des rois et du peuple désobéissant à sa Loi, Dieu poursuit son projet en envoyant le Christ, le Serviteur par excellence, qui vient faire réussir l’humanité en la servant à table comme l’esclave chargé de laver les pieds des invités (cf. Jean 13,5).

Voilà même, selon l’évangéliste Saint Luc, que le maître à son retour des noces servira ses serviteurs en prenant la tenue de service réservée normalement aux petits chargés des besognes ingrates (cf. Luc 12,37-38) : c’est le monde à l’envers, à moins que Dieu en Jésus ne remette le monde à l’endroit !

3- J’en viens au dernier épisode de la parabole qui met en scène l’homme ayant réussi à pénétrer dans la salle de noce sans avoir revêtu le vêtement de noce : cet épisode nous révolte, inutile de dire le contraire. On a envie de dire : qu’est-ce qui prend à Dieu ? Ne devrait-Il pas être heureux ? Son projet a enfin abouti puisqu’Il a réussi à rassembler ses enfants dispersés aux quatre coins du monde ? Sa pédagogie s’est montrée efficace puisque ce n’est plus simplement Israël, le peuple de la promesse, qui a part à son amour, mais l’humanité entière, la multitude. N’est-ce pas le coeur de notre foi célébrée dans l’Eucharistie ? Le sacrifice du Christ en son sang versé pour la multitude en rémission des péchés est vraiment pour tous les hommes.

Etait-ce vraiment nécessaire que le roi dans la parabole entre dans la salle pour détecter d’un regard acéré celui qui - il semble unique en son genre - n’a pas endossé son « costume de mariage » ? On a envie de dire : ce n’est pas si grave ! Ou encore, on n’a qu’à lui en trouver un de costume ! Mais, frères et soeurs, savez-vous qu’il n’a pas été demandé à ces invités de la dernière heure de venir endimanchés ? On leur a plutôt dit : « Venez comme vous êtes, tout simplement ! ».

La seule condition pour entrer n’est pas d’avoir réservé ou d’être sans reproche puisque dans cette salle il y a des bons et des mauvais (cf. verset 10). La salle n’est donc pas réservée uniquement à ceux qui sont irréprochables d’un point de vue moral. Pensons-y, car ici nous sommes un peuple de pécheurs ! A l’entrée de la salle était remis un vêtement de noce à tous les convives. La seule chose demandée, c’était de s’en revêtir pour pouvoir entrer.

Cet homme-là n’a pas accepté le vêtement qui lui était présenté. Il l’a fait en toute liberté car sa liberté n’est pas un vain mot. Dieu ne nous manipule pas comme des marionnettes. Ceux qui sont venus en franchissant chemins de traverse et carrefours sont venus en toute liberté. Ceux qui sont entrés ont accepté bien simplement et bien librement de revêtir le vêtement de noce. Dieu se propose à nous. Dieu nous invite à le suivre librement. Il ne nous enrôle pas de force. Accepter le vêtement de noce et s’en revêtir revient à exercer notre liberté.

Mais, accepter le vêtement de noce nous place aussi du côté de Dieu. Celui qui dépare dans la salle des festivités est un peu comme un voyeur qui ne s’engage pas, un touriste en simple visite. Entrer dans la salle pour se réjouir avec le Fils implique de notre part la volonté d’être avec Lui au point de vouloir Lui ressembler, car en fin de compte le vêtement de noce, c’est la tenue de service.

Au fait, au jour de notre baptême, n’avons-nous pas revêtu le vêtement blanc qui nous configure au Christ innocent, transfiguré, ressuscité ? Saint Paul, parlant des baptisés, écrit ceci : «  Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ.  » (Galates 3,27). Le vêtement de noce, c’est le Christ lui-même.

Baptisés, nous sommes d’autres Christ à la suite du Christ. Quelle grandeur ! Quelle responsabilité aussi de célébrer les noces du Christ avec l’humanité en nous unissant à Lui puisque nous l’endossons. Nous sommes venus à l’Eucharistie pour cela : réactiver en nous le don qui nous a été fait à notre baptême, porter le Christ.

En quittant cette église tout à l’heure, nous porterons ce Christ qui nous parle et nous nourrit, qui nous revêt de sa personne. Que cela nous rende heureux et émerveillés. Voilà notre foi ! Voilà ce qui nous est demandé de choisir : être du Christ. Il nous dit : « Veux-tu bien de moi ? »

Père Stéphane AULARD



 


Vivre "en paroisse"

 

12 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

Homélie du dimanche de rentrée (4 septembre 2011)




1- Pour un dimanche de rentrée, nous sommes servis et pas seulement pas la météo ! Comme dit notre évêque qui vient d’une région où la pluie est souvent au rendez-vous : «  La pluie n’arrête pas le pèlerin ! »

Plus sérieusement, il y a deux semaines plusieurs de vos prêtres qui accompagnaient les jeunes aux JMJ se trouvaient sur l’aérodrome madrilène de Cuatro vientos non pas pour une kermesse ou une grande parade catholique comme cela a pu être dit, mais pour célébrer Celui sur lequel nous pouvons nous enraciner et nous fonder, le Christ que nous connaissons par la foi. (cf. Colossiens 2,7). Notre eucharistie de ce jour, c’est cela aussi : non pas compter le nombre de divisions dont nous disposons pour partir au front, mais entrer dans l’intimité du Christ tous ensemble pour former son Corps dont Il est la tête en nous laissant alimenter par sa Parole et par son Pain.

Dès lors, comment recevoir les textes bibliques que la liturgie nous offre sinon d’abord avec gratitude ? Pourtant, une association ou un parti quelconque n’auraient sans doute pas choisi pour illustrer leur convention, leur « université d’été » les propos de Saint Matthieu laissant entendre l’existence de divisions au sein de cette communauté... Tout ceci serait gommé, frères et sœurs, pour présenter un visage « politiquement correct » ou bien serait grossi par les adversaires à l’affût du moindre dérapage au point que l’on se dirait : quel désordre chez ces gens-là, je ne risque pas d’adhérer !

2- Le propos de l’évangéliste Matthieu dans son chapitre 18 souvent intitulé le «  Discours ecclésiastique  », c’est-à-dire le discours à l’Eglise, est justement de prendre acte des divisions fondamentales qui existent tant au cœur de l’homme qu’au cœur des communautés humaines, donc de l’Eglise aussi. Ces divisions lorsqu’elles sont consenties ou pire entretenues sont au sens strict « diaboliques ». Le « diable » n’est-il pas le diviseur ? Le péché est toujours une séparation de l’homme croyant avec Dieu et avec ses frères et sœurs.

Jésus avertit donc son Eglise, l’enseigne pour lui dire : « n’agis pas comme le Prince de ce monde t’y incite : n’introduis pas la division entre les personnes, dans les groupes, dans les familles et dans les couples ! »

Je le disais hier encore à un couple dans l ’homélie de son mariage : Dieu nous appelle à la communion et cette communion se réalise au premier chef dans le mariage qui devient ainsi comme une grande prophétie puisqu’au long des jours l’époux et l’épouse sont appelés à relever ce défi de la communion non seulement dans la conjugaison du masculin et du féminin qui leur sont propres, mais dans l’accueil de la différence fondamentale de l’autre qui m’a fasciné et attiré. Cette différence est tellement nécessaire pour ne pas entrer dans la « confusion des genres » insipide ou dans une neutralité qui n’existe pas !

La communion est le projet même de Dieu, car Dieu est communion. Et parce que c’est un défi, Dieu nous a envoyé son Fils pour nous montrer comment nous y prendre tant il est vrai que livrés à nous-mêmes nous sommes quasi incapables, blessés que nous sommes dans notre nature humaine profonde, d’y accéder. Avec Jésus Christ, pourtant tout est devenu possible : l’écoute de son Evangile, le partage de l’Evangile à la maison ou en paroisse comme nous y invite notre évêque sont les moyens à privilégier pour avancer sur ce chemin de communion, je vous prie de le croire.

3- Notre paroisse est riche par la diversité de ses membres et par ses initiatives nombreuses : Parcours Alpha, partage de la Parole pour tous, mise en place des nouveaux modules de catéchèse, groupe de louange et d’adoration, colonie de vacances de Petit Villard, groupes scouts... La liste est réellement longue et pourrait devenir prétentieuse. Mais, notre paroisse n’est-elle pas riche d’abord lorsqu’elle vit à travers ses membres l’entraide fraternelle ? Lorsque le deuil, la maladie, le grand âge, la solitude surviennent, par exemple ? J’en suis témoin et cela est sans doute l’essentiel.

Notre paroisse n’est-elle pas riche à travers ses membres que nous sommes lorsque nous dépassons les petites mesquineries, l’esprit de clocher, la jalousie ? Le Christ dans le passage d’Evangile que nous venons d’entendre nous donne une quasi méthode pour apprendre à nous écouter mutuellement, nous encourager, nous « édifier » comme disaient les anciens.

Nous aimons entendre le fameux verset–qui conclut l’évangile d’aujourd’hui : "Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux." (Matthieu 18,20) Il est vrai que ce verset est stimulant, mais il n’induit aucun automatisme : ce n’est pas parce que des chrétiens sont réunis que le Seigneur est là comme sur commande ! Jésus après avoir incité ses frères à vivre la correction fraternelle, le dialogue et l’écoute mutuels, peut nous dire : Si deux d’entre vous se mettent d’accord et que cela devient la matière de votre prière, vous êtes sur le chemin de la communion dont je suis le principe.

Que nous reste-t-il à faire si ce n’est demander cela pour chacun et tous ensemble dans notre prière : nous le ferons dans quelques instants. Alors, nous célébrerons le Repas du Seigneur, nous Le reconnaîtrons vivant, présent comme Celui qui nous dépasse et aussi comme le compagnon inoubliable de nos jours. Nous voudrions tant le faire découvrir en transparence à ceux que nous fréquentons, avons du mal à aimer parfois, mais aussi aimons de tout cœur.

O Marie, Notre-Dame du Rosaire toujours à l’écoute de ton fils, discrète, contemplative et active, tu es la reine des apôtres. Tu pries au milieu d’eux. Entraîne-nous, apôtres pour ce temps, sur ce chemin de foi.

Bonne rentrée à tous !

Père Stéphane AULARD



 


La sainte Trinité

 

11 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

« L’œuvre de Dieu, c’est de croire en Celui qu’Il a envoyé. » (Jean 6,29)

La fête de la Sainte Trinité et l’anniversaire de mes 25 ans d’ordination presbytérale (le 22 juin 1986 à la cathédrale ND de Créteil) m’obligent à une méditation sérieuse de l’Evangile de ce jour. A dire vrai les trois versets de l’Evangile selon Saint Jean qui vient d’être proclamé ne peuvent que nous combler par leur écriture ciselée et dense : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique... non pas pour juger le monde, mais pour le sauver...  »

Vous m’avez d’ailleurs souvent entendu citer ces deux premiers versets de Jean 3 (Versets 16-17). Je vous ai même dit une fois ou l’autre que nous ferions bien de les connaître par cœur parce qu’ils expriment en somme le mystère intime du Dieu amour tellement chanté par Saint Jean tant dans son évangile que dans ses lettres.

Mais, le troisième verset, comment arriver à l’entendre ? Que peut-on en faire ? Si nous pouvions ne pas trop y revenir, voire l’éliminer en créant notre sélection des versets « chrétiennement corrects » peut-être...«  Celui qui croit échappe au jugement ; celui qui ne veut pas croire est déjà jugé... » (Verset 18).


1- Nous n’aimons pas en effet –officiellement- juger. Nous n’aimons pas a priori ce qui semble exclure et catégoriser : les croyants, les incroyants. D’ailleurs, un prêtre passe son temps aujourd’hui à écouter des personnes en recherche, hésitantes, dont la vie est souvent complexe et pour reprendre l’attitude du fameux Serviteur d’Isaïe (cf. Isaïe 42,3) il s’efforce de ne pas éteindre la mèche qui fume encore dans une approche pastorale ouverte. Il s’efforce de recueillir les pépites de foi qui habitent souvent la vie des personnes : foi en l’autre, foi en soi, foi en Dieu.

Son ministère, son service rendu au nom du Christ dans l’Eglise et dans ce monde tel qu’il est me paraît être de souligner cette foi/confiance aperçue dans la vie de chaque personne, de s’en réjouir et d’unir tout cela comme une belle gerbe apportée à l’eucharistie.

C’est pourquoi, contrairement à ce que l’on entend souvent, nous ne sommes pas des « animateurs sociaux » lorsque nous commençons par écouter le cri, la révolte, les doutes ou les projets, les désirs forts de ceux que nous rencontrons. Nous sommes bien dans le ministère de consolation, d’accompagnement, de miséricorde, d’amour à la manière du Christ en accueillant, en écoutant, en encourageant tous ceux que le Seigneur et la vie mettent sur notre route.

Ce soir, je pense à ces visages, à ces vies, à ces combats qui nous sont rapportés. Mais aussi à ces grands élans de générosité, à cette ouverture de beaucoup à «  l’amour plus grand » qui est don de soi et qui caractérise par excellence le Christ !

Depuis 25 ans –et déjà avant, sinon je ne serais pas entré au Séminaire- je suis témoin de cette course de l’amour plus grand dans le monde à la manière du Christ : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. » (Jn 15,13) J’ai conscience d’être témoin de l’Invisible qui se rend visible dans la vie de beaucoup d’entre vous et j’en rends grâce à Dieu.

2- Souvent l’on m’interroge sur les prémices de ma vocation et j’aime revenir à cet échange de courrier que j’ai eu à l’âge de 15 ans avec le curé de ma paroisse d’origine à Maisons-Alfort (je salue les maisonnais). Je lui avait en effet envoyé une lettre de vacances lui faisant part d’une question : « Est-ce que Dieu aime tous les hommes ? Et ceux qui ne le connaissent pas, seront-ils sauvés ? Ont-ils place dans son cœur ? » Je vous assure que ma question était angoissée comme on peut être angoissé à l’âge adolescent.

Il m’a répondu – j’ai gardé sa lettre- que l’amour de Dieu était entier pour tous les hommes de ce monde, que Dieu a envoyé son Fils unique précisément pour ce salut de tous les hommes, que ceux qui ne connaissent pas son Fils et ne sont pas chrétiens, selon la pensée de Saint Paul, sont invités par leur attitude de vie droite, et leur conscience à mener une vie juste qui plaît à Dieu.

J’étais rassuré et cela m’a conduit à vouloir très profondément participer à l’œuvre d’annonce du Christ qui m’était apparu comme Celui qui peut combler toute vie. Dès lors, j’ai eu le désir d’être prêtre pour annoncer la joie de croire au Dieu de Jésus Christ. Mes rencontres avec des prêtres cultivés et missionnaires m’ont conforté dans cette idée que telle était ma vocation.

Je fais partie –comme beaucoup de ma génération- des prêtres qui ont aimé ce que le Séminaire nous a apporté comme aide au discernement, confrontation avec le monde et la société tels qu’ils sont, expérience communautaire riche. Je rends hommage ce soir encore à mes formateurs au Séminaire des Carmes et à l’Institut catholique de Paris.

3- Et puis, il y a vous qui êtes ici ce soir. Quand je vous regarde et que je repense à ce que je vis avec vous depuis 25 ans dans le diocèse de Créteil, partout où je suis passé comme aumônier de lycée à Villeneuve-le-Roi ou à Créteil, comme curé de paroisse à Bry ou à Saint-Maur, comme intervenant dans le cadre des formations diocésaines, comme aumônier d’Equipe enseignante, accompagnateur maintenant des séminaristes ou conseiller spirituel des associations familiales catholiques, je mesure non seulement le chemin parcouru, mais aussi la palette des ministères confiés par nos évêques successifs dans ce diocèse. Je les remercie de leur confiance.

Et, avec vous, j’ai le désir de faire monter vers le Seigneur un simple et profond merci. Je suis souvent témoin de merveilles dans vos vies, de l’engagement que beaucoup d’entre vous prennent dans la société et dans l’Eglise. Je sais les difficultés que beaucoup traversent quand l’emploi devient précaire, la santé chancelante, la vie de famille quelquefois rude.

Mais, je sais aussi que beaucoup d’entre vous ont la foi/confiance chevillée au corps. Foi qui fait tenir contre vents et marées, foi qui fait entreprendre de grandes ou de petites oeuvres au service des autres, de notre société, du bien de l’Eglise. Merci à vous tous pour vos témoignages et engagements de vie.

J’en viens au troisième verset de l’Evangile de ce jour que je n’ai pas oublié : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé... » Saint Jean a écrit à une communauté déjà vacillante et travaillée par des courants gnostiques et hérétiques qui faisaient que les gens ne savaient plus bien quel Dieu leur était annoncé.

Quand il écrit ses lettres aux communautés, il appelle ses destinataires : « Mes bien aimés  ». Il leur annonce le Dieu amour : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour.  » (Jean 4,7-8) Ce Dieu, ils l’ont embrassé en devenant disciples de Jésus Christ.

Saint Jean les appelle à mettre toute leur foi en Jésus Christ et en Lui seul car Il ne trompe pas, il ne déçoit pas et Il est l’horizon de notre vie pour aujourd’hui et pour demain. Ne nous dit-il pas : « Pourquoi vous jugez-vous incapables en somme de croire en ce Dieu qui vous offre le trésor de son amour ? Pourquoi en revenez-vous à vos vieux démons d’un Dieu qu’il faudrait satisfaire à coups de promesse ou de marchés : « Je te donne cela et tu me donneras cela. »

Entrons dans le monde de la grâce ! Entrons dans le monde de la Sainte Trinité où tout est grâce ! Entrons frères et sœurs dans ce qui est par-dessus le marché : la grâce !

Puisque nous célébrons la Trinité aujourd’hui, célébrons cet amour qui est en Dieu ; accueillons-le sans qu’il soit une source d’accusation : « Notre cœur aurait beau nous accuser Dieu est plus grand que notre cœur... », dit encore Saint Jean (1 Jean 3,20).

Sortons du monde de la condamnation, du jugement et de la dureté pour entrer de grand cœur dans la vie trinitaire de l’amour donné, reçu et partagé. Faisons retentir les deux premiers versets de l’Evangile de ce jour ensemble pendant les 25 prochaines années qui sont devant nous.

Et pour chacun, chacune d’entre nous redisons dans l’intimité de notre cœur, dans notre prière personnelle et lors de nos assemblées : Oui, Seigneur, nous croyons fais grandir en nous la foi !

Père Stéphane AULARD



 


Ordination Diaconale de Didier Vincens : homélie de Mgr Michel Santier

 

8 novembre 2013 2013

« Marcher selon la vérité du Seigneur qui s’est fait le serviteur de tous », dans les pas des disciples d’Emmaüs.

Dimanche 7 Mai 2011
Notre Dame du Rosaire – Saint Maur des fossés
Ordination Diaconale de Didier Vincens
HOMELIE de Monseigneur Michel SANTIER


« Marcher selon la vérité du Seigneur qui s’est fait le serviteur de tous ».

Cette phrase de Saint Polycarpe, reprise par le Concile Vatican II, Didier, est citée en dessous du faire-part de votre ordination, dessinée par Agnès.

MP3Marcher ensemble comme les disciples d’Emmaüs, marcher en couple et en famille avec les enfants et des amis, vous le vivez chaque été sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.

Dans une lettre, Didier me précise ce texte, et me parle d’Agnès,
« ma compagne de route, dont l’amour m’a fait découvrir l’amour de Dieu ».

Lorsque Jésus ressuscité rejoint les disciples d’Emmaüs, il ne commence pas directement par parler longuement ; il les écoute, et leur demande :

« De quoi parliez-vous donc en chemin ? »

Il s’intéresse à eux d’abord, à ce qu’ils vivent. Il met ses pas dans leurs pas, comme il est venu dans l’Incarnation partager notre condition d’homme et nos routes humaines. Celui qui est le Verbe, la Parole faite chair, se met d’abord à l’écoute de ses disciples, il les rejoint sur leur route.

C’est cette même expérience que Didier vit :
« Le Christ m’a rejoint, me rejoint, dans ma vie d’homme, de père, de salarié, de chrétien, de citoyen ».

Les disciples sont encore marqués par les évènements de la Passion et la mort de Jésus. Ils n’en saisissent pas le sens ; ils sont tristes et découragés ; ils retournent chez eux, l’aventure est finie, ils sont incapables d’ouvrir les yeux et de reconnaître celui qui marche à leurs côtés.

Jésus va ouvrir leur cœur à l’intelligence des Ecritures, commençant par la Loi de Moïse et des prophètes ; il leur explique ce qui le concernait.

Cette ouverture à l’intelligence des Ecritures, pour Didier et Agnès, s’est effectuée à travers les formations au Centre Sèvres et les 5 années de formation interdiocésaine au diaconat à Orsay.

« Les quatre années de formation - selon Didier - ont été vécues comme en pèlerinage, avec des étapes, des carrefours, des compagnons de marche, des doutes sur l’itinéraire, des cols à passer, des découvertes, des croix qui jalonnent le chemin, mais aussi des grâces, ou plutôt, une somme de grâces. »

Toute vie chrétienne, tout ministère, est une expérience pascale, une union avec Jésus dans sa mort et sa résurrection.

Mais les disciples ont dû vivre un passage. Ils ont demandé à Jésus de rester avec eux, comme on demande à des amis avec qui on se sent bien, de prolonger la soirée.

En fait, Jésus leur a donné le signe, le sacrement de sa présence permanente avec nous : l’Eucharistie.

Elle est le lieu où vos yeux, comme ceux des disciples, s’ouvrent sur la rencontre vivante avec Jésus Ressuscité. Elle est aussi l’école de la Charité, du service, car dans la fraction du pain, Jésus ne donne pas seulement une part de lui-même, il se donne à nous tout entier, pour que, à notre tour, nous fassions de notre vie un don, pour nos frères.

Si le prêtre préside à l’Eucharistie, le diacre y tient la place de Jésus serviteur, car comme il l’a dit à ses disciples : « je suis au milieu de vous comme celui qui sert ».

Par le don de l’Esprit-Saint, à travers le rite de l’imposition des mains, Didier va être configuré à Jésus serviteur, pour révéler à ceux qui sont découragés, aux plus pauvres, comme à ceux qui portent le poids des responsabilités, et à tout homme, la présence de Jésus Ressuscité, qui marche à leurs côtés sur les routes.

Ayant reconnu Jésus à la fraction du pain, ils n’ont plus besoin de le voir ; Il est là pour toujours avec eux. Ils retournent à Jérusalem et partagent avec les Apôtres, avec la Communauté Eglise, la Bonne Nouvelle, comment ils l’ont reconnu.

Le Ressuscité, lorsqu’il se manifeste au cœur de nos vies, lorsqu’il nous appelle, nous envoie en mission.

L’ordination diaconale est à la fois pour Didier et pour nous, une rencontre, une expérience de Dieu en Jésus Ressuscité et un envoi en mission.

Cette mission de service évangélique de l’humain, Didier, avec son épouse Agnès, la vivra au service des familles.

Lorsque des jeunes me posent la question :
« Croyez-vous pour nous qu’un amour durable soit possible ? »,
nous sommes bien en face d’un des besoins les plus fondamentaux de la société : soutenir et encourager les familles pour qu’elles vivent leur vocation.

La famille demeure la cellule de base de la société dans laquelle les enfants, et les jeunes peuvent se construire, elle est le premier lieu de l’expérience de l’amour de Dieu pour les enfants à travers l’amour de leurs parents, comme l’exprime Didier :
« C’est au sein de la vocation au mariage que l’Eglise est venue m’interpeller à me mettre en route vers le diaconat. Mon rôle restera d’aider Agnès et les enfants à se réaliser et s’épanouir ».

Mais en tant que diacre, avec Agnès, il ne donnera pas seulement un témoignage personnel mais un témoignage d’Eglise.

Au cœur des jeunes, comme de jeunes adultes, nous percevons aujourd’hui, au milieu d’une indifférence religieuse, de grandes attentes spirituelles, des besoins de formations, d’approfondissement de la Parole de Dieu.

Vous serez des aînés dans la foi, envers tous ceux qui cherchent à donner un sens à leur vie, ceux qui sont des recommençants dans l’aventure de la foi.

Vous prendrez des initiatives de première annonce de la foi, de chemin de prière, de relecture de leur vie à la lumière des Evangiles.

C’est volontairement que je parle au pluriel car vous avez un charisme de communion et de joie lorsque vous animez ensemble des rencontres, et cela porte du fruit dans la vie de ceux qui y participent.

L’engagement personnel, le don de l’ordination et la mission qui va recevoir Didier, ne font pas de lui quelqu’un qui monopoliserait le service. Il nous rappellera à tous que Jésus se tient au milieu de nous comme celui qui sert.

Le chemin du service fait partie intégrante de l’expérience humaine et chrétienne, et nous voyons aujourd’hui que ce chemin est source d’épanouissement de bonheur.

Empruntons tous ce même chemin avec Didier et Agnès, et leurs enfants.


+ Michel SANTIER
Evêque de Créteil



Les photos (ou extraits de photo) sont de Claude Billon. Vous pouvez voir toutes les photos sur le répertoire créé pour cette occasion



 


Actes d’amour

 

8 novembre 2013 2013 par Daniel Roblot

HOMELIE DU JEUDI SAINT
21 avril 2011

Ce soir, c’est à un repas que nous sommes invités (ici, dans cette église NDR), à un repas auquel sont conviés partout dans le monde les chrétiens, car tous les chrétiens sont appelés le Jeudi Saint à faire mémoire des actes d’amour qu’évoquent les 3 lectures que nous venons d’entendre, des actes qui témoignent tous les 3 d’un amour infini, qui va bien au-delà de tout ce que l’on peut imaginer :

  • Acte d’amour de Celui, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui veut libérer Israël, le Peuple Elu, de la condition de servitude qui était la sienne en Egypte.
  • Acte d’amour de Celui, le Seigneur Jésus, qui, avant de mourir dans des conditions atroces, prend tout son temps pour un dernier repas avec ses disciples, repas au cours duquel Il se donne en plénitude, en leur offrant son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin.
  • Acte d’amour de Celui que les disciples appellent à juste titre « Maître » et « Seigneur » et qui, pendant ce repas pris avec eux, décide de se mettre une dernière fois à leur service en leur lavant les pieds (un geste que seuls les esclaves étaient tenus de faire pour leurs maîtres).
    Tous ces actes d’amour sont au cœur de notre vie de chrétiens.

Le 1er acte d’amour dont il est question dans la 1ère Lecture d’aujourd’hui (un passage du Livre de l’Exode) est celui du Dieu-Libérateur qui indique à son Peuple comment faire pour éviter le châtiment qui attend ceux qui, en Egypte, ont traité les Hébreux comme des esclaves.

PDFPar l’entremise du Prophète MOISE, Il fait dire à la communauté d’Israël qu’il lui faut se préparer à partir, à quitter l’Egypte, et Il lui donne des instructions précises : il faudra d’abord organiser dans chaque famille un repas dont le plat principal sera un agneau (un mâle sans défaut, précise le Livre de l’Exode, ce qui n’est pas sans évoquer pour nous le Christ) ; et, pour préparer ce repas, on immolera cet agneau au coucher du soleil ( à quelque chose près à l’heure où nous-mêmes, nous sommes invités à partager le repas eucharistique ou à nous y associer) et l’on en recueillera le sang pour l’appliquer sur les portes des maisons où l’on mangera. Ce sera le signe de la présence des membres de la communauté d’Israël qui, ainsi, échapperont au fléau réservé aux Egyptiens en raison de leur comportement ; ce fléau, c’est l’extermination des premiers-nés au pays d’Egypte.

La suite de l’histoire, nous la connaissons tous : c’est la sortie d’Egypte et la traversée de la Mer Rouge sous la conduite de MOISE pour aller en Terre Promise.

Acte d’amour infini que cette libération d’un Peuple avec lequel le Seigneur a conclu, plusieurs siècles auparavant, une Alliance pour se faire connaître à l’humanité toute entière. Cette libération n’est pas due à un quelconque mérite de ce Peuple : elle est due à la volonté de Dieu et à elle seule, un Dieu qui est amour en plénitude.

Et le Psaume que nous avons entendu tout à l’heure exprime le remerciement que ce Peuple adresse à son Dieu qui l’a sauvé, ce Dieu qui est à l’origine de tout bien : « comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? », dit le Psalmiste. Et la réponse à cette question vient aussitôt : « J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur … Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce » ; c’est là la reconnaissance de tout un peuple pour son Dieu.

La dernière recommandation que MOISE a été chargé de transmettre au Peuple d’Israël est de perpétuer « d’âge en âge » ce repas « en mémoire du Seigneur ». C’est, vous le savez, l’origine de la Pâque juive que Jésus, en bon juif qu’il était, a voulu célébrer une dernière fois avant de vivre sa Passion et sa mort, une mort acceptée librement par Lui pour le Salut de tous : acte d’amour suprême, selon ses propres paroles : « il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Dans sa 1ère Lettre aux Corinthiens, l’Apôtre PAUL établit un lien direct entre la Passion du Christ et cet autre acte d’amour que Jésus a accompli en instituant l’Eucharistie au cours de la Cène, ce dernier repas qu’il a partagé avec ses disciples : « La nuit même où Il était livré », précise Saint Paul, « le Seigneur Jésus prit du pain ». Ce pain, ainsi que le vin contenu dans la coupe qu’il leur tend, il les offre à ses disciples ; mais, sous les espèces du pain et du vin, c’est sa vie même qu’il offre : son corps et son sang qu’il donne en nourriture.

L’agneau de la Pâque juive qui a permis la libération du Peuple de Dieu au temps de MOISE, c’est désormais Jésus lui-même qui se donne et qui demande, à son tour, de perpétuer cet acte d’amour : « Faites cela en mémoire de moi » dit Jésus par 2 fois. « Cela », c’est le mystère eucharistique célébré à chaque messe qui témoigne de Sa présence parmi nous, une présence cachée et silencieuse, mais bien réelle, celle du Dieu qui s’est incarné. Avec Jésus, la Pâque prend alors un sens nouveau : la libération dont il s’agit n’est plus seulement celle du Peuple Elu, un peuple minuscule au milieu des nations, mais c’est la libération de toute l’humanité ; ainsi, une Nouvelle Alliance vient prolonger la 1ère Alliance et ouvre la perspective du Salut à tout homme.

Et puis, l’Evangile de ce jour rappelle que ceux qui ont participé au repas d’adieu de Jésus, au cours duquel il institua l’eucharistie et le sacerdoce, ceux-là ont vécu aussi, ce soir-là, un autre geste d’amour qui va surprendre ses disciples et même scandaliser Simon-Pierre : ce geste, c’est celui du lavement des pieds ; le Christ s’agenouille devant ses Apôtres pour leur laver les pieds, même ceux de Judas, alors qu’il savait qu’il allait le trahir. Le Fils de Dieu décide d’accomplir un geste réservé à un esclave.
Ce geste est éminemment symbolique. On peut y voir l’acte de Celui qui peut laver les souillures et apporter la purification au pécheur. C’est en tout cas l’acte du Maître qui se fait serviteur, le plus humble des serviteurs, mettant en pratique la parole qu’il avait dite à ses disciples : « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir ».

Ce geste du lavement des pieds s’accompagne de 2 messages qui, à vrai dire, concernent tous les chrétiens. Le 1er de ces messages vient en réponse à la réaction de Pierre qui, dans un 1er temps, refuse de se faire laver les pieds : Jésus lui fait comprendre qu’il lui faut accepter ce geste d’amour et, par là-même, reconnaître sa petitesse devant Dieu ; cette leçon vaut pour chacun de nous.

Quant au second message, c’est celui qui doit nous guider dans notre vie de chrétiens : ce geste, dit Jésus, « c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». C’est une invitation à se mettre au service des autres, en particulier au service des plus démunis de nos frères.

Au cours d’un seul et même repas, Jésus met en œuvre le commandement d’amour qui est à la base de la foi des chrétiens : amour envers Dieu et amour envers les frères, qui ne sauraient être dissociés ; l’Eucharistie ne va pas sans le service du prochain.

Rendre un culte à Dieu en participant à l’Eucharistie, cette Eucharistie qui nous met en communion avec Lui, ne se conçoit pas sans une communion avec nos frères, puisque chaque baptisé est envoyé pour se mettre à leur service.
Le temps d’adoration eucharistique qui nous sera proposé pour clôturer cette célébration est une occasion de redécouvrir que Dieu nous aime chacun d’une façon unique. Mais ce temps n’est pas seulement un tête-à-tête avec Jésus, c’est un moment à vivre en communion avec nos frères qui, eux aussi, sont aimés de Dieu.

De la même manière, pour nous chrétiens, le service des frères ne va pas sans une relation intime avec Dieu, à travers notamment l’Eucharistie. Le chrétien, nous le savons bien, n’est pas nécessairement meilleur que les autres. Nombreux sont les incroyants qui se dévouent au service des autres, soit dans le cadre d’associations caritatives ou d’ONG, soit à titre personnel.

Mais le chrétien, lui, agit au nom de Dieu ; son action auprès des frères ne relève pas seulement de « l’humanitaire », même si c’est déjà formidable. C’est beaucoup plus que cela, puisque cette action implique aussi Dieu : c’est Lui, Dieu, qui agit à travers son serviteur. A chacun de nous de trouver un équilibre entre communion avec Dieu et service de l’humain.

Cette année, le temps de Carême a paru, aux responsables du secteur pastoral de Saint-Maur, être un moment privilégié pour se tourner vers les autres et le thème retenu comme démarche de Carême a été « la rencontre du frère », l’objectif étant, à travers diverses propositions, de permettre à chacun, selon sa sensibilité et sa situation personnelle, de franchir un pas de plus pour aller vers son frère. Ainsi, plusieurs rencontres ont été organisées à l’intention de ceux qui se sont sentis concernés et qui ont pu se libérer, afin qu’ils puissent découvrir ou redécouvrir les richesses du service de l’humain.

Sans faire un inventaire exhaustif de ce qui a été vécu au cours de ce Carême, il convient de rappeler qu’une méditation autour de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine a été suivie d’échanges fructueux entre les participants, que les 50 ans du CCFD ont été l’occasion de manifestations en faveur de la lutte contre la faim et pour le développement ; de rappeler aussi qu’une soirée a été organisée pour sensibiliser les uns et les autres aux difficultés rencontrées par ceux qui sont en grande souffrance : les bénévoles des conférences de Saint-Vincent de Paul et ceux du Secours Catholique, ceux du SEM et ceux des aumôneries d’hôpitaux ou de maisons de retraites et enfin ceux qui rendent visite aux personnes détenues à la Maison d’arrêt de Fresnes ont témoigné de leur vécu, avec l’espoir (pourquoi pas ?) de susciter des vocations.

Il n’est jamais trop tard pour mettre en œuvre, à la mesure de nos capacités et malgré nos limites, le commandement d’amour, le plus grand de tous : amour de Dieu et amour du prochain.


Daniel Roblot, diacre



 


Christ est vraiment ressuscité !

 

7 septembre 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DE LA FÊTE DE PAQUES
(23-24 AVRIL 2011)

1- Quel bonheur de pouvoir fêter Pâques ici ensemble et en toute liberté non pas une petite messe « casée », si je puis dire entre les rencontres de famille – si utiles et nécessaires soient-elles pour entretenir notre vie familiale précisément ! -, mais parce que Pâques est le sommet de l’année liturgique chez les chrétiens. Pâques est le sommet de la Semaine Sainte, la Grande Semaine comme disent nos frères orientaux, orthodoxes, coptes en particulier souvent menacés dans leur liberté religieuse et avec lesquels notre calendrier liturgique coïncide cette année :

« Christ est vraiment ressuscité ; en vérité Il est ressuscité ! » est le souhait que les fidèles orientaux s’adressent le jour de Pâques reprenant là l’annonce de la résurrection du Seigneur Jésus par l’Ange au petit matin de Pâques :

« Il n’est pas ici, car Il est ressuscité comme Il l’avait dit...allez dire à ses disciples : Il est ressuscité des morts et voici qu’Il vous précède en Galilée... » (Matthieu 26,6-7)

Beaucoup de fidèles catholiques éprouvent le besoin de venir en famille à la messe le soir de Noël on comprend que le mystère de la naissance d’un enfant venant au monde et qui suscite de nombreux espoirs nous touche. Cela est vrai à chaque naissance et peut-être d’une manière encore plus prégnante dans nos contrées où les enfants sont plus rares et plus choyés. Nous pressentons bien que dans la naissance du Christ (son Incarnation comme on dit dans le vocabulaire théologique) quelque chose d’inouï , d’inimaginable, d’impensable soit advenu dans le monde et que l’Apôtre Saint Jean résume de manière puissante :

« Dieu a tellement aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique. » (Jean 3,16)

Vous remarquerez que Saint Jean ne dit pas : « Dieu le Père a tant aimé le monde qu’Il a fait naître dans le monde un Fils unique, son Fils... ». Il dit : « Il a donné... » Ce verbe n’est pas anodin puisqu’il exprime le mystère de la donation, de la « livraison », si je puis dire qui est en Dieu le Père. Nous ne nous imaginons pas à première vue un Dieu qui donne et se donne, mais plutôt un Dieu qui réclame et même assène. Ou alors, nous voulons bien, nous exigeons même un Dieu qui « donne » (C’est le fameux «  do ut des  » des païens : « je donne pour que tu me donnes. ») parce que nous lui ferions des présents auxquels en échange il se devrait de répondre en donnant les récompenses qui nous satisfont sans plus.

Dans la foi chrétienne, rien de tel et surtout pas de marchandage : tout est grâce, c’est-à-dire « tout est gratuit. ». Le don de Dieu en son Fils Jésus Christ est la preuve suprême de son amour destiné à renouveler ce monde en proie au péché et ainsi restauré, profondément renouvelé en la personne de Jésus qui est « Dieu donné ».

Ce que je viens de vous dire est la synthèse théologique –rapide- de que la théologie chrétienne appelle le « Mystère de la Rédemption ».Le « Mystère du Salut ». Ce mystère qui nous sauve définitivement a été accompli par la vie, la Passion, la mort et la résurrection du Christ il y a près de 2000 ans. N’y a-t-il pas quelque chose d’étrange à nous rassembler en foule pour célébrer cet événement du passé si vraiment nous n’y croyons pas comme semblent l’indiquer les nombreux sondages faits auprès de panels représentatifs de Français et même de Français catholiques qui, à ce qu’il semblent ne croient guère à la Résurrection !

2- Que faisons-nous donc ici si nous sommes venus ici pour « rien » comme dirait Saint Paul ? « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi notre foi. », (cf. 1 Corinthiens 15,14). Nous ne sommes pas venus ici pour assister à un spectacle d’archéologie liturgique, à une survivance du passé. Nous ne sommes pas venus soutenir un « monument en péril » !

Je sais que nous participons à la recherche spirituelle qui habite de nombreuses personnes, en particulier les catéchumènes, c’est-à-dire les adultes qui demandent à recevoir le baptême au terme d’un parcours de deux années en moyenne et qui nous livrent dans notre journal paroissial « Rosaire info » des témoignages interpellant nécessairement la foi des « vieux chrétiens » que nous pouvons être à certaines heures de notre vie. Ce qui me frappe dans leurs expressions, c’est que la foi n’est pas pour eux une pure réflexion abstraite, de l’ordre de la conviction tellement intime qu’elle ne peut se partager ni même clairement s’exprimer. Leur témoignage est vivant, « vital » même. Il touche à l’essentiel :

« Je me sens aimée par quelqu’un de plus haut, de plus fort ; je ne me sens plus seule. »

« Avoir la foi représente pour moi ma rencontre avec Jésus Christ. »

« Le catéchuménat m’a permis de donner un sens à ma vie. Ce dont j’avais besoin. Ce cheminement est semblable à une gestation... Je décèle enfin la présence de Jésus Christ dans de nombreuses infimes choses de la vie quotidienne. »

Les trois adultes (Edwige, Nadège et Marcellin) baptisés au cours de la veillée pascale ici dans cette église comme les 105 autres de notre diocèse ou les 3000 autres un peu partout en France non seulement réjouissent notre cœur, mais aussi nous invitent à relever la tête. Non pas pour organiser nécessairement et sur un ton revendicatif la « Catholic pride ».Alors, pourquoi ? Eh bien je vais vous le dire : pour faire nôtre l’attitude de la Résurrection.

Car, le Christ qu’ils ont rencontré n’est pas une belle image esthétique (que cela ne vous empêche pas d’aller voir l’exposition consacrée au Christ de Rembrandt au Musée du Louvre ou le Christ juif crucifié de Chagall au Musée du judaïsme à Paris) ni même un maître de sagesse pour bien conduire notre vie. Le Christ est le Seigneur en personne, donc la vie de notre vie, la profondeur de notre être, Celui qui s’est mis en chemin pour venir à notre rencontre et qui nous prie : ‘Veux-tu bien m’ouvrir la porte de ton cœur, de ton sanctuaire intérieur car J’ai quelque chose à partager avec toi. Tu as beaucoup de prix à mes yeux, Je te connais de toute éternité et ta vie, ton corps et ton âme ont été faits à ma ressemblance. Tu es « unique » comme Je suis unique.’

Entendez cela, frères et sœurs, dans cette église et ensuite accueillez les deux verbes de la résurrection consignés dans le Nouveau Testament car ils sont essentiels pour que vous meniez bien votre vie, pour que vous vous tourniez de manière courageuse, juste et belle vers votre prochain et en même temps ils vous indiquent l’horizon ultime de votre vie : «  Réveillez-vous !  » «  Levez-vous !  »

Notre évêque disait récemment après avoir participé à un rassemblement de jeunes lycéens parmi lesquels se trouvaient de jeunes musulmans du même âge invités : « Nos jeunes ne sont pas habitués à exprimer avec autant de spontanéité leur foi, à la manifester en public ! » Serait-ce que les catholiques auraient tellement bien appris la laïcité à la française qu’ils confondraient la République laïque et une société entièrement laïcisée où l’expression publique – pourtant autorisée – de la foi selon les termes de la Loi n’aurait pas ou plus sa place ? Réveillons-nous ! Prenons part aux débats éthiques et même politiques du moment où la foi chrétienne peut se montrer puissance de résurrection précisément pour combattre la désespérance.

Oui, la foi chrétienne a une dimension « écologique  » lorsqu’elle nous dit que l’univers nous est confié non pour que nous l’exploitions, mais pour que nous le cultivions, le transmettions, le soignions !
Oui la foi chrétienne a une dimension éthique incontournable lorsqu’elle s’inspire de son Maître, le Christ, pour défendre la vie dans tous ses états sans la sélectionner pour être sûre que les apprentis sorciers ne décideront pas demain de qui est digne de vivre, combien de temps et dans quel état, car à ce compte-là, nous avons quelques craintes à avoir tous autant que nous sommes !

Levons-nous car il ne saurait être question de disparaître du paysage même si certains ont décidé que la Croix du Christ ne doit plus en faire partie même lorsqu’ils prétendent représenter le village traditionnel français. Quel ridicule ! La fête de Pâques nous appelle à cette station debout, signe de dignité, signe de notre marche. Tant d’hommes et de femmes de par le monde – en particulier les chrétiens orientaux qui, après une brève apparition, ont de nouveau été oubliés par nos médias décidément bien peu objectifs- sont enchaînés à cause de leur foi et nous montrent malgré tout une dignité et une liberté intérieure qui ne peut que nous inspirer. Soyons unis, non pour faire bloc et dire non systématiquement, mais pour montrer la différence chrétienne joyeuse, compatissante, fidèle, sereine, sincère.

3- Je termine par deux paroles de Jean-Paul II qui sera béatifié dimanche prochain 1er mai et de Benoît XVI :

• Dans sa première lettre encyclique (en 1979), Jean-Paul II présentant Jésus Christ comme « Le Rédempteur de l’homme » écrivait ceci :

« Jésus Christ est la route principale de l’Eglise. Lui-même est notre route vers la « maison du Père », et il est aussi la route pour tout homme. Sur cette route qui conduit du Christ à l’homme, sur cette route où le Christ s’unit à chaque homme, l’Eglise ne peut être arrêtée par personne. Le bien temporel et le bien éternel de l’homme l’exigent... Cet homme est la route de l’Eglise, route qui se déploie, d’une certaine façon, à la base de toutes les routes que l’Eglise doit emprunter, parce que l’homme – tout homme sans aucune exception – a été racheté par le Christ, parce que le Christ est en quelque sorte uni à l’homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n’en est pas conscient : « Le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l’homme » - à tout homme et à tous les hommes – « ... lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation.* »

Tout est dit ici : l’homme est la route que l’Eglise entend emprunter parce que le Christ l’a empruntée avant elle. Le Christ ressuscité, route principale de l’Eglise, lui indiquant le cap à tenir ne saurait nous perdre en ce monde.

• Benoît XVI dans la deuxième partie de son ouvrage intitulé « Jésus de Nazareth  » écrit, à propos de la résurrection du Christ qu’elle n’est ni sa réanimation, ni une apparition fantomatique, ni même une expérience mystique pour ceux qui en sont témoin.

Il tient à dire que :

«  L’annonce apostolique avec son enthousiasme et son audace est impensable sans un contact réel des témoins avec le phénomène totalement nouveau et inattendu qui les atteignait de l’extérieur et consistait dans la manifestation et l’annonce du Christ ressuscité. Seul un événement réel d’une qualité radicalement nouvelle était en mesure de rendre possible l’annonce apostolique, qui ne peut être expliquée par des spéculations ou des expériences intérieures mystiques... C’est bien le propre du mystère de Dieu d’agir de manière humble. C’est seulement petit à petit qu’il construit dans la grande histoire de l’humanité son histoire. Il se fait homme mais d’une telle manière qu’il peut être ignoré de ses contemporains, des forces autorisées de l’histoire. Il souffre et il meurt et, comme Ressuscité, il ne veut atteindre l’humanité qu’à travers la foi des siens auxquels il se manifeste. Continuellement, il frappe humblement aux portes de nos cœurs et, si nous lui ouvrons, lentement il nous rend capables de « voir.  » **

Et si la Résurrection était l’événement le plus réel de l’Histoire qui la traverse de part en part, lui disant réellement ce qu’elle est, son orientation, son horizon ultime... Et si la Résurrection nous était confiée, comme Dieu s’est confié à Marie dans ses prémices pour que nous manifestions chaque jour de notre vie le Vivant à fleur de peau, si je puis dire, à fleur d’âme, à fleur de vie en somme ! Que les baptisés de Pâques et la grâce pascale nous fassent témoin du travail de la Résurrection en nous et sur cette terre. Amen.

Père Stéphane AULARD

* Lettre encyclique « Redemptor hominis » (Le Rédempteur de l’homme), Paris, Editions du Centurion, 1979, pp. 52.54-55.

** Joseph RATZINGER – BENOÎT XVI « Jésus de Nazareth (De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection) 2ème partie », Paris, Editions du Rocher, 2011, pp 310-311.



 


Homélie pour l’office du VENDREDI SAINT (22 avril 2011)

 

13 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

1- Frères et sœurs, nous voici réunis pour vivre ensemble un « office » : celui de la Passion et de la Croix du Christ. Office tout à fait original puisqu’il ne comporte pas l’eucharistie. En effet, ce que nous avons célébré et commémoré au sens fort et plein de ce mot hier soir : la Cène du Seigneur comme anticipation et explicitation du Sacrifice du Christ sur la Croix – « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne. » (1 Corinthiens 11,26) - s’est accompli le Vendredi Saint : ce dont nous faisons la mémoire liturgique ce soir.

Il me semble que ce terme « office » est à prendre au sens fort de ce mot : il s’agit bien d’une fonction, d’une œuvre, bref d’un travail. Non pas tant d’ailleurs parce que nous accomplissons au cours de cette célébration un certain nombre d’actions liturgiques –la lecture de la Passion selon Saint Jean, la proclamation de la grande prière universelle, la vénération de la Croix et la communion au Corps du Christ – mais d’abord et très fondamentalement parce que toutes ces actions peuvent et doivent travailler en nous. En chacun de nous et en nous tous.

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L’enjeu d’une pareille célébration ne serait-il pas la « communion fraternelle » non pas pour nous « sentir bien » ou « mieux » ou même réconfortés (il est vrai que nous sommes relativement nombreux ici et cela fait chaud au cœur !), mais parce que nous annonçons ici en en faisant l’expérience comme une promesse la communion fraternelle, la « philadelphie  » (c’est-à-dire littéralement l’amour fraternel) qui n’est pas une utopie. Les chrétiens autour du Crucifié, autour de Jésus Christ livré, offert, se rassemblent pour tout apprendre de Lui et se mettre à l’école de l’agapè, (c’est-à-dire de la charité qui est don total de soi par amour des autres).

La « liturgie » comme « action du peuple de Dieu », mais aussi « office divin  » est vraiment essentielle pour nous plonger ensemble dans l’œuvre de Dieu réalisée une fois pour toutes par Jésus Christ. La liturgie sans cesse actualise, rend présente cette oeuvre de Dieu au fil des générations chrétiennes et partout dans le monde. Vivons donc la « communion des saints » ici ce soir. Vivons-la chaleureusement, fraternellement, mais aussi comme une responsabilité éthique, un engagement de l’Eglise dont chacun pour sa part est membre.

2- Vous allez me dire peut-être, mais comment après Auschwitz comme anéantissement du peuple porteur de la promesse, des prophéties, des chants du serviteur de Dieu (Isaïe 52-53 : notre première lecture) est-il possible d’accueillir l’œuvre de ce Dieu donné qui s’est montré pourtant si silencieux et si inactif dans ces années noires de la dernière guerre mondiale ? Comment est-il possible de célébrer ce Dieu amour si bien présenté par Saint Jean dans son évangile et sa première épître après ces massacres et ces guerres incessantes dans lesquelles des chrétiens sont impliqués comme si l’Evangile n’avait précisément pas fait son travail en eux et en profondeur ?

Le « mystère de l’iniquité » (cf. 2 Thessaloniciens 2,7) sous toutes ses formes qu’il s’agisse de guerres, d’idéologies autant athées qu’inhumaines, d’infamies, du mal commis sur des victimes innocentes et parfois très jeunes, semble d’âge en âge à l‘œuvre et cela nous interroge forcément. Face à cela, la juste attitude n’est-elle pas d’abord d’observer le silence, par respect bien sûr pour les victimes.

Mais il s’agit de bien davantage que d’une « minute de silence » car il s’agit ici du silence du Christ après avoir parlé en vérité. Comme Job avant Lui, Il peut dire : –«  Qui donc vous apprendra le silence, la seule sagesse qui vous convienne ? » (Job 13,5)-. La Parole sait se faire silence pour véritablement parler.

Notre célébration de ce soir n’a-t-elle pas commencé par un silence plein et n’a-t-elle pas été suivie de la grande prostration des célébrants  ? Ce geste ne nous presse-t-il pas de nous rappeler l’abaissement du Christ épousant totalement notre terre ainsi que notre propre condition : nous sommes des « terriens » et c’est peut-être notre passion pour cette terre qui nous rend « capables de Dieu ».

3- N’est-ce pas l’écoute de la Passion du Christ et dans quelques instants notre prière, notre cri, notre supplication qui vont monter vers Dieu qui, seuls, peuvent nous conformer au Christ  ? Nous n’inventons pas le récit de la Passion, nous le recevons comme un bien précieux transmis de génération en génération pour que nous n’oubliions pas le véritable visage révélé de Dieu et le véritable visage de l’homme –«  Ecce homo » (« Voici l’homme ! »)- que le Christ concentre en Lui à jamais.

C’est en allant à Lui en vérité, en nous dépouillant de nos idées préconçues sur Dieu et sur l’homme, c’est en nous rendant à Lui, en arrêtant de tergiverser, c’est en portant notre regard sur Lui pour rencontrer le Sien que nous sommes libérés. Beaucoup d’entre nous en ont déjà fait l’expérience en des moments clef de leur vie.

Vous comprenez pourquoi avec le Christ notre frère qui sait nous enseigner avec douceur les choses de son Père, nous pouvons devenir des êtres de prière. Vous comprenez pourquoi la prière nous engage et pourquoi aussi elle nous désigne l’horizon ultime de l’histoire humaine qui sera récapitulée en Dieu. Voilà pourquoi notre prière de ce soir est, certes, lourde, mais fondamentale car les chrétiens sont toujours engagés quand ils oeuvrent au bien de leurs frères et quand ils prient en assemblée ou seuls face à Dieu pour leurs frères. La prière universelle du Vendredi Saint nous rappelle cela.

Enfin, la vénération de la Croix, ne nous y trompons pas, frères et sœurs, ne saurait être adoration d’un instrument de supplice – ce serait odieux- ! Elle est un acte liturgique fait en corps, en assemblée pour nous unir à Celui qui fut cloué sur la Croix en se livrant. Toucher la croix n’a rien de répugnant, bien au contraire. Toucher la croix ne saurait être un geste anodin. Toucher la croix nous engage une fois encore à servir comme le Christ. Toucher la Croix nous engage à regarder le Christ dans tous ses états chaque jour chez les vieillards ou les grands malades comme chez les petits ou ceux dont la vie pourrait ne pas venir au jour parce qu’ils n’obéissent pas aux critères d’une société dite évoluée. Toucher la croix, bien sûr, nous oblige à ne pas détourner notre regard et notre main secourable du frère affligé, pauvre, étranger, persécuté.

Alors, oui, touchons la Croix pour nous laisser toucher par notre prochain et peut-être comme de grands saints qui nous précèdent l’ont fait avant nous ou simplement des soignants dans nos hôpitaux, n’oublions pas le «  baiser au lépreux  » ! Dès lors, oui, communions à ce Christ, l’homme des douleurs en ce Vendredi Saint, mais aussi paradoxalement le Transfiguré comme peuvent l’être de grands malades dans un ultime effort sur eux venant de leur humanité sans fard et de leur condition de fils de Dieu.

J’ai été témoin de cela ces derniers mois et non seulement la Passion du Seigneur m’est apparue comme continuée («  J’achève dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ », dit Saint Paul en Colossiens 1,24), mais dans le même mouvement comme transfigurée, métamorphosée, tant il est vrai que nous touchons parfois aux rives de la Résurrection jusques et y compris dans ce qui paraît effrayant mais si plein de dignité et de sublime !

Que notre communion eucharistique ce soir nous désigne cet horizon ultime : nous ne sommes pas venus à l’enterrement du Christ, mais à la célébration de sa Passion : elle est amour fou « sublime folie », patience. Ses souffrances, sa peine sont comme les douleurs de l’enfantement d’un monde nouveau déjà advenu !(cf. Romains 8,22).Unissons-nous de toutes nos forces au Christ en allant jusque là. Ne le sentez-vous pas ? Notre foi est sollicitée. Nous touchons ici à l’essentiel.

Je termine avec deux paroles : l’une de Saint Paul qui nous apostrophe en somme. J’aime cette parole qui nous dit la force de la foi des chrétiens. Elle peut paraître aux yeux de beaucoup comme une folie alors qu’il s’agit du fondement de notre espérance nous permettant tout à la fois d’avancer et de témoigner, d’agir et de combattre à sa suite toute forme de mal :
« Le Christ a effacé au détriment des commandements, l’accusation qui se retournait contre nous ; il l’a fait disparaître, il l’a clouée à la croix, il a dépouillé les Principautés et les Puissances, il les a données en spectacle à la face du monde, en les traînant dans son cortège triomphal.. » (Colossiens 2,14-15).

La grande Sainte Thérèse d’Avila exprime cela avec une image : «  Il vaut mieux porter sa croix que de la traîner. » C’est ce que le Christ a fait. Il a même retourné le supplice en victoire puisqu’Il a éradiqué le mal une fois pour toutes. Nous nous engageons contre vents et marées par notre baptême à être dans son cortège donc avec Lui dans son combat contre le Mal !

Autre parole, celle d’une jeune juive, Etty Hillesum, chercheuse de Dieu, qui écrit de manière très émouvante dans un journal retrouvé après l’horreur d’Auschwitz « ...Une chose devient de plus en plus claire à mes yeux : à savoir, que Vous ne pouvez nous aider, que nous devons Vous aider à nous aider. Hélas, il ne semble guère que Vous puissiez agir Vous-même sur les circonstances qui nous entourent, sur nos vies. Je ne Vous tiens pas non plus pour responsable. Vous ne pouvez nous aider, mais nous, nous devons Vous aider, nous devons défendre Votre lieu d’habitation en nous jusqu’à la fin.  »

Et si le Crucifié, le Transpercé, Jésus Christ ne cessait pas, en effet, de se confier à nous, nous qui désirons être en communion avec Lui, pour que nous l’aidions à poursuivre son oeuvre de Rédemption, son « bon combat » (cf. 2 Timothée 4,7). Alors, oui, nous prouverons qu’Il n’a pas cessé d’habiter ce monde en ne le désertant pas nous mêmes jusqu’à la rencontre ultime qu’Il promet au bon larron : « Avec moi, tu seras dans le Paradis. » (cf. Luc 23,43)

Père Stéphane AULARD




 


Les rameaux dans nos mains

 

11 mai 2012 2012

HOMELIE POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION
(DIMANCHE 17 AVRIL 2011)

1- Comment célébrer cette année, frères et sœurs, ce dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur sans avoir en tête les nombreux conflits qui agitent notre monde, en particulier en Côte d’Ivoire ?
Comment ne pas être touché par ces mouvements de libération de peuples qui aspirent à davantage de liberté d’expression, davantage de moyens pour vivre et faire vivre leurs familles ?
Comment ne pas avoir présent à l’esprit la catastrophe vécue par le Japon ?
Le « Pays du soleil levant », une des toutes premières puissances mondiales, ne vient-il pas d’être terrassé par les puissances de la nature toujours à l’oeuvre ?
Une telle catastrophe ne peut que rappeler à tous nos pays riches qui risqueraient de l’oublier, à force de vouloir tout maîtriser, que l’homme est placé par Dieu comme bon gardien et jardinier de la création dont il fait partie. Dieu nous invite à sauvegarder sa Création en en prenant soin et non en la dévorant.

C’est dans ce contexte que nous venons d’acclamer le Christ avec les rameaux que nous avons élevés en écho de ce que la petite délégation de disciples et d’habitants de Jérusalem firent lorsque le Seigneur entra dans Jérusalem au seuil de la semaine pascale juive il y a un peu plus de 2000 ans.



2- Je suis toujours heureux de vous accueillir nombreux ici pour cette célébration qui ne s’arrête pas à l’évocation joyeuse de l’entrée du Seigneur dans la Ville sainte au son des « hosannah », mot quasi intraduisible évoquant tout à la fois la supplication et l’acclamation. J’aimerais que tout à l’heure lorsque nous reprendrons comme on le fait dans la liturgie eucharistique depuis toujours ces paroles, nous brandissions à nouveau nos rameaux. Souvenez-vous alors que c’est le Christ vivant et non pas un spectacle folklorique rappelant des heures glorieuses que nous acclamons à chaque messe !

En effet, et c’est peut-être là le lien entre la fête des rameaux et la célébration de la passion au cours d’une même messe, Celui que nous acclamons, Jésus Christ, Celui qui nous inspire, Celui que nous aimons –pouvez-vous dire cela : Je t’aime Jésus Christ ? – c’est Celui qui a tout donné : sa vie, son énergie, ses forces, son amour, jusque sa divinité, à ceux qui l’ont approché.

Sa Passion est certes le moment ultime de sa vie qui commence selon les évangiles avec le récit de la Cène où il institua l’eucharistie, c’est-à-dire la messe. Vous comprenez dès lors pourquoi nous sommes attachés à la messe et pourquoi nous disons : venez écouter le Seigneur, célébrer son Repas et communier à sa vie en recevant son Corps crucifié et ressuscité, son corps sacramentel pour apprendre à ne faire qu’un en Lui.

Mais, la Passion du Seigneur est de toujours pour les hommes. Contrairement à ce que certains imaginent : Dieu n’a pas délaissé l’homme comme une sorte de conséquence et de punition de l’homme en réponse au péché originel. Bien au contraire, Dieu qui aime sa créature au sommet de la Création, l’homme, est venu à lui de bien des manières tout au long de l’histoire sainte consignée dans la Bible. Il le cherche.

Donc, Il vous cherche chacune et chacun d’entre vous, moi compris ! Et Il a fini par venir à sa rencontre de la manière la plus décisive et ultime qui soit : en se faisant homme, par son Fils Jésus Christ. Montrant ainsi combien Il est passionné par l’homme parce qu’Il l’aime. Il l’aime libre comme des parents aiment leurs enfants libres même lorsqu’ils commettent des erreurs voire pire. Il arrive que des parents n’en pouvant plus finissent par se détourner de leurs enfants. Parfois c’est le contraire.

Dieu, Lui, n’est pas ainsi puisqu’Il s’est approché de nous définitivement, passionnément ! Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui et au cours de cette Grande Semaine, comme disent les Chrétiens d’Orient pour lesquels nous avons une tendresse toute particulière plus que jamais en ces temps d’épreuve pour eux. Ensemble, d’ailleurs nous fêterons Pâques, malgré nos divergences de calendrier, dimanche prochain 24 avril.

Je pense que nous serons évidemment tous à ce rendez-vous ici à la même heure dimanche prochain pour vivre la communion fraternelle de la grande famille des chrétiens !

3- Ce qui me frappe dans le récit de la Passion et qui ne vous a certainement pas échappé, c’est la référence sans cesse de Jésus et de l’évangéliste Matthieu aux Ecritures, c’est-à-dire à l’Ancien Testament qui est cité et qui se voit accompli en Jésus. Les Ecritures –autrement dit la Bible- sont accomplies non pas d’abord parce que telle ou telle prophétie était énoncée, annoncée et qu’elle est comme réalisée au mot près par Jésus automatiquement.

Mais d’abord, parce que l’amour de Dieu qui préside à la Création de l’homme et de l’univers s’accomplit parfaitement lorsque Dieu vient à notre rencontre oubliant nos violences, nos méchancetés, notre péché pour nous remettre à l’endroit. En réponse à l’amour qui se donne en Jésus il n’y a apparemment durant la Passion que veulerie et mensonge, violence et ignominie. Cala va du baiser de Judas au reniement de Pierre en passant par les moqueries des soldats et Pilate qui s’en lave les mains. Des attitudes passées dans nos proverbes et qui en disent long sur la bassesse humaine dont nous sommes malheureusement tous capables.

Alors que faire ? La partie est-elle perdue ? Rien n’a-t-il donc changé depuis la passion et la mort du Christ en croix ? La pierre a-t-elle été définitivement scellée au-dessus d’un corps bafoué et mort ? Non, frères et sœurs, et c’est cela que l’Eglise nous invite à accueillir durant cette Semaine Sainte.

Le Christ n’est pas mort pour rien. Il a fait de sa vie une offrande parfaite, un don de Lui-même inouï. Et sa résurrection le célèbre, l’annonce.

Il nous appartient d’aller jusque là dans notre écoute de la Parole de Dieu pour entendre une autre musique que celle qui nous inonde chaque jour et risquerait de nous faire désespérer. L’amour est en marche. L’amour de Dieu s’est répandu en ce monde. Il nous est confié et nous devons en porter les fruits qui poursuivent cette œuvre. Notre génération, comme celles qui nous ont précédés a cette belle mission rappelée dans la prière de bénédiction des rameaux que j’ai dite au début de notre messe :

« Nous tenons à la main ces rameaux pour acclamer le triomphe du Christ ; pour que nous portions en Lui des fruits qui te rendent gloire, donne-nous de vivre comme Lui en faisant le bien. »

Bonne Semaine Sainte et rendez-vous dès jeudi soir pour célébrer ensemble la Cène du Seigneur.

Amen.

Père Stéphane AULARD



 


La transfiguration

 

11 mai 2012 2012

Nous sommes en Carême et la liturgie de ce Dimanche nous propose ce beau récit de la Transfiguration : Dieu se révèle et donne aux disciples de voir Jésus transfiguré !

Quelle chance pour Pierre, Jacques et Jean ! Quel évènement extraordinaire !
Et nous, avons-nous cette chance ? Dieu se révèle-t-il à nous en notre temps ?

Je vous propose une réflexion en deux temps

  • pourquoi Dieu se révèle aux disciples lors de la Transfiguration
  • puis, comment Dieu se donne à nous, aujourd’hui.

1 - Pourquoi Dieu se révèle aux disciples lors de la Transfiguration ?

Les disciples ont tout quitté pour suivre Jésus et ils ont déjà vécu beaucoup de choses avec lui : ils n’ont peut-être pas tout compris mais ils sont restés à ses cotés car ils lui font confiance, ils ont compris que le message d’amour de Jésus venait de Dieu.

Mais ils vont avoir à vivre, aux cotés de Jésus, la montée à Jérusalem, et la Passion puis ils auront à recevoir, dans la foi, le mystère de la résurrection.

Et par cette manifestation extraordinaire de Dieu lors de la Transfiguration,
Dieu leur parle et leur dit : « Jésus, celui qui vous a appelé pour marcher à sa suite, est bien le Messie, le Fils de Dieu que vous attendiez ».

Ainsi ils sont par avance fortifiés pour vivre les épreuves de la Passion et de la mort du Christ, pour comprendre que le fait que Jésus accomplisse le message d’Amour du Père , jusque dans la mort, n’est pas un échec ( rappelez-vous le désespoir des disciples d’Emmaüs) mais un chemin de pardon, un chemin de résurrection.

Je vous invite donc à retenir deux points de ce récit de la Transfiguration vécue par les disciples :

  • Dieu se révèle, Dieu se donne à ceux qui lui ont donné leur confiance
  • et, Il se donne pour fortifier ses disciples dans la Foi.

2 - Et pour nous, frères et sœurs ?

Nous qui sommes en Carême, ce chemin de purification, parfois difficile, qui nous mène vers Pâques. Nous est-il donné, comme à Pierre, Jacques et Jean, de rencontrer le Seigneur ? Comment peut-Il se révéler à nous, aujourd’hui ?

Bien sûr, nous n’aurons sans doute pas la chance de vivre, comme les disciples, la Transfiguration de Jésus, alors comment rencontrer le Seigneur , aujourd’hui, dans l’ordinaire de nos vies ?

Comme pour les disciples, il y a un préalable, si je puis dire : Il demande notre confiance, notre adhésion dans la Foi….Et alors, il se révèle à nous :

Dieu se révèle à nous, aujourd’hui, par sa Parole

Certains d’entre vous ont sûrement vécu cette expérience d’être saisi, presque au sens physique du terme, par une parole de l’Evangile.

Vous avez peut-être en tête l’une ou l’autre de ces paroles…

Pour moi, c’est sans doute le texte des disciples d’Emmaüs, dans Luc, chap 24 :
« Alors leurs yeux s’ouvrirent …mais il disparut à leurs regards ».

Cette parole de l’Evangile, qui exprime une présence insaisissable mais bien sensible, m’aide à percevoir quelque chose du mystère de la résurrection et de la présence du Ressuscité au milieu de nous ….résurrection de Jésus…résurrection des êtres chers qui nous ont quittés et mystère de leur présence à nos côtés.

Cette Parole fût et est toujours pour moi une Parole où Dieu se révèle à moi .

Dieu se révèle à nous, aujourd’hui, par les sacrements

Vous le savez, les sacrements sont un signe, efficace, par lequel l’Eglise nous donne de rencontrer le Christ

En avons-nous conscience lorsque nous recevons un sacrement ? Nos visages en sont-ils transfigurés ?

Permettez-moi de vous faire part de cette expérience que j’ai vécue l’an dernier, à la Communauté de l’Arche de Jean Vannier :
j’y étais en session et lors d’une célébration eucharistique, je me suis trouvé à donner la communion à des personnes lourdement handicapées, accompagnées de leur assistant. Et j’ai eu le bonheur de voir leurs visages non pas souriants, mais rayonnants, transfigurés par le bonheur qu’ils avaient à recevoir le Corps du Christ.

Dieu se révèle à nous, aujourd’hui, à travers nos frères

Bien sûr, tout homme est appelé à avoir un comportement humain et à aller à la rencontre de ses frères en humanité.

Mais pour nous Chrétiens, ce frère est un frère en Jésus-Christ, membre du Corps du Christ, visage du Christ : nous le disons ….le croyons-nous vraiment ?…nous mettons-nous vraiment dans cette attitude de rencontre d’un visage du Christ lors de nos rencontres ?

Ecoutons le témoignage de Madeleine Delbrel, dans un de ses récits :" Nous autres, gens des rues".

«  Parler ou se taire, raccommoder ou faire une conférence, soigner un malade ou taper à la machine.
Tout cela n’est que l’écorce de la réalité splendide, la rencontre de l’âme avec Dieu à chaque minute renouvelée, à chaque minute accrue en grâce, toujours plus belle pour son Dieu.
On sonne ? Vite, allons ouvrir ; c’est Dieu qui vient nous aimer.
Un renseignement ?...le voici…c’est Dieu qui vient nous aimer.
C’est l’heure de se mettre à table ? Allons-y : c’est Dieu qui vient nous aimer.
Laissons-le faire. »

Si Dieu se donne à nous aujourd’hui, par sa parole, par les sacrements,dans la rencontre du frère, saurons-nous, en ce temps de Carême, de marche vers Pâques, nous rendre disponibles, pour aller à sa rencontre et en recevoir ainsi une révélation qui va fortifier notre Foi ?

Pour cette deuxième semaine qui démarre, prendre le temps de la rencontre du frère, en repensant à l’attitude de Madeleine Delbrel dans l’ordinaire de chacune de nos rencontres.

Dans la suite de la démarche de Carême proposée pour le secteur de St Maur, nous vous proposons cette semaine, le mercredi 23 mars à 20h30 à la Maison Paroissiale de Saint François de Sales, une soirée « Forum de la rencontre du frère » .

Des chrétiens engagés dans des mouvements ou services allant à la rencontre de nos frères malades, prisonniers, seuls, démunis ici chez nous ou dans les pays du Sud, témoigneront de leurs expériences et comment ces rencontres sont un lieu privilégié pour nourrir et enrichir leur foi .


Diacre Gérard Vauléon



 


Homélie du Mercredi des cendres (9 mars 2011)

 

7 septembre 2014 2014

1- Ce soir avec cette liturgie pénitentielle et solennelle notre « famille paroissiale » entre unanime en carême. Riche de ses sensibilités, joyeuse dans son expression de foi, sérieuse dans sa volonté de s’exposer à la grâce de Dieu pour être purifiée de ses péchés et ainsi progresser dans la foi, elle se met à l’écoute de son Seigneur.

Cette liturgie nocturne n’est pas « une messe de plus » ! Comme celles de Noël ou du Triduum pascal qui sont aussi très denses, la célébration de ce soir nous inscrit d’abord dans une histoire, mieux dans une lignée, un peuple : celui des fils et filles du Dieu vivant qui ne se satisfont pas de ce que nous propose notre société : l’immédiateté plutôt que le mûrissement, le profit rapide plutôt que l’effort patient, la consommation plutôt que la créativité.

Il n’est vraiment pas facile d’être chrétien dans notre société plus prête à restaurer les chefs d’œuvre du patrimoine en péril plutôt qu’à honorer l’être humain en l’accompagnant, en l’éduquant, en le soignant, en l’élevant. Alors, ce soir, avec le prophète Joël qui interpellait plusieurs siècles avant Jésus Christ son peuple oublieux de Dieu, de sa loi et de ses promesses,nous sommes invités à vivre une liturgie pénitentielle.

Qu’est-ce qu’une liturgie pénitentielle, me direz-vous ? C’est une célébration où l’on accepte d’abord de se mettre à l’écoute du Dieu vivant. Il nous a parlé par les prophètes animés de l’Esprit Saint puis par Jésus, le Fils unique du Père venu nous rejoindre dans notre condition humaine et enfin par les saints apôtres témoins de sa résurrection qui sont allés porter partout dans le monde la joyeuse nouvelle. Nos vies peuvent être remplies de Dieu si nous nous convertissons à Lui de grand cœur : autrement dit en changeant de cap, en nous renouvelant, en nous confiant à Lui.

2- Vous comprenez maintenant les paroles du prophète Joël : «  Revenez à moi de tout votre cœur... Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu car Il est tendre et miséricordieux... Prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens réunissez petits enfants et nourrissons... Entre le portail et l’autel les prêtres, ministres du Seigneur diront : « Pitié Seigneur pour ton peuple...  »(Jl 2,12-17)

Ces paroles, nous les accueillons et faisons nôtres dans cette église. Nous déposons déjà devant le Seigneur le poids de nos fautes, de nos errements, de nos petitesses, nos compromissions avec le mal. Nous exposons nos cœurs à la lumière du Seigneur de vérité : qu’Il « réduise en cendres » ce poids de notre vanité. Le signe des cendres sur nos fronts est un geste d’humilité et de reconnaissance de nos fragilités que Dieu choisit pourtant pour nous transformer de l’intérieur.

Nous entendons l’apôtre Saint Paul touché lui-même par la grâce du Christ qui l’a remis debout. Il a « mangé la poussière » lui qui jouait le fier et le maître bardé de certitudes y compris sur Dieu. Pourtant en le terrassant Dieu ne voulait pas la mort du pécheur comme l’atteste toute la Bible, au contraire, c’était pour le relever en lui montrant auparavant qu’il était tombé bien bas !

Vous comprenez maintenant les paroles de Paul aux Corinthiens : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu... Au moment favorable, au jour du salut, je suis venu à ton secours. » (2 Co 5,20.6,2) L’Apôtre a fait avant nous cette expérience d’être revenu à Dieu qui lui a pris la main. Descendu très bas, il aurait pu continuer son jeu qui le menait à l’intégrisme en prétendant servir Dieu tout en persécutant ses frères en humanité, en l’occurrence les chrétiens.

Il a fait cette expérience de la rencontre du Christ sur le chemin de Damas. Il s’est converti sans changer de religion, mais en approfondissant sa relation au Dieu vivant qui s’est pleinement dévoilé dans la personne de Jésus. Le Christ crucifié n’a-t-il pas ouvert les bras et les mains chaque jour et encore sur la croix ? N’est-ce pas Lui qui nous a ouvert la voix du partage nous apprenant que tout ce qui n’est pas donné est perdu ?

Au fil des dimanches, nous avons entendu depuis plusieurs semaines des extraits du Sermon sur la montagne (Mt 5-7). Dimanche dernier encore, notre maître ne nous disait-Il pas : «  Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. » (Mt 7,24) Le passage d’évangile qui nous a été lu ce soir rapporte ces pratiques courantes dans la vie religieuse juive de nos jours encore : l’aumône, le jeûne, la prière.

Jésus encourage ses disciples à continuer de vivre ces pratiques qui ont fait leurs preuves comme Il les encourage à respecter les dix commandements. Simplement, Il leur enseigne l’intériorité. Inutile de convoquer les journalistes afin de « communiquer » comme on dit aujourd’hui. Vivez intensément, profondément le partage, la sobriété et votre vie spirituelle et vous serez comme cet homme qui a fondé sa maison sur de bonnes bases !

Comme dit le pape Benoît XVI dans son message de carême : «  Notre immersion dans la mort et la résurrection du Christ, par le sacrement du baptême, nous pousse chaque jour à libérer notre cœur du poids des choses matérielles, du lien « égoïste » avec la terre qui nous appauvrit et nous empêche d’être disponibles et accueillants à Dieu et au prochain. »

3- Récemment, en écoutant plusieurs pères de famille qui exprimaient leur désir de prier plus intensément, j’ai découvert qu’il n’est pas facile pour beaucoup de prendre ce temps du cœur à cœur avec le Seigneur. D’autres personnes me disent qu’elles n’arrivent pas toujours à prier comme elles le désireraient même à la messe.

Pour cela, frères et sœurs, il n’y a pas de remède miracle. Mais, il faut opter et le temps du carême est bien le temps favorable : le samedi 2 avril (de 9 h à 18 h) nous aurons notre journée annuelle du pardon ici toute la journée. C’est comme une retraite spirituelle offerte à toute la paroisse. Il y a des activités et des ateliers. Il y a surtout une église ouverte et des prêtres disponibles pour nous aider à cheminer, à redécouvrir la grâce prévenante de Dieu qui nous aime.

Samedi prochain 12 mars, pour entrer dans le premier dimanche de carême, il nous est proposé de méditer seul, en famille, avec quelques personnes de notre choix le passage d’évangile des tentations de Jésus au désert en Saint Matthieu. Des fiches vous sont proposées pour cela. A 17 heures, venez à l’église pour une heure si vous êtes sûrs de ne pas y arriver à la maison : nous partagerons ensemble et entrerons dans le mouvement des « Maisons d’Evangile » que notre évêque nous invite à mettre en place.

Le pape, dans son message de carême nous dit encore très simplement : « Pour emprunter sérieusement le chemin vers Pâques et nous préparer à célébrer la résurrection du Seigneur, qu’est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n’est de nous laisser guider par la Parole de Dieu ? »

Enfin, l’équipe des diacres de Saint-Maur nous a préparé tout un cheminement intitulé sobrement « À la rencontre du frère » (voir l’article correspondant dans la rubrique "actualités" de ce site). Ce parcours commencera par une soirée autour de l’évangile de la Samaritaine (Jn 3) mercredi 16 mars à la Maison paroissiale et nous permettra ensuite de rencontrer des acteurs de la charité et des frères dans une démarche d’accueil mutuel. Quelle belle démarche !

Je conclus mon propos avec les paroles de Shahbaz Bhatti, ce ministre des minorités religieuses, chrétien catholique pakistanais assassiné le 2 mars. Qu’il nous entraîne dans un beau chemin de foi et de charité dans la communion des saints :« ...Je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres. Je trouve beaucoup d’inspiration dans la Bible et dans la vie de Jésus Christ. Plus je lis le Nouveau et l’Ancien Testament, les versets de la Bible et la parole du Seigneur, et plus ma force et ma détermination sont renforcées. Lorsque je réfléchis sur le fait que Jésus a tout sacrifié, que Dieu a envoyé son Fils pour notre rédemption et notre salut, je me demande comment je pourrais suivre le chemin du calvaire. Notre Seigneur a dit : « Prends ta croix et suis-moi. Les passages que j’aime le plus dans la Bible sont ceux qui disent : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger... Lorsque je vois des personnes pauvres et dans le besoin, je pense que c’est Jésus qui vient à ma rencontre sous leurs traits. » Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Dimanche de la Pastorale de la Santé

 

15 février 2011 2011

Ecouter, regarder, être là… même si la maladie nous fait toujours peur… Accompagner, visiter un malade c’est souvent tout simplement être là, à ses cotés.

6ème dimanche ordinaire – année A
13 février 2011
Notre Dame du Rosaire

Le texte d’Evangile de ce dimanche est bien difficile à entendre*. Car nous ne sommes pas tout à fait à l’aise, avec cet enseignement très dur de Jésus, avec ces comparaisons et ces propos qui nous dérangent… car est-ce bien raisonnable de s’amputer d’un bras ou d’un œil ?... Et d’aller ensuite aux Urgences pour se faire soigner ?

Lors de ce dimanche, l’Eglise nous demande de porter et de soutenir dans notre prière tous ceux qui sont concernés par la Santé… Malades, médecins & infirmiers, aides-soignants, aumôniers d’hôpitaux, et aussi ceux qui prennent aussi de leur temps pour visiter les personnes malades ou âgées… Tous comptent beaucoup sur notre prière…

Et je voudrais, ce dimanche, plus particulièrement vous parler de Maé.

Maé est un petit bonhomme de 3 ans ½, tout pétillant de vie et de malice comme tous les petits garçons de 3 ans ½. Mais voilà, Maé est à l’hôpital Trousseau depuis le mois de septembre, enchainant traitements en chimio, transfusions sanguines et de plaquettes, greffe de la moelle osseuse…

En lui rendant visite régulièrement, j’ai été très impressionné par le caractère de ce petit bonhomme. Et sa volonté de vaincre cette maladie. Très attentif aux soins et aux indications des infirmières.

Car il faut bien rendre hommage à la disponibilité de ces infirmières, toujours à l’écoute, toujours attentives, jour & nuit, pour trouver, pour adapter le traitement de Maé
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Je suis aussi très touché par la patience de ses parents se relayant aux cotés de leur petit garçon, et depuis maintenant 5 semaines dans cette bulle stérile de 6 m².

Etape par étape, les progrès sont très encourageants. La maladie recule… Maé, si tu guéris, si tu réussis à vaincre cette cochonnerie, ce sera bien sur grâce à toi et aussi grâce à tous ceux qui ont veillé sur toi et au traitement que tu as supporté tout au long de ces semaines et de ces mois.

Et quel contraste, quand on sort de cette chambre d’hôpital, quand on se retrouve dans la rue, avec toute l’agitation de notre monde…
Et bien, il ne peut pas y avoir d’un coté le monde des bien-portants, et d’un autre coté, le monde des malades. Ces malades ont besoin de nous, comme nous avons besoin d’eux, de leur volonté, de leur patience, de leur attente… pour relativiser tous nos petits tracas quotidiens qui n’ont pas finalement une grande importance.

Certains d’entre nous, de notre communauté paroissiale, vont régulièrement visiter les malades de notre quartier. Discrètement, trop discrètement peut-être, ils viennent chercher leur petite boite, leur custode à la fin de la messe, pour porter l’Eucharistie à ceux qui ne peuvent plus se déplacer pour venir à la messe et participer à nos assemblées.

Ce sont nos amis du Service Evangélique des Malades. Et ce n’est pas un service que l’on peut déléguer seulement à quelques uns. Ils sont l’écoute et le regard de notre communauté, le lien avec ces personnes malades et isolées qui font toujours partie de notre communauté.

Ecouter, regarder, être là… même si la maladie nous fait toujours peur… Accompagner, visiter un malade c’est souvent tout simplement être là, à ses cotés.

Nous le savons, bien des personnes sont meurtries et leur santé compromise à cause de nos agissements. Et dans l’Evangile de ce jour, Jésus dénonce ces agissements : l’infidélité, les fausses promesses… Vraiment l’Evangile d’aujourd’hui ouvre une porte qui laisse entrevoir beaucoup de misère. Mais Jésus ajoute aussitôt : Nous ne pouvons pas laisser courir tout ce mal. Et à cause de cela, nous ne pouvons pas limiter notre engagement à la seule observation des commandements et de la loi… il nous faut aller jusqu’à dire et à vivre l’amour inconditionnel de l’Homme.

On comprend alors les autres textes de ce jour :

  • Ben Sirac qui nous dit : « Choisi la Vie »
  • Paul qui nous rappelle que la vraie sagesse n’est pas celle du monde, mais celle du Christ que l’on a crucifié ; le Christ qui prend toute sa place parmi les malheureux pour leur manifester son amour et les arracher au malheur…
  • et cette belle prière du psaume : «  Ouvre mes yeux que je contemple les merveilles de ta loi  ».

Cette proposition d’approfondir notre regard sous le regard du Christ, pour nous laisser guider par sa loi d’amour pour tout homme, pour chaque homme, est un appel à nous mettre à l’écoute du Christ qui voit l’homme blessé, souffrant, malade, et qui devient son prochain.

Nous le savons les personnes meurtries, blessées, malades, sont sans nombre…
Alors écoutons le Christ qui nous dit : Ouvre les yeux et tourne ton regard :

  • vers ceux que la société rend malade : les sans-voix, les sans-toit, les sans-papier, les sans-travail, les sans-famille, les sans-amour
  • vers ceux qui souffrent sur leur lit d’hôpital ou qui crient écrasés de douleur par la maladie
  • vers ceux dont la nuit est déchirée par l’angoisse, la solitude, l’insomnie,
  • vers ceux qui s’acharnent à lutter contre la maladie : les infirmières, les médecins, les aides-soignants, les visiteurs, les accompagnants

C’est une véritable conversion à laquelle nous sommes invités aujourd’hui. Et si dans l’Evangile, le Christ a placé bien haut la barre de l’amour fraternel, il nous invite à bien lier l’amour du frère et notre foi. Sans ce service du frère, notre prière est bien vidée de tout son sens.

Cette loi d’amour prend tout son sens quand sur nos routes nous croisons des personnes qui traversent l’épreuve de la maladie physique, spirituelle, sociale… Il ne s’agit pas d’avoir réponse à tout, et surtout au problème de la souffrance, mais nous ne pouvons pas nous résigner au mal.

Chacun, chacune d’entre nous, nous sommes invités, avec ceux qui souffrent, et avec le Christ, à vivre l’accomplissement de l’Amour. Il ne s’agit pas de suppléer à la médecine et de distribuer des calmants, mais d’apporter le réconfort de notre présence aimante à tous ces frères qui ont mal.
C’est à cela que le Christ nous appelle !

Alain Smith
Diacre

*pour lire les textes du dimanche et leur commentaire biblique par Marie-Noëlle Thabut, cliquez ici



 


Le baptême du Seigneur

 

11 janvier 2011 2011

Homélie du 9 janvier 2011,

Notre Dame du Rosaire.


Cette semaine, mercredi soir, j’ai eu la chance d’aller au cirque !

Il y avait des lions, des chevaux, des trapézistes et des clowns, comme dans tous les cirques… mais ce n’était pas un spectacle de cirque tout à fait comme les autres… C’était le 3ème gala Handi-Cirque ! Et sur la célèbre piste en sciure du cirque PINDER, il y avait des dompteurs et des comédiens qui avaient préparé leur numéro, toujours secondés par les gens du cirque… mais ces comédiens ils avaient aussi un handicap. Et il fallait voir leur fierté à dompter les chevaux, à nous faire rire, ou à vaincre leur trac, pour démontrer à tous les spectateurs attentifs que le handicap n’est pas une fatalité… Même si lors de leurs témoignages, ils nous ont bien dit aussi leurs difficultés de chaque jour, sans doute plus compliquées par leur handicap.

Nous étions une trentaine de notre petit groupe de Saint-Maur, mais aussi avec beaucoup d’amis serrés sur les gradins… applaudissant, encourageant, riant… Que de bons moments partagés… que de moments magiques lorsque l’on ne sait plus qui est vraiment le handicapé… Toi ou moi ?

Et c’est un peu comme cette rencontre étonnante entre Jean-Baptiste et son cousin Jésus. Depuis leur petite enfance Jean & Jésus se connaissaient bien. Et ils ont du en faire des parties et des blagues quand leurs parents se retrouvaient. Et Jean voyant arriver Jésus refuse d’abord de baptiser Jésus. Mais Jésus insiste et lui demande de recevoir ce baptême dans le Jourdain… baptême de purification.

Comme d’autres diacres ou prêtres, et probablement tous les diacres et tous les prêtres, je veux vous dire que baptiser est pour moi, pour nous, une des plus belles célébrations de notre ministère. Et l’on retrouve bien dans ces quelques lignes de l’Évangile de Matthieu qui nous raconte le baptême de Jésus, tous les signes – les rites – de notre propre baptême, du baptême de nos enfants…

Le signe de la Purification qui est bien le sens du baptême dans l’eau du Jourdain que Jean-Baptiste proposait à ceux qui venaient le rencontrer dans le désert de Judée. C’est le rite de la renonciation au mal qui précède chaque baptême

Le signe de la Parole de Jean qui annonce l’arrivée imminente du Sauveur. Rappelez-vous cette prophétie de Jean, que nous avons entendue avant Noël : « A travers le désert une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». Sur les oreilles du baptisé et sur sa bouche, je trace un signe de croix en disant : « Effétah, c’est à dire : ouvre-toi ! Le Seigneur Jésus a fait entendre les sourds et parler les muets ; qu’il te donne d’écouter sa Parole, et de proclamer la foi pour la louange et la gloire de Dieu le Père. »

Le signe de l’eau. Sans eau il n’y aurait pas de vie. L’eau nourrit la vie. C’est pourquoi l’eau est le symbole, le signe du baptême. Cette plongée dans l’eau du baptême nous fait passer de la mort à la vie, à la résurrection du Christ avec lui. Aujourd’hui, on baptise rarement par immersion… c’est sans doute dommage… mais allez assister à un baptême par immersion de nos amis baptistes dans la Marne, de l’autre coté du pont de Champigny un samedi matin… Là je peux vous dire qu’il faut vraiment avoir la foi, surtout qu’au mois de mars ou d’avril l’eau de la Marne n’est pas vraiment très chaude !

Immersion dans le Jourdain de nos jours

Le signe de la rencontre avec Dieu. Cette colombe qui descend sur Jésus a inspiré notre imaginaire et été largement reproduite par tous les artistes qui ont immortalisé cette scène du baptême de Jésus. Mais cette colombe est bien le signe du lien particulier qui existe entre Dieu et son fils Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. » Tout comme le signe du Saint-Chrême. Cette huile parfumée que le baptisé reçoit sur le front signifie combien Dieu l’a choisi pour le revêtir de sa plus grande dignité. Elle est le symbole de l’intimité qui existe entre Dieu et le nouveau baptisé.

Le signe de l’accueil. Car Jean n’était pas seul dans le désert. Les versets qui précèdent le passage du texte de l’Evangile d’aujourd’hui, nous disent toute la foule qui se pressait pour aller se faire baptiser par Jean… Et Jésus a bien été baptisé au milieu de cette foule innombrable du Peuple de Dieu. Nous avons dans notre paroisse de Notre-Dame du Rosaire l’habitude d’accueillir les nouveaux baptisés lors de la messe de 11h00. Cet accueil touche les parents des enfants baptisés et leurs familles. Et ils tiennent beaucoup à cet accueil que vous leur réservez.

Et puis, plus personnellement, j’ai été aussi très ému de découvrir un jour que mes deux grands-mères avaient signé ensemble le registre de notre paroisse, le jour de mon baptême, ici en cette église de Notre-Dame du Rosaire. Elles ont été, toutes les deux, témoins de mon baptême, en plus de mon parrain et de ma marraine. C’est pour moi le signe de cette foi que l’on se transmet comme un cadeau précieux de génération en génération… C’est cela la foi de l’Eglise qui irrigue notre foi personnelle, pour surmonter tous ces moments de doutes et de renoncement.

Car notre vie de baptisé « n’est pas un long fleuve tranquille ». Chacun d’entre nous, il faut bien le reconnaitre, nous avons tous nos moments de doute, tous nos moments d’obscurité… Comme ces petits chemins bretons où l’on passe de la pleine lumière aux sous-bois obscurs entre deux murets de pierre debout. Mais le plus important, c’est de faire confiance à cette foi reçue, à cette foi de l’Eglise qui va irriguer ma propre Foi.

Bien souvent notre foi reçue le jour de notre baptême est bien chancelante et il nous faut la consolider chaque jour.

Comme un jeune enfant qui apprend à parler, nous devons apprendre à nos enfants la langue de l’Amour de Dieu… sinon comment pourraient-ils l’apprendre ? C’est notre rôle à tous de prendre le temps de leur parler de cette langue de la tolérance, de la Paix, du pardon, du service, de l’accueil, de la solidarité, de la liberté, de la prière, cette langue de l’Amour de Dieu. Même si certains jours, ce n’est pas toujours facile, et nous le savons bien. Et puis c’est aussi les années du Caté, où l’on découvre plus en profondeur qui est Jésus.

Pour nous adultes, c’est aussi participer régulièrement à la messe du dimanche pour nourrir notre foi. Ce peut être aussi d’avoir envie de découvrir, d’avoir une réponse à des questions que nous nous posons depuis si longtemps, sans avoir osé en parler. Nous avons la chance d’avoir ici à Saint-Maur la proposition des soirées Alpha. Nous vous avons déjà présenté ces soirées débats, un mardi soir pendant 6 semaines… Une chance à ne pas laisser passer… cela commence cette semaine… Et en plus on vous invite à diner !...

Pouvoir vivre sa Foi, est une chance que n’ont plus beaucoup de croyants dans le Monde… Pensons à tous ceux qui meurent aujourd’hui, simplement parce qu’ils sont croyants !

Alain Smith
Diacre



 


Comme les mages guidés par l’étoile

 

2 janvier 2011 2011

Homélie pour la fête de l’Epiphanie 2011, par le Père Stéphane Aulard.
Cliquez ici pour lire ce texte ou retrouvez-le dans la rubrique Publications&méditations/Méditations et homélies

HOMELIE POUR LA FETE DE L’EPIPHANIE 2011
NOTRE-DAME DU ROSAIRE

« Comme les mages guidés par l’étoile, nous sommes venus avec des présents adorer le Seigneur »

L’antienne de communion de la messe de ce jour nous oriente vers la signification profonde de la fête de l’Epiphanie qui dépasse évidemment la charmante et savoureuse tradition du partage de la « galette des rois ». J’aimerais vous inviter à découvrir ou redécouvrir trois facettes de l’Epiphanie.

L’Evangile selon Saint Matthieu nous invite à contempler l’Enfant –comme dit sobrement un verset : « Ils (les mages) virent l’Enfant avec Marie sa mère. » (Matthieu 2,11). JPEGL’adoration des mages venus d’Orient constitue en Saint Matthieu comme le pendant de l’adoration des bergers dans l’Evangile selon Saint Luc (l’Evangile de la nuit de Noël). Une collection de livres religieux intitulée « Les bergers et les mages » résume ce diptyque de l’adoration du Seigneur Jésus à Noël : les pauvres et les riches, les ignorants et les savants, les sédentaires et les voyageurs : tous sont invités à rencontrer l’Enfant Dieu qui s’offre à leurs regards et qui, dans sa fragilité, se livre déjà à eux comme Il se livrera ensuite dans sa Passion.

Une deuxième facette mérite d’être soulignée et c’est le passage de Saint Paul aux Ephésiens qui va nous le permettre. Saint Paul ne fait pas spécialement allusion à la scène de la crèche dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse, ce qui n’est pas étonnant. Il n’a pas connu le Christ de son vivant. Ce qu’il fait donc, c’est une lecture approfondie de ce qui s’est joué dans le mystère, c’est-à-dire la révélation, de l’Incarnation du Fils de Dieu – indissociable du mystère de la Rédemption- puis il en tire comme les conséquences théologiques pour l’histoire des chrétiens et du monde. Ecoutons encore les versets que nous venons d’entendre :

« Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage -sous-entendu que les enfants d’Israël-, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » (Ephésiens 3,6)

Héritage, corps et promesse (s) sont des mots du vocabulaire paulinien certes, mais on peut aussi dire qu’il s’agit de mots qui, traditionnellement, s’appliquaient à Israël : voilà que l’héritage de l’Alliance, les promesses faites aux patriarches, les appels successifs lancés par les prophètes, le peuple de Dieu comme un corps où les tribus et chacun ont une place, tout se dilate et prend une dimension inouïe, radicalement nouvelle, en un mot universelle. Un peuple aux dimensions de l’univers et l’Alliance nouvelle sont nés avec la venue du Christ au monde.

Nous sommes, « gaulois de souche » si je puis m’exprimer ainsi ou originaires de différents pays et de continents proches ou lointains, les héritiers de ceux que Saint Paul a évangélisés, les membres des Eglises fondées au cours des siècles à travers le monde entier. C’est ainsi que nos frères Coptes qui viennent d’être assassinés, cette fois-ci à Alexandrie et de nouveau en pleine messe, ont été évangélisés bien avant les premiers chrétiens de la Gaule romaine... Copte signifie d’ailleurs « égyptien » montrant ainsi ce que le christianisme a apporté à cette terre que nous aimons visiter...

Depuis que les Apôtres –Paul compris- ont rencontré le Seigneur Jésus, ils l’ont emporté avec eux comme la Bonne Nouvelle et ils l’ont présenté partout où ils sont allés comme on présente un nouveau-né à la famille et aux amis, le bien-aimé ou la bien-aimée à ceux qui veulent bien faire connaissance avec lui ou elle. C’est ainsi que la Bonne Nouvelle retentit dans toutes les langues du monde, que la Bible est traduite dans toutes les langues et cultures du monde, que les crèches présentent partout des personnages habillés selon les coutumes vestimentaires locales et que le Christ Parole éternelle du Dieu vivant a pris toutes les couleurs des visages humains et c’est notre joie !

La troisième facette de cette fête de l’Epiphanie c’est la recherche des mages qui « marchent à l’étoile », croient sans doute à leur « bonne étoile », imaginent donc que le Messie est JPEGné sous une bonne étoile qu’il convient de scruter et de suivre. Nous ne saurions nous moquer de cette recherche à tâtons de mages astrologues nous qui vivons dans un monde recru de certitudes rationalistes et qui est pourtant prêt à se livrer de plus en plus à l’irrationnel.

Qui y a-t-il en faces des mages ? Les scribes, les savants de la Bible qui connaissent les prophéties et peuvent assurer au roi Hérode le Grand que le Messie doit naître à Bethléem en Judée. Il me semble que l’Evangile de ce jour n’oppose absolument pas les chercheurs originaux aux savants biblistes. Savez-vous qu’aujourd’hui bien des nouveaux chrétiens –il y en a sans doute parmi nous ici- sont souvent passés par des voies qui sortent des sentiers battus du temps où l’on naissait chrétien et l’on mourait chrétien ?

L’Evangile nous dit, me semble-t-il, quelque chose comme une rencontre possible, un éclairage de ces recherches diverses par la Parole de Dieu. Vous voyez pourquoi notre évêque a raison de nous inviter à prendre le temps du partage de la Parole de Dieu qui rejoint nos attentes, nos recherches et les éclaire, les encourage comme le Christ qui, avant d’être un rabbi reconnu, fin connaisseur de sa tradition se présenta silencieux (l’Enfant de Noël) et plus tard comme cette personne pleine de bonté qui, à travers une attitude, quelques mots encouragea, remit en mouvement, conforta l’espérance des cœurs blessés, inquiets, chercheurs.

Vous comprenez aussi pourquoi cette année nous allons pouvoir nous inviter les uns les autres à prendre le temps de cette écoute et de ce partage si essentiel de la Parole notamment durant le Carême. Je fais le rêve que dans toute équipe, tout mouvement chrétien de référence ou/et en famille, nous allons faire cette expérience fondatrice du partage de la Parole de Dieu.

Et puis, j’espère qu’après avoir tenté un pareil partage entre chrétiens convaincus ou dans votre intimité familiale vous vous lancerez ensuite avec des amis, des voisins pour élargir le cercle des amoureux de la Parole de Dieu ! Qu’elle est belle et bonne, bien plus savoureuse que l’or fin comme dit le Psaume 18 (19) au verset 11 : cette parole du Seigneur qui réveille, qui encourage et apporte joie.

Un mot encore : dans l’Evangile de ce jour il y a les mages et les scribes, mais il y a aussi le roi Hérode*, grand par sa mégalomanie et par sa perversion. Celui-là se sert de la Parole de Dieu, l’instrumentalise comme on dit aujourd’hui à ses propres fins politiques. Bien des politiques ou pseudo intellectuels idéologues ont toujours été prêts à agir ainsi de façon perverse en utilisant l’Ecriture sainte, le nom de Dieu ou la religion à leurs propres fins bassement humaines.

Notre Pape Benoît XVI dans son message pour la journée mondiale de la paix (célébrée le 1er janvier) vient d’écrire un texte très dense et ô combien actuel avec cette série de tueries des chrétiens dans le monde : «  Liberté religieuse : chemin vers la paix . » Il rappelle que l’exercice d’une religion (pas seulement la nôtre) est non seulement un droit de l’homme énoncé dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, mais aussi une source de sens, de vie et pour beaucoup d’engagement social au service des autres.

Il déplore ensuite les persécutions religieuses actuelles en particulier à l’encontre des chrétiens dont il rappelle qu’ils sont « le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi » ces temps-ci. Il y a quelque temps le philosophe Bernard Henri Lévi s’est aussi exprimé de cette façon dans un grand hebdomadaire français.

Je reviens à Hérode le pervers qui se montrait officiellement intéressé par sa propre religion, ses propres Ecritures, ce qui ne l’empêcha pas comme on le sait de supprimer ses propres enfants par peur qu’ils ne lui ravissent le pouvoir politique qui était sa seule raison de vivre. Et je ne parle pas du massacre des Enfants innocents rapportés par l’Evangile. Benoît XVI militant de la « laïcité positive » (N° 9 de son texte), lui, prône un «  dialogue sincère entre les institutions civiles et religieuses pour le développement intégral de la personne humaine et l’harmonie de la société. »

Frères et sœurs, que cette fête de l’Epiphanie nous invite à creuser sincèrement les racines et la saveur de notre foi en plaçant la Parole de Dieu au centre de notre vie et de tous nos projets. Soyons des témoins du « Prince de la paix » (cf. Isaïe 9,5), Jésus Christ, que nous contemplons et découvrons dans nos eucharisties. Mieux, qui se donne à nous dans la communion eucharistique, notre véritable trésor.

Ainsi, à la suite des mages, pouvons-nous reprendre notre marche avec au plus profond de nous, comme imprimé en nous, le Christ Seigneur que nous pouvons porter à Saint-Maur et partout comme notre hôte intérieur, mais aussi comme le compagnon de route quotidien dont nous voulons témoigner. Marie, avant nous l’a porté et l’a livré à ce monde si souvent désorienté aujourd’hui encore. Inspirons-nous de sa foi et de son engagement.

Père Stéphane AULARD


* pour voir qui était Hérode "le grand", consultez le site http://antikforever.com/Syrie-Palestine/main_palest.htm, regardez la rubrique "La Judée et les Hérodiens" et dedans cliquez sur "la vie d’Hérode le grand" au milieu de la page.


Images :
Adoration des rois mages (mosaïque de Sainte Marie Majeure)
les rois mages et l’étoile
Hérode le grand vu par Théophile Lybaert (1848-1927) - 1883



 


Maintenant la parole a un visage

 

3 janvier 2011 2011

Homélie de Noël 2010, par le père Stéphane Aulard.
A retrouver dans la rubrique "Publications & méditations" ou en cliquant ici.

HOMELIE DE NOËL 2010
NOTRE-DAME DU ROSAIRE (SAINT-MAUR)

1- « La Parole éternelle s’est fait toute petite –si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire. » (Verbum Domini, N° 12)

JPEG' />Ce sont les mot que vient d’écrire le Pape Benoît XVI dans sa récente exhortation apostolique intitulée « La Parole du Seigneur » (Verbum Domini) qui fait suite au synode romain des évêques consacrés à la Parole de Dieu en 2008. Vous trouverez des développements plus abondants sur ce grand texte du Pape dans le numéro de Noël de notre journal paroissial. La formule lapidaire et si expressive de Benoît XVI a de quoi nous faire réfléchir en cette fête de la Nativité du Seigneur.

Mais, au fait, pourquoi et comment la Parole, une parole, le fait de parler pourrait entrer dans une mangeoire à animaux ? Quelle est donc cette parole ? Qui la profère ? Pourquoi est-elle éternelle et vient-elle se compromettre avec nous au point de se déposer dans une mangeoire ? Pourquoi le Dieu dont on dit jusque dans nos prières qu’Il est « tout-puissant » se rapetisse-t-Il, si j’ose dire, pour entrer dans cette mangeoire ? Que lui prend-Il ?

Frères et sœurs, ces questions méritent en effet des réponses. Elles existent d’ailleurs et constituent le coeur de la fête que nous célébrons aujourd’hui à la suite des générations chrétiennes qui nous ont précédés. Il s’agit du « Mystère de l’Incarnation » comme dit notre théologie et notre catéchisme. Autrement dit, la venue dans notre chair de Dieu en Jésus Christ. «  Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme  », dit le symbole de la foi.

Les évangiles synoptiques, en particulier Saint Luc qui nous fait le récit de la naissance de Jésus à Bethléem accueilli par les bergers (Luc 2,1-14 ; cf. le récit en Matthieu 2,1-12 : la visite des mages à Bethléem) mais aussi Saint Jean dans un tout autre style, à travers sa méditation contemplative qui inaugure son évangile –le fameux Prologue-, tous nous annoncent que le Messie, le Fils de Dieu, Jésus Christ Seigneur est aussi l’un d’entre nous. Pour dire en des mots plus directs ce qu’écrit Saint Jean : « La Parole est devenue un homme. » (Jean 1,14).

Sans doute faut-il préciser quelque peu de quelle « parole » il s’agit, ce qu’elle a pu faire avant la naissance du Christ et pourquoi en est-elle arrivée à devenir un homme ?

Aujourd’hui, les psychologues à travers de nombreux « groupes de parole », comme les orthophonistes et de nombreux philosophes, anthropologues et sémanticiens attirent notre attention sur l’importance de la « verbalisation » (le fait de mettre des mots pour s’exprimer) dans la vie humaine. L’être humain est un être de parole qui sait que sa grandeur tient aussi bien au fait de s’exprimer qu’à tenir sa parole et ne pas se payer de mots. Hélas, nos fragilités, nos limites et notre péché nous éloignent souvent de ce beau projet, nous le savons.

2- Maintenant la parole a un visage, qu’en conséquence nous pouvons voir : Jésus de Nazareth.

La Bible, les auteurs bibliques et le peuple de la Bible, Israël, ont fait l’expérience que Dieu notre Créateur en nous créant nous a doté de cette capacité de parler et d’agir comme Lui qui, dans son acte créateur, pose ce principe si essentiel : Il dit ce qu’Il fait et il fait ce qu’Il dit au point qu’en hébreu « dire » et « agir » équivalent (c’est le verbe davar). «  Il parla et ce qu’Il dit exista ; Il commanda et qu’Il dit survint.  » dit le Psaume 32 (33), au verset 9.

Cette parole efficace, performative comme disent les linguistes, est aussi la parole transmise par le législateur par excellence que fut Moïse : la Torah, la Loi. Cette parole qui a force de loi organisa la vie d’Israël en érigeant l’impératif éthique au sommet de la vie sociale et religieuse, nous ne l’oublions pas. Cette même parole relit l’histoire et à la fin de l’écriture du premier Testament se donne comme une sagesse, la sagesse qui est intelligence de Dieu, lecture pleine de sens de l’histoire de l’homme avec son Dieu.

JPEG' />Déjà le roi Salomon dans sa fameuse prière rapportée précisément par le livre de la Sagesse implore la venue de cette sagesse tout à la fois parole puissante, intelligence suprême, exigence éthique :
«  Dieu des pères et Seigneur miséricordieux qui as fait l’univers par ta parole, formé l’homme par ta sagesse afin qu’il domine sur les créatures appelées par toi à l’existence... Près de Toi se tient la Sagesse qui connaît tes oeuvres, et qui était, présente quand tu créais le monde. Elle sait ce qui est agréable à tes yeux, ce qui est droit selon tes commandements. Fais-la descendre des cieux saints, du trône de ta gloire, daigne l’envoyer, pour qu’elle peine à mes côtés et que je connaisse ce qui te plaît. Elle qui sait et comprend tout, elle me guidera dans ma conduite avec mesure... » (Sagesse 9, versets 1-2.9-11) Ce texte est admirable et annonce la venue de la Parole sur terre.

Nous croyons que cette parole toute-puissante, c’est-à-dire dotée d’une capacité inouïe de démultiplication et de création qui constitue son potentiel, n’est ni violente ni insipide. Elle a formé patiemment des générations de croyants en Israël. Mais, dans la pédagogie suprêmement intelligente de Dieu, elle a pris forme humaine puisqu’elle ne s’est plus contentée d’élever l’être humain, d’inviter à la clairvoyance et au discernement les hommes comme avaient tenté de le faire les prophètes, mais elle est advenue dans notre monde en prenant chair de notre chair.

Or, Celui que nous fêtons aujourd’hui, Jésus Christ, le « Verbe fait chair » comme le dit si bien notre langue, commence sa trajectoire de Dieu devenu un homme comme tous les hommes, en étant enfant donc en se taisant (le mot « enfant » (infans) ne signifie-t-il pas en latin : celui qui ne parle pas encore ?) : Oui, « la parole éternelle s’est faite toute petite », comme dit Benoït XVI.

Nous savons que le même Jésus Christ s’est formé durant trente ans à Nazareth, son village d’origine à l’école d’Israël et de Saint Joseph le charpentier dans ce qu’il est convenu d’appeler « la vie cachée » : vie d’étude de la Parole confiée à Israël, vie où le Messie se forme pour ainsi dire à la façon et aux usages des hommes, vie dans le cercle de la Sainte Famille.Puis vinrent les trois années décisives de la prédication du Christ : « Maintenant la parole a un visage, qu’en conséquence nous pouvons voir : Jésus de Nazareth  », dit encore Benoît XVI (ibid.)

Oui, frères et soeurs, en Jésus Christ la parole ne sera plus jamais en surplomb puisqu’elle a quitté les cieux, l’infiniment grand, pour prendre corps dans l’infiniment petit désignant par là le projet même de Dieu : sauver l’homme de l’intérieur, non en le commandant, mais en le guidant du plus profond de lui-même en lui montrant comment aimer, comment agir, comment livrer sa vie, comment en fin de compte vivre et mourir. C’est bien ce Dieu-là que nous pouvons accueillir dans une simple prière intérieure aujourd’hui, mais aussi une prière unanime et fraternelle qui nous soulève tous de l’intérieur en nous rendant à Lui comme on se rend à un rendez-vous, comme on rend les armes devant un enfant qui vient de naître.

3-Allons-nous consentir à nous rendre à Jésus Christ pour mieux nous rendre aux rendez-vous humains qui sont les nôtres ?

Je ne le sais pas : cela dépend de chacun de nous. Nous ne sommes pas dans un rêve ; au contraire nous sommes dans la réalité suprême puisqu’il s’agit de nous décider pour Dieu car c’est le meilleur chemin qui puisse nous conduire à nos frères.Certains parmi nous ne sont peut-être pas convaincus par mes propos et pourtant vous êtes ici aujourd’hui. Dieu vous connaît, Dieu vous poursuit.

Dieu a rendez-vous avec vous.

Ce n’est assurément pas dans le sensationnel et le superficiel de nos existences exténuées à force de ne pas nous arrêter qu’Il a rendez-vous. C’est assurément aujourd’hui, maintenant que notre Dieu a rendez-vous avec chacun d’entre nous car la célébration liturgique de la naissance de notre Dieu il y a près de deux mille ans à Bethléem n’est pas un simple anniversaire ou un album photos aux couleurs sépia ou encore une esthétique quelque peu désuète.

Dieu veut naître au coeur de chacun.

Dieu enfant se fait enfant pour connaître ses enfants. Dieu le Fils, Jésus Christ veut nous prendre par la main et nous faire réaliser ce que notre baptême a déjà inscrit en nous -si nous sommes baptisés- : Tu es mon fils, tu es ma fille. Tu comptes beaucoup pour moi, tu as du prix à mes yeux, jamais je ne t’oublierai(cf. Isaïe 43,4 ;49,15).

Vous voyez combien ce Dieu petit est grand. Vous voyez combien la parole qu’il chuchote à votre oreille et surtout à votre coeur est importante comme ces petits mots, ces petites attentions qui sont si importantes et qui, en ce temps de Noël, réveillent en nous le goût d’un monde décidément meilleur à coup de petits gestes et de brins de parole plutôt qu’au rythme de dépêches scandaleuses ou de déclarations tonitruantes sans lendemain. Pensez donc un instant à ceux que vous avez aimés et que vous aimez encore : ce sont les « riens » apparents de leur vie, les marques d’attention simples qui vous touchent et qui demeurent.

Charles Péguy méditant sur la foi, l’espérance et la charité désignait la foi et la charité comme des piliers pour la « petite espérance » : « Ainsi tout ce que l’on fait, tout ce que tout le monde fait on le fait pour la petite espérance. Tout ce qu’il y a de petit est tout ce qu’il y a de plus beau et de plus grand. » (dans, Le Porche du mystère de la deuxième vertu)

Oui, la parole éternelle du Très haut qui s’est fait tout petit nous fait entrer dans l’espérance. Avec le Christ petit enfant qui se mit plus tard à genoux, le Jeudi Saint au soir, pour nous servir et nous libérer de nous-mêmes, entrons dans la grandeur qu’Il nous propose. C’est elle qui sauve le monde et elle a pour nom : le service librement consenti, le quotidien où le Christ a rendez-vous avec nous, la générosité joyeuse, le respect des plus pauvres. Il nous en a montré le chemin et nous pouvons y communier de tout coeur dans cette eucharistie. Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Les racines de Nöel

 

29 décembre 2010 2010

Homélie du deuxième dimanche de l’Avent.

A retrouver dans la rubrique "Publications et méditations / Méditations et homélies" ou en cliquant ici.

DEUXIEME DIMANCHE DE L’AVENT (Année A)
(4 et 5 décembre 2010)

Lecture : Isaïe 11,1-10
Psaume 71
Romains 15,4-9
Matthieu 3,1-12

Le temps de l’Avent est revenu et à travers ses quatre brèves semaines qui précèdent Noël, la liturgie veut nous en découvrir plusieurs aspects :

La mémoire d’Israël espérant le Messie,
La préparation de la venue du Christ venu en notre chair,
L’espérance de sa venue à la fin des temps et de l’histoire.

Cette pluralité d’approches est complémentaire. Il ne faut pas le perdre de vue, car que serait la célébration de Noël si elle ne s’inscrivait pas dans un terreau : celui de la Bible et des prophéties, notamment celles d’Isaïe, par exemple ?
Que serait la célébration de Noël si elle n’était que l’image furtive, même au demeurant charmante, d’une famille mettant au monde un enfant sans plus de précision ?
Que serait la célébration de Noël si elle n’inscrivait pas un point zéro sur la ligne du temps par ailleurs orienté vers la plénitude qu’est le Seigneur ?

Beaucoup aujourd’hui ne retiennent pas grand-chose de la fête de Noël, vous le savez vous qui cherchez justement à creuser le sens de cette fête inouïe : Dieu s’intéresse tellement à l’homme qu’il s’est fait homme. Réinscrivons donc Noël dans cette dimension foisonnante et pourtant essentielle que je viens de rappeler.

J’aimerais vous inviter à retenir quelques aspects fondamentaux des lectures bibliques de ce jour. Le style de ces lectures déjà a de quoi nous stimuler :

La prophétie d’Isaïe (chapitre 11) nous établit dans l’histoire d’Israël avec l’évocation de Jessé et du roi David son fils. Nos cathédrales sont remplies d’ « arbres de Jessé » en particulier sur les vitraux. Je ne suis pas certain que ces éléments iconographiques nous parlent encore beaucoup. Qu’est-ce que signifie l’arbre de Jessé si ce n’est que notre foi au Christ descendant de la souche de Jessé, comme un « rejeton », est entée sur l’Histoire de ce peuple d’Israël qui d’ailleurs, ces jours-ci, à travers la fête de Hanoukka, célèbre un pan de son histoire.

Ce qui peut paraître aux yeux des profanes comme une simple fête des lumières rappelle la consécration du Temple de Jérusalem précédemment souillé par les païens au temps de la dynastie des Maccabées (2ème siècle avant Jésus-Christ) : en cette occasion une lampe à huile brûla en continu pendant huit jours et donna naissance au rituel juif du chandelier à huit branches donc huit lumières allumées successivement chaque jour de cette fête.

Nous sommes les descendants de ce peuple. Nous devons connaître nos racines. Nous l’avions tellement oublié au cours des siècles passés. Justement, le texte d’Isaïe présente David comme quelqu’un qui a des « racines » puisqu’il a un ascendant clairement identifié en la personne de Jessé. Nous savons d’où nous venons. Et, c’est grâce à cette connaissance de nos racines qu’il nous appartient de ne pas oublier ni mépriser que la grande Histoire nous est ouverte.

Isaïe le savait bien et il l’exprime dans la deuxième partie de son texte lorsqu’il évoque les qualités du Messie attendu : un prince de paix qui va établir ce que le philosophe Kant appela plus tard la « paix perpétuelle ». Notre célèbre La Fontaine, lui, au XVII ème siècle n’y croyait pas puisqu’il disait à propos du loup et de l’agneau dont il est question dans la prophétie contre Isaïe que «  la raison du plus fort est toujours la meilleure. » Isaïe nous invite à méditer durant l’Avent et sans doute au-delà : nous sommes le peuple de la mémoire. Nous savons d’où nous venons et avec le Christ l’histoire humaine n’est pas fermée. C’est Lui le Christ qui nous ouvre l’avenir. C’est Lui qui remet le monde à l’endroit. Ce ne sont pas les cyniques ou les assassins des chrétiens qui auront le dernier mot !

L’Evangile, l’avez-vous remarqué, nous montre un autre
personnage (le héros des deuxième et troisième dimanche de l’Avent) : Jean-Baptiste ? Ici, nous ne sommes plus dans la méditation sur l’Histoire, mais sur l’imminence de la décision. Jean-Baptiste vitupère et interpelle. Je l’aime bien car il n’y va pas par quatre chemins ! Il ne vous aura pas non plus échappé que lui aussi parle de « racine » : « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. » Au moins, les choses sont claires. Parfois, il faut arrêter de parler si je puis dire la « langue de bois » !

Digne héritier des prophètes, ultime prophète, Jean-Baptiste invite à la conversion et propose un baptême pour se repentir de ses fautes et ainsi se disposer à accueillir le Messie qui vient. Or, Jean-Baptiste n’était pas à la crèche de Noël. Il nous montre bien en ce temps de l’Avent –comme lorsqu’il se mit à prêcher et baptiser alors qu’il était, âgé tout comme son cousin, de trente ans- que nous pouvons accueillir le Christ. Ce dernier, dans son ministère, a d’ailleurs, lui aussi appelé à la conversion des cœurs.

Nous avons déjà reçu pour l’immense majorité d’entre nous le baptême de feu et d’Esprit : c’est le baptême des chrétiens. L’Esprit Saint comme un feu nous brûle d’amour pour le Seigneur et pour notre prochain et il y a du travail devant nous. Si Jean-Baptiste nous dit dans un langage direct que les mauvaises souches vont être dégagées et brûlées, il nous presse avant tout de porter du fruit – ce que Jésus aussi ne cessera pas de dire-.

En ce temps de l’Avent peut-être pourrions-nous entendre ces invitations pressantes à porter du fruit. Etre dans une attitude non de consommation effrénée, mais de maturation et de production de fruits, de beaux fruits qui réjouissent nos proches et le Seigneur. Des fruits de tempérance, d’amitié, de grâce, de joie partagée, de don : les fruits qui caractérisent l’être chrétien...

Terminons avec le passage de Paul aux Romains : il ne s’agit ni d’une méditation ni d’une interpellation, mais plutôt d’un propos de sagesse adressée à une communauté chrétienne qui a besoin –et cela est vrai de tout temps- d’entendre l’invitation à l’entente fraternelle et à l’amour mutuel.

Il n’est pas question de « racines » dans ce texte, même si l’espérance d’Israël (« nos pères ») est encore évoquée et de façon tout à fait étonnante à travers cette expression : «  Si le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, c’est en raison de la fidélité de Dieu. » Ce service du Seigneur s’est accompli dans l’ouverture de la promesse dont nous sommes depuis 2000 ans bénéficiaires nous les fils des païens.

Ne soyons pas ingrats. Que ce temps de l’Avent dans sa brièveté et en ces temps inquiets nous aide à porter du fruit les uns et les autres à la face de Dieu et du monde. Que ce temps de l’Avent nous donne le désir de la Parole de Dieu. Certains, cette semaine sont venus s’intéresser à la proposition de partage d’Evangile faite par notre évêque dans notre diocèse –les «  Maisons d’Evangile  ». Je suis heureux d’avoir partagé avec 7 personnes qui se disposent chacune à partager une fois durant l’Avent l’Evangile avec un groupe à constituer... Nous pouvons faire sans doute mieux... Notre trésor est grand, et il nous appartient d’entretenir l’arbre de la foi qui, ainsi portera de nouveaux fruits pour la génération qui vient.

Père Stéphane AULARD



 


Bonne et Sainte Année, et le Paradis à la fin de vos jours !

 

4 décembre 2010 2010

Homélie du diacre Alain Smith pour le 1er dimanche de l’Avent

Homélie du diacre Alain Smith pour le 1er dimanche de l’Avent 2010


« Bonne et Sainte Année, et le Paradis à la fin de vos jours ! »

Dimanche dernier, le Père André GRANDJEAN nous rappelait ainsi les souhaits que les premiers chrétiens s’échangeaient le 1er dimanche de l’Avent. Et oui, chers amis, nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle année liturgique… et nous n’avons pas de trop à nous souhaiter de bonnes choses en ces temps où la morosité l’emporte souvent sur nos préoccupations toutes matérielles.

Pourtant, André nous disait aussi, dans son homélie dimanche dernier, le jour de le Fête du Christ Roi, que ce Royaume du Christ auquel nous étions appelés était un Royaume nous annonçant la Paix, la Joie, le Partage. Et le Christ est bien Roi parce qu’il s’est fait serviteur. Jésus n’a pas défini ce Royaume, il l’a vécu jusque sur la Croix, modèle de l’amour de la vie donnée. Et par notre baptême, si nous sommes tous prophètes, c’est pour aller à la rencontre de tous ceux que nous rencontrons chaque jour. Comment savourons-nous de partager ainsi toutes les richesses de la Bonne Nouvelle de l’Evangile ?

Aujourd’hui, 1er dimanche de l’Avent, nous nous mettons en route pour accueillir bientôt ce petit enfant que nous fêterons à Noël… Nous nous mettons en route pour aller à la rencontre de cet enfant qui a bouleversé le monde… « Ce charpentier qui a révolutionné le monde », comme l’a écrit Bernard Thibault.

Les 3 lectures de ce dimanche nous invitent à nous mettre en route. Venez, c’est le moment… Nous avons entendu dans ces 3 lectures :

  • • Dans le livre d’Isaïe : «  Venez, montons à la montagne du Seigneur… Il nous enseignera ses chemins, et nous suivrons ses sentiers… Marchons à la lumière du Seigneur »
  • • Dans la lettre de Paul : «  C’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil… rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière »
  • • Dans l’Évangile de Matthieu : « Tenez-vous donc prêts, vous aussi, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le fils de l’Homme viendra »

Alors qu’est ce que nous attendons sur nos bancs à Notre Dame du Rosaire pour aller à la rencontre de Celui qui nous attend ? Pour aller à la rencontre de Jésus le Christ, né petit d’homme dans une étable parce qu’il n’y avait plus de place pour ses parents à l’hôtel… Un SDF, comme il y en tant aujourd’hui autour de nous…

Mais où est-il donc ce Jésus ? Où est-il donc ce Messie que le monde attend ? Saurons-nous le voir et le reconnaitre comme les bergers dans la campagne de Bethléem ? Saurons-nous le trouver comme les mages venus d’un pays lointain ?

Et si pour nous en 2010, ici à Saint-Maur, aller à la rencontre de ce Messie, ce n’était pas tout simplement d’aller à la rencontre de tous ceux et celles que nous croisons chaque jour… Bien souvent sans plus les voir, sans plus croiser leur regard qui nous est devenu indifférent, transparent …

Aller à la rencontre de l’autre, ce n’est pas facile. Aller à la rencontre de l’autre, ce n’est pas évident. Car on prend toujours un risque… le risque de la rencontre… le risque de me découvrir aussi avec mes faiblesses et mes limites. Nous avons tous nos faiblesses et nos limites…

Mais nous pouvons compter sur l’aide de Jésus-Christ. Ne l’a-t-il pas dit aux Apôtres, «  Là où 2 ou 3 seront rassemblés en mon nom, Je serai parmi eux »

Partir à la rencontre de l’autre, ne veut pas dire nécessairement partir à l’autre bout du monde. Et je peux vous en parler, puisqu’avec Michèle mon épouse, jeunes mariés, nous avons été envoyés en mission par le Délégation Catholique pour la Coopération à l’autre bout du monde pendant 2 ans, sur une petite ile perdue au milieu de l’Océan Pacifique.

Partir à la rencontre de l’autre, pour nous à Saint-Maur, «  missionnaires sans bateau » selon l’expression de Madeleine Delbrel, c’est peut-être tout simplement d’avoir un regard attentif, un geste de solidarité ou de charité pour celui ou celle que nous croisons chaque matin dans le bus ou le RER, à notre travail, ou bien encore ce camarade de lycée qui semble perde pied à la fin de ce 1er trimestre…

Dans quelques semaines, nous vous parlerons plus en détails de la démarche de l’Eglise de France « Diaconia 2013 » à laquelle nous invitent nos évêques, et tout particulièrement notre évêque Mgr Michel Santier. Retenez bien « Diaconia 2013 » !

Il y a un an déjà, en novembre 2009, nous vous avons déjà parlé de la lettre que nos évêques nous avaient adressée : « La charité du Christ nous presse ». Ce service de la charité n’est pas l’exclusivité de quelques uns sur qui nous pourrions nous reposer tranquillement… Même s’ils font déjà un travail remarquable et que nous devons soutenir par notre prière, nos moyens, nos encouragements…

Je pense tout particulièrement à nos amis de la Conférence Saint-Vincent de Paul, du Secours Catholique, du CCFD, mais aussi à toutes les associations caritatives chrétiennes ou laïques sur notre ville qui font un travail remarquable. Ce service n’est pas aussi l’exclusivité des diacres, même si nous sommes 7 diacres et bientôt 8 à Saint-Maur.

Cette diaconie de l’Église, ce « service du frère » nous concerne tous, chacun d’entre nous. Là où nous sommes…Avec les moyens de chacun d’entre nous, même si nous pensons que ce n’est qu’une petite goutte d’eau face aux problèmes de notre société… Une goutte d’eau, c’est déjà beaucoup pour celui qui a soif !

Sans cette diaconie de l’Église, nos célébrations, nos eucharisties n’ont plus de sens… même si nous avons la chance d’avoir de belles et nombreuses célébrations sur notre paroisse. Si nous n’avons plus ce souci du « service du frère », ces célébrations ne sont que des cymbales retentissantes, au cuivre sans écho dans notre vie chrétienne.

Oui en ce début de l’Avent, Dieu nous appelle à nous mettre en route pour accueillir son Fils.

Benoit XVI nous l’a écrit : «  A l’humanité qui n’a plus de temps pour Lui, Dieu offre à nouveau du temps, un nouvel espace pour revenir sur elle-même, pour se remettre en marche, pour retrouver le sens de l’espérance… Oui Dieu nous aime et c’est précisément pour cela qu’il attend que nous revenions à Lui, que nous ouvrions notre cœur à son amour, que nous mettions sa main dans la sienne et que nous nous rappelions que nous sommes ses enfants… »

Alors bonne route ! « Bonne et Sainte Année, et le Paradis à la fin de vos jours ! »



 


Pour le Général de Gaulle

 

20 novembre 2010 2010

HOMELIE DE LA MESSE DU 17 NOVEMBRE POUR LE REPOS DE L’AME DU GENERAL DE GAULLE

1- J’ai souhaité que l’on entende les lectures bibliques de ce jour (Mercredi de la 33ème semaine du Temps ordinaire) tandis que la municipalité de notre ville de Saint-Maur nous a demandé de célébrer une messe pour le repos de l’âme du Général de Gaulle mort il y a quarante ans.

Chacun sait ici, je pense, quel grand homme d’Etat fut le Général de Gaulle. Combien il marqua de son empreinte notre histoire nationale et combien son visage comme sa voix sont encore présents à notre mémoire.

Le 17 juin dernier un visage monumental en bronze du Général sculpté par mon confrère le père Denis Hétier a été dévoilé place du 8 mai à la veille de la commémoration du célèbre appel du 18 juin 1940. Beaucoup ont assisté à cette cérémonie au cours de laquelle les interventions remarquées de Philippe de Gaulle, du Préfet du Val de Marne, de notre Maire Monsieur Plagnol, de monsieur Kaspi et du père Maurice Cordier ont enrichi notre réflexion tout en honorant bien sûr notre devoir de mémoire.

Le père Hétier parlant de son œuvre dit ceci : «  Le visage signifie la voix. La bouche dans son ouverture (signifie) ce souffle qui sort de la bouche et appelle. » J’observe que dans le livre de l’Apocalypse que nous lisons ces temps-ci à la messe quotidienne et ce jusqu’à la fin de l’année liturgique, le voyant –Saint Jean à Pathmos- décrit une scène où chacun dans l’espace a sa place : les vingt quatre anciens, les quatre vivants, les sept esprits de Dieu et Celui qui siège sur le trône nimbé de lumière qui a « l’aspect du jaspe et de la cornaline » (Ap 4,3) : visage inconnaissable selon la tradition biblique évoqué sobrement, mais non décrit, par la référence à des pierres précieuses. Dès le début de l’Apocalypse, le voyant multiplie sans cesse les scènes, les personnages et les lieux qui sont au service d’une voix : la voix qui se fait parole :

« Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait... A sa vue, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa droite et dit : ‘ne crains pas, Je suis le premier et le dernier et le vivant. Je fus mort, et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles’. »
(Ap 1,12.17-18)

2- L’homme qui lança son célèbre appel le 18 juin 1940 et qui mourut le 9 novembre 1970 est indéniablement un visionnaire. Un historien récemment interrogé au cours d’une émission consacré à Pétain le définit en trois mots : lucidité, courage et honneur. J’aime à croire que cet homme – le Général- chrétien convaincu qui faisait toujours inscrire dans ses déplacements l’horaire de la messe dominicale à ne pas manquer s’inscrit dans cette grande histoire qui ne manque ni de vision ni de souffle.

Chez nous les chrétiens, ceci doit demeurer comme un appel à l’essentiel. La puissance de la Parole de Dieu, en effet, n’est pas simplement synonyme d’un livre ouvert ou d’un message éthique supérieur. Il s’agit précisément d’un appel qui nous conduit à Jésus Christ que l’évangile de ce jour ( Luc 19 ,11-28) permet de découvrir de manière allégorique : Celui qui gouverne est aussi Celui qui ne s’impose pas puisqu’il nous confie sa création et la gouvernance de ce monde. Sa seule exigence est une participation active demandée à tous et à chacun. Son Royaume – le Royaume des cieux- est moins terrestre qu’un horizon, un sens ultime, une espérance qu’il nous revient d’incarner.

3- Prier pour le Général de Gaulle passe certainement par la mémoire de ses faits et gestes dont certains ici ont été témoins. Il convient de ne pas d’oublier cette part de notre grande geste nationale qui s’est manifestée dans la personne du Général de Gaulle. Prier pour lui consiste à le remettre à la grâce de Dieu et à sa miséricorde infinie avec charité fraternelle.

Sans doute faut-il le faire aussi pour d’autres avant qu’on ne le fasse pour nous. Prier pour le Général de Gaulle, chrétien, visionnaire et porte parole, voix de la France libre et généreuse qui se risque et qui gouverne, doit nous conduire –pour ceux qui se réclament de la foi chrétienne- à Jésus Christ l’inspirateur de nos projets, la source de nos propos, le maître de nos vies présentes comme de l’histoire humaine qu’Il a déjà sauvée.

Amen.

Père Stéphane AULARD


Image de l’Apocalypse de Saint Jean : les 4 vivants et les 7 visages de Dieu, Bible carolingienne (vers 870), faite à Reims et conservée à Rome dans la basilique Saint Paul hors les murs



 


L’Espérance chrétienne

 

3 novembre 2010 2010

HOMELIE POUR LA COMMEMORAISON DES FIDELES DEFUNTS
(2 novembre 2010)

Lectures : 1 Corinthiens 15,51-57
Psaume 15
Jean 6,51-58

1- Je tiens encore au début de cette homélie à vous saluer tous : certains d’entre nous ont reçu une invitation de la paroisse à participer à cette eucharistie ce soir parce que depuis le 2 novembre de l’année dernière vous avez perdu un être cher et ses obsèques ont été célébrées ici à Notre-Dame du Rosaire. D’autres paroissiens ont confié au Seigneur leur défunt en priant ailleurs en France ou à l’étranger souvent là où sont vos racines familiales. D’autres encore en ce jour de commémoraison des fidèles défunts ont présents à l’esprit leur parenté, leurs amis partis vers la lumière inaltérable du Seigneur : le souvenir est toujours là et tout spécialement aujourd’hui.

D’ailleurs, cette messe nous presse d’entrer plus avant dans ce que la tradition chrétienne appelle la «  communion des saints ».

Les saints du calendrier, nous les avons fêtés hier ; la communion des saints englobe les vivants et les morts : ceux qui comme nous sont réunis pour la prière sur les cinq continents aujourd’hui ; ceux qui ont enterré un proche aujourd’hui au terme d’une vie bien remplie, dans le recueillement ou encore suite à cet attentat affreux qui a tué près d’une cinquantaine d’innocents rassemblés pour la première messe de la Toussaint dans la cathédrale syrienne catholique de Bagdad dimanche soir.

Nos « défunts » ont, selon l’étymologie latine de ce mot, accompli leur « fonction », rempli leur mission d’habiter cette terre en l’humanisant, en étant disponible à l’appel de Dieu à poursuivre sa création. C’est ce que nous espérons de toutes nos forces pour tous.

Nous les remettons donc tous au Seigneur lui qui, selon les prières eucharistiques, « connaît leur droiture et leur foi. » (Prières eucharistiques III et IV)

2- Entrons, frères et sœurs, dans l’espérance chrétienne. L’espérance chez les chrétiens n’est pas un pâle espoir où l’ombre du désespoir risquerait encore de se tapir. Elle est plutôt la «  petite fille » dont nous a parlé Charles Péguy et qui se tient entre la foi et l’amour de charité, donc est fragile et parfois malmenée.

Mais, c’est aussi un moteur intime qui nous fait lever chaque matin ! Elle pourrait donc nous conduire à vouloir approfondir notre foi au Christ, Dieu donné dont nous parle l’Evangile selon saint Jean entendu ce soir (Jean 6) et encore à aimer davantage comme Celui précisément dont la mort est un ultime don de lui-même.

Je laisse la parole à Christian de CHERGE, prieur de Tibhirine (Algérie) que nous a fait connaître le récent film de Xavier BEAUVOIS « Des hommes et des dieux ». Le texte que je cite est celui de son homélie du 2 novembre 1995 six mois avant les événements tragiques que lui et sa communauté subirent à Tibhirine :

« Cette urgence du cœur qui nous porte à honorer (ceux-là qui ne sont plus) comme à l’ombre des bienheureux relève de l’ESPÉRANCE inaliénable que chacun de nous conserve même vis-à-vis de ceux-là qui, de leur vivant, ont surtout brillé par leur égarement. Pas d’autre façon de rejoindre la prière du Christ : « Qu’aucun ne se perde... ! » En associant ainsi nos défunts, tous les défunts, et les saints, tous les saints, nous contribuons à voir exaucée cette autre prière ultime de Jésus : « Père, que TOUS SOIENT UN !

Avant d’être un mystère de la foi, le mystère de la communion des SAINTS est d’abord un mystère d’ESPÉRANCE : il dit la restauration de l’humanité à la table des pécheurs, réconciliés par un même Esprit de Sainteté, pour la joie du Père, dans la grâce du Fils qui n’a pas eu d’autre chemin parmi les hommes que la sainteté, et qui s’est fait pour nous ce chemin de vérité et de vie... »

3- Puis, il médite sur les deux faces périssable et impérissable (cf. 1 Corinthiens 15) d’une médaille, figurant notre existence dans ces deux dimensions. La médaille fait apparaître d’abord son «  revers plus tragique... avec ce visage de misère, de souffrance, de vieillissement et de mort que nous ne connaissons que trop... ». Mais, cette face de la médaille est rejointe par la Sainte Face de Jésus Christ « Fils de l’homme traversant la mort de part en part... de telle sorte que nous découvrions ceci : quand l’amour s’empare de la mort, c’est la vie même qui est transfigurée. »

C’est précisément en contemplant cette Sainte Face de Jésus Christ que nous pouvons retourner la monnaie et accéder à la face éternellement lumineuse promise à l’humanité tout entière. Nous pouvons y communier ce soir en accueillant le Ressuscité qui se tient au milieu de nous dans sa Parole toujours vive et peut-être aussi pour ceux qui feront ce pas en communiant de grand cœur à sa vie qui n’est pas hors de notre portée. Je vous laisse maintenant sur la conclusion du Père de Chergé :

« De qui donc est cette effigie de vie ?
Elle est celle même de Dieu, notre ESPERANCE sur le visage de chacun de nous. Et si la mort s’identifie à ce souffle qui expire une dernière fois, elle se laisse tout entière aspirer par cet autre Souffle qui murmure une bonne fois : « Viens vers le Père !
 »

Père Stéphane AULARD



 


Fêter la sainteté

 

1er novembre 2010 2010

HOMELIE DE LA TOUSSAINT
(1er novembre 2010)

WordLe très beau film de Xavier Beauvois « Des hommes et des dieux » a, à ce jour, attiré près de deux millions cinq cent mille spectateurs dans les salles obscures venant de tous horizons semble-t-il. La critique est quasi unanime pour célébrer cette œuvre sobre et pourtant dramatique relatant l’histoire d’une communauté de moines trappistes à Tibhirine en Algérie qui se conclut par leur mort tragique en 1996. En résumant aussi brièvement, trop brièvement, ce film, en vous en parlant aussi un jour de Toussaint, je n’ai pourtant pas devant moi l’image de la mort qui est si souvent attachée à la fête de tous les saints le 1er novembre.

Depuis fort longtemps l’Eglise, dans sa liturgie, nous rappelle sans cesse que la Toussaint n’est pas la commémoraison des fidèles défunts. Pourtant il faut bien reconnaître que c’est cette même Eglise qui, dans sa sagesse, nous propose aussi de prier pour les défunts le lendemain de la Toussaint établissant ainsi un certain rapport mais non une confusion entre ces deux célébrations !

Cela signifie-t-il que les saints sont dans l’Eglise nos « morts célèbres » comme il y a au Panthéon à Paris nos héros célèbres, nos « grands hommes » auxquels la patrie est reconnaissante ? Ou bien, les saints et les saintes sont-ils plutôt des frères et sœurs aînés dont le parcours de vie terrestre est véritablement exemplaire parce que « configuré » au seul saint : le Christ Jésus ? N’est-ce pas en effet un des titres que l’onPDF donne au Christ ? L’ange Gabriel à l’Annonciation ne dit-il pas à la Vierge Marie parlant de l’enfant qu’elle va concevoir et mettre au monde : « Celui qui naîtra de toi sera saint : Il sera appelé Fils de Dieu. » ?(Luc 1,35)

Cette sainteté du Christ exprime à la fois sa nature de Fils de Dieu autrement dit sa divinité, mais en même temps puisque Marie, la toute pure, donne naissance au Très-haut devenu de fait le très-bas, voici que la sainteté qui n’appartient qu’à Dieu et qui pourrait donc être pour nous une catégorie totalement inaccessible, s’est approchée de nous, de la terre des hommes.

Dès lors, il n’est pas aberrant de confesser que la sainteté en Jésus Christ - la grandeur certes, la divinité surtout, mais aussi tout ce qu’il y a dans le Christ et qui s’appelle bonté, pauvreté, douceur, pureté, miséricorde (cf. Matthieu 5,3 ss.)- nous est offerte gratuitement sans condition. Il suffit que nos mains étreignent le Christ. Ou encore, la lumière en Jésus Christ s’est approchée de nous quoi qu’il en soit de nos ténèbres et du mal qui ne cessent pourtant de nous mordre tant il est vrai que depuis les horreurs répétées du XX ème siècle ils pourraient paraître vainqueur !

Oui, frères et sœurs, la sainteté comme une douce lumière ou comme un grand feu qui réchauffe les transis que nous sommes s’est approchée définitivement en Jésus Christ et elle ne reculera pas, elle ne disparaîtra pas malgré les apparences du mal qui semble mener le bal ! PDFAinsi lorsque sainte Bernadette Soubirous en 1858 témoigne qu’elle a vu à la grotte de Lourdes une « belle dame  », la Sainte Vierge, ne nous dit-elle pas qu’en Marie le ciel s’est approché d’elle ? Celle qui est maintenant au ciel n’est pas loin.

Sainte Thérèse de Lisieux ne dit rien d’autre lorsqu’elle confie à ses sœurs qu’elle passera « son ciel à faire du bien sur la terre  ». Mais, déjà sur terre elle avait prié pour un célèbre meurtrier, Pranzini, qui avait défrayé la chronique et qui finit par se tourner vers la croix contre toute attente au moment de monter à l’échafaud.

Les moines de Tibhirine que j’évoquais au début de cette homélie sont-ils des martyrs comme ceux des premiers siècles que les chrétiens vénéraient en venant célébrer l’eucharistie sur leurs tombes dans les catacombes ? L’heure n’est pas à les répertorier trop vite dans la catégorie des martyrs. Ils nous attirent ces temps-ci parce qu’ils nous redisent que tout ce qui n’est pas donné est perdu.

En ces temps d’incertitude et de confusion, tandis que l’individualisme et l’égoïsme pourraient nous étreindre, ils nous fascinent non pas comme des héros impassibles bardés de gadgets les rendant invincibles. Mais, parce qu’ils nous ressemblent, parce qu’ils ne sont pas loin de nous dans leurs angoisses, leurs hésitations, leur combat intérieur et leurs empoignades communautaires.

Mais aussi et il faut le dire parce qu’ils nous tirent en avant par leur obstination dans la prière, leur proximité avec tous, leur sagesse, leur humanité accomplie car fondée sur le Christ Jésus, le Très-Haut, le très-bas, le Fils de Dieu célébré à Noël, le Vendredi Saint et à Pâques, le Fils de l’homme en qui Dieu nous apprend réellement ce qu’est être homme.

Fêter la Toussaint, c’est avec le peuple des « enfants de Dieu » dont parle Saint Jean (1 Jean 3,1-2), les saints qui marchent dans le sillage du Fils de Dieu, désirer ressembler à Jésus Christ. C’est, mieux, désirer lui être configuré de notre naissance à notre mort physique. C’est faire mémoire encore et toujours des signes sacrés de notre baptême qui nous a comme « greffés » à Jésus Christ :

L’eau qui nous a déjà fait passer de la mort à la vie en activant en nous le mystère pascal : non, tu ne t’achemines pas vers le néant, mais tu peux passer du risque de trépasser à la vie en abondance, celle qui ose prendre des risques. Comme l’a dit Sainte Thérèse de Lisieux, tu ne meurs pas, tu ne mourras pas, mais tu peux déjà entrer dans la vie, tu entreras dans la vie.

L’onction d’huile sainte qui te confie toutes les missions du Christ, prêtre, prophète et roi pour rendre saint ton agir, pour annoncer à corps et à cri, de tout cœur la Parole de Dieu, pour servir et non régir.

Le vêtement blanc de l’innocence, pour ne pas succomber au mal, mais refuser de nuire et ainsi entrer dans la pureté véritable qui passe par le sacrifice du Christ et le nôtre.

La lumière enfin comme notre horizon non seulement pour cette vie dans ses instants lumineux comme autant de moments qui nous transcendent, mais aussi par delà cette vie lorsque nous atteindrons pleinement le Christ parce que nous lui serons semblables (cf. 1 Jean 3,2) comme fils et filles de Dieu.

Que la Vierge Marie et les saints apôtres, que, les confesseurs de la foi, les missionnaires de l’Evangile, les vierges sages, les pères et mère de famille, le peuple saint des anonymes et les saints de nos régions et pays d’origine qui ont fondé leur espérance sur le Christ nous appellent à être vivants et joyeux avec nos frères du quotidien en même temps que témoins de l’invisible si proche, mais aussi terme désiré de notre histoire personnelle et collective.

Père Stéphane AULARD

Images : l’annonciation est de Boticelli, la statue de la Vierge est celle de Lourdes et la photo est celle de frère Luc, moine de Thibhirine.



 


Du juste rapport Eglise-monde (homélie du 24 octobre 2010)

 

30 octobre 2010 2010

HOMELIE POUR LE 22ème DIMANCHE APRES LA PENTECÔTE
(24 OCTOBRE 2010) donnée à la communauté traditionnelle

(Matthieu 22,15-21)

1-L’Evangile de ce jour nous plonge au cœur d’un débat classique qui pourrait s’intituler : « du juste rapport Eglise-monde » où Dieu est à sa juste place qu’on ne saurait oublier et où la sphère politique y est aussi !

En ces temps de crise sociale, n’attendez pas du prédicateur de ce jour qu’il prenne parti pour l’un au détriment de l’autre puisque le Christ ne prend pas parti, mais nous oblige à un équilibre qui nous poursuit depuis 2000 ans...

Notez toutefois un certain nombre de repères que je voudrais appuyer sur le texte biblique et la tradition de lecture que l’Eglise n’a pas cessé de développer à partir de ce fameux épisode du « tribut à César ».

• J’observe que les détracteurs du Christ, dans ce célèbre passage de l’Evangile si proche du discours eschatologique (Matthieu chapitre 25) qui, habituellement jouent chacun leur partition semblent ici se liguer contre Lui. Il s’agit en effet pour eux de « Le prendre au piège en le faisant parler » (verset 15) : on ne sait jamais, s’Il se livrait à quelque dérapage verbal ou à quelque formule que l’on pourrait ensuite couper de son contexte...

• La collusion étrange en soi entre pharisiens –pieux laïcs ordinairement attachés à une lecture zélée de l’Ecriture Sainte- et hérodiens –proches du pouvoir politique corrompu et mis en place par l’occupant romain auquel ils se montraient tout dévoués- indique que l’on arrive ici au sommet du procès intenté contre Jésus et qui court à travers tout l’Evangile. La « sainte ligue » est prête à tout pour le faire tomber ; tous les moyens seront bons pour arriver à l’issue fatale que l’on connaît : le juste qui dit la vérité sera exécuté et pourtant l’on s’empresse de remarquer qu’il « ne fait acception de personne » (verset 16).

• Ce dernier point souligné dans le texte évangélique a son importance tant il est vrai que l’on observe dans tout le Nouveau Testament (dans les écrits de Paul comme sur les lèvres de Pierre, les deux colonnes de l’Eglise) qu’il désigne proprement la manière du Christ. Pierre ne dira-t-il pas à Césarée en observant la conversion d’un centurion romain : «  Je me rends compte en vérité que Dieu ne fait acception de personne. » (Actes 10, 34). Le Christ est Seigneur et il n’est pas partial ; son jugement est modéré. Il ne sépare pas pour opposer.

• Ceux qui précisément cloisonnent les personnes et les groupes sociaux ou religieux ont observé durant les trois années de son ministère le Christ : ils ont bien vu son immense bonté comme sa liberté de ton et d’attitude à l’égard de tous : qu’il s’agisse des voleurs, des prostituées, des riches et des pauvres, des hommes et des femmes, des étrangers et en général des personnes qui ne vivent pas pleinement de la loi de Dieu : Il les fréquente tous, s’invite à leur table et les appelle tous à la conversion !

• Vous le savez, le Christ n’est ni laxiste ni relativiste (il suffit pour cela de contempler sa personne et ses comportements). Pourtant, sa liberté de Fils de Dieu l’amène à fréquenter chacun et à s’exprimer très librement même en face des plus hautes autorités sans pour autant développer des thèses politiques radicales. Ainsi, face à Pilate en Saint Jean Il lui dit : «  Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut. » (Jean 19,4) Ceci ne signifie pas « de Dieu », mais d’une autorité supérieure, en l’occurrence l’Empereur Auguste, surnommé couramment César. Une autorité humaine, donc relative puisqu’il s’agit d’une créature connue de Dieu. Liberté de ton du Maître par excellence qui ne saurait se ravaler face à celui qui se croit tout-puissant !

2- Venons-en au fameux « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Verset 21)

PDFCertains voient ici la naissance de la laïcité où l’on ne confond pas la sphère politique et la sphère religieuse. Le contexte n’est pas ici celui de la théorie politique. Voyons plutôt dans la fameuse répartie du Seigneur son grand réalisme et son humour tandis que la Passion pourtant s’approche ! Le Christ ici invite fortement les pharisiens et les hérodiens tout ensemble à découvrir qu’ils vivent dans une société donnée qu’il faut servir loyalement, mais où l’appartenance religieuse ne devrait pas constituer un point de détail négociable.

Payez donc le tribut à César (c’est-à-dire à l’occupant romain) puisque de toute façon il semble que vous ne pouvez pas y échapper. N’entrez pas en rébellion comme les zélotes qui ont choisi la guérilla. Mais, pour autant, n’oubliez pas le Dieu que vous prétendez servir. Il est clair, me semble-t-il que le Christ invite au réalisme, au pragmatisme même, mais tout autant à la fidélité religieuse envers et contre tout.

3- Que conclure pour aujourd’hui ?

Je risque ici quelques remarques qui me paraissent fondées sur la tradition catholique :

• Nous ne saurions nous abstraire de la cité des hommes au motif que nous servons Dieu. A cet égard le récent film « Des hommes et des dieux » nous montre un monastère bien implanté dans un village et une société que les moines n’ont pas choisie, mais qu’ils ne méprisent pas non plus ! Il ne s’agit pas de tout cautionner, de « vendre son âme », de n’avoir aucune distance avec l’esprit du temps en perdant tout sens critique, en ne revendiquant pas éventuellement l’objection de conscience. Mais, il ne s’agit pas non plus d’entrer dans les jugements trop hâtifs du type « Tous pourris ! » qui ne règlent rien !

• Et si rendre à Dieu grâce et honneur signifiait qu’il y a un juste rapport à rechercher en ce monde où nous sommes tout en n’en étant pas (cf. Jean 17,11-14). Et s’il y avait à rechercher une juste position face aux constructions de ce monde et même à ses réformes puisqu’il en est question ces temps-ci.

• Juste rapport : qu’est-ce à dire si ce n’est que cette terre nous est prêtée par le Créateur pour que nous la gérions et la transmettions à la génération qui vient ? Qu’est-ce à dire si ce n’est que cette vie est un don de Dieu et non un « produit » ou une propriété ? Qu’est-ce à dire si ce n’est que nous croyons à des relations humaines qui ne sauraient ressortir à l’adage de Hobbes : «  homo homini lupus est », mais plutôt à la recherche obstinée du bien commun qui n’est assurément pas la somme de nos intérêts particuliers !

En participant à l’eucharistie, en y communiant, rendons à Dieu par le Christ et dans l’Esprit ce que nous devons Lui rendre puisque nous Lui avons déjà donné notre foi : rendons-Lui grâce, offrons-Lui notre joie de Lui appartenir, d’être des siens (cf. Jean 1,11-12). Les mots du célèbre psaume 84 (85) ne nous disent-ils pas où sont nos sources pour bien vivre et bâtir la Cité de Dieu :

« J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’Il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles ;
Qu’ils ne reviennent jamais à leur folie !
Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.
Amour et vérité se rencontrent,
Justice et paix s’embrassent ;
La vérité germera de la terre
Et du ciel se penchera la justice.
Le Seigneur donnera ses bienfaits,
Et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant Lui
Et ses pas traceront le chemin. » (Ps 84 (85), 9-14).

Amen.


Père Stéphane AULARD

Photo : denier frappé en -19/18 à l’image de César Auguste



 


Homélie pour la fête patronale de Notre-Dame du Rosaire

 

18 octobre 2010 2010

HOMELIE POUR LA FETE PATRONALE DE NOTRE-DAME DU ROSAIRE

(16-17 octobre 2010)

1- Nous célébrons ce dimanche la fête patronale de notre église paroissiale Notre-Dame du Rosaire. Beaucoup aiment s’y arrêter quand elle est vide, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ils y apprécient le silence ; ce matin ce sont nos chants de joie qui la remplissent.

Une chose est sûre : tous peuvent venir prier ici en s’arrêtant devant Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de Fatima, la Piéta ou la Vierge des fonts baptismaux qui porte l’Enfant Jésus. Les bâtisseurs de notre église ont voulu que les vitraux célèbrent les mystères joyeux, douloureux et glorieux du rosaire. Quant à la grande verrière elle présente Notre-Dame du Rosaire entourée de Saint Dominique et de Saint Pie V, l’initiateur et le promoteur de la prière du rosaire.

Fête patronale donc, mais pour nous la sainte qui nous patronne, celle que nous honorons n’est autre que la Sainte Vierge Marie, la Mère du Christ que nos frères orientaux –les évêques des Eglises d’Orient sont rassemblés autour de Benoît XVI à Rome en ce moment- surnomment magnifiquement la Théotokos. Autrement dit, « celle qui enfante Dieu, le Fils de Dieu, Jésus Christ » qu’en Occident nous appelons la «  Mère de Dieu » :PDF « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs... »

Nous nous souvenons de ces paroles du Christ en croix à Saint Jean : « Voici ta mère. » (Jean 19, verset 27) et de la réponse en acte de Saint Jean icône dans ce texte de l’Eglise naissante : « A partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » (Ibid.) La tradition catholique a toujours vu dans ce verset bien plus qu’une anecdote : Marie est confiée par le Christ lui-même à l’Eglise pour qu’elle devienne maintenant la mère de l’Eglise.

Celle qui a enfanté Jésus peut maintenant enfanter les chrétiens, mais aussi les accompagner de sa présence maternelle, les encourager. Celle qui a, selon les quatre mystères du Rosaire, joyeusement, lumineusement, douloureusement et glorieusement répondu oui à Dieu à l‘Annonciation, à Cana, au pied de la croix, entre l’Ascension et la Pentecôte peut nous apprendre à accueillir, nous aussi, le Christ dans nos vies et à l’offrir à ceux que nous rencontrons tant il est vrai que notre trésor ne saurait être caché mais plutôt offert à tous !

Dès lors, non seulement la Vierge Marie est la mère du Christ, elle est la mère de l’Eglise et la reine des apôtres que nous avons décidé d’être en ratifiant notre baptême par notre confirmation et en communiant au Christ à l’eucharistie où nous le reconnaissons vivant et présent puisque nous lui disons « amen », oui Seigneur : songeons-y tout à l’heure quand nous nous avancerons près de l’autel !

2- Beaucoup de personnes pensent que la prière du rosaire (le chapelet qui n’est qu’un quart de rosaire !) est répétitive, désuète et manque d’originalité puisqu’il est entendu que la prière doit elle aussi être toujours nouvelle et attractive comme dans les publicités qui vantent perpétuellement des nouveautés ! Eh bien je dois vous dire ici que, pour ma part, je ne médite pas si fréquemment que cela les mystères du rosaire ; je n’ai pas toujours sur moi comme Sainte Bernadette ou les bergers de Fatima un chapelet.

Pourtant, cela ne m’empêche pas d’utiliser les dix doigts de mes deux mains pour méditer une dizaine de chapelet à l’occasion ! Et, cela, tout le monde peut le faire, croyez-moi ! Le pape Jean-Paul II dans sa lettre apostolique consacrée au Rosaire (16 octobre 2002, il y a huit ans) nous a invités à méditer plutôt qu’à réciter, le chapelet comme «  l’un des parcours traditionnels de la prière chrétienne qui s’attache à la contemplation du Christ » (N° 18), comme «  un résumé de l’Evangile » (N° 19). Peut-on dire mieux ?

Il m’est arrivé plus d’une fois, lors d’une marche silencieuse au cours d’un pèlerinage par exemple, mais aussi pendant un temps d’attente ennuyeux et interminable, de méditer tel ou tel mystère du chapelet en commençant par me représenter la scène évangélique, en me remémorant telle ou telle parole évangélique qui lui est attachée, en faisant ensuite silence avant de dire posément et tranquillement la dizaine de « Je vous salue Marie ». Ingrid Betancourt raconte dans un livre récent où elle revient sur sa captivité durant six ans et demi en Colombie qu’elle s’est confectionnée un chapelet de fortune qui a accompagné sa méditation de la Bible (dans, « Même le silence a une fin », Gallimard).

3- La page d’Evangile de ce jour (Luc 18, versets 1 à 8) nous présente la fameuse parabole du juge inique qui finit pas se laisser toucher par une pauvre veuve à force d’insistance. Saint Luc, de manière osée prend cette situation caricaturale en exemple pour répondre à certaines de nos questions qui constituent, il faut bien le reconnaître de sérieux obstacles à la foi : «  Pourquoi, lorsque je m’essaie à prier, ai-je le sentiment que Dieu ne m’entend pas, ne s’intéresse pas à moi ? » « Pourquoi Dieu semble-t-il sourd à nos appels ? »

La prière du chapelet ne nous offre-t-elle pas une réponse à travers le verset 7 : «  Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers Lui jour et nuit ? » Pourquoi Dieu devrait-il répondre sur le champ à ce que nous appelons nos prières pourtant si souvent expédiées ? A ceux qui ne veulent pas d’une prière prolongée, l’Evangile de ce jour dit : Attarde-toi un peu dans ta prière, prends donc un peu de temps, toi qui t’attardes si souvent à tant de choses futiles !

A ceux qui expédient leur chapelet et que l’on n’arrive pas à suivre tellement les dizaines filent, l’Evangile nous dit de crier, de prier jour et nuit en nous tournant vers le Seigneur plutôt qu’en manipulant un moulin à prière . Laisse passer devant tes yeux, dans ton cœur et dans ta mémoire les grandes scènes de l’Evangile et que tes doigts s’arrêtent quand le moteur commence à s’emballer !

En contemplant le Christ qui médite avec cœur les paroles de la Bible, en regardant la Vierge méditante, écoutante, priante, Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de Fatima, Notre-Dame des miracles à Saint-Maur, mets ta foi dans le Seigneur alors le Christ quand Il reviendra te trouvera, nous trouvera fidèles et confiants et joyeux. Amen.

Père Stéphane AULARD


PS : vous trouverez des précisions sur les mystères du Rosaire sur différents sites dont celui-ci : http://www.foi-et-contemplation.net/amis/Marie/rosaire.php



 


Lazare et le mauvais riche

 

13 octobre 2010 2010

Homélie du dimanche 26 septembre 2010, par le diacre Thierry Wion

Homélie du dimanche 26 septembre 2010, par le diacre Thierry Wion

LUC 16, 19-31

Chers frères et sœurs, l’évangile de Luc de ce dimanche peut déranger certains d’entre nous.

Et bien l’évangile de Luc, frères et sœurs, ne devraient pas en déranger certains, mais devrait tous nous déranger, ou du moins nous interpeller.

Car si nous nous situons sur une échelle mondiale et parfois cela fait du bien de pousser les frontières de la région parisienne - entre parenthèse la région la plus riche de France - et bien, frères et sœurs, le plus pauvre d’entre nous aujourd’hui dans cette église est plus riche que près de la moitié de la planète. Plus de la moitié du globe vit en dessous du seuil de pauvreté.

Il serait facile de comprendre que Jésus semble dire que le riche est puni parce qu’il est riche et que le pauvre récompensé parce qu’il est pauvre. Au passage on notera que le pauvre à un nom, Lazare, et que le riche n’en a pas. Jésus renverse une fois de plus la situation en inversant l’importance de la personne par rapport à sa condition sociale.

Encore aujourd’hui notre curiosité est plus aiguisée par le palmarès des plus grosses fortunes de France, que par la liste des pauvres qui sont visités régulièrement par la conférence Saint Vincent de Paul de notre paroisse.

Je tiens à dire que nous fêterons demain le 350ème anniversaire de la mort de Saint Vincent de Paul qui fonda les Lazaristes, pour venir en aide aux plus déshérités de son temps.

Son action, son œuvre a eu un rayonnement national exceptionnel ainsi qu’une vraie fécondité spirituelle à l’étranger. Nous devons prendre et l’Evangile d’aujourd’hui nous y invite exemple sur ce grand Landais pour qui l’amour du prochain n’est pas un vague sentiment humanitaire, mais un service concret, toujours fondé sur la parole du Christ :


« Ce que vous faîtes au plus petit d’entre vous c’est à moi que vous l’avez fait. »

Voyez-vous, frères et sœurs, c’est assez simple . Il n’y a pas besoin d’écrire un roman. Une phrase du christ qui lorsqu’elle est vécue peut être heureusement terriblement efficace.

Cette phrase motive toutes les personnes qui participent à la conférence st Vincent de Paul, cette phrase appelle à l’action.

Si des mots, des phrases, peuvent parfois tuer, cette phrase du Christ peut sauver des vies et donne une occasion toute simple de devenir responsable et solidaire de nos frères.

Je vous invite maintenant à vous regarder intérieurement, de faire une très courte introspection de notre condition. Nous avons de quoi manger, nous avons de quoi nous vêtir et même si pour certains d’entre nous ce n’est pas l’opulence, nous ne sommes pas comme Lazare ou comme tous ceux que je vois à Paris tous les jours. Le matin, ils font les poubelles ou dorment emballés dans des cartons et le soir ils font la queue pour une soupe chaude et un peu de pain à l’armée du salut ou aux restos du cœur, ils se font lécher par leur chien.

Les Lazare d’aujourd’hui sont bien présents et à moins de trois kilomètres. Le pont de Créteil, le bois de Vincennes. Les bénévoles de la conférence St Vincent de Paul peuvent vous en parler. Il n’y a pas besoin de faire des milliers de kilomètres pour faire de l’humanitaire de proximité.

Attention de ne pas tomber dans l’humanitaire exceptionnel, ce que j’appellerai de l’humanitaire de riche. Ne prétextons pas une cause humanitaire pour faire du tourisme humanitaire.

Pausons-nous honnêtement la question aujourd’hui dans cette église pourquoi le riche est-il condamné. Frères et sœurs le riche n’est pas condamné pour sa richesse, nous savons que Jésus aime pour se faire comprendre raconter des histoires simples.

Le riche est condamné pour sa pauvreté, sa pauvreté de cœur. Sa richesse le rend sourd et aveugle, il ne voit même pas Lazare. Il ne pense qu’à lui.

Pourtant quand le riche implore la pitié, qu’il n’a lui-même jamais eu, il me devient presque sympathique, il devient humain. En ne demandant pas à rejoindre Lazare mais simplement que l’on allège un instant sa peine, il fait preuve d’humilité et on entrevoit une première conversion. Une deuxième preuve de conversion, il ne pense plus qu’à lui il demande que l’on prévienne ses frères, pour que sur terre ils puissent prendre leur précaution pour ne pas connaître le même sort.

Abraham ne veut pas, car si Lazare était revenu sur terre, bien sur que les frères auraient changé de vie. Comme peut-être aujourd’hui certains d’entre nous le feraient devant cette certitude. Nous faisons du bien, nous irons au paradis. L’expression gagner son paradis m’a toujours beaucoup amusé.

Si faire le bien n’a d’autre motivation que la peur de la punition, si nous faisons le bien que pour éviter l’enfer, cela ne sert à rien.

Quand Abraham répond au riche que ses frères n’ont qu’à écouter Moïse et les prophètes, nous aussi nous ferions bien d’écouter ce que les écritures et la parole du Christ veulent nous dire et cela de façon journalière.

Peut-être frères et sœurs le plus important est de bien comprendre que Jésus à l’image de Lazare attend des miettes, mais des miettes de notre temps pour qu’il puisse nous parler et que l’on puisse l’écouter.

Arrêtons de faire les riches, les hyper-bookés, les débordés, prenons le temps de l’écouter.

Nous sommes les frères du riche, nous sommes le riche, nous sommes aussi Lazare et notre Père qui sonde les reins et les cœurs nous aime tels que nous sommes et nous invite à la conversion plein d’espérance et d’amour.

L’amour de nos frères, l’agapè en grec, l’amour désintéressé, voila frères et sœurs ce qui doit nous motiver, nous qui sommes là aujourd’hui désireux de suivre le Christ. Etre attentif à nos frères, prendre du temps pour les écouter, pour les réconforter, pour partager, pour leur dire ou faire comprendre lorsqu’ils sont au bout du bout : le Seigneur t’aime et tu as du prix à ses yeux.

Ne passons pas à côté de l’amour car là est la vrai richesse et rappelons nous que tout ce qui nous est donné, nous vient de Dieu.

Demandons à notre Père pendant quelques instants de silence de nous rappeler nos richesses mais aussi nos pauvretés. Que le seigneur à travers l’eucharistie que nous allons recevoir nous donne la force de la conversion.

Avant de communier nous disons une phrase très belle je vous invite aujourd’hui à y mettre tout votre cœur :

Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir mais dis une seule parole et je serai guéri.

Donnons à cette petite phrase, frères et sœurs, toute son immense dimension et que cet appel vers Dieu nous amène la guérison de notre cœur et nous mène à suivre l’exemple des bénévoles de Saint Vincent de Paul et peut-être à les rejoindre pour aller toujours plus loin dans la relation avec tous nos frères malades, tous les petits, tous les Lazard et cela dans l’amour du Christ.

AMEN

Légende de la première image :
Lazare et le mauvais riche, enluminure du Codex Aureus d’Echternach.

  • Panneau supérieur : Lazare devant la porte de la maison du mauvais riche.
  • Panneau médian : Lazare est emporté au Paradis par deux anges ; Lazare dans le sein d’Abraham.
  • Panneau inférieur : Le mauvais riche est conduit en enfer par deux anges ; il y est torturé.



 


ASCENSION 2010

 

14 mai 2010 2010

Comme il est bon pour les disciples du Christ de lever les yeux vers le Ciel parce que nous lui devons tout. Mais, comme il est bon également de garder les pieds sur la terre qui nous est confiée par Dieu !
Et si l’Ascension était de la part du Christ la livraison de ce monde à ceux qui, tout en se réclamant de Lui, ne le retiennent pas... autrement dit : nous !, à ceux qui acceptent d’entrer dans la « voie nouvelle et vivante qu’Il a inaugurée. » (Hébreux 10,20)

Hérode le grand vu par Théophile Lybaert (1848-1927) - 1883
1-
En préparant cette homélie, j’ai sous les yeux la figure du Saint Curé d’Ars, Jean-Marie VIANNEY. Plus précisément la statue dite du «  monument de la rencontre » où l’on voit un jeune garçon –un berger- qui, le 13 février 1818 rencontra son nouveau curé, Jean-Marie Vianney qui arrivait à Ars, village de 230 habitants dans les Dombes en suivant une carriole contenant ses quelques affaires. Sans doute connaissez-vous la célèbre réponse du Curé d’Ars au jeune Antoine Givre qui venait de lui indiquer le chemin du village :

« Tu m’as montré le chemin d’Ars ; je te montrerai le chemin du Ciel. »

Frères et sœurs, vous avez compris pourquoi je vous rapporte cette célèbre apostrophe du Saint Curé d’Ars en ce jour d’Ascension. C’est parce qu’il y est question du « ciel ». Le «  ciel », autrement dit « Dieu »(pensez à la prière du Notre Père : « Notre Père qui es aux cieux... » en Matthieu 6,9), la «  vie en Dieu » ou comme dirait Saint Matthieu « Le Royaume des cieux ».

2-
Je connais pour ma part pas mal de gens qui ne partagent pas notre foi (qui « ne croient pas au ciel » comme disaient naguère les communistes en distingant ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas) et qui face à l’Ascension vous diraient amusés : « Ah oui, l’ascenseur..., parce qu’il l’avait déjà inventé ! » Ou encore : « L’Ascension, c’est lorsque le Christ muni d’on ne sait quel turbo réacteur s’est envolé dans le ciel ! » Toute notre tradition artistique montre pourtant à souhait depuis des siècles les apôtres et souvent la Vierge Marie avec eux levant les yeux pour voir disparaître le Christ porté par les créatures célestes par excellence que sont les anges...
Hérode le grand vu par Théophile Lybaert (1848-1927) - 1883 Beaucoup, il faut le redire, sont mal à l’aise avec ce qui leur apparaît un mythe. Certains se souviennent que le patriarche Hénoch (cf. Genèse 5,24) et le grand prophète Elie (cf. 2 Rois 2,11 et ss) selon la tradition biblique étaient déjà, avant le Christ, montés aux cieux. Dieu pour ainsi dire « signant de ses deux mains » la sainteté de leur parcours terrestre en ne les retenant pas dans les affres de la mort, c’est-à-dire sous terre. Quelques-uns font remarquer que dans la religion civile des Romains la « divinisation » de l’empereur s’apparentait à un « rapt céleste » pour mieux attester de sa grandeur et pour mieux asseoir le culte qui devait donc ensuite lui être légitimement rendu. Les premiers chrétiens ont pour certains payé de leur vie leur refus de satisfaire à cette obligation, souvenons-nous en...

Il n’est donc peut-être pas inutile ici de rappeler que dans son Ascension le Christ qui s’élève le fait avec son corps déjà ressuscité –qui est bien le sien, mais qui est aussi déjà transfiguré depuis quarante jours. La présence du cierge pascal allumé depuis Pâques dans le choeur de l’église à côté du livre de l’Evangile et de l’Autel atteste cela : Christ est ressucité, Il est debout ! En effet entre Pâques et l’Ascension, c’est bien le Christ ressuscité qui apparut à de multiples reprises à ses disciples qui le reconnurent difficilement au début et qui ne purent jamais le retenir (souvenez-vous de l’épisode fameux de Marie-Madeleine préoccupée de retrouver le corps mort de Jésus et donc qui n’est pas prête à découvrir le Ressuscité car en fin de compte, elle préférerait tenir, « retenir » entre ses mains un corps mort car de cela au moins elle est sûre ! Cf. Jean 20,15.17)

Le Christ dans ses apparitions pascales leur fait comprendre le sens de son existence et de son sacrifice qui a conduit à sa Résurrection. Au commencement du Livre des Actes des Apôtres que nous lisons aujourd’hui tout comme dans l’Evangile selon Saint Luc, Il leur promet qu’ils seront bientôt « baptisés (plongés, immergés) dans l’Esprit Saint » (Actes 1,5) et qu’ils seront « revêtus d’une force d’en haut » (Luc 24,49) ; Alors vient la conclusion : « Ils le virent s’éleveret disparaître à leurs yeux dans une nuée. » (Actes 1,9) « Il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. » (Luc 24,51)

Nous sommes fascinés par cette idée du ciel. Ne nous intéressons-nous pas d’ailleurs à toutes les recherches en cours nous montrant ces magnifiques images des confins de notre univers grâce à des techniques toujours plus sophistiquées même si, comme le disait Pascal, « ces espaces infinis nous effraient... » Pourtant, en même temps nous refusons cette idée du ciel –au moins certains- parce qu’elle nous apparaît décidément trop naïve donc dépassée.

Mais, observez plutôt les verbes qui accompagnent cette notion du « ciel ». Les verbes s’élever et se séparer . Je vous l’ai dit plus d’une fois et me permets de vous le redire encore aujourd’hui les vocables de l’élévation dans le Nouveau Testament désignent par excellence la réalité de la résurrection du Christ. Si le Christ debout, si le Christ qui s’élève est le Ressuscité qui, dans sa Pâques, a traversé le mal, la souffrance, la mort et le néant, alors c’est que sa victoire sur toutes ces forces est définitivement accomplie (cf. 1 Corinthiens 15,55). Les portes de la mort ne prévaudront pas. (cf. Matthieu 16 18)

J’aimerais dire aussi un mot au sujet de la séparation. Les jeunes, mais aussi beaucoup d’adultes, je pense par exemple à toutes ces foules qui se livrent au dieu football, vous diront qu’ils communient ensemble dans un grand rassemblement où tout le monde semble être à l’unisson. Nous autres chrétiens devons toujours faire attention à ne pas instrumentaliser ce goût de la fusion collective dans nos rassemblements y compris dans nos messes et grands rassemblement festifs (je pense ici au FRAT ou aux JMJ que je connais bien). Nous devons aussi en même temps proposer aux personnes d’échanger et de partager pour trouver sens en refusant la seule fusion collective !

Toute la Bible nous dit que Dieu a créé l’univers en s’opposant au tohu bohu primordial (cf. Genèse 1,2) lequel n’est que fusion, confusion et mélange. C’est ainsi qu’Il a ordonné l’univers par sa parole et par son souffle en séparant le ciel et la terre, les eaux d’en haut et les eaux d’en bas... (cf. Genèse 1,2-3 et ss). La séparation bien loin d’être rupture et oubli de la terre par le ciel met au contraire en place, ordonne afin que chacun puisse advenir et exister comme le dit par exemple le Psaume 57(verset 6) :

« O Dieu, élève-Toi sur les cieux ! Sur toute la terre Ta gloire ! »

-3
Et si l’Ascension était l’ultime élévation, la parfaite élévation du Vivant par excellence qu’est le Christ, le grand prêtre qui n’offre rien, parce que, bien mieux Il s’offre lui-même et sans condition !

Et si l’Ascension était de la part du Christ la livraison de ce monde à ceux qui, tout en se réclamant de Lui, ne le retiennent pas... autrement dit : nous !, à ceux qui acceptent d’entrer dans la « voie nouvelle et vivante qu’Il a inaugurée. » (Hébreux 10,20)

Dès lors frères et sœurs sur nos chemins terrestres comme il est bon de savoir nos vies orientées ! Comme il est bon de sans cesse accueillir avec reconnaissance Celui qui vient du Père des cieux et qui y est retourné, accomplissant ainsi sa mission et nous désignant la nôtre. Comme il est bon de se laisser envelopper, mieux habiter par l’Esprit Saint promis et maintenant advenu : c’est précisément le don du ciel à ceux qui, disciples du Christ, ont les pieds sur terre ! Comme il est bon, en effet, pour les disciples du Christ de lever les yeux vers le Ciel parce que nous lui devons tout. Mais, comme il est bon également de garder les pieds sur la terre qui nous est confiée par Dieu !

Oui, sur terre le Ciel est advenu en Jésus Christ et nous y tenons fermement. Nous n’avons pas à vouloir quitter cette terre qui serait opposée par principe au Ciel dans une sorte de manichéisme funeste et fort peu chrétien pour tout dire. Malgré les horreurs que charrie toute notre histoire humaine depuis des siècles, malgré nos peurs et le « mystère de l’impiété » (cf. 2 Thessaloniciens 2,7) qui continue de rôder : «  Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance car Il est fidèle Celui qui a promis » (Hébreux 10,23). Oui, nous ne sommes pas « orphelins » (cf. Jean 14,18) car à la Pentecôte nous a vons été revêtus de l’onction céleste, l’Esprit Saint à l’origine de l’Eglise et qui l’accompagne tout comme notre monde encore dans les « douleurs de l’enfantement ». (cf. Romains 8,)

Bonne fête de l’Ascension !

Père Stéphane AULARD


Photos :
- le monument de la rencontre à Ars
- l’ascension, vitrail de Notre-Dame du Rosaire
- "Noli me tangere" de Fra Angelico, Marie-Madeleine et le Christ ressuscité



 


Dimanche du Bon Pasteur (25 avril 2010)

 

29 avril 2010 2010

Comprendre pourquoi le Christ est le Bon Pasteur et réfléchir sur les vocations, toutes les vocations.

4ème Dimanche de Pâques

Le quatrième dimanche de Pâques a pour sous-titre le dimanche du « Bon Pasteur ».

En effet, chaque année l’Eglise nous invite à entendre un passage du chapitre 10 de l’Évangile selon Saint Jean qui nous présente le Christ sous les traits d’un berger, le bon pasteur. Le verset 11 est dans toutes nos mémoires : Le Christ dit ces paroles rappelées au début du passage que nous lisons cette année (les versets 27 à 30) : «  Je suis le bon Pasteur, le vrai berger. »

Qu’est-ce qu’un berger pour nous dans notre société et notre culture actuelle ?

On entend parfois parler des bergers quand ils sont en colère et qu’ils « montent à Paris » ou à la préfecture de leur département pour manifester. Ils en ont assez des loups ou des ours que l’on réintroduit dans la faune de leur région et qui de temps en temps viennent égorger quelque mouton ou jeune brebis. Beaucoup de nos jours n’ont jamais vu un berger de leur vie et ne mesurent donc pas les difficiles conditions de vie des bergers chargés de garder des troupeaux dans la solitude et par tous les temps. La publicité parfois évoque les spécialités de tel ou tel berger de manière amusée, mais ce n’est pas cela qui va pour autant nous aider à comprendre ce qu’est un berger.

C’est pourtant cette figure du Seigneur berger, « bon Pasteur » ; que l’Eglise a retenue pour nous inviter en la contemplant à faire monter vers Lui une prière mondiale pour les vocations. Sur les cinq continents, ce dimanche, l’Eglise prie le « Maître de la moisson pour qu’Il envoie des ouvriers à sa moisson » (cf. Matthieu 9,38) puisque Jésus, le maître et le pasteur par excellence, nous y a invité. Puisqu’Il nous demande de le faire, nous le faisons !

Dans cette homélie, j’aimerais d’abord décrire les trait du Christ Pasteur pour essayer de bien comprendre qui est ce Pasteur, ce qu’Il fait aussi pour son troupeau. Puis, nous prendrons un peu de temps pour réfléchir sur les vocations puisque c’est vraiment le jour de le faire !

Je n’oublie pas que nous sommes dans l’année sacerdotale comme nous y a invité Benoît XVI et donc je reviendrai sur la figure essentielle du Pasteur.

Qui est donc ce Bon Pasteur ?

Jésus qui connaissait bien la tradition d’Israël consignée dans l’Ancien Testament a pour horizon de sa réflexion sans doute bien des passages comme le Psaume 22 (23) qui présente le Seigneur comme le berger par excellence : «  Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, Il me fait reposer. » (Ps 22 (23), verset 1) Jésus a aussi en tête les propos que le prophète Ezéchiel tient (au chapitre 34 de son livre) lorsqu’il vitupère contre les rois d’Israël présentés comme de mauvais bergers.

Toute la tradition d’Israël estime que le roi est le berger chargé par Dieu de guider le peuple qu’Il lui a confié. Or, l’histoire et l’expérience montrent que bien souvent les rois n’ont pas été à la hauteur de ce que Dieu leur confiait comme mission. Ezéchiel qui, au VIème siècle, se retrouvait en exil avec son peuple mesure la gravité de cet état de fait : si Israël en est arrivé là, c’est bien parce que le roi du moment, à la suite de beaucoup d’autres avant lui, n’a pas été un bon roi, un bon guide capable de bien mener la politique de son pays.

Jésus, comme les prophètes avant lui, savait donc a priori ce que l’on attendait d’un roi : qu’il soit un bon et vrai berger. Or, souvent les rois furent mauvais et faux parce qu’ils n’agirent pas dans le sens du bien compris comme le bien-être et la prospérité de leur peuple et aussi dans la fidélité à Dieu et aux idéaux d’Israël.

Dans le chapitre 10 de Saint Jean, Jésus se présente en disant : «  Je suis le bon berger ». Nous connaissons cette expression «  Je suis » qui revient fréquemment dans cet évangile : «  Je suis le pain vivant »(Jean 6,34), «  Je suis la lumière du, monde »(Jean 9,5), «  Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11,25), «  Je suis le chemin, la vérité et la vie. »(Jean 14,6)

L’expression «  Je suis » exprime la divinité de Jésus et tous les attributs que je viens d’énumérer sont donc ceux de Jésus de Nazareth qui est le Seigneur. C’est en effet le Seigneur qui nous apprend ce que veut dire être berger. Jésus le précise : «  Il donne sa vie pour ses brebis »(Jean 10,11.15). Il prend donc soin d’elles en les ramenant dans le bercail si elles se perdent (cf. la parabole de la brebis perdue en Luc 15), mais il est aussi prêt à livrer sa vie pour elles, pour les sauver.

Je vous signale au passage que dans notre culture, ce soin et ce don de soi pour les brebis était une fonction que le roi autrefois devait exercer. Cela lui était dit au jour de son sacre et cela montre plus largement combien notre culture façonnée par la tradition biblique et chrétienne sait qu’une vie -et singulièrement la vie des chefs- ne vaut que par le don de soi dont elle peut être capable.

Le Bon Pasteur appelle ses brebis : c’est pourquoi elles ont chacune une vocation :

Mais, ce berger a aussi une autre fonction que celles rappelées à l’instant. Il connaît ses brebis. Et il les connaît si bien qu’il les appelle chacune par son nom (Jean 10,3). La connaissance du berger n’est donc pas simplement une connaissance globale du type : « J’ai environ tant de têtes de bétail... » Non, mais bien plutôt : je les connais chacune et je peux les appeler par leur nom. Tant et si bien qu’elles n’écouteront jamais la voix d’un berger mercenaire qui, lui, serait intéressé, mais certainement pas prêt à donner sa vie pour protéger chacune des brebis.(cf. Jean 10,5.13) Vous comprenez pourquoi je parle d’appel des brebis par leur nom. C’est parce que nous entrons ici dans l’intimité et la connaissance personnelle que le Seigneur a de nous.

Eh bien frères et soeurs savez-vous que chacun et chacune d’entre nous a été appelé (e) par le Seigneur au jour de son baptême ? En effet, ce jour là ce n’est pas par une simple déclaration ou par l’énumération de notre numéro de sécurité sociale que nous avons reçu le baptême. C’est parce que le ministre du baptême (évêque, prêtre ou diacre) a prononcé notre nom de la part du Seigneur. Or, notre nom qui est en fait notre prénom -que nos parents ont choisi quelquefois après bien des négociations- nous établit personnellement dans une famille (c’est notre nom de famille) et dit combien nous sommes uniques.

Le Concile Vatican II ne cesse de rappeler ce fait essentiel : par notre baptême, nous avons une égale dignité qui fonde notre existence chrétienne. (cf. Constitution sur l’Eglise, Lumen gentium, n° 31 et 32) Il n’y a donc pas de vocations supérieures à d’autres. Mais, fondamentalement, nous sommes tous des êtres appelés, donc connus et aimés du Seigneur. Nous ne sommes jamais seuls.

Cela c’est ce qu’on appelle la «  vocation chrétienne ». Le mot « vocation » vient du latin vocare qui se traduit en français appeler. Il faut le dire et le redire : un chrétien est appelé par Dieu, connu et aimé de Dieu dès sa conception et le baptême est le sacrement qui le signifie clairement.

Il y a donc la vocation chrétienne qui vient du baptême et il y a dans l’Eglise bien des manières de refléter le Christ, de le montrer aux autres. Chacun ne peut pas réaliser évidemement à lui seul la totalité du Christ, mais la vocation spécifique de chacun souligne un trait particulier du Christ. Je m’explique :

Les personnes mariées reflètent le Christ époux de son peuple.
Un époux aimant et fidèle qui est entré en alliance pour toujours avec son peuple. Le couple exprime donc cela dans son mariage.
Le mariage chrétien, le sacrement de mariage n’est donc pas un pis-aller comme parfois une certaine spiritualité, autrefois,a pu le laisser entendre dire. Puisque tu ne suivras pas le chemin de la vie parfaite (la vie religieuse), marie-toi donc !
Le mariage chrétien, je ne parle pas ici des différents produits et sous-produits que la République a pu inventer depuis quelque temps (du concubinage en passant par le PACS), est quelque chose de grand puisqu’il ne s’agit de rien moins que de montrer au monde combien dans le Christ en venant à notre rencontre continue par son engagement total, sa fidélité, à vouloir la réussite de chacune de nos vies, la réussite de ce ce monde.
Je pense ici aux jeunes et j’ai envie de vous dire : Votre vocation, l’appel que vous lance le Seigneur et la réponse qui est la vôtre est peut-être d’être mariés. Sachez que cela est grand (cf Ephésiens 5,32). Alors, si telle est votre vocation, si telle est votre mission, entrez dans cette grandeur à laquelle le Christ vous appelle !

Qu’est-ce qu’un prêtre ?
Si autrefois, le mariage en tant que sacrement a pu être minoré au profit de la vocation religieuse ou sacerdotale, aujourd’hui, toutes les vocations pâtissent y compris celle de prêtre.
J’ai encore entendu des gens me dire : « Ah, vous vous êtes fait prêtre parce que vous avez eu une déception ! ». On imagine de quelle déception il peut s’agir !Un prêtre est là pour exprimer la figure du Christ pasteur dont j’ai déjà beaucoup parlé.
Etre pasteur, c’est avoir pour charge de conduire le peuple de Dieu qui se trouve par exemple sur un quartier (une paroisse). C’est faire retentir la Parole de Dieu (par la prédication comme je suis en train de le faire), inviter à la prière, offrir les sacrements, inciter à l’amour de charité. Voilà le ministère du prêtre, pasteur à la suite du Christ, qui ne nous emmène pas sur des chemins de traverse.

Je pourrais encore parler du diaconat.
Les diacres -nous en avons sept qui habitent à Saint-Maur, ce qui est rare dans une ville- expriment par leur engagement la figure du Christ serviteur. Il s’agit de montrer que le Christ est grand parce qu’il sert ses frères et ne se fait pas servir. Il les sert par amour. Les diacres ont beaucoup à apporter à notre Eglise et à notre société en montrant que le service désintéressé change tout !

Enfin un mot des religieuses et religieux.
Eux aussi par leur profession religieuse (les trois voeux de chasteté, pauvreté et obéissance) expriment à leur manière que le Christ, époux de l’Eglise, pauvre, chaste et obéissant, est venu aimer de cette manière son peuple. Un engagement religieux en vivant ces troix voeux nous désigne le Christ, époux chaste, pauvre et obéissant de son peuple. C’est pourquoi la vie religieuse est si importante pour notre Eglise et notre société.

Comme le dit sans cesse notre évêque, Mgr Michel SANTIER, il n’y a pas de vocations supérieures aux autres. Mais, dans l’Eglise on a besoin de toutes les vocations, comme dans un orchestre symphonique. Si l’on manque de certaines vocations,c’est comme si l’on manque de tout un pupitre dans un orchestre symphonique : il n’y aura pas de symphonie ! On a décidément besoin de toutes les vocations.

Prions donc ensemble en ce jour pour que chacun se redécouvre appelé, aimé de Dieu, donc jamais seul. Et prions ensemble pour que toutes les vocations de notre Eglise présentent au monde, dans une vaste et belle symphonie, le Christ époux, pasteur et serviteur.

Père Stéphane AULARD



 


Homélie du Jeudi Saint

 

27 avril 2010 2010

1er avril 2010

- I -
Les lectures bibliques de cette fête du Jeudi Saint qui ouvre le Triduum pascal nous invitent toutes les trois à l’action.

En nous rappelant le sacrifice de l’Agneau pascal suivi d’un repas de communion entre les fidèles d’Israël, le Livre de l’Exode inscrit dans notre mémoire profonde la figure de l’Agneau à laquelle Israël s’est identifié. Figure d’innocence, certes ; figure de perfection, figure de choix qui nous oriente d’ores et déjà vers l’Agneau de Dieu pleinement révélé en Jésus Christ.

L’ordre adressé à Israël, c’est que cet agneau partagé, sacrifié, mangé, soit au cœur de la vie religieuse de ce peuple :
"Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle, d’âge en âge, vous le fêterez." (Exode 12, 14)


- II -
Cette mémoire et cet agir, nous les retrouvons dans les deux lectures du Nouveau Testament.

Saint Paul, en rappelant à l’ordre les chrétiens de Corinthe bien peu respectueux du Repas du Seigneur lors de leurs agapes soi-disant fraternelles, leur transmet les paroles mêmes du Seigneur au cours du repas pascal qu’Il célèbre avec ses disciples et qu’Il transforme profondément. C’est Lui en effet l’Agneau pascal qui Se sacrifie. Et comme le repas d’Israël précédait la Pâque, passage miraculeux de la Mer Rouge, voici que l’institution de l’Eucharistie précède, elle aussi, la Pâque du Seigneur.

Au moment de passer de ce monde à la gloire de son Père, autrement dit d’accomplir sa Pâque, le Seigneur institue le repas eucharistique, notre messe, et dit, nous l’avons entendu à deux reprises : "Faites cela en mémoire de moi."

Il s’agit bien d’accomplir, de réitérer le Repas du Seigneur, pas seulement en nous souvenant de Lui. Car, cela n’est pas difficile de l’évoquer.

Mais il s’agit, plus fondamentalement, de le laisser advenir de telle sorte que le souvenir devienne mémoire vive, présence réelle et que nous ne cessions de rendre grâce de cela.

N’est-ce pas l’Esprit-Saint, seul, qui peut nous donner de comprendre ce que nous faisons prêtres –au premier chef-, mais aussi diacres et fidèles, lorsque nous célébrons l’Eucharistie du Seigneur ?

N’est-ce pas l’Esprit-Saint, seul, promis à l’Église par Jésus Lui-même, qui vient réaliser pleinement cette présence du Christ notre Seigneur au milieu de nous, sur l’autel, mais aussi en nous, très intimement, et en nous tous, l’Église de Jésus Christ.

N’ appelle-t-on pas l’Eglise à juste titre le "Corps du Christ" parce qu’elle se nourrit sans cesse du Corps du Christ présenté par ses ministres et reçu en communion par ses fidèles, du pape jusqu’à ces enfants trisomiques qui y accèdent, ou ces malades qui ont toujours faim du Seigneur ?

Oui, le Cardinal de Lubac avait bien raison de synthétiser l’enseignement constant de l’Église depuis la plus haute antiquité : "L’Eucharistie fait l’Église ; l’Église fait l’Eucharistie."


- III -
J’aimerais dire maintenant un mot à propos du lavement des pieds que l’Église a toujours voulu entendre le jour où elle rappelle la Cène du Seigneur.

Saint Jean rapporte cet épisode qui ouvre, dans son Évangile, la deuxième partie où la gloire du Seigneur se révèle suprêmement dans le sacrifice du Christ sur la Croix. Il conclut le récit avec ces mots : "C’est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous" (Jean 13, 15).

Il y a ici de nouveau une double invitation à faire ce que le Seigneur a fait en mémoire de Lui.

C’est pourquoi, en ce jour, nous refaisons les gestes de Jésus au cœur de notre liturgie, non pour mimer le Seigneur, mais pour nous imprégner de ce qu’Il est.

L’Agneau pascal qui s’immole est aussi le berger prévenant, soucieux de nous, qui vient jusqu’à soigner nos corps et nos âmes en se mettant à genoux devant nous.

Frères et sœurs, en cette année sacerdotale, comment ne pas être saisi par la "charité pastorale" du Seigneur ?

Notre culte est la mémoire de la bonté du Seigneur à notre égard, de la livraison totale de son être à ses créatures. Son Salut est le soin particulier qu’Il a de chacun de nous.

C’est votre curé qui vous dit cela ce soir, et qui rend grâce de ce que l’Église nous a fait découvrir à nous les prêtres, comme aux diacres d’ailleurs. Tant il est vrai qu’un "curé" est celui qui doit avoir soin (curare, en latin signifie : soigner)des personnes, qui doit avoir le souci de chacun, comme le Christ nous l’enseigne.

Au milieu de vous ce soir, vos prêtres veulent vous redire au nom de Jésus : voilà ce que nous avons découvert, voilà ce qui nous a été transmis, voilà ce que nous désirons vous apporter pour que vous aussi vous soyez dans les mêmes dispositions.

Comment ne pas terminer sur des paroles simples et fortes du Saint Curé d’Ars ?

"Il faut toujours avoir Dieu en vue,
Jésus Christ en pratique,
soi-même en sacrifice."

Et aussi, je vous invite à parcourir la lettre pastorale de notre évêque qui nous redit à tous ce qu’est le ministère des prêtres.

Bénissons le Seigneur pour le don du Sacerdoce ministériel, pour l’Eucharistie et tous les sacrements, pour son invitation à faire de nos vies des existences animées par l’amour de charité.Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Homélie du Vendredi Saint

 

12 mai 2012 2012 par Père Stéphane Aulard

(2 avril 2010)

HOMÉLIE DU VENDREDI SAINT


- I -

En ce Vendredi Saint, nous célébrons la Passion du Seigneur avec le regard fixé sur Jésus Christ élevé de terre et qui attire à Lui tous les hommes. (cf. Jean 12, 32)

La Croix est au centre de notre foi. Le Christ sur la Croix, souffrant et expirant livre son Esprit.(Jean 19,30)

Le Christ est "en agonie jusqu’à la fin du monde" selon les mots de Blaise Pascal. (in, « Le Mémorial », Pensées)

"Agonie" est un mot grec qui signifie "combat". Lutte et angoisse en même temps. Combat contre sa volonté propre pour épouser mystérieusement la volonté du Père, de Dieu son Père et le nôtre.

Adhésion dans les larmes et la sueur (cf. Hébreux 5,7) à ce projet de Salut du monde. Jésus Christ est maintenant l’Homme achevé, le Fils de l’Homme espéré par Dieu, l’humanité pleinement accomplie.

Mais, Il est aussi le Seigneur : "Qui cherchez-vous ?" (Jean 18, 4.7), demande-t-Il à ses futurs bourreaux qui viennent l’arrêter. Non pas : "Que cherchez-vous ?", mais bien : " QUI cherchez-vous ?". "Jésus de Nazareth", répondent-ils, hébétés. Et Lui de conclure comme le Seigneur au buisson ardent (cf. Exode 3,14) :"C’est moi !". "Egô eimi !". "Je suis !". "Ego sum qui sum !"

Celui qui est, qui était et qui vient, est venu en Jésus Christ, le Fils éternel, le Fils de Dieu. Aux jours de sa chair, par Lui, le Dieu éternel est entré dans le cours du temps et a entrepris l’ultime combat, le seul combat qui vaille : celui qui consiste à terrasser le mal, le péché qui nous enserre et nous ligote au point de nous étouffer et de nous faire oublier que l’Esprit Saint vit et anime chacune de nos existences connues et aimées de Dieu.

- II -

En cette année sacerdotale, les deux premières lectures de cette liturgie sont inépuisables. Il est courant de dire que le Livre d’Isaïe en son quatrième chant du « Livre de la Consolation » (Isaïe 52, 13-53-12) nous présente un mystérieux "serviteur de Dieu" souffrant, certes, mais qui fait de sa vie un sacrifice. Or, un sacrifice, c’est une "offrande", un don de soi-même pour le salut du peuple.

Quant à la Lettre aux Hébreux, elle nous présente Jésus comme le grand-prêtre par excellence, surpassant toutes les dynasties de grands-prêtres qui s’étaient succédé à Jérusalem (Hébreux 4, 14).

La convergence des textes d’Isaïe et de la Lettre aux Hébreux manifeste ceci : en livrant sa vie, en en faisant un sacrifice d’expiation des péchés, le Serviteur du Seigneur se montre le véritable grand-prêtre. Ce grand-prêtre qui, chaque année, devait offrir, le jour des expiations, des sacrifices d’abord pour lui (ses propres péchés), puis pour ceux du peuple est maintenant totalement dépassé par le Christ en Croix : la Croix est devenue l’autel, le Christ est à la fois victime et prêtre.

- III -

J’insiste sur cette lecture des grands passages bibliques de ce jour pour attirer votre attention sur un point décisif pour la compréhension de notre vie chrétienne.

Par notre baptême, nous avons été en effet constitués "prêtres" à la suite du seul prêtre : le Christ. Les prêtres de l’Ancien Testament étaient des sacrificateurs : ils offraient des victimes animales.

Depuis Jésus Christ, nous avons découvert que le seul sacrifice qui vaille, c’est celui que l’on fait en offrant, en livrant sa propre vie dans nos combats quotidiens, comme lorsque dans des circonstances particulières il faut s’offrir pour que la vie triomphe. Les récits ne manquent pas dans notre histoire de ces héros marqués par la foi et la culture chrétienne, et qui ont agi et agissent encore ainsi.

En regardant longuement le Christ sur la Croix, en vénérant la Croix où le Christ a porté le coup mortel et décisif au péché du monde, décidons-nous encore à faire de nos vies des vies "sacerdotales", c’est-à-dire pleinement offertes à Dieu et aux autres. Si nous sommes engagés dans le mariage, le célibat consacré, l’ordination, si nous mitions pou une cause, engageons-nous de nouveau et intérieurement ce soir.

Prêtres et diacres, en cette année où la figure de Saint Jean-Marie Vianney nous est offerte comme modèle éminent parmi tant de confesseurs et martyrs, je me permets de vous citer ces quelques mots directs et essentiels, comme il savait le faire :

"Qu’il est beau, qu’il est grand de connaître, d’aimer et de servir Dieu !
Nous n’avons que cela à faire en ce monde ! Tout ce que nous faisons en dehors de cela est du temps perdu !"

Soyons tous heureux, de la joie parfaite et sans mélange promise par le Christ, d’être du peuple appartenant au Messie, serviteur et grand-prêtre de notre foi.

Depuis Jésus Christ, on ne peut plus penser Dieu en dehors de l’homme ; on ne peut plus aimer Dieu en dehors de l’homme. Alors, servons et aimons Dieu en servant et en aimant l’homme !

Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Aujourd’hui c’est Pâques !

 

11 avril 2010 2010

PAQUES 2010

Frères et soeurs, chrétiens catholiques, chrétiens d’autres Eglises, amis peut-être d’autres religions, chercheurs en « simple visite », aujourd’hui c’est Pâques ! Notre église est pleine - elle l’est souvent ici -, elle est joyeuse, elle est fervente depuis jeudi soir où des centaines de personnes ont tenu à être ici à cause de Jésus-Christ et grâce à Lui.

Veillée pascale à Notre-Dame du Rosaire


1 - Serions-nous passionnés de documents anciens comme le « Livre des morts » des Égyptiens et des autres mythes antiques (Orphée, Osiris), à vouloir nous réunir comme le faisaient en leur temps les Egyptiens ou les Grecs en congrès réguliers pour entendre des paroles occultes, secrètes et fascinantes ?

Sommes-nous adeptes des vieilles pierres et du patrimoine en général au point de vouloir en profiter de temps en temps et au son de l’orgue si magnifique soit-il ? J’ai moi-même contribué à en installer un nouveau à Notre-Dame du Rosaire, avec notre commune, comme vous le savez sans doute. Je ne suis donc pas contre !

Je suis simplement en train de vous dire que le culte chrétien ne ressortit pas à de l’occulte, du savant ou à une esthétique particulière.

Le culte chrétien est d’abord la célébration du Christ ressuscité. Il nous fait nous lever le dimanche* (parfois très tôt comme aujourd’hui pour participer au rassemblement oecuménique à l’occasion de Pâques qui a eu lieu à la Défense ce matin) parce qu’il nous donne rendez-vous. Dieu, en Jésus-Christ, est un amoureux de l’homme. Il a rendez-vous avec lui non pour le juger ou pour le condamner, mais patiemment entrer en conversation avec lui, le relever et ainsi le sauver car il risque toujours de se perdre.


2- Jusqu’ici peut-être me suivez-vous. Mais, je veux aussi vous dire que le Ressuscité de Pâques n’est pas seulement un maître en éthique sublime qui faisait dire à une paroissienne d’occasion : « Ah si tout le monde vivait et se comportait comme lui, le pauvre mort si cruellement sur une croix, le monde irait un peu mieux, je vous le dis ! »

Alors qui est-il ?

Il est l’homme dans la plénitude de sa dignité, ayant atteint sa véritable stature, dans la grandeur du don et la pureté de l’amour. Ce dont nous rêvons tous !

On présente souvent la résurrection comme un concours d’effets spéciaux. Ce n’est pas étonnant depuis le film « Avatar » qui a connu un si grand succès récemment ! Tombeau ouvert comme s’il était profané. Éclairs et gardes terrassés. Alors que la résurrection est de nuit, dans la discrétion et l’intimité puisque c’est le Père des cieux qui a relevé son Fils unique dans une étreinte paternelle en forme de protestation et d’attestation :

« Non, mon Fils en mourant sur la croix n’a pas été terrassé ! »

« Non, la mort ne le retiendra pas dans ses rets à jamais parce que l’amour est plus fort que la mort. »

Et s’il y a eu « passage » (c’est le sens du mot « Pâque »), ce n’est pas de vie à trépas ! Mais de la vie offerte à la vie qui remonte à la source comme le rapportent aussi ces personnes sorties d’un coma et qui disent avoir été attirées par une immense lumière.
Ainsi, Jésus Christ ressuscité devient pour nous une icône éternelle du «  Vivant  » par excellence. En contemplant le Christ et en méditant son Évangile nous nous imprégnons de cette vie et nous pouvons en être témoins.


3- A dire vrai, et c’est là-dessus que je voudrais poursuivre cette homélie pascale, par notre baptême - puisque Pâques nous rappelle que par notre baptême nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ -, nous avons reçu une onction qui nous établit « 
prêtres, prophètes et rois ». C’est ce que nous allons entendre d’ici quelques instants au cours du baptême de Maxime. Je voudrais insister en cette année sacerdotale sur la condition sacerdotale des baptisés. Depuis peu, il est devenu tendance dans notre pays de critiquer les prêtres pour les raisons que vous connaissez. Dans une sorte de délire médiatique comme nous y sommes habitués malheureusement depuis quelques années il faut régulièrement chercher un « bouc émissaire ». En ce moment ce sont les prêtres après les juges, les policiers, les politiques, les météorologistes, les médecins !

Savez-vous, frères et soeurs, que sur 20 000 prêtres en France, 30 ont été jugés et condamnés pour fait de pédophilie. Trente de trop assurément et cela nous accable, nous dégoûte ! Mais, faut-il pour autant jeter l’opprobre sur les 19 970 autres prêtres de ce pays ? Faut-il aussi accabler toutes les familles parce que certains pères et mères de familles sont touchés par ce fléau : les tribunaux regorgent de ces affaires !

Non, bien sûr !

Je vous parle de ceci en cette fête de Pâques parce que je désire que nous prenions – reprenions- tous conscience que
par notre baptême nous revêtons la dignité du Christ, prêtre, prophète et roi. Ce qui signifie, que nous avons pour mission de nous offrir tous à Dieu comme le Christ en faisant de chacune de nos existences un don selon l’adage : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ! » Nous avons à témoigner par nos choix de vie, notre quotidien professionnel, familial, relationnel, social de notre « attitude chrétienne », c’est-à-dire de notre art de vivre chrétien. C’est cela être prophétique.

Nous avons à habiter ce monde en choisissant la «  voie royale  », celle du service, du refus du clinquant et du superficiel qui pourrit toute notre société.

Saint Augustin disait au IVe siècle aux chrétiens d’Afrique du Nord aujourd’hui bien peu nombreux après s’être disputés et donc s’être affaiblis si bien qu’ils n’ont pas pu plus tard résister à la conquête musulmane : « De même que nous nous appelons tous chrétiens (christiani) en raison de l’onction (chrisma) mystique, de même nous nous appelons tous prêtres, parce que nous sommes membres de l’unique Prêtre. »

Nous sommes tous prêtres - faisons donc de nos existences des existences joyeuses et offertes à Dieu et aux autres. Des existences priantes et reconnaissantes. Des existences célébrant les merveilles de Dieu au quotidien.

Le saint Curé d’Ars, Saint Jean-Marie Vianney, un Français que Benoît XVI nous propose cette année comme grande figure de prêtre a été témoin en son temps au XIXe siècle au milieu de ses frères. C’est cela que l’on attend d’un prêtre au milieu du peuple tout entier sacerdotal : il disait :

«  Il est là (Dieu). Il est là au milieu de vous. Il est là pour vous. Nous travaillons avec lui, nous marchons avec lui, nous souffrons avec lui.  »

Oui, donnons-nous de la peine ensemble. Que des vocations de prêtres, de consacrés (religieux et religieuses), de mariés aussi, naissent dans notre diocèse et partout en France.

Que le Christ ressuscité soit notre joie, car Lui seul ne déçoit jamais !


Père Stéphane AULARD

*Saint Justin dans sa célèbre « Apologie » (aux environs de 155 après Jésus Christ) rapporte combien le dimanche est important pour les chrétiens, car c’est le jour de la Résurrection du Christ.



 


Convertissez vous et croyez à la bonne à la Bonne Nouvelle !

 

11 mars 2010 2010

Homélie du dimanche 7 mars donnée par le diacre Yves Brisciano

« Convertissez vous et croyez à la bonne à la Bonne Nouvelle »

C’est par ces mots que les Chrétiens sont invités à vivre le temps de carême et plus précisément en étant marqués du signe de la croix le Mercredi des Cendres.

Convertissez vous : c’est encore par ces termes que le Christ s’adresse aux gens qui viennent le trouver dans l’évangile de Luc que nous venons d’entendre.

Mais c’est aussi le message que Paul adresse aux Corinthiens. La leçon de l’Exode (première lecture) est bien un appel à la conversion.

Ce mot de «  conversion » est très souvent présent dans la Bible et dans les évangiles, Jésus y revient régulièrement. Le sens biblique du mot conversion, n’est pas tant un départ dans une autre direction qu’un regard nouveau sur notre vie, sur ce monde et les hommes ainsi qu’une acceptation de se laisser regarder par le Christ lui-même.

Dans notre société tout nous pousse à être des gagnants. Tout nous pousse à une compétition qui écarte l’autre. Tout nous pousse à un profit personnel. Et si nous sommes poussés à être les meilleurs dans ce monde compétitif, c’est pour ne pas être du côté des perdants. Car s’il y a des gagnants, il y a... des perdants .

Effectivement dans notre monde beaucoup d’hommes et de femmes vivent durement : je pense que c’est même une grande majorité. Ces hommes, ces femmes, l’auraient-ils mérité ?

« Pensez vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs … et ceux qui sont morts dans leur chute de la tour de Siloé étaient ils coupables ? demande Jésus…

Qui peut raisonnablement penser que le peuple haïtien, chilien, ou aujourd’hui chez nous, les victimes des inondations, ont mérité leurs malheurs et leurs souffrances ?

Qui peut raisonnablement penser que les exclus du travail, les exclus d’un logement décent, tout ceux qui sont victimes des dérèglements économiques, ont une quelconque responsabilité ?

Qui peut raisonnablement penser que tous ceux qui sont dans la souffrance soient sujets de la condamnation de Dieu ?

Alors, cette conversion à laquelle, comme croyants, nous sommes invités est contraire à une fuite de ce monde imparfait et de ses injustices pour nous réfugier dans notre petit monde à nous !

Cette conversion à laquelle le Christ nous appelle, doit changer notre regard sur les événements de la vie, changer notre regard sur les hommes et agir pour un monde plus juste, un monde plus fraternel. Cette conversion nous appelle à la rencontre du Christ dans l’autre quel qu’il soit et plus particulièrement le plus fragile.

Il ne s’agit pas de ressasser les malheurs et les souffrances de nos vies. Il ne s’agit pas de rester spectateur de la vie et de se contenter d’évaluer la mort des autres mais bien devenir acteur de cette vie. C’est ce que Jésus nous ordonne dans cette parabole du figuier stérile.

Changer notre regard, devenir acteur, et vivre avec la Parole du Christ, c’est à cette conversion que nous sommes tous appelés.

Ce qui compte, et beaucoup de paraboles nous le disent, c’est le retournement de cœur qui nous fait redevenir comme un petit enfant, ce qui compte c’est l’effort des hommes pour construire dès aujourd’hui dans notre vie, le Royaume de Dieu et sa justice.

C’est à cette conversion à l’amour de l’autre et du don de soi que le Christ nous appelle. N’est-ce pas là même le mystère de Pâques qui est annoncé ?

En ce temps de Carême avec mes frères diacres nous avons proposé une démarche de réflexion et d’action inspirée par l’encyclique de notre pape Benoît XVI : « L’Amour dans la Vérité ». Si le Christ à travers l’évangile de ce jour nous appelle à la conversion à l’Amour du frère, cette encyclique nous rappelle que cet amour ne peut être vécu que dans la vérité.

Aujourd’hui j’attirerai votre attention sur le chapitre III. « Fraternité, développement et société civile » dans lequel notre Pape attire notre attention sue l’expérience du Don.

L’Homme moderne (dit-il) « est parfois convaincu d’être le seul auteur de lui-même, de sa vie et de la société. » Et rajoute-t-il, « c’est là une présomption qui dérive de la fermeture égoïste qui provient – en terme de foi - du péché des origines. »

Benoit XVI ne condamne pas la logique du marché, mais il fait le constat que les problèmes de société, les questions du vivre ensemble qui se posent à nous aujourd’hui, ne peuvent être résolus par cette logique de rentabilité financière et de productivité.

Je peux prendre un exemple qui me touche de près. Concernant le grand âge : la prise en charge de la dépendance nous bouscule et sera de plus en plus pressante. Les personnes dépendantes seront de plus en plus nombreuses ! Que produisent-elles ? Quelle utilité, quelle rentabilité ont elles ? Financièrement c’est surtout un coût. Non, la prise en charge de nos aînés dépendants ne peut pas être un problème de profit financier, c’est d’abord un problème de dignité et de solidarité ou avec le langage de la foi nous devons parler d’Amour de nos frères.

Et dans un autre domaine, celui de la mondialisation, regardons comment la crise financière met sur le côté des millions d’hommes et plus spécialement les plus fragiles. Ces jours-ci nous entendons les Grecs, mais combien d’hommes ne peuvent plus s’exprimer ?

Dans tous ces désastres où est l’Homme ?

A côté de cette logique du marché, Benoit XVI nous appelle fortement à d’autres logiques.

D’une part une logique de redistribution, une logique de solidarité, qui est certes celle des États et des pouvoirs publics : remercions tous les responsables et militants politiques et syndicaux qui donnent de leur force et de leur temps pour un monde plus juste et plus fraternel. Mais chacun de nous à sa place dans cette vie sociale.

D’autre part une logique du Don. C’est le rôle du mouvement associatif où là aussi beaucoup d’entre nous s’engagent bénévolement pour que l’Homme grandisse. Selon nos disponibilités prenons notre part et soutenons ces mouvements, méditons la parabole du bon Samaritain (Luc, 10,25-37).

Si notre Pape nous interpelle sur ces sujets graves, ce n’est sûrement pas comme économiste qu’il se place mais bien par ce qu’il est pétri par l’Evangile. Je vous inviterai plus spécialement pendant ce carême à lire ou à relire cette encyclique « Caritas in veritate »

Alors si l’évangile de ce jour nous appelle à la conversion, celle de notre cœur, demandons au Seigneur au cours de cette eucharistie la force du Don gratuit pour nos frères.

Au bout du chemin il y a l’Espérance de Pâques.

Amen.

Yves Brisciano
Diacre



 


Des tentations du Christ à sa transfiguration

 

3 mars 2010 2010

Homélie du Père Stéphane Aulard à la messe tridentine du 2ème dimanche de Carême

Deuxième dimanche de Carême (28 février 2010)

1- Il est de tradition immémoriale que le Second dimanche de Carême soit médité à la messe la scène de la Transfiguration (en Matthieu 17, 8-17).
Comme il est tout aussi immémorial de lire le récit des Tentations du Christ au désert le Premier dimanche de Carême.

Je voudrais, au début de cette homélie, souligner l’effet produit par cette succession qui consiste à passer des Tentations du Christ à sa Transfiguration. En effet, cela produit un effet tout aussi saisissant que le passage du chapitre 16 de Matthieu -annonçant pour la première fois la Passion du Seigneur refusé par Saint-Pierre qualifié de Satan par le Christ (Mt 16,23)-. au chapitre 17 : la Transfiguration.

Il me semble que la liturgie nous offre ici une leçon spirituelle :

Dans son humanité le Seigneur Jésus est tenté et Il se montre victorieux. Le diable ne va-t-il pas jusqu’à manipuler la Parole de Dieu en allant jusqu’à la citer et en l’interprétant de manière erronée ?

Dans sa divinité le Seigneur Jésus est transfiguré -son visage et ses vêtements resplendissent « comme la lumière »-. L’anticipation pascale est ici particulièrement nette puisqu’au tombeau, au matin de Pâques, l’ange du Seigneur aura lui aussi « l’aspect de l’éclair » et sa robe apparaîtra « blanche comme neige. » (cf.Matthieu 28,3).

Ici la voix du Père recommande aux témoins -Pierre, Jacques et Jean- d’écouter la voix du Fils bien-aimé (Matthieu 17,6) seul chemin d’accès au Royaume des cieux.

Nous voyons donc ici ce que l’Eglise en ce temps de carême, certes, mais cela vaut évidemment pour toute notre vie chrétienne aussi, nous propose : Attachez-vous au Fils de Dieu, écoutez sa Parole puisque c’est celle du Dieu vivant (cf. Mt 16,16). Marchez à sa suite en renonçant à vous-même) (cf. Mt 16,24) et ainsi vous vivrez en communion avec le Ressuscité qui ne déçoit pas.


2- Je voudrais maintenant m’attarder sur deux détails de cette scène anticipant la Résurrection du Seigneur et notre propre résurrection.

Pourquoi cette scène se déroule-t-elle sur une haute montagne (verset 1) nous offrant un « entretien au sommet » entre Jésus Moïse et Elie(verset 3) ?

La « haute montagne » (le Mont Thabor selon la tradition) n’est pas sans faire penser bien entendu au mont Sinaï (Moïse y a reçu le Décalogue : Cf. Exode 19,9). Le Sinaï est aussi appelé Mont Horeb. Or, c’est là qu’Elie se réfugia pourchassé par la reine Jézabel qui lui reprochait de s’être montré le « champion de Dieu ». En somme, Elie retourne au lieu même de la révélation première. (cf. 1 Rois 19,8 sq)

Jésus entouré des piliers de la Révélation de l’Ancien Testament est bien le médiateur de la Nouvelle Alliance. S’il y a un dialogue entre Moïse, Elie et Jésus, le texte pourtant ne nous en révèle pas la teneur. Selon la tradition « Ignorer les Ecritures c’est ignorer le Christ » (Saint Jérôme) et « Tout converge vers le Christ ». Quel beau programme de Carême que cette étude de nos sources ! Quel impératif aussi pour les chrétiens à la fois en dialogue et sommés d’offrir à leurs contemporains leurs raisons de croire d’espérer et d’aimer !

• Pourquoi Pierre se propose-t-il de dresser trois tentes pour ses augustes débatteurs ? (verset 4)

Vous avez sans doute déjà entendu une interprétation courante : Pierre voudrait arrêter le temps et rester dans la pureté de l’événement exceptionnel dont il est témoin alors qu’il va bien falloir redescendre de cette montagne ! (Cf. Matthieu 17,9)

Oui, bien sûr. Pourtant il faut aller plus loin, car la « tente » dont il est ici question n’est pas sans rappeler la « Tente de la Rencontre » de l’Ancien Testament, celle qui transportait les précieuses tables de la Loi et qui accompagnait le peuple de Dieu en chemin (le Temple n’existait pas encore). Pierre a bien compris que le Seigneur transfiguré récapitulant à lui seul toute l’histoire de la Révélation est cette présence incomparable.

Le Seigneur a décidé de « dresser sa tente » parmi nous selon les mots du Prologue de Saint Jean. Saint Jean n’est-il pas lui-même autre témoin de la Transfiguration ?

« Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré (« dressé sa tente ») parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jean 1,14)

Le Verbe fait chair demeure parmi nous dans le corps des Ecritures sans cesse à recevoir et à méditer. Et aussi dans son corps eucharistiquequi, certes, demeure dans nos « tabernacles » successeurs de la « Tente de la Rencontre », mais encore dans les communiants eux-mêmes porteurs de la présence eucharistique, véritable « théofores » (porteurs de Dieu).

Ainsi donc, ce n’est plus une « tente de la rencontre » qui chemine au milieu du peuple de Dieu. Les tabernacles de nos églises sont les précieux rappels disséminés aux quatre coins du monde pour signifier la présence du Seigneur dans ce monde.

Frères et soeurs qui allez communier dans quelques instants : n’oubliez pas que vous êtes les tabernacles vivants porteurs de la présence du Christ. Pourvu qu’en nous voyant, on puisse croire que Dieu est vivant !

L’adoration eucharistique proposée à toutes nos paroisses de Saint-Maur comme chaque mois aura lieu jeudi 4 mars prochain à 9 h30 à l’église Saint Hilaire de La Varenne et cela en continu jusqu’au vendredi à 9 h. Elle est sans doute là pour nous permettre de reprendre conscience de cette présence et de rendre grâce. Oui, nous ne sommes pas seuls : ce monde et nous-mêmes sommes habités du Christ transfiguré et ressuscité.

Amen.

Père Stéphane AULARD



 


"Ecoutez-le, il a quelque chose à vous dire !"

 

3 mars 2010 2010

Homélie du diacre Gérard Vauléon pour le 2ème dimanche de Carême

Dimanche 28 février 2010 - 2ème dimanche de Carême





« Ecoutez-le ! »

Qui de nous n’a pas entendu cette exclamation lors d’une réunion de famille ou d’une discussion dans un groupe lorsque quelqu’un, prenant la défense de celui qui n’arrive pas à se faire entendre, s’exclame : « mais enfin écoutez-le, il a quelque chose à dire ! ».

Aujourd’hui c’est Dieu lui-même qui se manifeste à nous à travers cet événement extraordinaire de la Transfiguration du Christ et qui nous dit : « écoutez-Le. Il a quelque chose à vous dire ! ».

Je vous propose aujourd’hui une méditation en 2 parties.
Tout d’abord : que nous dit le Seigneur dans les textes que nous venons d’entendre ?
et ensuite : comment vivre cette Parole du Seigneur aujourd’hui ?

Vous avez sans doute remarqué que dans les 4 textes qui nous sont proposés aujourd’hui reviennent les mêmes mots, les mêmes thèmes, les mêmes idées :

-  ils nous invitent à rester dans l’Alliance :
la Première Alliance avec Abraham : dans le texte de la Genèse nous avons vu cette torche enflammée passant au milieu des moitiés d’animaux signifiant l’Alliance de Dieu (la torche enflammée) avec la vie des hommes (le sang).Dans l’Evangile , la seconde Alliance est évoquée avec la présence de Moïse et bien sûr l’Alliance avec le Christ à laquelle chacun et chacune de nous est invité.

-  ils nous ouvrent à la perspective du Salut.
Saint Paul nous dit : « Le Seigneur Jésus-Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » annonçant ainsi que nous sommes tous appelés à la résurrection à la suite du Christ. Et dans le psaume, nous avons chanté : Le Seigneur est ma Lumière et mon Salut.

-  Tous ces textes nous parlent de la lumière :
la lumière de la Transfiguration bien sûr, mais aussi la lumière de la Résurrection, la lumière du cierge pascal. C’est aussi la lumière du cierge que l’on remet au parrain ou au catéchumène lors du baptême et je suis toujours frappé de voir la joie qui se lit sur le visage de celui qui reçoit ce cierge : il me semble que cela nous donne déjà une image, toute proportion gardée, de la transfiguration, de la résurrection dont le baptême nous ouvre le chemin .

-  Et surtout il y a cette parole de Dieu : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-Le ».
Saint Jean désignera le Christ comme le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu. En juin dernier, Monseigneur Santier a promulgué de nouvelles orientations diocésaines nous invitant à mettre la Parole au cœur de chacune de nos rencontres : « va trouver mes frères et partage-leur la Parole » car c‘est une Parole vivante, pour nous, aujourd’hui.

Comment vivre cette Parole aujourd’hui ?

Ce n’est sans doute pas aussi simple qu’au temps du Christ parce que le monde dans lequel nous vivons est compliqué, tout est interdépendant et nous voyons bien, que ce soit pour nous-mêmes ou pour nos dirigeants, qu’une modification dans un domaine a de multiples répercussions sur d’autres, rendant les décisions très délicates.

Benoît XVI, dans son encyclique « l’Amour dans la Vérité », nous propose une actualisation de l’Evangile pour les hommes et les femmes du XXI siècle : il explicite et actualise le message de l’Evangile.

-  Beaucoup de choses sont déjà dites dans le titre : « l’Amour dans la Vérité » : l’Evangile est un message d’amour bien sûr mais Benoît XVI nous invite à aller plus loin, à vivre cet amour dans la vérité. Et ne nous y trompons pas : c’est d’une extrême exigence car qui peut dire qu’il aime vraiment en vérité, sans rien attendre en retour, sans autre volonté que de permettre à l’autre de grandir, d’être heureux parce que c’est un frère en Jésus-Christ ?

-  Le pape Benoît XVI actualise le message de l’Evangile, et avec les diacres de St Maur nous avons retenu cinq thèmes, un par semaine de Carême : pour vous aider à lire ou à relire ce très beau texte :

• La semaine dernière, nous vous avons présenté le chapitre premier qui traite du développement intégral, reprenant les thèmes développés par Paul VI dans Populorum progressio : tout l’Homme et tous les hommes.

• Cette semaine, nous abordons le chapitre II intitulé « le développement humain aujourd’hui » :

Le Pape Benoît XVI souligne deux exigences évangéliques qu’il nous invite à tenir ensemble :

-  d’une part l’exigence du respect de la vie , de l’ouverture à la vie, de l’accueil de la vie, avec les questions posées par la régulation des naissances, l’avortement, le 4ème âge et la dépendance, les progrès de la médecine, l’euthanasie…

-  d’autre part l’exigence de justice , pour que nos choix ne creusent pas l’écart entre les riches et les pauvres mais le réduisent, aussi bien entre états qu’à l’intérieur d’un état.

Autrement dit, se préoccuper sérieusement de l’accueil et de la protection de la vie implique, dans le même temps, de se poser la question : Pour quelle vie ? Dans quel monde ?

Les grandes orientations se discutent, bien sûr, au niveau mondial, national ou encore local (d’une ville par exemple), mais le collectif se construit aussi à partir de nos comportements individuels.


Alors comment vivre cela concrètement dans nos vies quotidiennes ?
Dans le feuillet qui est joint en annexe, nous proposons modestement plusieurs pistes ; J’en évoquerai simplement deux liées à des événements vécus récemment :

-  parler aussi d’amour et de respect lorsqu’on parle de sexualité
J’ai lu cette semaine dans la Croix un article décrivant la surinformation mais en même temps la grande désinformation des grands enfants et des adolescents en matière de sexualité. : une invitation pour nous, parents, grands-parents, éducateurs à parler d’abord d’amour et de respect lorsqu’on parle de sexualité.

-  Accueillir le réfugié, le migrant dont la vie est menacée,… ou bien rejoindre une association militant en ce sens… ou encore participer au Cercle du Silence, chaque mois à Saint-Maur…
Vendredi dernier avait lieu sur le Parvis de St Maur Créteil le 6ème cercle du silence , qui réunit chaque mois 70 à 80 personnes. A la fin de cette heure de silence nous avons entendu le témoignage d’un porte-parole de travailleurs sans papiers de Joinville qui sont en grève pour dénoncer les conditions qui leur sont faites : songez qu’ils travaillent dur pour des salaires en dessous du SMIG et qu’ils sont privés de droits civiques, mais qu’on ne les oublie pas lorsqu’il s’agit de payer les impôts !

-  alors nous devons nous demander : respecter la vie oui mais dans quel monde et avec quelle justice ?

En conclusion, je reprendrai le mot de St Paul à la fin de l’épître que nous venons d’entendre : «  tenez bon ».
En ce temps de Carême, temps de purification, essayons de nous débarrasser de tout ce qui nous alourdit, de tout ce qui nous empêche d’être en vérité.
« Tenons bon » : Au bout du chemin il y a la lumière de Pâques, la lumière de la Résurrection.
Amen.

Gérard VAULEON



 


S’ajuster à Dieu pour mieux s’ajuster à notre prochain

 

11 mars 2010 2010

Homélie du mercredi des cendres 2010, par le Père Stéphane Aulard

Homélie du mercredi des cendres 2010

1 - L’Evangile de ce jour inaugural du carême nous fait parcourir une grande partie du chapitre six de Saint Mathieu (Mt 6,1-8.16-18), autrement dit le « Sermon sur la montagne », le premier des cinq grands discours du Christ dans cet Évangile.

Le verset introductif du passage entendu aujourd’hui est très incisif :

« Si vous voulez vivre comme des justes, éviter d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. »(Mt 6,1)

L’enseignement du Christ tout à fait conforme à celui des prophètes qui l’ont précédé peut se résumer ainsi : Que ta religion, que ton action, soit discrète, secrète, non ostentatoire. Qu’elle soit le signe d’un coeur qui se retournant vers le Seigneur se convertit véritablement. Ce que le Seigneur attend de toi, c’est cet engagement intérieur premier que tu prends parce que sa Parole t’a touché. Alors ton action ira sans cesse à la recherche et au service de ton prochain avec modestie, détermination, mais aussi sans volonté de t’imposer ou de te faire valoir.

Tout le sens de la vie chrétienne et du carême chrétien s’expose ici : il s’agit de mieux s’ajuster à Dieu pour mieux s’ajuster à son prochain. La pénitence(le regret de nos fautes), le coeur à coeur dans la prière, le retrait dans le silence et la prise de distance sont sans doute les conditions de cette cure spirituelle, si je puis dire.



2 - Le pape Benoît XVI dans son «  Message de carême » nous invite à méditer une parole de Saint-Paul dans la lettre aux Romains : «  La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ. » (Romains 3,21-22)

Alors que nous avons souvent le sentiment que l’injustice mène le bal à travers toutes sortes d’affaires dans lesquelles la malhonnêteté, l’égoïsme,l’irrespect semblent toujours l’emporter contre les plus faibles et les innocents, nous sommes tentés, souligne Benoît XVI, « de pointer l’origine du mal dans une cause extérieure. En y regardant de plus près, on constate que de nombreuses idéologies modernes véhiculent ce présupposé : puisque l’injustice vient du dehors, il suffit d’éliminer les causes extérieures qui empêchent l’accomplissement de la justice. »

Or, nous préviennent le Pape et toute la tradition biblique : «  Cette façon de penser est naïve et aveugle. L’injustice, conséquence du mal, ne vient pas exclusivement de causes extérieures ; elle trouve son origine dans le coeur humain où l’on y découvre les fondements d’une mystérieuse complicité avec le mal. »



3 - Une fois ce constat fait, devons-nous en rester là ? Benoît XVI nous invite à un double regard qui pourrait bien inspirer notre carême.

D’abord un regard sur la justice au sens biblique de ce mot (la tsedaqah) qui est toujours adhésion à la volonté de Dieu en même temps que justice envers le prochain (charité). Notre démarche pénitentielle et d’accueil de la miséricorde de Dieu durant le carême, notamment le jour de notre journée du pardon (samedi 20 mars de 9 h à 18 h), nous aidera chacun et tous à retrouver cet équilibre qui est à la fois acquiescement à la loi de Dieu et service charitable du prochain.

Mais cette justice est d’abord à accueillir comme un don (c’est le deuxième regard) puisque «  ici la justice divine se montre profondément différente de la justice humaine. Dieu a payé pour nous, en son Fils, le prix du rachat, un prix vraiment exorbitant. »

Le temps du carême nous prépare à la célébration du mystère pascal où nous découvrons en plénitude Celui qui est allé jusqu’au bout de l’amour, de l’amour comme un don de la personne tout entière. Les diacres de Saint-Maur nous proposent chaque dimanche de carême de méditer un extrait de l’encyclique de Benoît XVI « L’amour dans la vérité ». Qu’il s’agisse de notre propre conversion ou de celle de notre société, souvenons-nous que «  se convertir au Christ, croire à l’Évangile (les paroles qui accompagnent le geste d’imposition des cendres), implique d’abandonner vraiment l’illusion d’être autosuffisant, de découvrir et accepter sa propre indigence, de découvrir la nécessité du pardon de Dieu et de son amitié. »

Je souhaite que cette réflexion autour de cette « encyclique sociale »du Pape nous aide à articuler notre regard chrétien qui doit toujours être préoccupé et de Dieu et de notre prochain.Tout ce travail des diacres que je salue nous conduira à une table-ronde diocésaine le 18 mai prochain.

Enfin, en cette année sacerdotale,prenons le temps de clarifier notre regard sur les prêtres. Dans leur ministère paroissial, ils sont sans cesse à l’interface de ce service du Seigneur et du prochain en vous rencontrant, en vous aidant à prier, en prêchant l’Évangile, en célébrant avec vous les sacrements du Salut, en vous accueillant, en vous consolant, en vous relançant dans votre vie. Nous pourrons le 10 mars prochain approfondir cette spiritualité du sacerdoce ministériel et du sacerdoce des fidèles lors de la conférence que présidera notre évêque Mgr Santier à la Maison paroissiale.

En attendant, dans cette eucharistie, dans ce rite pénitentiel d’imposition des cendres, commençons notre marche vers Pâques : « Grâce à l’action du Christ, nous pouvons entrer dans une justice plus grande, celle de l’amour, la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s’estime davantage débiteur que créancier parce qu’il a reçu plus que ce qu’il ne pouvait espérer. »

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Père Stéphane AULARD



 


Dimanche 24 janvier 2010 - Homélie du Père Stéphane Aulard

 

31 janvier 2010 2010

Frères et sœurs, les lectures bibliques de ce 3ème dimanche après l’Épiphanie, une fois encore, nous donnent à voir le Seigneur bon et miséricordieux.

L’apôtre Paul nous laisse deviner comme (...)

3ème DIMANCHE APRÈS L’ÉPIPHANIE

Romains 12, 16-21

Matthieu 8, 1-13

- 1- Frères et sœurs, les lectures bibliques de ce 3ème dimanche après l’Épiphanie, une fois encore, nous donnent à voir le Seigneur bon et miséricordieux.

L’apôtre Paul, dans sa formule conclusive du chapitre 12 de l’Épître aux Romains, nous laisse deviner comme en filigrane le Seigneur Jésus à l’œuvre dans la page l’Évangile selon Saint Matthieu :
"Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien." (Rm 12, 21)

N’est-ce pas ce bien que le Seigneur n’a pas cessé de répandre en guérissant le lépreux rejeté, mis au ban de la société civile et religieuse de son temps, ou le serviteur du centurion ?

- 2- Nous sommes admiratifs, à juste titre, de ce bien démultiplié sans cesse par le Seigneur, que ce soit en faveur des fils d’Israël ou des païens de l’époque. Le Seigneur ne choisit jamais, et son action suscite la foi des juifs comme des païens. Oui, on peut dire que la foi naît de la bonté incommensurable du Seigneur.

Qu’il en soit de même en nous : si le Seigneur nous a guéris, relevés, touchés, Lui qui est pourtant si pur et qui pourrait se détourner de nous, si Sa parole, sa patience à notre égard nous ont bouleversés, qu’attendons-nous pour "rentrer chez nous" auprès des nôtres, auprès de ceux et celles qui sont notre lot quotidien et témoigner par la parole à l’occasion et par les actes de cette bonté qui nous a transfigurés ?

Voilà l’enjeu de notre foi.
Voilà le programme de notre vie chrétienne.

- 3- J’aimerais vous dire un mot au sujet du caractère central de la Parole de Dieu. Nous le voyons bien, dans ce chapitre 8 de
Saint Matthieu qui suit immédiatement les trois chapitres du fameux "Sermon sur la montagne" (Saint Matthieu chapitres.5 à 7), le Seigneur Jésus est à l’écoute du centurion qui lui adresse sa détresse en
intercédant pour son serviteur malade – sans doute un esclave -, c’est déjà admirable !

Le Seigneur s’adresse aussi au centurion d’abord en lui disant de manière concise le sens profond de sa mission :"Oui, je vais aller le guérir." (Matthieu, 8, 7)

Suit la fameuse réplique du centurion que nous reprenons à notre compte à chaque communion : "Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri." (Matthieu 8,8)

Dis seulement une parole. Ta parole est la lampe de ma route. Elle est plus précieuse que l’or fin, disent les psaumes, et toute la tradition des Pères.
En sommes-nous convaincus ?

Quelle Parole du Seigneur avons-nous récemment mémorisée parce qu’elle nous a touchés ? Parce qu’Il nous a touchés ?

Notre évêque Monseigneur Michel Santier, dans ses récentes orientations pastorales diocésaines, ne nous dit rien d’autre :
Mettez la Parole de Dieu au centre de notre vie de foi, de vos réunions, de votre effort de formation. Découvrez-la.

Des petits livrets "Saint Luc" (au prix de 2€) sont à votre disposition pour vous permettre de lire et relire l’Évangile, seul ou en groupe ? Pourquoi ne pas vous y essayer ?

En ce mois de janvier d’une nouvelle année, je ne peux que vous souhaiter ce désir et cette grâce d’accueillir en vous le Verbe qui s’est fait chair, la Parole qui veut faire corps avec nous.

Amen.

Père Stéphane AULARD

*

Seigneur,

Je ne suis pas digne que Tu entres dans ma demeure,

Mais dis seulement une parole et mon âme sera guérie.

*

Domine,

Non sum dignus ut intres sub tectum meum,

Sed tantum dic verbo et sanabitur anima mea.

*

Paroisse Notre-Dame du Rosaire
11 avenue Joffre – 94100 Saint Maur des Fossés
Tel : 01 48 83 17 31
Courriel : paroisse.nd.rosaire chez wanadoo.fr



 


Homélie pour l’Epiphanie (3 janvier 2010)

 

11 janvier 2010 2010

Debout, resplendis Jérusalem

Depuis la nuit de Noël, nous avons médité sur le mystère de l’Incarnation, nous sommes remplis de cette Lumière qui vient d’en-haut. Lors de la veillée de Noël à la ... Pour lire la suite, cliquez ici.

Debout, resplendis Jérusalem

Depuis la nuit de Noël, nous avons médité sur le mystère de l’Incarnation, nous sommes remplis de cette Lumière qui vient d’en-haut. Lors de la veillée de Noël à la Chapelle Saint Joseph nous avons rappelé les paroles de Saint Jean : «  Au commencement était la lumière » ; « la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. ». Le thème de la lumière revient encore à l’Epiphanie, mais ce qui est remarquable aujourd’hui, c’est que cette lumière est maintenant parmi nous, elle s’incarne en nous et elle fait de nous des enfants de lumière.

Certainement le texte d’Isaïe nous a fortement marqué : « Debout, Jérusalem, resplendis, car voici ta lumière ». Une traduction suggère ceci : "Lève-toi, Jérusalem. Sois lumière ou deviens lumière, car voici ta Lumière".

Le prophète Isaïe regarde Jérusalem. A cette époque-là - on est probablement aux alentours de 520 avant Jésus Christ – Jérusalem est une ville qui ressemble à rien : elle a perdu ses remparts, le Temple n’est guère qu’ une maison un peu plus grande que les autres qui l’entourent
Les habitants de Jérusalem ne peuvent pas être fiers de leur ville écrasée, dominée, enserrée et menacée de toutes parts par des voisins hostiles. Et pourtant le prophète Isaïe dit à cette ville : "Sois lumière car voici ta Lumière". Voilà bien le mystère de l’Epiphanie.

Aujourd’hui encore, si l’on célèbre l’Épiphanie c’est pour cette raison : Nous croyons que dans la réalité toute simple de Jésus qui a pris notre chair comme dans la réalité de ses disciples et de l’Église et de nous-mêmes aujourd’hui, nous sommes capables de devenir lumière parce que Dieu en Jésus est venu pour nous comme la Lumière. L’Épiphanie, c’est donc la fête de la transformation et de la transfiguration des réalités, des choses, du monde, de l’homme et du cœur humain. C’est le fait que tout ce que nous sommes, tout ce que nous pouvons vivre, tout ce que nous pouvons expérimenter peut devenir resplendissement de la présence de Dieu.

A l’Epiphanie, nous fêtons ce resplendissement extraordinaire de Dieu dans l’humanité. Car après tout, Dieu aurait pu accepter d’entrer dans notre monde et d’y vivre, sans qu’on n’en sache rien. Il aurait même pu nous sauver presque malgré nous. Tout était possible pour Lui et Il aurait pu faire ce qu’Il voulait. Mais en fait, Il a réellement voulu non seulement entrer dans notre condition d’homme, mais aussi Il a voulu que cette humanité pleinement assumée par Lui puisse réellement exprimer « Dieu ». L’Épiphanie c’est cela : c’est l’autre face de Noël ; c’est le fait que, par son Incarnation, Dieu devienne homme, et qu’à ce moment-là, Il fasse de cette humanité le resplendissement éblouissant de sa divinité. Oh, bien sûr ! Il ne s’agit pas d’affaires extraordinaires. Il n’y a pas de montages en images virtuelles comme au cinéma ! Pas de film en 3D magnifique comme celui de « l’Avatar » que l’on se presse d’aller voir à tout prix en ce moment pour s’évader dans un monde de lumière qui n’existe pas. Non, à l’Epiphanie, il s’agit d’une humanité qui sonne tellement juste, tellement bien, de façon tellement vraie qu’elle dit « Dieu » : une humanité qui dit Dieu, voilà le mystère de l’Épiphanie.

Alors, vous comprenez que l’Épiphanie n’est pas simplement une fête que l’on célèbre à la sauvette, avec la galette des rois coupée en 8 sans tomber sur la fève ! Mais c’est une dimension du mystère chrétien dans sa totalité : depuis que le Christ s’est manifesté aux mages, Il n’a pas cessé de vivre et d’agir à tout moment en se manifestant. Le fait de « se manifester » comme Dieu à travers une humanité concrète conditionne maintenant toute notre existence et notre relation à Dieu, à tel point que nous ne pouvons pas connaître vraiment qui est Dieu sans repasser par l’humanité du Christ. Nous n’avons plus que ce visage humain du Christ pour comprendre qui est Dieu. Bien sûr on peut toujours par des exercices philosophiques arriver à une preuve de Dieu, mais comme le disait déjà saint Thomas d’Aquin, nous pouvons savoir que Dieu existe, mais non pas positivement qui Il est. Nous pouvons être des croyants connaissant toutes l’ histoire des religions et de Dieu sans jamais nous mettre à genoux pour L’adorer. Nous pourrions passer à côté de « cette lumière » qui nous éclaire, qui nous aide à voir et à sentir la présence de Dieu en notre vie. Pour connaître vraiment qui est Dieu, nous avons le visage du Christ. Nous passons par cette humanité du Christ. C’est la raison pour laquelle les évangiles, pour nous, sont si précieux. Non pour de banales raisons historiques et documentaires. Mais c’est parce qu’ils nous livrent autant que peuvent le faire des textes le visage humain de Dieu. Le visage humain du Christ dans les évangiles nous donne accès au mystère de sa divinité. Mais on ne doit pas s’arrêter là.

Si le Christ durant sa vie n’a pas cessé de vivre selon le mode de l’Épiphanie, faisant de tout ce qu’Il a vécu une manifestation de Dieu, c’est précisément pour que nous devenions à notre tour des "manifestations de Dieu". Je sais bien que cela ne se voit pas tous les jours, mais permettez-moi de vous le dire quand même : l’Eglise est la lumière de Dieu. Le Christ ne s’est pas contenté de faire que sa propre humanité devienne le resplendissement de la gloire de Dieu. Il a voulu que l’Eglise réalise la prophétie d’Isaïe sur Jérusalem : " Église, sois lumière, car voici ta Lumière ". Quand on dit cela, on a tout dit de l’Église. Quoique nous soyons, avec toutes nos lourdeurs de péché, nous sommes appelés par les gestes les plus simples, les plus humbles, les plus ordinaires de notre vie, les plus secrets à devenir lumière et beauté de Dieu parce que la lumière a déjà resplendi sur nous.

Quand Dieu nous rassemblera tous en son Royaume, l’Épiphanie s’achèvera, s’accomplira.

Frères et sœurs, que cette fête de l’Epiphanie s’accomplisse d’abord en notre vie, dans notre existence mortelle et pécheresse. Que nous devenions lumière de Dieu. Amen.

Père Joachim NGUYEN



 


Journée de la Paix

 

31 décembre 2009 2009

SI TU VEUX CONSTRUIRE LA PAIX, PROTEGE LA CREATION

Le Pape Benoît XVI, à l’occasion du 1er janvier, fête liturgique de «  Sainte Marie Mère de Dieu », mais aussi traditionnelle journée de prière pour la paix depuis 43 ans, offre à l’Eglise comme ses prédécesseurs avant lui cette année encore une fort belle et importante méditation.

Il choisit de développer cette année ce qui est plus qu’un thème - la paix – en la mettant en perspective avec l’impérieuse nécessité de défendre la création. Certains diront : voilà que le Pape s’y met aussi en parlant d’écologie. Il en parle en effet, mais il reprend une réflexion déjà amorcée par Jean-Paul II il y a 20 ans.

Nous sortons d’une période où les médias nous ont abondamment abreuvés de commentaires au sujet du sommet des Nations à Copenhague, la capitale danoise. Il semble que « la montagne ait accouché d’une souris », d’après beaucoup de commentateurs. Il ne faut pourtant pas être grand clerc pour comprendre que les questions du dérèglement climatique ne vont pas être traitées si facilement et en si peu de temps.

On peut se réjouir de l’existence de ce sommet et on peut aussi espérer que maintenant le travail de concertation, d’études scientifiques, mais aussi de réformes justes souhaitées par le Pape va se réaliser. Il espère –il l’avait déjà dit dans sa dernière encyclique Caritas in veritate - une réforme de fond de l’Organisation des nations unies (ONU). Il dit bien sur ce sujet comme sur les mesures techniques à adopter en de nombreux domaines que l’Eglise n’a pas la solution, mais qu’elle énonce des principes auxquels beaucoup pourraient souscrire étant donné l’expertise en humanité de l’Eglise catholique implantée sur de nombreux continents et si souvent investie dans des actions de secours immédiat ou de développement des populations en partenariat avec les Etats et les Organisations non gouvernementales (ONG). Ceci est malheureusement souvent oublié ou minoré. On l’a vu dans l’affaire dite du « préservatif » lors du voyage du Pape en Afrique !

Benoît XVI, dans son message, développe une réflexion qui n’étonnera pas sur la Création comme don de Dieu fait à l’homme qui a charge de l’entretenir en prenant soin d’elle et en se considérant en alliance avec elle. Cet oubli du don de Dieu comme la perversion du lien entre l’homme et la Création est assurément quelque chose qui nous marque et exprime le péché. La Bible et notre expérience malheureusement sont là pour nous le rappeler sans cesse.

Pour autant le Pape n’est pas pessimiste. Il en appelle à la solidarité entre Nations en pensant aux générations futures. Il appelle les pays industrialisés à réviser leur comportement en étant conscients de leurs responsabilités historiques. Il appelle les pays émergents à mettre en place sans tarder des politiques environnementales efficaces : «  Ceci pourrait se réaliser plus facilement s’il y avait des calculs moins intéressés dans l’assistance, dans la transmission des connaissances et l’utilisation de technologies plus respectueuses de l’environnement. » (N° 8)

Tout en appelant à plus de solidarité entre elles les nations ou en suggérant la mise en place de recherches sur les énergies nouvelles, une saine gestion de l’eau ou des efforts pour éradiquer la faim qui atteint encore tant de populations, le Pape nous invite tous à modifier nos styles de vie si souvent dirigés par la loi de la consommation. Il nous appelle à adopter des comportements de sobriété seuls capables selon lui de nous entraîner vers un « développement intégral de l’homme » et de tous les hommes.

Tout en appelant fortement comme on l’a vu les Nations à travailler à une nouvelle solidarité, il nous provoque chacun à réviser nos habitudes développant le fameux principe de « subsidiarité » : «  Il est important que chacun s’engage à son propre niveau, travaillant afin que soit dépassée la suprématie des intérêts particuliers. » (N° 11)

Acceptons ensemble de travailler en ce sens pour rendre témoignage au Seigneur au milieu de nos frères. Ne nous désespérons pas et ne soyons pas blasés. Entrons au seuil de cette année nouvelle dans l’espérance que notre Dieu sans cesse nous communique. Soyons des témoins et artisans de paix contagieux !

Père Stéphane AULARD



 


Marie, en ce Noël 2009

 

28 décembre 2009 2009

Ici, à Saint-Maur, depuis le XIIe siècle on t’appelle « Notre-Dame des Miracles ». Tu es maintenant dans la belle église Saint Nicolas. Certains n’hésitent pas à t’appeler : Notre-Dame du portable ! Ils ne manquent pas d’humour...

Marie de Nazareth et de Bethléem...

Ici, à Saint-Maur, depuis le XII ème siècle dans une chapelle toute proche de l’ancienne Abbaye on t’appelle « Notre-Dame des Miracles ». Tu es maintenant dans la belle église Saint Nicolas. Certains n’hésitent pas à t’appeler : Notre-Dame du portable ! Ils ne manquent pas d’humour...

Après tout, tu es attentive, pensive, concentrée. Tu es comme la porte ouverte vers le Ciel avec lequel tu es de plain pied depuis que l’ange Gabriel t’a parlé. Tu écoutes le Seigneur et tu nous écoutes. Femme attentive, jeune fille si proche de nous et si proche de Dieu. Tu es comme la porte du ciel et tu nous invites à ouvrir nos portes.

Tu sais ce que c’est de trouver des portes fermées comme à Bethléem où il n’y avait pas de place pour toi, pour Joseph et pour Jésus. Pourtant tu portais le Seigneur.

Eh bien, nous savons en te regardant que Tu attends le Seigneur... Tu nous attends ici dans cette église Notre-Dame du Rosaire. Sur les vitraux on te voit accueillant l’annonce de la naissance de Jésus. On te voit aller à la rencontre de ta cousine Elisabeth pour partager cette bonne nouvelle. On te voit bien sûr le soir de Noël. Puis beaucoup plus tard après la Résurrection de ton fils au milieu des apôtres attendant la venue de l’Esprit Saint.

On dit que tu es la mère de Jésus et la mère de l’Eglise. Tu es notre mère, si proche de nous, si proche du Seigneur. Tu es montée au Ciel et Jésus t’a couronnée de gloire. Tu partages déjà la gloire de sa résurrection...

Nous te contemplons en prière, en attente... Apprends-nous à prier, à attendre sans crainte le Seigneur.

Nous te découvrons avec ton enfant, le Roi des siècles, l’Enfant Jésus. Petit Jésus pourtant si grand puisqu’Il est le Roi du Ciel et de la terre. Tu l’as élevé cet Enfant unique comme ton enfant, l’Enfant Dieu.

Joseph, ton époux a veillé sur lui avec toi... pour nous Le donner avant qu’Il ne se livre totalement.

C’est NOËL, ce vieux mot de notre belle langue. Cela veut dire « naissance ». Tout commence. Dieu commence cette nuit de Noël dans le cœur de chacun. Dieu recommence avec toi qui habites à Saint-Maur ou ailleurs et qui n’es pas venu ici depuis longtemps ! Sais-tu que Dieu a rendez-vous avec toi aujourd’hui !

Avec Marie, avec Joseph, tout commence et recommence pour de bon. Vous êtes d’accord. Ouvrez les portes, laissez Jésus entrer dans votre vie, dans votre cœur, petits et grands...

Père Stéphane AULARD



 


Les bergers et les mages

 

24 décembre 2009 2009

LES BERGERS ET LES MAGES...

A Noël, il y a certes les trois personnages principaux de la crèche à contempler : l’Enfant Jésus, La Vierge Marie et Saint Joseph. Il y a ensuite ceux que les Evangiles de Saint Luc et Saint Matthieu nous présentent successivement : les bergers (Saint Luc, chapitre 2, versets 8 à 20 : l’Evangile lu le soir de Noël) et les mages (Saint Matthieu, chapitre 2, versets 1 à 12 : l’Evangile lu le jour de l’Epiphanie). J’aimerais m’attarder un peu sur ces bergers et ces mages.

Nous aimons bien en relisant la crèche nous demander combien étaient-ils ? La tradition parle de trois « rois mages » et ne sait pas combien y avait-il de bergers. Combien y avait-il aussi de moutons ? Une crèche réussie se doit d’avoir pas mal de bergers et de moutons pour que le tableau soit plus vivant ! Le contraste est assurément fort entre les bergers gardiens de troupeaux qui ne leur appartenaient sans doute pas (cf. les « bergers mercenaires » de l’Evangile selon Saint Jean, chapitre 10 pas toujours bien vus) et les mages.
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Avez-vous déjà pensé que le « Bon Pasteur », Jésus, fut visité en premier par des bergers pauvres et mal considérés par la population ? Quant aux mages dont la tradition nous dit qu’ils sont de trois couleurs et proviennent de trois continents, ils n’étaient sans doute pas des rois, mais comme Melchior, Gaspar et Balthasar portent des cadeaux assez somptueux dans leurs coffrets (en particulier de l’or) on leur a tressé des couronnes annonciatrices de nos partages de galettes et autres gâteaux des rois ! Ils venaient d’un Orient qui fait toujours rêver même en Israël depuis que Salomon fut visité par la reine de Saba (1 Rois 10) qui lui apporta des aromates (de la myrrhe sans doute) et certainement aussi de l’encens si prisé pour le culte du Temple...

La visite des bergers et des mages à l’Enfant Jésus est accompagnée d’anges, de lumière et même d’une étoile qui s’est levée comme pour la naissance d’un personnage au destin singulier. La croyance populaire estimant qu’un grand personnage ne peut naître que « sous une bonne étoile ». Au Ier siècle, on croisait assez souvent astronomie et astrologie... Je ne suis d’ailleurs pas si sûr que les choses aient tellement changé aujourd’hui malgré notre soi disant rationalité qui nous fait douter de tout et du coup reste bien si insatisfaite.

La Parole de Dieu se fait entendre par la voix des anges messagers du Seigneur pour de bien bonnes nouvelles : « Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté (ou qu’Il aime) » (Luc 2,14). Les scribes consultent les livres prophétiques qui annoncent la naissance du Messie à Bethléem... (Matthieu 2,5) là même où le roi David reçut l’onction royale des mains de Samuel (1 Samuel 16) faisant de lui précisément un « messie ».


Les récits de Saint Luc et de Saint Matthieu se terminent pratiquement de la même manière et il me semble que cela peut nous donner à comprendre le sens de la célébration de Noël pour nous aujourd’hui : «  Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé. » (Luc 2,20) « Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, les mages regagnèrent leur pays par un autre chemin. » (Matthieu 2,12)

Les bergers pauvres et incultes, peu connaisseurs des « choses de Dieu » quittent les lieux et retournent à leurs activités quotidiennes. Mais, touchés par ce qu’ils ont vu- l’Enfant Dieu- et la bonne nouvelle des anges, leur vie sera maintenant louange du Seigneur.
Frères et sœurs, apprenons à regarder et entendre les choses de notre vie comme autant de rencontres possibles avec le Seigneur pour entrer dans la louange et non dans la plainte.

Les mages ont été « déroutés » à tous les sens de ce mot. C’est peut-être ce qu’ils cherchaient en venant de leur Orient lointain pourtant si riche et mystérieux. Ici, près de « l’Enfant avec Marie sa mère », la rencontre se fit. Ils ouvrirent le trésor de leur cœur et contemplèrent « Celui qui de riche qu’Il était s’est fait pauvre pour nous ». Eux aussi repartirent enrichis certainement. Peut-être déconcertés. Les étoiles ont continué à les guider, mais une étape décisive leur avait ouvert une « voie royale » : c’est la voie du Christ qui invite à la contemplation et à la ferveur. Au fait, savez-vous que les premiers chrétiens étaient appelés les « gens de la voie de Jésus » (Actes des Apôtres 9,2) ? Pas étonnant puisque le Messie est « la voie, la vérité et la vie » (Jean 14,6).

Frères et sœurs, que le Seigneur vous guide au cours de l’année 2010 dans tout ce que vous entreprendrez. Cherchez-Le avec toutes vos ressources et vos connaissances. Mais, laissez-vous aussi toucher par la grâce qui vient de Lui : c’est notre boussole. Voilà en tous les cas les vœux que je souhaite vous adresser en ce temps de Noël et d’Epiphanie.

Père Stéphane AULARD



 


Homélie pour la Confirmation des jeunes de Saint Maur

 

23 août 2011 2011

Le dimanche 29 novembre, notre évêque, Monseigneur Michel Santier, a prononcé cette homélie lors de la cérémonie de Confirmation des jeunes du secteur de Saint Maur.

Diocèse de Créteil

CÉLÉBRATION DE LA CONFIRMATION DES JEUNES DU SECTEUR de SAINT MAUR

Dimanche 29 NOVEMBRE 2009

HOMELIE de Monseigneur Michel SANTIER

Cette célébration de la confirmation dans votre paroisse ou votre secteur inaugure pour vous le temps de l’Avent, le temps de la préparation de la grande fête de Noël.

Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous entrons aussi dans une nouvelle année liturgique : nous allons revivre toutes les étapes de la vie de Jésus-Christ, depuis sa naissance, sa prédication sur les bords du lac de Galilée, jusqu’à sa mort à Jérusalem et sa résurrection.

Chrétiens des différentes paroisses de la ville de Saint Maur, cette célébration de la confirmation est comme le point d’orgue de la visite pastorale que j’ai effectuée cette semaine dans votre secteur.

Chers confirmands, vous savez ce que veut dire attendre : « J’attends la confirmation avec impatience. ». Vous savez que le temps de l’Avent est le temps de l’attente de la venue du Christ. Les croyants depuis Abraham ont attendu le jour de sa naissance ; il est venu parmi nous, nous annoncer la Bonne Nouvelle de notre salut, en passant par la mort et la résurrection. Et depuis, les chrétiens sont tendus vers son retour comme nous le chantons chaque dimanche : « Nous attendons sa venue. »

Vous, vous avez attendu avec impatience le jour de votre confirmation. Vous vous y préparez dans vos aumôneries depuis plusieurs mois, après plusieurs années de catéchèse qui vous ont permis de connaître Jésus-Christ et qui vous ont plu. Plusieurs partagent dans leur lettre, que demander à être confirmé est un choix et une décision personnelle :

    • « Par la confirmation, je voudrais dire oui à mon baptême. »
    • « Au début j’allais au KT parce que mes parents voulaient que je découvre leur foi, puis c’est moi qui ai décidé de continuer. »
    • « Aujourd’hui, j’ai mûri dans la vie chrétienne. Étant autonome, je me sens prêt à recevoir la force de l’Esprit Saint. »

Plusieurs me partagent aussi qu’ils ont grandi dans la foi, grâce aux temps forts du Frat’ à Jambville, ou à Lourdes, à Taizé, dans le pèlerinage à Rome, ou les rassemblements scouts :

    • « Pour moi, le point fort de ma vie chrétienne a été le Frat’ de Jambville ; il m’a montré que je ne suis pas la seule à croire, que nous sommes des milliers de jeunes à marcher sur le même chemin, et que nous avons des raisons de croire. »
    • « Le pèlerinage des lycéens à Rome a totalement changé ma façon de voir la religion et ma façon de vivre. »

Certains aussi me disent qu’ils ont été marqués par la retraite qu’ils ont vécu à Montmartre pour les uns, dans une abbaye pour les autres ; d’autres, qu’ils ont grandi dans la foi grâce au témoignage de leurs parents, de leurs grands parents, au témoignage des animateurs de l’aumônerie, des chefs et cheftaines scouts. La foi ne se vit pas seul, mais en Eglise, en communauté de croyants.

Vous me partagez aussi, avec simplicité, que vous passez par des moments de doutes et que vous traversez des difficultés. Mais comme le dit Jésus dans l’Evangile de ce jour, vous ne perdez pas courage, vous gardez confiance. « Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche » :

    • « J’ai et j’aurai beaucoup de questions sur la foi en Dieu, beaucoup de doutes et d’incompréhensions, vis-à-vis de certains agissements de l’Eglise, pourtant, je continue à penser que c’est Dieu qui m’aide à vivre, qui me redonne espoir dans les moments difficiles, c’est pourquoi je pense que l’Esprit Saint, avec la confirmation, pourra m’aider à le connaître davantage, à me renforcer dans la foi et à entrer dans la communauté chrétienne. »

Dans l’Evangile, en ce temps de l’Avent, en ce monde, Jésus nous invite à être des veilleurs, et à ne pas nous laisser prendre, endormir, par les soucis de la vie, ou la vie facile, comme l’a dit l’une d’entre vous. « Restez éveillés et priez » :

    • « Dans mon cœur, il y a une flamme qui brille et cette flamme représente l’amour. Je sais qu’elle ne s’éteindra jamais. »

Pour vivre cette vocation de veilleur, Jésus ne nous laisse pas seuls, orphelins. Il nous a promis l’aide de son Esprit, la force de l’Esprit-Saint que vous allez recevoir à travers deux symboles :
— celui de la prière avec l’imposition des mains de l’Evêque et de tous les prêtres présents ; c’est ainsi que, depuis les Apôtres, l’Eglise appelle l’Esprit pour qu’il remplisse le cœur des baptisés ;
— celui de l’onction avec le Saint Chrême, pour que vous deveniez forts pour vivre votre foi, être des veilleurs, des témoins :

    • « Je voudrais que l’Esprit-Saint souffle en moi un vent de liberté et de vérité. »
    • « Par l’Esprit-Saint, je veux entrer comme une personne à part entière dans la grande famille des chrétiens. »
    • « Si je souhaite faire la confirmation, c’est pour affermir mon choix de rester baptisé et recevoir le souffle de l’Esprit-Saint pour pouvoir à mon tour aider les plus jeunes à rester sur le chemin de la foi. »
    • « Un jour, je voudrais être chef scout pour guider les autres dans la foi. »

Chers jeunes, l’appel de Jésus à être veilleurs ne se réalisera en vous que si vous continuez à vivre votre foi avec d’autres, avec d’autres jeunes à l’aumônerie, dans le scoutisme, dans les grands rassemblements, mais aussi dans les paroisses.

Les chrétiens des différentes paroisses ont besoin du dynamisme de votre foi. Vous y avez toute votre place, dans la musique, l’animation des chants pour les messes des familles et les messes des jeunes, pour l’accompagnement des plus jeunes en catéchèse ou dans l’aumônerie.

Mais, chers jeunes, vous continuerez à avoir besoin de l’encouragement de vos parents, parrains et marraines, de vos accompagnateurs en aumônerie, des chrétiens dans vos paroisses, des autres jeunes, pour tenir dans la foi et poursuivre votre chemin vers l’avenir.

Je souhaite à chacun de vous de demeurer un veilleur dans ce monde. Avec les prêtres de vos paroisses, comme Evêque, je vous dis que l’Eglise vous fait confiance et compte sur vous pour participer à la construction d’un monde plus humain, plus juste, plus fraternel et solidaire.

Chers parents, parrains et marraines, chrétiens des différentes paroisses, vous êtes témoins de la démarche de foi de vos jeunes qui désirent recevoir l’Esprit-Saint. Elle est profonde et sérieuse. Leur engagement de foi réveille notre foi, ravive en nous le don de l’Esprit que nous avons reçu à notre propre confirmation. Avec eux nous avons à être des veilleurs en ce monde, pour que l’Eglise n’aie pas peur de proposer aux jeunes, comme aux parents, aux familles, des nouveaux parcours de foi, et pour que ensemble nous demeurions attentifs et proches de ceux que la crise actuelle touche de plein fouet et lèse.

Comme le disent les Evêques de France, « la charité nous presse », relayant l’appel du christ à ne pas vous laisser abattre, à relever la tête, à se mettre en marche, car il vient, il vient à notre rencontre pour nous sauver et relever.

+ Michel SANTIER
Evêque de Créteil



 


Lundi 2 novembre 2009 - Homélie du Père Stéphane Aulard

 

12 décembre 2009 2009

Journée de prière pour les défunts

  • - 1 Corinthiens 15, 12-20
  • - Psaume 16
  • - Jean 6, 47-57

I – Quelqu’un m’a fait remarquer qu’entre le journal télévisé du soir et le film, à l’heure de la météo, hier, le commentateur a annoncé : "Demain, 2 novembre, nous aurons une pensée pour nos défunts."
Et la personne d’ajouter :
"Tiens, ce ne sont pas les "Saints Défunts", puisque chaque jour il y a un saint, voire plusieurs, au calendrier."

Oui, c’est aujourd’hui la mémoire liturgique des défunts, les miens, ceux des autres, ceux qui sont morts depuis l’année dernière, pour lesquels on a prié ici ou dans une autre église. Peut-être ne sont-ils pas "passés par l’église" pour certains, comme on dit…

Qu’importe, ces lumières déposées devant l’autel expriment leur présence à nos mémoires. Ils ne sont pas tous saints… comme nous ne le sommes pas non plus.

Pourtant, l’Église, de manière audacieuse, en rapprochant de la Toussaint cette mémoire des Défunts, veut nous suggérer que les défunts comme les saints ne sont pas nécessairement des champions de la vertu morale.
Qu’on se souvienne par exemple de Saint Augustin, de Saint François d’Assise et, plus près de nous, du Bienheureux Charles de Foucauld.

Pour autant, beaucoup de saints, et de défunts aussi, nous invitent à emprunter le chemin de la sainteté chrétienne de manière résolue, puisque la sainteté dont il s’agit est l’adhésion au Seigneur Jésus rencontré, découvert, aimé, prié et servi. Et n’allez pas trop vite dire, même si vous croyez bien connaître celui qui fut votre époux ou celle qui fut votre épouse, votre ami(e), votre parent(e) :
"De toute façon, ce n’était pas un pilier d’Église"
ou
"Il avait beau venir à la messe, il avait aussi un fichu caractère !"
Personne ne connaît le mystère intime de la rencontre de tel ou tel avec le Seigneur, ne fut-ce qu’une fois dans un colloque intérieur qui ne fera certainement jamais la une des journaux télévisés en quête de "scoop" !

J’aime à croire, parce que j’en ai souvent le témoignage en rencontrant des personnes endeuillées, que beaucoup ont touché dans cette vie le pan du manteau du Seigneur, ou l’ont carrément embrassé. Et cela reste un mystère.

C’est aussi notre espérance.

II – J’ai voulu vous faire entendre comme lectures bibliques deux passages du Nouveau Testament extrêmement attestataires de la foi au Christ ressuscité, parce que c’est ma mission de vous inviter à vous tourner vers le Seigneur Jésus qui n’est pas simplement "le grand homme, le grand sage qui a dit de nobles paroles."

C’est surtout Jésus, le Seigneur venu jusqu’à nous, et qui le premier nous a aimés. Oui, son exemple, le don de Sa personne à Son Père et à Ses frères, soulèvent notre admiration. C’est précisément cela qui est ressuscité, c’est cela notre ligne d’horizon.
(cf 1ère Lettre de Saint Paul aux Corinthiens – 15, 19-20)

C’est pourquoi Saint Jean peut nous inviter dans son Évangile à nous nourrir du Christ, "pain vivant descendu du ciel, donné pour que le monde ait la vie (Jean 6, 51).

L’allusion eucharistique est claire. Il s’agit, notre vie durant, de nourrir notre vie, notre dynamisme du Christ qui s’est donné et continue de se donner à nous, Parole et Pain. Communiez aux paroles du Christ, communiez au Corps du Christ, pour avoir en vous la vie de Dieu qui ne vous quittera plus et vous aidera à traverser cette existence parfois bien rude, nous le savons.

III – Certaines personnes nous disent que ça ne sert à rien de prier pour nos "défunts", c’est-à-dire ceux qui ont ""accompli leur fonction", leur parcours. Sachez que c’est la grande tradition de l’Église catholique d’offrir des messes et, plus largement, de prier pour les défunts, car il ne s’agit de rien d’autre que d’un acte d’amour envers eux. Il s’agit de les présenter au Seigneur dans une prière où vous prononcez peut-être leur prénom qui vous était si familier, et qui est aussi leur nom de baptême.
(cf 2 Maccabées 12, 43-46)

Oui, je crois que prier pour nos morts, avant que l’on ne prie un jour pour nous, est un acte d’amour qui exprime notre foi en la résurrection, est un acte qui redit aux défunts notre affection, et surtout à Dieu notre Père, notre profond désir d’entrer dans Son torrent d’amour qui nous a créés, nous a sauvés en Jésus Christ, et illuminés par le don de l’Esprit Saint !

Père Stéphane AULARD



 


Toussaint 2009 - Homélie du Père Stéphane Aulard

 

13 décembre 2009 2009

Fête de la Toussaint

Depuis plusieurs jours, frères et sœurs, en préparant cette homélie de Toussaint, une image m’habite, une réflexion suite à des rencontres avec des chrétiens protestants et un passage de Saint Paul que l’Eglise nous a invité à davantage découvrir depuis plus d’une année

L’image
 : il s’agit d’un tableau conservé à Florence et représentant la scène du Jugement dernier de Fra Angelico (XVème siècle). En cherchant à évoquer la « béatitude »(beatus veut dire heureux en latin et nous venons d’entendre l’évangile des Béatitudes en Matthieu 5, 1-12) Fra Angelico peint comme un cortège joyeux et dansant des bienheureux, rassemblés en Dieu pour la célébration de son Nom qui est saint dans le Ciel qui nous est promis- « Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié » (Matthieu 6,9-13).

Bien des passages de l’Ancien Testament déjà évoquent pareille fête éternelle. Je songe au fameux passage d’Isaïe 25 (« Le Seigneur prépare pour tous les peuples un festin sur sa montagne...Exultons, réjouissons-nous du salut qu’Il nous a donné. » (Isaïe 25,6.9) ou encore à ce verset superbe du Psaume 16(15) : « Tu m’apprendras le chemin de vie, devant Ta face, plénitude de joie, à ta droite, délices éternelles. » (verset 11).

On pourrait multiplier les exemples qui évoquent un au-delà de notre vie terrestre, un état plus qu’un lieu de rencontre entre les créatures de Dieu que nous sommes et leur Seigneur. Le Paradis où prennent place les rachetés porteurs de tuniques blanches. « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. » (Apocalypse 7,2...14) selon les images très fortes de l’Apocalypse qui cherche à lever le voile (c’est le sens du mot « apocalypse ») sur la rencontre ultime où les saints entrent en communion parfaite avec Dieu en Jésus Christ. La fresque de notre église représentant le Christ entouré des vivants et des saints s’essaye précisément à rendre compte de cette vision de l’Apocalypse.

La réflexion  : j’ai souvent l’occasion de parler avec des chrétiens protestants de tendances diverses (luthériens, réformés ou évangéliques). Ils ne célèbrent ni la Toussaint ni le jour des défunts car ils estiment que nous ne pouvons appuyer notre foi que sur la seule Ecriture Sainte (la Bible) et le seul Jésus Christ. Cela doit nous faire réfléchir. Pourtant, nous catholiques, comme les chrétiens orthodoxes, avons toujours estimé que les saints et saintes sont comme des icônes de Jésus Christ, c’est-à-dire des modèles imitables, qui disent d’une certaine manière l’actualité du Christ et de son Evangile au cours des siècles dans tous les domaines de la vie que le Christ lui-même a connus : le témoignage de la foi jusque dans la persécution, jusqu’au don de la vie, jusqu’au martyre. Le combat pour la vie dans la charité toujours inventive qu’il s’agisse de l’enseignement, de la santé ou de l’attention aux démunis de toutes sortes.

Rien qu’en évoquant tout cela, vous pouvez voir défiler devant vous plus d’une figure de saints : Saint Hilaire, confesseur de la foi précisément persécuté et grand docteur (théologien) de la foi, après les apôtres. Ce sont les saints martyrs qui ont planté la foi dans notre pays (en 177 à Lyon avec Saint Pothin et sainte Blandine), mais aussi en Afrique (les martyrs de l’Ouganda), en Asie (les martyrs du Vietnam, de Corée ou de Chine et tant d’autres), en Amérique et en Océanie.

Le 11 octobre, le Pape a canonisé, c’est-à-dire nous a donné en exemple et non pas « en idoles » qui pourraient prétendre remplacer le Christ, cinq nouveaux saints parmi lesquels Jeanne Jugan, française, qui au XIXème siècle a démarré l’œuvre des Petites sœurs des pauvres proches des personnes âgées et seules. Le même jour il a aussi canonisé un belge le Père Damien de Veuster qui a passé sa vie dans les îles du Pacifique auprès des lépreux au point de le devenir lui-même ! Nos amis luthériens ne s’y trompent pas eux qui n’ont pas de culte des saints donnent pourtant souvent le nom d’un saint martyr à leurs lieux de culte C’est ainsi qu’il y a au Perreux-sur-Marne une église (et non un temple) luthérienne appelée Saint Etienne (le premier martyr).

Tous nos saints des premiers siècles même après la première période apostolique sont des martyrs en ce sens qu’ils ont porté un témoignage explicite à la foi et qu’ils ont tous donné leur vie comme le Christ. Notre culte des saints ne devrait-il pas toujours être, comme dans la litanie des saints, rappel et union avec les saints comme autant de frères et sœurs aînés ? La communion des saints que nous affirmons dans la profession de foi (le credo) n’est rien d’autre en effet que la communion entre l’Eglise terrestre à la peine et en situation de témoignage et l’Eglise du ciel entrée dans la gloire du Christ.

Un passage de Saint Paul  : pour ne pas oublier Saint Paul et pour mieux entrer dans la compréhension de l’année sacerdotale que nous recommande le Pape Benoît XVI. J’aimerais vous lire un verset fameux et sans doute essentiel de la lettre aux Romains (Romains 12,1) : «  Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie (victime) vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. » Benoît XVI a commenté très finement ce texte lors de ses catéchèses (le 7 janvier 2009) en montrant que la vie chrétienne est un culte rendu à Dieu. Frères et sœurs,les chrétiens ne peuvent pas considérer leur mariage, leur engagement professionnel, leur militance dans une association ou tout autre lieu social, leur engagement dans l’Eglise et cela va sans dire, leur vie religieuse ou sacerdotale, autrement que comme notre manière de répondre à la donation du Christ au monde par notre propre donation à Dieu dans ce monde. C’est cela notre culte saint, vivant et agréable à Dieu.

Le Pape précise que pour autant notre culte dans l’Esprit Saint véritable et apprécié de Dieu n’est pas du pur moralisme, mais une adhésion à la personne de Jésus Christ découverte, accueillie, priée, aimée par chacun d’entre nous. Notre culte dans toutes les dimensions de notre vie et pas seulement à l’église le dimanche est saint s’il se nourrit précisément de Jésus Christ découvert dans son Evangile, inscrit en nous par le baptême, accueilli dans l’eucharistie et la pénitence même si nous y résistons. S’il y a un service que les prêtres de Jésus Christ peuvent vous rendre à vous, frères et sœurs du peuple saint en chemin, c’est de faire retentir sans cesse jusqu’à vous la Parole du Seigneur pour que nous recentrions tous nos vies sur Lui. C’est aussi au milieu de vous vous inviter à unir vos vies à celle de Jésus Christ dans l’offrande eucharistique que nous présentons en votre nom à l’autel.

Que la célébration de la Toussaint ravive donc en nous le désir de ressembler toujours davantage au Christ entièrement tourné vers son Père et entièrement tourné vers ses frères. Les saints et saintes de Dieu chantent la louange de Dieu, célèbrent sa grandeur à jamais parce qu’ils ont déjà ici servi dans la pauvreté du cœur (cf. Matthieu 5,3) le Nom de Dieu parmi leurs frères. C’est pourquoi nous les aimons et ne les oublions pas. C’est pourquoi dans la communion des saints nous n’hésitons pas à leur demander de prier pour nous le Seigneur.

Sainte Marie, Mère de Dieu et vous saints et saintes de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs !

Père Stéphane AULARD



 


Lettre de Benoit XVI à l’occasion de <BR/>l’ouverture de l’année sacerdotale

 

30 juin 2009 2009

Lettre du souverain Pontife Benoit XVI pour l’indiction d’une année sacerdotale à l’occasion du 150e anniversaire du DIES NATALIS du saint Curé d’Ars.

LETTRE DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI
POUR L’INDICTION D’UNE ANNÉE SACERDOTALE
À L’OCCASION DU 150e ANNIVERSAIRE
DU DIES NATALIS DU SAINT CURÉ D’ARS

Chers Frères dans le sacerdoce,

En la prochaine solennité du Sacré-Cœur de Jésus, vendredi 19 juin 2009 – journée traditionnellement consacrée à la prière pour la sanctification des prêtres –, j’ai pensé ouvrir officiellement une « Année sacerdotale » à l’occasion du 150e anniversaire du « dies natalis » de Jean-Marie Vianney, le saint patron de tous les curés du monde. Une telle année, qui veut contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui, se conclura en la même solennité de l’année 2010. « Le Sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus », avait coutume de dire le Saint Curé d’Ars. Cette expression touchante nous permet avant tout d’évoquer avec tendresse et reconnaissance l’immense don que sont les prêtres non seulement pour l’Église, mais aussi pour l’humanité elle-même. Je pense à tous ces prêtres qui présentent aux fidèles chrétiens et au monde entier l’offrande humble et quotidienne des paroles et des gestes du Christ, s’efforçant de Lui donner leur adhésion par leurs pensées, leur volonté, leurs sentiments et le style de toute leur existence. Comment ne pas mettre en évidence leurs labeurs apostoliques, leur service inlassable et caché, leur charité ouverte à l’universel ? Et que dire de la courageuse fidélité de tant de prêtres qui, bien que confrontés à des difficultés et à des incompréhensions, restent fidèles à leur vocation : celle d’« amis du Christ », qui ont reçu de Lui un appel particulier, ont été choisis et envoyés ?

Je porte moi-même encore vivant dans mon cœur le souvenir du premier curé auprès de qui j’ai exercé mon ministère de jeune prêtre : il m’a laissé l’exemple d’un dévouement sans faille à son service pastoral, au point de trouver la mort alors qu’il allait porter le viatique à un malade grave. Me viennent encore à la mémoire les innombrables confrères que j’ai rencontrés et que je continue à rencontrer, même au cours de mes voyages pastoraux en divers pays ; tous généreusement engagés dans l’exercice quotidien de leur ministère sacerdotal. Mais l’expression utilisée par le Saint Curé évoque aussi le Cœur transpercé du Christ et la couronne d’épines qui l’entoure. Et notre pensée se tourne alors vers les innombrables situations de souffrance dans lesquelles sont plongés bien des prêtres, soit parce qu’ils participent à l’expérience humaine de la douleur dans ses multiples manifestations, soit parce qu’ils sont incompris par ceux qui bénéficient de leur ministère : comment ne pas nous souvenir de tant de prêtres bafoués dans leur dignité, empêchés d’accomplir leur mission, parfois même persécutés jusqu’au témoignage suprême du sang ?

Il existe aussi malheureusement des situations, jamais assez déplorées, où l’Église elle-même souffre de l’infidélité de certains de ses ministres. Et c’est pour le monde un motif de scandale et de refus. Ce qui, dans de tels cas peut être surtout profitable pour l’Église, ce n’est pas tant la pointilleuse révélation des faiblesses de ses ministres, mais plutôt une conscience renouvelée et joyeuse de la grandeur du don de Dieu, concrétisé dans les figures splendides de pasteurs généreux, de religieux brûlant d’amour pour Dieu et pour les âmes, de directeurs spirituels éclairés et patients. A cet égard, les enseignements et les exemples de saint Jean-Marie Vianney peuvent offrir à tous un point de référence significatif : le Curé d’Ars était très humble, mais il avait conscience, comme prêtre, d’être un don immense pour son peuple : « Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, c’est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la miséricorde divine »[3]. Il parlait du sacerdoce comme s’il ne réussissait pas à se convaincre de la grandeur du don et de la tâche confiés à une créature humaine : « Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! s’il se comprenait, il mourrait… Dieu lui obéit : il dit deux mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie… ». Et, pour expliquer à ses fidèles l’importance des sacrements, il disait : « Si nous n’avions pas le sacrement de l’Ordre, nous n’aurions pas Notre-Seigneur. Qui est-ce qui l’a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir [à cause du péché], qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre… Après Dieu, le prêtre c’est tout… Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel ». Ces affirmations, jaillies du cœur sacerdotal du saint curé, peuvent nous sembler excessives. Elles manifestent toutefois en quelle haute considération il tenait le sacrement du sacerdoce. Il semblait submergé par le sentiment d’une responsabilité sans bornes : « Si l’on comprenait bien le prêtre sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d’amour … Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien… C’est le prêtre qui continue l’œuvre de Rédemption, sur la terre… A quoi servirait une maison remplie d’or, si vous n’aviez personne pour ouvrir la porte ? Le prêtre a la clef des trésors célestes : c’est lui qui ouvre la porte ; il est l’économe du bon Dieu, l’administrateur de ses biens…. Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes… Le prêtre n’est pas prêtre pour lui… il est pour vous ».

Il était arrivé à Ars, un petit village de 230 habitants, prévenu par l’Évêque qu’il y aurait trouvé une situation religieuse précaire : « Il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu dans cette paroisse, vous l’y mettrez ». Il était donc pleinement conscient qu’il devait y aller pour y incarner la présence du Christ, témoignant de sa tendresse salvifique : « [Mon Dieu], accordez-moi la conversion de ma paroisse ; je consens à souffrir ce que vous voulez tout le temps de ma vie ! », c’est par cette prière qu’il commença sa mission. Le Saint Curé se consacra à la conversion de sa paroisse de toutes ses forces, donnant la première place dans ses préoccupations à la formation chrétienne du peuple qui lui était confié. Chers frères dans le Sacerdoce, demandons au Seigneur Jésus la grâce de pouvoir apprendre nous aussi la méthode pastorale de saint Jean-Marie Vianney ! Ce que nous devons apprendre en tout premier lieu c’est sa totale identification à son ministère. En Jésus, Personne et Mission tendent à coïncider : toute son action salvifique était et est expression de son « Moi filial » qui, de toute éternité, se tient devant le Père dans une attitude de soumission pleine d’amour à sa volonté. Dans une humble mais réelle analogie, le prêtre lui aussi doit tendre à cette identification. Il ne s’agit pas évidemment d’oublier que l’efficacité substantielle du ministère demeure indépendante de la sainteté du ministre ; mais on ne peut pas non plus ignorer l’extraordinaire fécondité produite par la rencontre entre la sainteté objective du ministère et celle, subjective, du ministre. Le Saint Curé d’Ars se livra immédiatement à cet humble et patient travail d’harmonisation entre sa vie de ministre et la sainteté du ministère qui lui était confié, allant jusqu’à décider d’« habiter » matériellement dans son église paroissiale : « A peine arrivé, il choisit l’église pour être sa demeure… Il entrait dans l’église avant l’aube et il n’en sortait qu’après l’Angelus du soir. C’est là qu’il fallait le chercher si l’on avait besoin de lui », peut-on lire dans sa première biographie.

La pieuse exagération du dévoué hagiographe ne doit pas nous induire à négliger le fait que le Saint Curé sut aussi « habiter » activement tout le territoire de sa paroisse : il rendait visite de manière systématique à tous les malades et aux familles ; il organisait des missions populaires et des fêtes patronales ; il recueillait et administrait des dons en argent pour ses œuvres charitables et missionnaires ; il embellissait son église en la dotant d’objets sacrés ; il s’occupait des orphelines de la « Providence » (un Institut qu’il avait fondé) et de leurs éducatrices ; il s’intéressait à l’éducation des enfants ; il créait des confréries et invitait les laïcs à collaborer avec lui.

Son exemple me pousse à évoquer les espaces de collaboration que l’on doit ouvrir toujours davantage aux fidèles laïcs, avec lesquels les prêtres forment l’unique peuple sacerdotal et au milieu desquels, en raison du sacerdoce ministériel, ils se trouvent « pour les conduire tous à l’unité dans l’amour "s’aimant les uns les autres d’un amour fraternel, rivalisant d’égards entre eux" (Rm 12, 10) ». Il convient de se souvenir, dans ce contexte, comment le Concile Vatican II encourageait chaleureusement les prêtres à « reconnaître sincèrement et à promouvoir la dignité des laïcs et la part propre qu’ils prennent dans la mission de l’Église… Ils doivent écouter de bon cœur les laïcs, en prenant fraternellement en considération leurs désirs, et en reconnaissant leur expérience et leur compétence dans les divers domaines de l’activité humaine, afin de pouvoir discerner avec eux les signes des temps ».

Le Saint Curé enseignait surtout ses paroissiens par le témoignage de sa vie. A son exemple, les fidèles apprenaient à prier, s’arrêtant volontiers devant le tabernacle pour faire une visite à Jésus Eucharistie. « On n’a pas besoin de tant parler pour bien prier – leur expliquait le Curé – On sait que le bon Dieu est là, dans le saint Tabernacle ; on lui ouvre son cœur ; on se complaît en sa présence. C’est la meilleure prière, celle-là ». Et il les exhortait : « Venez à la communion, venez à Jésus, venez vivre de lui, afin de vivre pour lui ». « C’est vrai, vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin ! ». Cette éducation des fidèles à la présence eucharistique et à la communion revêtait une efficacité toute particulière, quand les fidèles le voyaient célébrer le saint sacrifice de la Messe. Ceux qui y assistaient disaient « qu’il n’était pas possible de voir un visage qui exprime à ce point l’adoration… Il contemplait l’Hostie avec tant d’amour ». « Toutes les bonnes œuvres réunies – disait-il – n’équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu’elles sont les œuvres des hommes, et la sainte messe est l’œuvre de Dieu ». Il était convaincu que toute la ferveur de la vie d’un prêtre dépendait de la Messe : « La cause du relâchement du prêtre, c’est qu’on ne fait pas attention à la messe ! Hélas ! Mon Dieu ! qu’un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire ! ». Et il avait pris l’habitude, quand il célébrait, d’offrir toujours le sacrifice de sa propre vie : « Oh ! qu’un prêtre fait bien de s’offrir à Dieu en sacrifice tous les matins ».

Cette identification personnelle au sacrifice de la Croix le conduisait – d’un seul mouvement intérieur – de l’autel au confessionnal. Les prêtres ne devraient jamais se résigner à voir les confessionnaux désertés ni se contenter de constater la désaffection des fidèles pour ce sacrement. Au temps du Saint Curé, en France, la confession n’était pas plus facile ni plus fréquente que de nos jours, compte tenu du fait que la tourmente de la Révolution avait étouffé pendant longtemps la pratique religieuse. Mais il s’est efforcé, de toutes les manières : par la prédication, en cherchant à persuader par ses conseils, à faire redécouvrir à ses paroissiens le sens et la beauté de la Pénitence sacramentelle, en montrant comment elle est une exigence intime de la Présence eucharistique. Il sut ainsi donner vie à un cercle vertueux. Par ses longues permanences à l’église, devant le tabernacle, il fit en sorte que les fidèles commencent à l’imiter, s’y rendant pour rendre visite à Jésus, et qu’ils soient en même temps sûrs d’y trouver leur curé, disponible pour l’écoute et le pardon. Par la suite, la foule croissante des pénitents qui venaient de la France entière, le retint au confessionnal jusqu’à 16 heures par jour. On disait alors qu’Ars était devenu « le grand hôpital des âmes ». « La grâce qu’il obtenait [pour la conversion des pécheurs] était si puissante qu’elle allait à leur recherche sans leur laisser un moment de répit » dit le premier biographe. C’est bien ce que pensait le Saint Curé quand il disait : « Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon ; mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui ». « Ce bon sauveur est si rempli d’amour pour nous qu’il nous cherche partout ! ».

Nous tous, prêtres, nous devrions réaliser que les paroles qu’il mettait dans la bouche du Christ nous concernent personnellement : « Je chargerai mes ministres de leur annoncer que je suis toujours prêt à les recevoir, que ma miséricorde est infinie ». Du Saint Curé d’Ars, nous pouvons apprendre, nous prêtres, non seulement une inépuisable confiance dans le sacrement de la Pénitence au point de nous inciter à le remettre au centre de nos préoccupations pastorales, mais aussi une méthode pour le « dialogue de salut » qui doit s’établir en lui. Le Curé d’Ars avait une manière différente de se comporter avec les divers pénitents. Celui qui s’approchait de son confessionnal attiré par un besoin intime et humble du pardon de Dieu, trouvait en lui l’encouragement à se plonger dans « le torrent de la divine miséricorde » qui emporte tout dans son élan. Et si quelqu’un s’affligeait de sa faiblesse et de son inconstance, craignant les rechutes à venir, le Curé lui révélait le secret de Dieu par une expression d’une touchante beauté : « Le bon Dieu sait toutes choses. D’avance, il sait qu’après vous être confessé, vous pécherez de nouveau et cependant il vous pardonne. Quel amour que celui de notre Dieu qui va jusqu’à oublier volontairement l’avenir pour nous pardonner ! ». A celui qui, à l’inverse, s’accusait avec tiédeur et de manière presque indifférente, il offrait, par ses larmes, la preuve de la souffrance et de la gravité que causait cette attitude « abominable » : « Je pleure de ce que vous ne pleurez pas », disait-il. « Encore, si le bon Dieu n’était si bon, mais il est si bon. Faut-il que l’homme soit barbare pour un si bon Père ». Il faisait naître le repentir dans le cœur des tièdes, en les obligeant à voir, de leurs propres yeux et presque « incarnée » sur le visage du prêtre qui les confessait, la souffrance de Dieu devant les péchés. Par contre, si quelqu’un se présentait avec un désir déjà éveillé d’une vie spirituelle plus profonde et qu’il en était capable, il l’introduisait dans les profondeurs de l’amour, exposant l’indicible beauté que représente le fait de pouvoir vivre unis à Dieu et en sa présence : « Tout sous les yeux de Dieu, tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu… Oh ! que c’est beau ! ». A ceux-là, il enseignait à prier : « Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer autant qu’il est possible que je vous aime ».

Le Curé d’Ars, en son temps, a su transformer le cœur et la vie de tant de personnes, parce qu’il a réussi à leur faire percevoir l’amour miséricordieux du Seigneur. Notre temps aussi a un besoin urgent d’une telle annonce et d’un tel témoignage de la vérité de l’Amour : Deus caritas est (1 Jn 4,8). Par la Parole et les Sacrements de son Jésus, Jean-Marie Vianney savait édifier son peuple, même si, souvent, il tremblait devant son incapacité personnelle, au point de désirer plus d’une fois être délivré des responsabilités du ministère paroissial dont il se sentait indigne. Toutefois, avec une obéissance exemplaire, il demeura toujours à son poste, parce qu’il était dévoré de la passion apostolique pour le salut des âmes. Il s’efforçait d’adhérer totalement à sa vocation et à sa mission en pratiquant une ascèse sévère : « Ce qui est un grand malheur, pour nous autres curés – déplorait le saint –, c’est que l’âme s’engourdit » ; et il faisait ainsi allusion au danger que court le pasteur de s’habituer à l’état de péché ou d’indifférence dans lequel se trouvent tant de ses brebis. Il maîtrisait son corps par des veilles et des jeûnes, afin d’éviter qu’il n’oppose résistance à son âme sacerdotale. Et il n’hésitait pas à s’infliger des mortifications pour le bien des âmes qui lui étaient confiées et pour contribuer à l’expiation de tant de péchés entendus en confession. A un confrère prêtre, il expliquait : « Je vais vous dire ma recette. Je leur donne une petite pénitence et je fais le reste à leur place ». Par-delà ces pénitences concrètes auxquelles le Curé d’Ars se livrait, le noyau central de son enseignement demeure toujours valable pour tous : Jésus verse son sang pour les âmes et le prêtre ne peut se consacrer à leur salut s’il refuse de participer personnellement à ce « prix élevé » de la rédemption.

Dans le monde d’aujourd’hui, comme dans les temps difficiles du Curé d’Ars, il faut que les prêtres, dans leur vie et leur action, se distinguent par la force de leur témoignage évangélique. Paul VI faisait remarquer avec justesse : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou, s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ». Pour éviter que ne surgisse en nous un vide existentiel et que ne soit compromise l’efficacité de notre ministère, il faut que nous nous interrogions toujours de nouveau : « Sommes-nous vraiment imprégnés de la Parole de Dieu ? Est-elle vraiment la nourriture qui nous fait vivre, plus encore que le pain et les choses de ce monde ? La connaissons-nous vraiment ? L’aimons-nous ? Intérieurement, nous préoccupons-nous de cette parole au point qu’elle façonne réellement notre vie et informe notre pensée ? ». Tout comme Jésus appela les Douze pour qu’ils demeurent avec lui (cf. Mc 3,14) et que, après seulement, il les envoya prêcher, de même, de nos jours, les prêtres sont appelés à assimiler ce « nouveau style de vie » qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui est devenu précisément celui des Apôtres[34].

C’est cette même adhésion sans réserve au « nouveau style de vie » qui fut la marque de l’engagement du Curé d’Ars dans tout son ministère. Le Pape Jean XXIII, dans l’Encyclique Sacerdotii nostri primordia, publiée en 1959 à l’occasion du premier centenaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney, présentait sa physionomie ascétique sous le signe des « trois conseils évangéliques », qu’il jugeait nécessaires aussi pour les prêtres : « Si pour atteindre à cette sainteté de vie, la pratique des conseils évangéliques n’est pas imposée au prêtre en vertu de son état clérical, elle s’offre néanmoins à lui, comme à tous les disciples du Seigneur, comme la voie royale de la sanctification chrétienne ». Le Curé d’Ars sut vivre les « conseils évangéliques » selon des modalités adaptées à sa condition de prêtre. Sa pauvreté, en effet, ne fut pas celle d’un religieux ou d’un moine, mais celle qui est demandée à un prêtre : tout en gérant de grosses sommes d’argent (puisque les pèlerins les plus riches ne manquaient pas de s’intéresser à ses œuvres de charité), il savait que tout était donné pour son église, pour les pauvres, pour ses orphelins et pour les enfants de sa « Providence », et pour les familles les plus nécessiteuses. Donc, il « était riche pour donner aux autres, et bien pauvre pour lui-même ». Il expliquait : « Mon secret est bien simple, c’est de tout donner et de ne rien garder ». Quand il lui arrivait d’avoir les mains vides, content, il disait aux pauvres qui s’adressaient à lui : « Je suis pauvre comme vous ; je suis aujourd’hui l’un des vôtres ». Ainsi, à la fin de sa vie, il put affirmer dans une totale sérénité : « Je n’ai plus rien, le bon Dieu peut m’appeler quand il voudra ». Sa chasteté était aussi celle qui était demandée à un prêtre pour son ministère. On peut dire qu’il s’agissait de la chasteté nécessaire à celui qui doit habituellement toucher l’Eucharistie et qui habituellement la contemple avec toute l’ardeur du cœur et qui, avec la même ferveur, la donne à ses fidèles. On disait de lui que « la chasteté brillait dans son regard », et les fidèles s’en rendaient compte quand il se tournait vers le tabernacle avec le regard d’un amoureux. De même, l’obéissance de saint Jean-Marie Vianney fut entièrement incarnée dans son adhésion à toutes les souffrances liées aux exigences quotidiennes du ministère. On sait combien il était tourmenté par la pensée de son incapacité pour le ministère paroissial et par son désir de fuir « pour pleurer dans la solitude sur sa pauvre vie ». L’obéissance seule, et sa passion pour les âmes, réussissaient à le convaincre de rester à son poste. Il montrait à ses fidèles, comme à lui-même qu’il « n’y a pas deux bonnes manières de servir Notre Seigneur, il n’y en a qu’une, c’est de le servir comme il veut être servi ». Il lui semblait que la règle d’or pour une vie d’obéissance fut celle-ci : « Ne faire que ce que l’on peut offrir au bon Dieu ».

Dans ce contexte d’une spiritualité nourrie par la pratique des conseils évangéliques, je tiens à adresser aux prêtres, en cette Année qui leur est consacrée, une invitation cordiale, celle de savoir accueillir le nouveau printemps que l’Esprit suscite de nos jours dans l’Église, en particulier grâce aux Mouvements ecclésiaux et aux nouvelles Communautés. « L’Esprit dans ses dons prend de multiples formes… Il souffle où il veut. Il le fait de manière inattendue, dans des lieux inattendus et sous des formes qu’on ne peut imaginer à l’avance… Il nous démontre également qu’il œuvre en vue de l’unique corps et dans l’unité de l’unique corps ». Ce que dit à cet égard le Décret Presbyterorum ordinis est d’actualité : « Eprouvant les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu, ils [les prêtres] chercheront à déceler, avec le sens de la foi, les charismes multiformes des laïcs, qu’ils soient humbles ou éminents, les reconnaîtront avec joie et les développeront avec un zèle empressé »[46]. Ces mêmes dons, qui poussent bien des personnes vers une vie spirituelle plus élevée, sont profitables non seulement pour les fidèles laïcs mais pour les ministres eux-mêmes. C’est de la communion entre ministres ordonnés et charismes que peut naître « un élan précieux pour un engagement renouvelé de l’Église au service de l’annonce et du témoignage de l’Évangile de l’espérance et de la charité partout à travers le monde ». Je voudrais encore ajouter, dans la ligne de l’Exhortation apostolique Pastores dabo vobis du Pape Jean-Paul II, que le ministère ordonné a une « forme communautaire » radicale et qu’il ne peut être accompli que dans la communion des prêtres avec leur Évêque. Il faut que cette communion des prêtres entre eux et avec leur Évêque, enracinée dans le sacrement de l’Ordre et manifestée par la concélébration eucharistique, se traduise dans les diverses formes concrètes d’une fraternité effective et affective. Ainsi seulement, les prêtres pourront-ils vivre en plénitude le don du célibat et seront-ils capables de faire épanouir des communautés chrétiennes au sein desquelles se renouvellent les prodiges de la première prédication de l’Évangile.

L’Année paulinienne qui arrive à sa fin nous invite à considérer encore la figure de l’Apôtre des Gentils dans laquelle brille à nos yeux un modèle splendide de prêtre complètement « donné » à son ministère. « L’amour du Christ nous presse – écrivait-il – à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts » (2 Co, 5, 14) et il ajoutait : « Il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Co 5, 15). Quel meilleur programme pourrait être proposé à un prêtre qui s’efforce de progresser sur le chemin de la perfection chrétienne ?

Chers prêtres, la célébration du 150e anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney (1859) vient immédiatement après les célébrations achevées il y a peu du 150e anniversaire des apparitions de Lourdes (1858). Déjà en 1959, le bienheureux Pape Jean XXIII l’avait remarqué : « Peu avant que le Curé d’Ars n’achevât sa longue carrière pleine de mérites, [la Vierge Immaculée] était apparue dans une autre région de France à une enfant humble et pure pour lui communiquer un message de prière et de pénitence, dont on sait l’immense retentissement spirituel depuis un siècle. En vérité, l’existence du saint prêtre dont nous célébrons la mémoire, était à l’avance une vivante illustration des grandes vérités surnaturelles enseignées à la voyante de Massabielle ! Il avait lui-même pour l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge une très vive dévotion, lui qui, en 1836, avait consacré sa paroisse à Marie conçue sans péché et devait accueillir avec tant de foi et de joie la définition dogmatique de 1854 »[50]. Le Saint Curé rappelait toujours à ses fidèles que « Jésus-Christ, après nous avoir donné tout ce qu’il pouvait nous donner, veut encore nous faire héritiers de ce qu’il y a de plus précieux, c’est-à-dire sa Sainte Mère ».

Je confie cette Année sacerdotale à la Vierge Sainte, lui demandant de susciter dans l’âme de chaque prêtre un renouveau généreux de ces idéaux de donation totale au Christ et à l’Église qui ont inspiré la pensée et l’action du Saint Curé d’Ars. La fervente vie de prière et l’amour passionné de Jésus crucifié ont nourri le don quotidien et sans réserve de Jean-Marie Vianney à Dieu et à l’Église. Puisse son exemple susciter parmi les prêtres ce témoignage d’unité avec l’Évêque, entre eux et avec les laïcs, qui est si nécessaire aujourd’hui, comme en tout temps. Malgré le mal qui se trouve dans le monde, la parole du Christ à ses Apôtres au Cénacle résonne toujours avec la même force d’actualité : « Dans le monde, vous aurez à souffrir, mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). La foi dans le divin Maître nous donne la force de regarder l’avenir avec confiance. Chers prêtres, le Christ compte sur vous. A l’exemple du Saint Curé d’Ars, laissez-vous conquérir par Lui et vous serez vous aussi, dans le monde d’aujourd’hui, des messagers d’espérance, de réconciliation et de paix !

Avec ma bénédiction.

Du Vatican, le 16 juin 2009.

BENEDICTUS PP. XVI



 


Dimanche de Pâques 2009 - Homélie du Père Stéphane Aulard

 

18 avril 2009 2009

Frères et sœurs, nous voici arrivés au sommet du « triduum pascal » : depuis jeudi soir nous avons vécu le parcours ultime de Jésus notre Seigneur qui, dans la salle du Cénacle, partagea son dernier Repas avec ses apôtres et leur livra de manière anticipée le sens de son sacrifice ultime sur la Croix : « Prenez et mangez en tous, ceci est mon Corps livré pour vous...

Homelie de Pâques - (11 et 12 avril 2009)

Frères et sœurs, nous voici arrivés au sommet du « triduum pascal » : depuis jeudi soir nous avons vécu le parcours ultime de Jésus notre Seigneur qui, dans la salle du Cénacle, partagea son dernier Repas avec ses apôtres et leur livra de manière anticipée le sens de son sacrifice ultime sur la Croix : « Prenez et mangez en tous, ceci est mon Corps livré pour vous... Prenez et buvez en tous car ceci est la coupe de mon sang... le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude... Vous ferez cela en mémoire de moi. » Or, ce qui est annoncé le Jeudi Saint au soir s’est produit le Vendredi Saint : le Seigneur a bien livré son Corps et versé son Sang pour nous et pour la multitude des êtres humains sans distinction aucune, pour toutes les générations et les continents. Pourquoi ? Parce que c’est le Seigneur et que sa volonté est le salut, la vie de tous ses enfants et non leur mort, leur abandon, leur anéantissement comme s’ils étaient quantité négligeable. Non, le Créateur des mondes et de l’humanité, notre Créateur est bien venu en Jésus déjà dans le mystère de son Incarnation, à Noël, rejoindre sa créature, l’être humain, et par sa vie, son action bienfaisante (cf. Ac 10,38) et son engagement aux côtés de l’Homme, Il l’a sauvé, élevé jusqu’à lui offrir sa vie dans l’offrande qu’Il a faite de son être pour lui. Il lui a manifesté ainsi sa haute dignité et c’est cela que nous célébrons d’âge en âge en faisant mémoire de Jésus à la Cène, à la Croix et hors du tombeau devenu vide parce que le dernier ennemi qu’Il a vaincu, comme le dit Saint Paul, c’est la mort (cf. 1 Corinthiens 15,26). Elle n’a pas pu retenir l’auteur de la vie, la Vie elle-même, en son principe, comme le dit Saint Jean (cf. Jean 1,4).La vie aussi comme un chemin à parcourir, ce qu’a fait Jésus qui était bien un être biologique tout comme nous. Mais aussi la vie véritable, c’est-à-dire associée à d’autres, juste, belle. Bref, une vie entièrement donnée. On comprend pourquoi Saint Jean a retenu cette parole de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jean 14,6)

Aujourd’hui, nous célébrons la Résurrection du Seigneur Jésus. Nous en faisons mémoire, nous la proclamons, nous l’annonçons ! Notre « alléluia » de Pâques (mot intraduisible qui est quelque chose comme « Vive Dieu ! »), c’est cela : un cri de victoire pourtant précédé d’un long silence, d’une retenue, d’une méditation et même d’un étonnement. Car, la Résurrection n’est pas un tour de passe-passe ! Il semblerait que bon nombre de catholiques n’y croient pas, n’y croient guère...Un sondage récent (paru dans le numéro de Pâques de « Pèlerin magazine »)parle de 13 %, ce qui ne fait vraiment pas beaucoup ! De deux choses l’une : ou vous faites partie des 13 % et tous ceux qui ne sont pas ici n’y croient pas ou bien vous êtes ici, malgré tout ! Alors, accueillez la bonne nouvelle de la Résurrection et qu’elle vous entraîne ! Je sais que beaucoup de personnes peu croyantes et surtout peu familières de l’Evangile accommodent leur foi difficile en la Résurrection en la mélangeant à d’autres croyances telles que la métempsychose ou la réincarnation... Je sais aussi, comme on dit aujourd’hui que la Résurrection du Seigneur, c’est « énorme », c’est « trop » ! Précisément, parce que c’est du Seigneur dont il s’agit. D’un événement unique dans l’histoire humaine et sans doute de toutes les galaxies. D’un événement cosmique, n’ayons pas peur du mot ! La tradition catholique et orthodoxe cependant en précisant que seule Marie partage pour le moment cet état de résurrection aux côtés de Jésus, nous en montre les conséquences, les « bienfaits collatéraux » si l’on peut s’exprimer ainsi à propos de cette Résurrection du Christ. On nous parle si souvent des « dommages collatéraux » qui engendrent toujours plus de morts dans nos guerres soit disant propres ! :Quoi donc ? La Résurrection est un bien partagé, une promesse non seulement d’éternité ou d’immortalité (autrefois réservée dans les mythologies gréco-latines à certains demi-dieux). Mais, bien plus frères et sœurs : un état de ressuscité. C’est ce que Saint Paul scande dans ses épîtres où il met autant d’énergie à nous annoncer la Résurrection du Christ pour que notre foi ne soit pas vaine (cf. 1 Corinthiens 15,13-15) qu’à nous faire découvrir notre condition de baptisés déjà passés avec le Christ de la mort à la vie et promis à une vie nouvelle dès maintenant, sans attendre : bref, une vie de ressuscités ! Je pense par exemple à ces paroles très denses de la lettre aux Colossiens : « Ensevelis avec lui (le Christ) dans le baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités puisque vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts. » (Col 2,12) Un peu plus loin et encore plus « fort » si je puis me permettre : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ... » (Col 3,1)

Expliquons-nous là-dessus ? De quelle hauteur s’agit-il ? S’agirait-il d’échapper à la condition humaine ? Les baptisés bénéficieraient-ils d’un traitement spécial qui les prémunirait de toute difficulté ? Auraient-ils souscrit une assurance multirisques inouïe ?Surtout, leur serait-il épargné de vivre, donc de souffrir parfois, de chercher comme les autres difficilement le sens de leur existence, de balbutier dans les choix essentiels qu’ils ont à faire dans leur quotidien ? Pas du tout frères et soeurs. Nous sommes tous embarqués dans l’existence humaine, chahutés, ballotés, inconséquents parfois, méchants à nos heures. Mais, la spiritualité chrétienne, car il y en a une, c’est de suivre le Christ dans un amour livré, dans un don de nos personnes où il y a du « bonheur » (« plus de bonheur » précise Saint Paul) à donner qu’à recevoir !(cf. Actes 20,35) Il ne suffit pas de canoniser l’ Abbé Pierre, Mère Térèsa ou Sœur Emmanuelle en versant notre larme quelques jours lorsque les médias au moment de leur mort nous passent en boucle des images de leurs vies hors pair ! Si l’on est chrétien, il faut aller à la source. Pour ces trois-là que l’on serait même prêt à mettre au Panthéon, à la source, il y a un amour nommé : JESUS ! Et ce ne sont pas les seuls, croyez-le ! Dans nos existences en mouvement. - non pas agitées - mais mues par la certitude que tout ce qui n’est pas donné se perdra, ils est possible d’atteindre les hauteurs auxquelles le Christ appelle ses frères et sœurs. C’est notre grand-frère. Apprenons de lui ! Il n’y a dans notre foi chrétienne aucun mépris de la terre, de sa construction, des recherches en cours, des questions nouvelles qui se posent à nous dans des domaines aussi complexes que la bioéthique, l’économie, les flux migratoires ou la fin de vie. Nos réponses ne sont pas toutes faites contrairement à ce que l’on entend dire ! Mais nos hauteurs sont bien sur la terre que Dieu nous a confiée. Notre vie spirituelle, notre Salut se jouent bien là. Pourtant, sachons-le les bassesses existent aussi et mènent un sérieux combat contre cette aspiration au bien, au juste et au beau qui nous habitent ! Elles s’appellent la calomnie, la corruption, le narcissisme suraigu que cultivent souvent les médias en quête du dernier scoop qui retombera aussi rapidement dans les oubliettes de l’histoire qu’il y est venu ! Il faut réagir, chrétiens ! La ligne de crête est délicate : ne haïssez pas ce monde ! Ne vous comportez pas en victimes. Servez, servons ce monde loyalement, généreusement. Il nous faut peut-être ici, catholiques, réinventer ce que l’Eglise, les autres Eglises chrétiennes aussi, font en Afrique quand elles luttent contre le sida et qu’elles continuent d’inventer les structures d’accueil, dispensaires, hôpitaux en tous genres à hauteur de 25 % rapportés à tous les dispositifs engagés par les Etats et organisations non gouvernementales. Il nous faut catholiques ici ne pas rester les bras ballants : faites de la politique dans le parti de votre choix, mais insufflez un suplément d’âme en vous engageant ainsi ! Créez des associations quand il le faut pour défendre non pas « nos » intérêts mais ceux des plus démunis. Prenez la parole, cultivez votre foi, faites du lobying aussi s’il le faut !
Bref, menez une vie de ressuscités, habités par le Christ. Priez-le souvent ! Ne délaissez pas les assemblées dominicales pour vous nourrir de la Parole et du Pain de vie. Soyez heureux d’être ressuscités avec le Christ ! Amen

Père Stéphane AULARD



 


Mercredi des Cendres 2009 - Homélie du Père Stéphane Aulard

 

29 mars 2009 2009

Cette liturgie des cendres commence le carême de cette année 2009. Nous avons souvent entendu des « prédications de carême » qui disent toutes : le carême est ce « temps favorable » par excellence pour tout chrétien lui permettant de se mettre davantage et surtout mieux à l’écoute de la Parole de Dieu... Autrement dit de la Bible !...

HOMELIE DU MERCREDI DES CENDRES
(25 février 2009)

Frères et sœurs avec cette liturgie des cendres commence le carême de cette année 2009. Nous avons souvent entendu des « prédications de carême » qui disent toutes : le carême est ce « temps favorable » (2 Corinthiens 6,2) par excellence pour tout chrétien lui permettant de se mettre davantage et surtout mieux à l’écoute de la Parole de Dieu... Autrement dit de la Bible !. Faites donc une retraite de carême personnelle chez vous avec comme pour compagnon durant cette quarantaine préparatoire à Pâques un évangile...Il existe des retraites « en ligne » sur Internet, mais pourquoi ne pas lire en quelques heures l’Evangile de Marc ou en 32 jours les 16 chapitres que comporte cet Evangile ! Il ne vous restera plus alors que 8 jours pour arriver à Pâques et relire les précieux versets que vous aurez peut-être consignés sur un carnet. A moins que vous ne les ayez cousus dans votre manteau comme le grand Blaise Pascal qui avait ainsi cousu dans la doublure de son manteau au XVII ième siècle le mémorial de sa conversion de feu face au Seigneur longuement contemplé et assurément écouté ! Vous connaissez sans doute ce texte admirable. Un texte de conversion d’un chrétien déjà baptisé..., comme la plupart d’entre nous. A quelques exceptions près peut-être que nous pouvons saluer. Vous qui sans être chrétien cherchez le Dieu vivant et vrai ou vous catéchumènes qui vous préparez au baptême.

Je ne résiste pas à vous donner lecture de quelques extraits de ce texte daté de 1654 : Le mémorial d’une conversion d’un baptisé sans doute pendant le temps de l’Avent. Mais qu’importe. Un texte qui est surtout la trace d’une prière nourrie de la Bible.

« Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus Christ... Oubli du monde et de tout hormis Dieu. Il ne se trouve que dans les voies enseignées dans l’Evangile... Mon Dieu me quitterez-vous ? Que je n’en sois pas séparé éternellement. Cette est la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ... »

Des témoignages de conversion comme celui de Pascal, il y en a des centaines. Alors, souhaitons-nous d’y être attentifs et de les recueillir. Souhaitons-nous que ce carême puisse obtenir notre conversion ! Nous aurons peut-être la possibilité au cours de ce carême de découvrir la conversion de Paul Claudel au travers d’une mise en scène tout à fait suggestive le samedi 21 mars au soir dans notre église.

Oui, frères et sœurs, On ne le dira jamais assez : le carême est le temps de conversion par excellence compris comme retour à Dieu et découverte renouvelée de sa miséricorde, de sa présence . Où donc ? Dans l’eucharistie, dans le quotidien, dans la vie de ce monde et bien sûr de l’Eglise qui ne passe pas dans les médias, mais aussi dans le cœur à cœur de la prière évidemment. L’extrait de l’Evangile selon Saint Matthieu (6,1-8.16-18) que grâce à la réforme conciliaire nous pouvons entendre aujourd’hui dans une version longue - on ne lisait en effet jusqu’en 1962 que la partie concernant le jeûne - nous rappelle les trois appels fameux que Jésus notre maître lança à ses disciples sur la montagne. Ils sont liés et j’aime à croire que le second qui est l’invitation à la prière est comme le cœur commandant les deux autres : c’est-à-dire l’aumône qui n’est rien d’autre que le partage charitable de nos biens par le biais de l’expertise des œuvre charitables de notre Eglise et pas seulement la pièce furtive que nous déposons sans trop y penser à la personne attitrée qui tend la main chaque dimanche à la sortie de l’église et enfin le jeûne. Y a-t-il une progression dans le sens d’une excellence de l’aumône jusqu’au jeûne en passant par la prière ? Je pense que non. La prière en tout état de cause reste le coeur de la réflexion proposée par Jésus. La preuve, c’est que le texte extrait de notre lectionnaire n’est pas encore complet puisque l’enseignement de Jésus sur la prière est tronqué. En effet, nous n’avons pas entendu les versets 9 à 15 -la prière du Notre Père-Or, il s’agit de la prière même de Jésus qui nous étant enseignée par Lui devient la prière fraternelle, la prière communautaire, mais aussi le modèle de la prière personnelle qui nous établit toujours en relation avec nos frères et sœurs et « Notre Père... ». Laissons-nous donc instruire par Jésus qui nous invite à modeler notre prière sur sa prière, qui nous propose d’entrer dans son cœur à cœur : « Mon Père et votre Père... Notre Père... »

Comment prier ? Des personnes il y a quinze jours à l’occasion de la journée des malades ont prié à Saint Hilaire venant de tout Saint Maur et peut-être d’ailleurs durant douze heures consécutives devant le Saint Sacrement. Il s’agissait d’un temps d’adoration nocturne et silencieuse. Il n’y avait pas d’animation comme on dit aujourd’hui. Et si durant ce carême nous commencions par nous remettre en présence du Seigneur Il nous habite et nous le « transportons » littéralement partout où nous allons lorsque nous sortons de la messe après avoir communié. Et si nous venions devant le Saint Sacrement même lorsqu’il n’est pas exposé dans l’ostensoir, durant ce carême. Pourquoi ? Pour nous aider à reprendre conscience que nous sommes habités... Pour nous entraîner à la veille recommandée par le Seigneur à ses disciples lorsqu’il entra dans son « agonie », c’est-à-dire dans son ultime combat spirituel avant sa Passion ? Dans son cœur à cœur avec Dieu son Père et le nôtre ? Durant la nuit du Jeudi Saint, nous pourrons venir de nouveau faire cette expérience de la contemplation du Seigneur dans son eucharistie à Notre-Dame du Rosaire : je vous y invite.

Vous pensez peut-être que j’insiste trop sur l’intériorité, sur la prière personnelle en oubliant la dimension caritative du carême. Je ne l’oublie pas mais je recueille de la tradition de l’Eglise qu’elle ouvre ce carême d’abord par une liturgie solennelle de pénitence. C’est le sens du passage de Joël qui a toujours été lu le mercredi des cendres.Cette liturgie communautaire veut nous mettre tous ensemble sur la ligne de départ pour courir la course dont Saint Paul parle souvent dans ses lettres(cf. 2 Timothée 4,7) : « Ne savez-vous pas que les coureurs dans le stade, courent tous mais qu’un seul gagne le prix ?...Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse ; eux c’est pour une couronne périssable, nous pour une couronne impérissable... » (1 Corinthiens 9,24-25).

Dans son livre d’entretien avec le nouveau grand rabbin de France Gilles Bernheim, le cardinal Philippe Barbarin peut nous aider à comprendre de l’intérieur le sens de notre démarche pénitentielle communautaire de ce jour. Je vous propose de l’écouter :

Il commente la déclaration de repentance de Jean-Paul II qui précéda l’an 2000 et qui, rappelons-le en a agacé plus d’un trouvant que le pape en faisait un peu trop (« ... Dans la tradition de la prière chrétienne chaque année, le 31 décembre, nous rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’Il nous a donné de vivre au long de l’année écoulée. Mais, nous commençons par un examen de conscience, où nous demandons pardon à Dieu d’avoir si souvent déçu son attente. Puis nous chantons le Te Deum, qui est un chant de louange, pour que l’année se termine dans l’action de grâce... »

Puis, il rappelle la grande célébration de repentance durant le carême de l’an 2000 à la basilique Saint Pierre de Rome. C’est au cours de cette célébration qu’il demanda pardon solennellement aux juifs en particulier. Nous ne pouvons pas oublier cela.C’est la prière qui fut dite ce jour-là qu’il plaça ensuite dans le Mur des Lamentations lors de son pèlerinage à Jérusalem « Il y a toute une logique dans cet acte (de repentance), et cela bien sûr, doit nous conduire à l’action de grâce. » (In, Le rabbin et le cardinal, Paris, Stock, pp 214-215).

Que notre liturgie solennelle des cendres que nous allons recevons tous ensemble et chacun nous invite à la pénitence, c’est-à-dire au regret de nos fautes. Confessons notre péché durant ce carême pour entrer dans l’action de grâce à Pâques avec le Ressuscité. Une journée du pardon nous sera proposée le 28 mars à Notre-Dame du Rosaire. Durant la Semaine Sainte, les prêtres seront à votre disposition pour vivre aussi le sacrement de pénitence et de réconciliation. Faisons confiance aux sacrements de l’Eglise. Usons des sacrements qui sont autant d’occasions de rencontres du Seigneur sur terre. Ils sont un don du Seigneur pour que nous ne désespérions jamais. C’est Lui, le Seigneur de gloire, qui nous donne de croire que de notre misère, de nos coups bas, de nos errements qui ne sont que cendres, c’est-à-dire rien, jaillira le feu pascal souvent enfoui, mais prêt à se manifester. D’ailleurs, ne le savons-nous pas, il couve en nous depuis notre baptême !
Ce feu de l’Esprit Saint promis par le Christ et reçu à notre baptême comme à notre confirmation ne demande qu’à nous envahir. C’est la promesse faite aux baptisés qui ont misssion de le faire connaître à tous les hommes que Dieu Notre Père aime (cf. Luc 2,14). Amen.


Père Stéphane AULARD



 


Noël 2008 – Homélie du Père Stéphane Aulard

 

6 novembre 2013 2013

« Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? »

Cette question est celle d’un grand théologien du Moyen Age, Saint Anselme de Canterbury. C’est aussi le titre d’un ouvrage théologique majeur dans lequel il tente de répondre à la question du mystère de l’Incarnation : « pourquoi... ? » (...)

Et plouf ! {JPEG}
« Cur Deus homo ? »
« Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? »

Cette question est celle d’un grand théologien du Moyen Age, Saint Anselme de Canterbury (+ en 1109). C’est aussi le titre d’un ouvrage théologique majeur dans lequel il tente de répondre à la question du mystère de l’Incarnation : « pourquoi... ? » Notre époque est, elle, bien plus intéressée par les questions secondes qui semblent devenir définitivement premières : « Comment s’y est-Il pris ? » et même : « A quoi cela sert-il ? » L’ultime question étant peut-être en forme d’une remarque désabusée : « « Et puis qu’est ce que cela change toute cette histoire-là ? »

En ce jour de la Nativité du Seigneur Jésus, il n’est pourtant pas inutile de revenir d’abord à la question du grand Saint Anselme : « Mais pourquoi donc Dieu s’est-Il fait homme ? » La réponse, vous vous en doutez bien n’est pas du style : Il est venu visiter sa création parce qu’Il s’ennuyait ou voulait voir comment nous nous débrouillions ici sur terre ! On trouve cela dans les mythologies païennes où les dieux ont comme par erreur ou par caprice voulu la création. Et cela les amuse de nous voir nous débattre ! Non, frères et sœurs, Il est venu sauver sa création. Et même la sauver définitivement. La sauver de quoi ? Du péché, dit toute la tradition chrétienne. En cette année consacrée à Saint Paul comme nous le recommande notre pape Benoît XVI, me revient ce verset fameux de l’épître aux Romains parmi bien d’autres : « Tous sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus Christ. » (Rm 3,23-24). Les hommes « privés de la gloire de Dieu » sont en effet tous pécheurs, enfermés dans un système de mépris mutuel et d’oubli de leur Créateur comme s’Il leur faisait de l’ombre alors qu’ils s’enferment dans leur propre obscurité.

La venue du Seigneur dans notre chair, ce que nous appelons l’Incarnation, l’événement de la Parole éternelle de Dieu, du « Verbe » qui s’est fait chair, qui est devenu un homme est le commencement de notre rédemption. On peut dire, oui, que l’Incarnation est le début de notre rédemption. Je crois que c’est d’ailleurs pour cela que depuis des siècles Noël occupe une telle place dans notre calendrier chrétien semblant supplanter Pâques, alors que Noël est simplement le commencement, le germe de la rédemption. Et de cela nous pouvons nous réjouir. Oui, en notre Occident qui ne veut pas mourir, même s’il semble porter cette réalité comme une malédiction en son nom même (« occident » veut dire « tomber » parce que c’est le lieu (l’Ouest) où la lumière semble tomber quand le soleil se couche), nous avons inscrit en nous ce farouche désir de vivre en étant sauvés de la fatalité du péché, du mal qui rode, qui nous ronge, tourne autour de nous et nous atteint personnellement aussi. Pourquoi nier ce mystère du mal puisqu’il existe bien et que dans nos églises nous ne nous y complaisons pas. Au contraire, nous accueillons la nouvelle qu’en Jésus Christ, nous avons Celui qui nous en sauve, nous en libère !

Frères et sœurs, Saint Anselme au XIIème siècle avait raison : Dieu s’est fait homme pour nous sauver de l’intérieur, de Lui-même, en Son Fils Jésus Christ, Notre Seigneur et par amour, car nos œuvres même les meilleures n’y avaient pas suffi. « A la plénitude des temps », comme dit encore Paul aux Galates (Ga 4,4-5), Il s’est donné lui-même comme Dieu le fait toujours, Il s’est livré, remis entre les mains de Marie et du juste Joseph comme Il s’est ensuite remis entre les mains de ses bourreaux et se remettra à chacun de ceux qui vont communier à cette messe. Il se livre sans retenue aucune ! Il faut vraiment méditer cela et alors on doit pouvoir commencer à se livrer à ceux que l’on croit pourtant aimer, à son ouvrage quotidien, à quelques idées et projets véritablement charitables et non pas à quelques facéties qui nous « divertissent », mais ne changent rien comme dirait le grandPascal !

Alors, faites taire en vous aujourd’hui ce besoin ardent de toujours vouloir savoir si cela rapporte quelque chose de concevoir, de penser, de faire ceci ou cela. Essayez de concevoir que l’Incarnation de Dieu en Jésus Christ livré à notre terre est l’acte d’amour suprême et que cela commence précisément à Noël. Je sais bien que certains peuvent dire :
« Et vous trouvez que cela a changé quelque chose dans l’histoire tout ce travail, toute cette initiative inouïe de Dieu dans l’histoire ? »

Je réponds OUI à cette question pour trois raisons :

Oui, cela a changé quelque chose et qui que vous soyez vous qui m’entendez ici aujourd’hui, demandez-vous un instant pourquoi vous êtes-vous là Cela ne vous suffisait donc pas de passer directement des achats effectués dans les magasins (magasins qu’il va peut-être falloir maintenir ouverts le dimanche et pourquoi pas en permanence puisque c’est une affaire entendue que là se trouve la vie) à la « consommation » puisque cela est le véritable régulateur d’une existence moderne ! Pourtant, je vous regarde et je me dis : il reste en vous, que dis-je, il y a en vous que vous ne voulez pas vivre Noël sans un peu de réflexion, de méditation peut-être, de « recueillement » comme on dit aujourd’hui. Et peut-être aussi un désir de prière. Et peut-être encore de vous mettre à genoux devant la crèche où vous ne pouvez pas voir une naissance ordinaire car même les paysans du Ier siècle en Palestine n’ont jamais eu envie de voir naître leurs enfants dans la paille des animaux... qui n’a rien de fraîche ! Et là, regardez le Christ le « très grand » qui est « très-bas » . Il est venu et Il vient quand vous voulez, peut-être en cette Nativité, pour vous rencontrer et vous faire découvrir la « musique évangélique ». Je vous en donne quelques notes : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ! »(Matthieu 5,3) « Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi ! »(à Zachée : Luc 19,5) « Je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus ! »(à la femme adultère : Jean 8,11) Votre présence est le signe que Dieu vous inquiète, ne vous laisse pas tranquille, vous fascine, a quelque chose à voir avec vous.

N’a-t-on pas entendu parler cette année de grands témoins de la foi dans notre pays ? L’abbé Pierre, le pape Benoît XVI, Sœur Emmanuelle, pour ne citer que ceux-là. Ils disent la Bonne Nouvelle de Jésus Sauveur aujourd’hui évidemment. On parle d’ « icônes » à leur sujet : c’est un peu normal étant donné qu’ils crèvent les écrans de télévision et que leurs paroles comme leur action sont signes d’engagement total. Sachez-le frères et sœurs, c’est le signe de l’actualité de l’Incarnation en ce monde. Il y a un au-delà de cette vie, une vie éternelle qui nous est promise et il y a aussi un monde remis entre nos mains par notre Créateur qu’il nous faut habiter, transformer continuer de créer car l’entreprise du Salut commencé par Jésus Christ ne demande qu’à se poursuivre. Nous avons besoins de voix fortes. Quand elles disparaissent, rendons grâce à Dieu. Quant à la voix de notre pape, accueillons-la surtout quand elle n’est pas relayée par exemple sur le dossier de la dignité de la personne humaine qui ne saurait être considérée comme un produit de marché ou un coût social risquant de grever notre budget déficitaire. Pour ma part, je suis fier que notre Eglise garde ce cap contre vents et marées. Je vous le demande, cultivez votre information concernant la voix de l’Eglise en allant puiser à la source.Ne vous contentez pas des journaux de 20 heures !

Enfin, je voudrais vous annoncer une bonne nouvelle : notre paroisse a enfin réussi, via le réseau Pax Christi, à entrer en relation avec des amis chrétiens catholiques du Kurdistan irakien. Je vous avais annoncé le Jeudi Saint mon souhait que nous nous mettions à cultiver une relation privilégiée avec des frères et sœurs souvent isolés, malmenés et maintenant aussi persécutés et déplacés. Un évêque, Mgr Raban propose à des jeunes de chez lui d’entrer en dialogue avec des jeunes de chez nous par du courrier électronique régulier pour qu’ils ne soient pas seuls ! Nous avons pris contact il y a deux jours. Je ne sais pas où tout cela nous emmènera, mais je voudrais que tous ceux qui sont intéressés pas cette présence et ce partage via Internet me le disent pour que la foi chrétienne si implantée de longue date en Irak tout simplement ne disparaisse pas sans faire de bruit. Qu’est-ce que cela change que des chrétiens frères ne soient pas abandonnés ? Je vous laisse articuler une réponse. Qu’est-ce que cela change que les paroisses catholiques de Saint-Maur avec vos offrandes dominicales aient reconstruit dans les locaux du Secours catholique deux logements passerelles (coût 80 000 euros pour les paroisses) permettant de reloger deux familles en difficulté ? Je sais qu’il en faudrait des centaines de plus ? Eh bien cela fait que nous nous emparons du problème plutôt que d’en parler !

L’Incarnation, c’est Dieu qui paie de sa personne pour nous sauver de l’intérieur. Célébrer Noël, c’est accueillir le mystère de l’efficacité qui a été initié en Jésus Christ. Communiez, priez seuls et dans les assemblées dominicales, confessez-vous, relisez votre Bible, venez rencontrer d’autres chrétiens et partagez avec eux et vos prêtres, engagez-vous dans des associations chrétiennes ou non confessionnelles. Et vous allez voir que l’Incarnation de Jésus Christ a de beaux jours devant elle ! Amen.

Père Stéphane AULARD



 


Fête de Notre Dame du Rosaire
(11 et 12 octobre 2008)

 

9 novembre 2008 2008

Quand je suis arrivé à Saint-Maur en septembre 2004 de fidèles paroissiens m’ont fait connaître la belle tradition de nos frères et sœurs portugais de commémorer le dimanche le plus proche du 7 octobre, fête de Notre-Dame du Rosaire, la fin des apparitions de la Vierge Marie à Fatima le 13 octobre 1917. (...)

Par le Père Stéphane AULARD

Quand je suis arrivé à Saint-Maur en septembre 2004 de fidèles paroissiens m’ont fait connaître la belle tradition de nos frères et sœurs portugais de commémorer le dimanche le plus proche du 7 octobre, fête de Notre-Dame du Rosaire, la fin des apparitions de la Vierge Marie à Fatima le 13 octobre 1917. Du 13 mai au 13 octobre 1917, elle est en effet apparue aux trois jeunes bergers de Fatima : Lucie, Jacinthe et François comme elle était apparue à Saint Bernadette à Lourdes en 1858 ou encore aux enfants du village de Pontmain en 1870 dans la Mayenne... A Fatima, le 13 octobre, lors de la dernière apparition, La Vierge Marie précise : « Je veux dire que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire... » A plusieurs reprises, elle invite les enfants à réciter chaque jour la prière du chapelet, le rosaire. On peut ainsi dire que Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame de Fatima ne font qu’un !

Le Concile Vatican II n’a pas éprouvé le besoin d’ajouter des enseignements substantiels qui complèteraient l’enseignement marial traditionnel de l’Eglise. Le chapitre 8 de la constitution conciliaire sur l’Eglise, Lumen gentium (21 novembre 1964), reste cependant une superbe réflexion mariale nous montrant comment la Vierge est le modèle de l’Eglise priante, militante et triomphante. « Dans le mystère de l’Eglise qui reçoit elle aussi à juste titre le nom de Mère et de Vierge, la bienheureuse Vierge Marie occupe la première place, offrant, à un titre éminent et singulier, le modèle de la vierge et de la mère... Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait le premier-né (Rm 8,9), c’est-à-dire parmi les croyants, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour maternel. » (n° 63)

Ce texte et bien d’autres nous indique pourquoi nous devons nous intéresser à la personne de la Vierge que nous vénérons et pour laquelle nous avons beaucoup de tendresse. Nous popuvons en effet relire dans la foi les différentes attitudes de Marie, comme autant d’attitudes spirituelles proposées à l’Eglise : la Vierge écoutante, priante et obéissante de l’Annonciation. La Vierge alerte qui court à la rencontre de sa cousine pour la visiter, l’encourager et partager avec elle son bonheur d’attendre l’auteur du Salut.C’est la Visitation. La Vierge qui à Noël et à l’Epiphanie enfante, veille et médite en son cœur les événements de son histoire et de celle de son peuple comme histoire du Salut. La Vierge qui cherche son Fils et consent à ce qu’Il s’occupe des affaires de son Père lors du recouvrement de Jésus au Temple. La Vierge qui nous oriente totalement vers son Fils en nous attachant à écouter sa Parole et à la mettre en pratique : « Faites tout ce qu’Il vous dira... » à Cana. La Vierge qui se tient auprès de la Croix, mater dolorosa, témoin de l’Eglise naissante et fragile, invitée par son fils Jésus à devenir « mère » du disciple bien-aimé figure de tous les disciples et apôtres. Marie, mère et reine des apôtres. La Vierge Marie enfin entre Ascension et Pentecôte ardente avec eux -puisque désormais ils sont les prémices de l’Eglise naissante- dans la prière commune et l’attente de l’Esprit Saint qui pourtant ne l’a jamais quittée puisque l’ayant recouvert de son ombre pour qu’elle conçoive le Fils du Très-Haut.

Frères et sœurs, je rappelle cela que nous connaissons tous pour que nous n’oublions jamais la personne de Marie et ce qu’elle inspire à l’Eglise car la Mère de Dieu n’est-elle pas non plus la première disciple en chemin comme nous aimons le chanter ? Elle nous inspire parce qu’elle a partie liée avec l’Evangile. C’est à ce titre que l’on peut comprendre la célèbre parole de Saint Bernard : « De Maria numquam satis ! » (« Au sujet de Marie on n’en dit jamais assez »)

Je devrais encore ajouter qu’au pied de la croix lorsqu’elle est la mère douloureuse, le Christ en lui confiant Saint Jean la confie aussi au disciple. L’Eglise a toujours vu dans ce geste d’adoption une invitation à prendre avec nous Marie. La prendre en charge, la prendre comme on veille sur un être cher, la prendre comme modèle et la prendre au fil des âges comme Notre-Dame, Nossa Senhora. Nous avons chacun une mère. Nous avons Marie comme notre mère qui a tant à nous apprendre car l’Evangile des béatitudes s’est réalisé en elle.

Je pourrais terminer enfin avec la prophétie de l’Apocalypse que nous entendons chaque année le jour de l’Assomption (Ap 12,5-6)
Un auteur récemment a écrit ce commentaire : « Marie est figurée dans l’Apocalypse par la femme aux prises avec le dragon qui en veut à l’enfant qu’elle porte en elle. Elle protège son Fils de ce dragon qui, assurément, est une figure de la « culture de mort » menaçant l’humanité. A la fin, la femme est enlevée dans « un lieu préparé pour elle par Dieu » et le dragon est vaincu. Ainsi Marie est pour nous, au seuil de ce troisième millénaire, si incertain et inquiétant à certains égards, « un signe d’espérance assurée et de consolation ». A la fin, la victoire vient par Marie. Elle est Notre-Dame de l’Assomption, Notre-Dame des Victoires. » (Je vous salue Marie de Guillaume de Menthière, Mame-Edifa, 2003, p 200).

Aujourd’hui nous célébrons Marie Notre-Dame du Rosaire. Cette fête fut instituée par le pape saint Pie V après que les armées chrétiennes eurent gagné en 1571 la célèbre bataille de Lépante, non loin de Corinthe, contre les Turcs. Elle s’appela d’abord Notre-Dame de la Victoire. Puis le Pape Grégoire XIII décida de l’appeler Notre-Dame du Rosaire car tandis que le pape avait une vision de la victoire, une procession de la confrérie du rosaire avait lieu à Rome.
Est-il besoin ici de rappeler que le Rosaire est une prière évangélique dans laquelle nous voyons Marie elle-même et le Seigneur Jésus auquel elle nous conduit sûrement ? N’ayons donc jamais peur de nous confier à elle et avec elle de nous tourner vers le Sauveur pour le prier.

Ne craignons pas davantage de voir dans l’Assomption de Marie entrée dans la gloire du Christ ressuscité le signe de la victoire ultime sur le mal et la mort et qui déjà aujourd’hui nous incite à vivre ressuscités.

Jean-Paul II qui attribuait à Notre-Dame de Fatima d’avoir réchappé à l’attentat perpétré contre lui le 13 mai 1981 nous a invité à oser croire ce que nous disons dans la prière de l’Ave Maria : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvre pécheur, maintenant et à l’heure de notre mort... ». Depuis, il a confié le monde et le nouveau millénaire à Marie en 1985 et encore le 8 octobre 2000, il y a un peu plus de huit ans.

« Aujourd’hui, Mère,, nous voulons te confier l’avenir qui nous attend, te demandant de nous accompagner sur le chemin... A toi, aurore du Salut, nous confions notre marche dans le nouveau millénaire afin que sous ta conduite, tous les hommes découvrent le Christ, lumière du monde et unique Sauveur. »

Confions à Marie qui nous conduit sûrement à Jésus (« A Jésus par Marie »)notre paroisse, ses membres souffrants, malades ou endeuillés. Confions à Marie les anciens et les jeunes. Les dirigeants du monde des affaires et de l’agent mais d’abord ceux qui n’ont rien.

Notre-Dame de Lourdes,
Notre-Dame du Rosaire,
Notre-Dame de Fatima,
Notre-Dame de Paris,
Notre-Dame de Créteil,
Notre-Dame des miracles qui êtes à Saint-Maur, priez pour nous.

Père Stéphane AULARD



 


« Tu vaincras par ce signe ... »

 

9 novembre 2008 2008

En cette fête de la Croix glorieuse, je repense au rêve de l’empereur Constantin qui vit la Croix du Christ dans le ciel et au message qui accompagnait cette vision : « Tu vaincras par ce signe ». On attribue dès lors sa victoire militaire et sa conversion à ce signe... : la Croix du Christ ! Cela se passait au début du IVème siècle (...)

Par le Père Stéphane AULARD

En cette fête de la Croix glorieuse, je repense au rêve de l’empereur Constantin qui vit la Croix du Christ dans le ciel et au message qui accompagnait cette vision : « Tu vaincras par ce signe ». On attribue dès lors sa victoire militaire et sa conversion à ce signe... : la Croix du Christ ! Cela se passait au début du IVème siècle. Dans notre histoire française, cette histoire sembla se répéter à la fin du Vème siècle avec Clovis qui promit de se convertir « au Dieu des chrétiens » s’il gagnait une bataille décisive. Ce qui arriva selon la tradition et conduisit Clovis à se faire baptiser en 496 par l’évêque Saint Remi.

La Croix glorieuse..., des récits de bataille et de conversion de grands personnages qui embrassent la foi chrétienne. La croix serait-elle un signe qui porterait bonheur à certains ? La Croix nous permet de vaincre qui, quoi au juste ?

L’Evangile selon Saint Jean est ordonné autour des signes que Jésus pose dans sa première partie. Ce que nous appelons souvent les miracles (de Cana à la résurrection de Lazare). Puis, dans la deuxième partie (la Passion de Jésus), apparaît un autre signe douloureux certes mais aussi passage vers la glorification du Fils de l’Homme : il s’agit de la Croix. Un verset célèbre nous permet de comprendre le signe de la Croix : « Et moi, dit Jésus, quand j’aurai été élevé de terre j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jean 12,32) L’exaltation de la Croix –autre nom de la fête que nous célébrons ce dimanche- exprime cela. Il n’y a pas de dolorisme ici, mais une conviction de foi. La Croix est un grand signe qui s’élève dans le ciel, mais qui est aussi planté sur la terre, aux carrefours de nos chemins, dans l’art pictural de notre tradition occidentale, la statuaire et aussi dans bien des œuvres littéraires qui signifient combien nous sommes marqués par cet événement majeur dans l’histoire des hommes : le sacrifice du Christ sur la Croix.

J’aime bien dire : le Christ est mort sur la Croix comme Il a vécu : en donnant, en se donnant totalement. Sa mort n’est pas un anéantissement, mais elle est le couronnement de sa vie.
Me revient à l’esprit cette magnifique mosaïque à Ravenne où l’on voit dans un cercle symbole de perfection une croix qui se détache sur un ciel bleu constellé d’étoiles. De part et d’autres, les lettres : alpha et Oméga. Le Christ principe et fin de toutes choses. Et au pied de la croix, l’expression latine : « Salus mundi. », c’est-à-dire le « Salut du monde. »

La Croix glorieuse est un signe fort. Ne le méprisons pas. Ne nous « signons » pas machinalement. Une de mes catéchistes disait aux enfants : « Lorsque vous tracez le signe de la Croix, faites un signe long, large et lent sur vous-même. » Laissez-vous marquer par la Croix comme lors de votre baptême sur votre front, sur votre cœur, sur vos sens...

Notre Pape Benoît XVI lorsqu’il préside les grandes célébrations nous présente la Croix. A chaque eucharistie, nous rappelons le mystère de la foi : « Nous rappelons ta mort, Seigneur Jésus... Nous célébrons ta résurrection... Nous attendons ta venue dans la gloire... »
Comme dit si bien la préface de ce jour : « Tu as attaché au bois de la Croix le salut du genre humain... » La mort, le péché, le mal sont déjà vaincus puisque ce sont eux qui ont été crucifiés en fin de compte sur la Croix !

Père Stéphane AULARD



 


Le synode sur la parole de Dieu à Rome

 

9 novembre 2008 2008

Voilà sûrement un événement qui ne défraiera pas la chronique. Et pourtant, regardons-y de plus près :
Au cœur de l’année jubilaire consacrée à Saint Paul, au mois d’octobre, (le mois de la mission par excellence) qui commence par la fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (le 1er octobre), la patronne des missions, le Pape réunit le synode des évêques et lui demande de réfléchir sur ce thème si important de « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise » (...)

Par le Père Stéphane AULARD

Voilà sûrement un événement qui ne défraiera pas la chronique. Et pourtant, regardons-y de plus près :

• au cœur de l’année jubilaire consacrée à Saint Paul,

• au mois d’octobre, le mois de la mission par excellence (la semaine missionnaire aura lieu du 12 au 19 octobre) qui commence par la fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (le 1er octobre), la patronne des missions,

• le Pape réunit le synode des évêques, une belle institution née du Concile Vatican II (cf. Décret sur la charge pastorale des évêques dans l’Eglise, § 5) et lui demande de réfléchir sur ce thème si important de « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise ». Le synode durera du 5 au 26 octobre.

Deux réflexions me viennent à l’esprit au moment où cette rencontre d’évêques venant du monde entier commence à Rome :

• Benoît XVI a beaucoup insisté sur la Parole de Dieu au cours de son voyage apostolique en France : non seulement dans son discours au collège des Bernardins où il a montré comment elle a été au cours des siècles source et modèle de réflexion en Europe, mais aussi lors de la célébration des vêpres à la cathédrale Notre-Dame de Paris où il a invité le clergé, les religieuses et religieux à la méditer quotidiennement... Et les fidèles, là-dedans, que deviennent-ils ? Les jeunes ont été invités à approfondir leur relation à l’Esprit Saint et à la Croix du Christ : le Nouveau Testament peut s’avérer bien utile pour mener cette méditation. D’une manière générale, les homélies étaient de véritables commentaires de l’Ecriture Sainte que nous pouvons relire. Ce peut être une belle manière d’aborder la Parole de Dieu. Un autre moyen à signaler : user du petit livret écrit par nos évêques d’Ile de France et consacré à une présentation de Saint Paul (disponible à la sacristie ou au secrétariat au prix de 2 euros).

• Nos amis juifs célèbrent en ce moment deux fêtes majeures de leur calendrier qui donnent lieu à des rassemblements communautaires et familiaux Roch Hachanah (le Nouvel an juif) et Yom Kippour (le Jour des expiations). Benoît XVI en recevant à la Nonciature apostolique les hautes autorités juives de notre pays a dit simplement : « être antisémite, c’est être anti-chrétien » Encore une parole forte de notre actuel pape ! A la suite de Jean-Paul II qui avait déclaré les juifs, nos « frères aînés », il nous invite à bien plus qu’à un autre regard sur les juifs. Ce qui est déjà beaucoup. Il nous invite à faire du premier Testament, que nous appelons d’ordinaire l’Ancien Testament, la matrice du second, que nous appelons habituellement le Nouveau. Approfondir la promesse faite à Israël, lire la Torah, nous imprégner du discours prophétique et des écrits de Sagesse nous est précieux pour comprendre le monde dans lequel Jésus a vécu, mais aussi et surtout la permanence des paroles de Dieu confiées à Israël et à l’Eglise. Nous « coltiner » à cela est assurément un devoir et une nécessité dans l’attente du jour où le Seigneur comblera notre attente en mettant tout en lumière.

Je termine par quelques mots de Saint Paul dans l’épître aux Romains que je vous recommande : « Les fils d’Israël ont pour eux l’adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né, Lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen. » (Romains 9, 4-5)

Père Stéphane AULARD



 


« L’Esprit-Saint âme de l’Eglise » par Mgr Santier

 

12 octobre 2008 2008

Deuxième catéchèse donnée par Mgr Santier lors des JMJ de Sydney en juillet 2008.

Chers jeunes, il n’est pas toujours aisé de parler de l’Esprit-Saint comme nous l’avons fait hier et comme nous le faisons aujourd’hui.

Je me souviens d’un repas avec des accompagnateurs de jeunes confirmands, après la célébration de la confirmation. Ils se mettent à échanger sur mon homélie durant la célébration, homélie dans laquelle j’avais parlé de l’action de l’Esprit-Saint dans la vie des jeunes, à partir de ce qu’ils avaient écrit dans leur lettre de demande du sacrement de la confirmation.

Ils m’ont dit : « c’est très difficile de parler de l’Esprit-Saint ». Comment faire ?

Il est vrai que par les Évangiles nous pouvons connaître Jésus, accueillir ses paroles, son enseignement, découvrir comment il a vécu. Tout long de sa vie, Jésus nous parle du Père. Il parle seulement de l’Esprit-Saint dans son testament, son discours d’adieu à ses disciples.

Pour parler de l’Esprit Saint, l’Ecriture emploie le langage symbolique. Ce langage part du visible pour nous révéler, nous mettre sur le chemin de l’invisible.

Le mot esprit en hébreu est ruah, souffle.
L’homme, selon la Bible, est animé par le souffle divin :
« Le Seigneur modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Gn 2,7

L’homme est à la fois terreux, corps et animé par l’Esprit-Saint.

Jésus lui-même, selon l’Evangile de Jean, le soir de la résurrection, souffla sur ses apôtres en leur disant :
« Recevez l’Esprit-Saint » Jn 20,22

Par l’Esprit-Saint, Jésus mort et ressuscité fait de ses apôtres des hommes nouveaux, par le pardon il les renouvelle, il fait apparaître en eux la création nouvelle.

Ce que l’Esprit-Saint fait dans le cœur de chaque baptisé, il le fait pour toute l’Eglise, il est « l’âme de l’Eglise », comme l’exprime le thème de la catéchèse d’aujourd’hui.

Le Concile Vatican II dans la constitution sur l’Eglise, pour nous révéler le mystère de l’Eglise, sa profondeur, emploie aussi plusieurs images symboliques, car à partir de ce que nous voyons, elles nous font percevoir ce qu’est la réalité de l’Eglise. Une seule image ne peut à elle seule nous faire percevoir toute la richesse de l’Eglise ; les images se complètent.

Depuis le jour de la Pentecôte, il existe dans le monde « un peuple nouveau qui, vivifié par l’Esprit Saint, se réunit dans le Christ pour arriver au Père.
L’Eglise est tout à la fois
Peuple de Dieu
Corps du Christ
Temple de l’Esprit.

Ces images nous font penser l’Eglise comme trinitaire, en relation avec le Père, le Fils et l’Esprit-Saint.

L’Eglise comme Peuple de Dieu, permet de découvrir que tous les baptisés sont appelés à devenir des pierres vivantes du peuple et à participer à sa vitalité.

L’Eglise comme Corps du Christ permet de découvrir que l’Eglise n’est pas une foule, mais un peuple organisé, un Corps où chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien commun, un corps où certains sont du côté de la Tête qu’est le Christ : les Evêques, les prêtres, les diacres.

L’Eglise comme Temple de l’Esprit nous fait découvrir que l’Eglise n’est pas seulement une organisation, une institution, mais que chaque ministre est un don de l’Esprit donné au peuple de Dieu, pour qu’il vive vraiment dans la liberté de l’Esprit.

Dans une très belle méditation de la Prière Eucharistique IV, « Il est grand le mystère de la foi », les Evêques de France, en 1975, disent :
« Le mystère de la foi est comparable à un vitrail. Celui qui, à l’intérieur de l’Eglise, le contemple illuminé par le soleil, saisit sa splendeur et perçoit les figures qu’il représente. Celui qui le regarde de l’extérieur ne voit que du plomb et des morceaux de verre. »

C’est l’Esprit-Saint qui nous permet d’aller au-delà de l’organisation de l’Eglise, pour aller à l’intérieur et découvrir qu’elle est le sacrement qui nous révèle le visage du Christ.

Dans la Constitution sur l’Eglise, Lumen Gentium, au Chapitre 8, le Concile Vatican II nous dit ceci :
« Le Christ… crée et continuellement soutient sur la terre, comme un tout visible, son Église sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, par laquelle il répand à l’intention de tous la vérité et la grâce (autre nom de l’esprit Saint).
Cette société organisée hiérarchiquement d’une part, et le corps mystique d’autre part, l’assemblée discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l’Eglise terrestre et l’Eglise enrichie de biens célestes, ne doivent pas être considérées comme deux choses. Elles constituent une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin. »

L’Eglise est inséparablement humaine et divine, animée par l’Esprit-Saint. De même, il n’y a pas d’opposition entre les baptisés qui reçoivent le don de l’Esprit en vue du bien commun, et les responsables de l’Eglise, ce qu’on appelle la hiérarchie. Il n’y a pas d’opposition entre les charismes, les dons de l’Esprit à l’œuvre dans le cœur des chrétiens et les ministères de l’Evêque, du prêtre et du diacre, car si vous avez participé à une ordination, toute l’assemblée prie pour que par l’imposition des mains, ces ordinands soient remplis de l’Esprit-Saint.

Le Pape Jean-Paul II a dit que ces deux dimensions « charismatique » et « hiérarchique » sont co-essentielles à la vie de l’Eglise.

Mais comment l’Esprit anime l’Eglise, est à l’œuvre dans l’Eglise ?

Pour revenir à ce que je disais au début, la conversation avec les animateurs de la confirmation :
« il ne s’agit pas de parler de l’Esprit-Saint en soi, mais d’aider les jeunes à découvrir l’action de l’esprit-Saint dans leur vie et comme accompagnateurs, de discerner l’action de l’Esprit-Saint dans leur propre vie. »

Il ne s’agit pas de parler de l’Esprit-Saint en soi, mais comment il agit en nous et dans l’Eglise.

1.L’Esprit-Saint anime l’Eglise en étant à la source de la prière dans le cœur de chaque baptisé et de la liturgie de l’Eglise

Comme le dit le Livre des Actes des Apôtres en parlant des chrétiens de la première communauté de Jérusalem, juste après la Pentecôte, « ils étaient persévérants dans la prière » Actes 2,42

Et comme le dit l’apôtre Paul en 1 cor 12,1
« Nul ne peut dire « Jésus est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit-Saint ».

Ou comme l’exprime un des premiers écrivains chrétiens, Père de l’Eglise, Saint Ignace d’Antioche :
« En moi plus de feu qu’attise la matière, mais une eau vive qui murmure et chuchote à mon cœur : viens auprès du Père. » (Lettre aux Romains).

2.L’Esprit-Saint anime l’Eglise en donnant aux croyants le goût de la Parole de Dieu

Comme l’exprime « les Actes des Apôtres » en parlant des premiers chrétiens de Jérusalem après la Pentecôte :
Actes 2,42 : « Ils étaient persévérants à l’enseignement des Apôtres ».

Et comme Jésus lui-même l’a révélé à ses disciples, juste avant sa mort :
« L’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » Jean 14,23

Aujourd’hui, nous percevons chez beaucoup de chrétiens, chez beaucoup de jeunes, ce goût de nourrir leur vie, leur vie spirituelle avec la Parole de Dieu, l’Evangile du jour. Ils apportent avec eux dans le métro, ou le train, Magnificat ou Prions en Eglise, et prient avec cette parole pour donner sens à leur journée et s’en nourrir durant leur travail.

Cette parole n’est pas seulement l’Ecriture, mais elle demeure aujourd’hui vivante dans l’Eglise, dans la vie des croyants, dans la vie des saints, par l’enseignement du Pape, des évêques, des prêtres et des diacres.

3.L’Esprit-Saint anime la vie de l’Eglise en permettant aux chrétiens de discerner le Corps du Christ ressuscité présent dansl’eucharistie et le Corps du Christ qu’est l’Eglise.

Comme l’exprime le Livre des Actes des Apôtres à propos des premiers chrétiens de Jérusalem, juste après la Pentecôte, la venue de l’Esprit-Saint :
« Ils étaient persévérants à la fraction du pain. » Actes 2,42
ou l’Evangile de Luc 24,31-35
« ils le reconnurent à la fraction du pain » 
Et l’Apôtre Paul dans la lettre aux Corinthiens :
« La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au Corps du Christ ?
Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au Corps du Christ ?
Parce qu’il n’y a qu’un pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un Corps, car nous participons à ce pain unique. » 1 Co 10,17

A l’Eucharistie l’Evêque ou le prêtre appelle l’Esprit-Saint sur le pain et le vin pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ, ce qui se réalise par les paroles de la consécration ; on appelle cette prière épiclèse.

Après la consécration, le prêtre prie aussi le Père d’envoyer l’Esprit-Saint sur tous ceux qui sont rassemblés, afin qu’ils forment ensemble le corps du Christ ; ce qui se réalise à la communion ; c’st la 2ème épiclèse.

Prière eucharistique n°2
« Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au Corps et au Sang du Christ nous soyons rassemblés par l’Esprit-Saint en un seul Corps. »

Prière eucharistique n°3
« Quand nous serons nourris de son Corps et de son Sang et remplis de l’Esprit-Saint, accorde-nous d’être un seul Corps et un seul Esprit dans le Christ. »

4.L’Esprit-Saint anime la vie de l’Eglise en étant à la source de la communion entre tous les chrétiens.

Comme l’exprime le Livre des Actes des Apôtres, à propos des premiers chrétiens de Jérusalem :
« Ils étaient persévérants à la communion fraternelle. » Actes 2,42

Comme l’exprime l’Apôtre Paul dans la lettre aux Corinthiens :
« De même en effet que le corps est un tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres, en fonction de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps : juifs ou grecs, esclaves ou hommes libres, tous, nous avons été abreuvés d’un seul Esprit. » 1 Co 12, 12-13

Cette expérience de l’Esprit-Saint, de l’Eglise comme communion, comme Corps, vous la faites dans ce grand rassemblement des Journées Mondiales de la Jeunesse, où vous venez de différents pays, où vous vivez la communion dans la prière, les échanges, le partage et le service mutuel.

Vous la faites dans vos aumôneries d’étudiants, vos mouvements, vos communautés nouvelles. C’est quelque fois plus difficile de la découvrir en paroisse, où se vit pourtant la même expérience fondamentale de communion, même si apparemment elle est moins chaleureuse.

L’Esprit-saint est l’Esprit de communion entre le Père et le Fils et entre le Père et le Fils et les chrétiens, et tous les chrétiens entre eux.
« Comme le Père m’a aimé,
moi aussi je vous ai aimés.
Aimez-vous les uns les autres. » Jean 15,9.12.

Chers jeunes, cette communion est un don à recevoir, mais aussi une tâche à réaliser par les chrétiens, et par vous.

Le Pape Jean-Paul II dans son message à tous les chrétiens pour l’entrée du 3ème millénaire nous dit : « Faire de l’Eglise la maison et l’école de la communion, tel est le grand défi qui se présente à nous dans le millénaire qui commence, si nous voulons être fidèles au dessein de Dieu et répondre aussi aux attentes du monde. » Novo millenio ineunte n°43

Chers jeunes, vous percevez bien cette aspiration des jeunes du monde entier, à la paix, à la fraternité entre tous les peuples, au dialogue entre les chrétiens de toutes les confessions, les croyants de toute religion.
Cette aspiration vient de l’Esprit-Saint à l’œuvre dans l’Eglise et le monde.
Cet esprit de communion vous pouvez le vivre en famille, dans vos universités, vos lieux de travail, comme le dit Jean-Paul II :

« Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir ce qu’il y a de positif dans l’autre pour l’accueillir et le valoriser comme un don de Dieu ; un don pour moi et pas seulement celui qui l’a reçu. 
Une spiritualité de communion, c’est enfin savoir « donner une place à son frère », en portant les fardeaux les uns des autres (gal 6,2)et en repoussant les tendances égoïstes qui tendent des pièges et qui provoquent carriérisme, défiance et jalousies. »

Chers jeunes, l’Esprit est à l’œuvre pour faire de vous des artisans de paix et de communion. Le chemin n’est pas aisé. Si pour aller à la rencontre des autres, vous avez besoin de découvrir qui vous êtes aux yeux de Dieu, les fondements de la vie chrétienne, ne vous laissez jamais reprendre par un repli sur votre petit groupe identifié, mais gardez toujours l’esprit d’ouverture, de communion, avec ceux qui sont différents de vous.

Ainsi l’Eglise avec vous apparaîtra comme signe et sacrement de communion et de l’unité du genre humain.
Mais vous ouvrirez à l’avenir des chemins de paix, de réconciliation et d’unité entre les hommes du monde entier.

+ Michel SANTIER
Evêque de Créteil



 


« Appelés à vivre dans l’Esprit-Saint » par Mgr Santier

 

23 septembre 2008 2008

Cette catéchèse a été donnée par Mgr Santier, évêque de Créteil, lors des JMJ de Sydney en 2008.

I – APPELÉS À LA LIBERTÉ

Comme le dit l’Apôtre Paul aux chrétiens de Galatie :
« Frères, vous avez été appelés à la liberté »
Frères jeunes, « vous avez été appelés à la liberté » Galates 5,13
Celui qui vous a donné ce grand don, c’est le Père qui vous a appelés à la vie par l’amour de vos parents.

Cette liberté nous a été aussi acquise par Jésus qui librement envoyé par le Père a choisi de partager notre condition d’homme et de femme.
Sa liberté consiste à entrer dans la volonté de son Père, comme le dit le psaume repris dans la lettre aux Hébreux : « Voici que je viens, Seigneur, pour faire ta volonté. » Psaume 39,7 Hébreux 10,5

Ce qui nourrit sa vie, son engagement, tout son être, c’est de faire la volonté de son Père, de la révéler, de révéler sa tendresse, son amour, non par des chemins de puissance et de force, mais par les chemins de l’humilité, du service, en allant au devant des pauvres, des malades et des pécheurs.

Nous pensons souvent que la liberté c’est la possibilité de faire tout ce que l’on veut, aller au-delà des limites, des frontières.

La liberté c’est au contraire vivre en accord avec notre désir profond, avec cette ressemblance à notre créateur puisque nous avons été créés selon la Genèse « à son image et à sa ressemblance ». Gn 1,27

« L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus : la volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même. C’est alors que grandit l’abandon en Dieu et que Dieu devient notre joie (cf. psaume 72(73), 23-28)
Benoit XVI « Dieu est amour » § 17

Mais l’homme, par le péché, a refusé cette ressemblance ; il s’est laissé fasciner par le désir de toute puissance, ce qu’on appelle le péché originel, et a entravé sa liberté profonde.

Jésus, en allant jusqu’au bout de sa communion à la volonté du Père, et de son amour pour les hommes, a donné sa vie, pour que l’homme, pour que nous retrouvions cette liberté. Par sa croix, il nous a rachetés et faits entrer de nouveau dans le chemin de liberté.

Cette vie de liberté, cette vie filiale, nous l’avons reçue à notre baptême, qui nous fait participer à la mort et à la résurrection de Jésus, qui nous libère sans cesse de l’esclavage du péché. Cette vie filiale, cette vie de liberté est en nous à l’œuvre par l’Esprit-Saint comme le dit l’Apôtre Paul, un peu plus haut dans sa Lettre aux Galates :
« La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie en nous la prière même de Jésus :’Abba, Père’. Ainsi tu n’es plus esclave mais fils. » Gal 4,6

Le Fils est libre. Il partage la vie du Père, comme héritier.
L’esclave ne jouit pas de sa liberté ; il est sous la dépendance du maître et ne possède rien.
Comme chrétiens, baptisés et confirmés, nous avons reçu cette grâce de la liberté de vivre en fils et filles biens aimés du Père.

II – MAIS QUE FAISONS-NOUS DE CETTE LIBERTÉ ?

Est-ce que nous ne nous laissons pas reprendre par certains esclavages ?

L’Apôtre Paul nomme l’esclavage qui nous guette : l’égoïsme, c’est-à-dire être centré sur soi uniquement.
« Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire cet égoïsme » Gal 5,13

Mais il nous indique aussi le chemin pour grandir dans la liberté : le don de soi, le service des autres dans la charité.
« Mettez-vous, par amour, au service les uns des autres ».
Gal 5,13

Et il cite la parole de Dieu de l’Ancien Testament reprise et portée à son accomplissement par Jésus :
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Gal 5,14

Saint Paul, qui a déjà contribué à édifier plusieurs communautés chrétiennes, sait par expérience que le plus grand danger, le plus grand esclavage dans lequel les chrétiens, les hommes, se laissent reprendre, c’est l’accusation, c’est la parole qui blesse, qui tue, qui crée les divisions.
« Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres : prenez garde, vous allez vous détruire les uns les autres ». Gal 5,15

L’Apôtre Paul nous révèle ici, chers jeunes, un critère de discernement.

Lorsque dans une aumônerie de lycée, d’étudiants, un groupe de jeunes professionnels, une paroisse, se vit un climat d’accusations réciproques, rien ne peut se bâtir de solide. Le groupe n’est pas habité par le bon esprit.

Lorsque, au contraire, chacun dans l’acceptation de l’autre dans sa différence, cherche à créer un climat de confiance et de fraternité, vous pouvez discerner que l’Esprit-Saint est à l’œuvre.

III – LE COMBAT SPIRITUEL

L’Apôtre Paul nous révèle ensuite qu’il ne faut pas nous étonner que sur cette croissance dans la liberté nous vivions un combat, celui que l’on appelle le combat spirituel. Chercher, comme il nous y invite, à vivre sous la conduite de l’Esprit de Dieu, rencontre en nous-mêmes et dans la vie avec les autres, l’obstacle des tendances de la chair. La chair ne désigne pas ici la vie sexuelle, mais la faiblesse de l’être humain, sans la grâce, sans le don de Dieu.

L’homme laissé à lui-même risque de satisfaire son égoïsme, de vivre replié sur lui-même. Il risque de se laisser reprendre par l’esclavage.

L’Apôtre Paul va jusqu’à décrire l’état de celui qui se laisser reprendre par les tendances, les œuvres, au pluriel, de la chair. Il est divisé, il n’est pas en bonne relation
avec Dieu,
avec les autres,
avec lui-même.

Dans la liste que dresse Paul :

celui qui se laisse conduire par les tendances de la chair vit un rapport faussé avec Dieu ;
il tombe dans l’idolâtrie, il absolutise par exemple l’argent, le pouvoir, qui prennent la place de Dieu dans sa vie ;
la sorcellerie : au lieu d’être vis-à-vis de Dieu en situation de confiance, d’accueil, d’abandon, il cherche à capter des énergies, des forces obscures ;

celui qui se laisse conduire par les tendances de la chair n’est pas en juste relation avec son propre corps, soit il le méprise, ou il le valorise à l’excès ;
il risque de tomber dans la débauche
l’impureté
l’obscurité
ainsi que dans les beuveries, gloutonnerie, et autres choses du même genre ;

celui qui se laisse conduire par les tendances de la chair est séparé des autres, en relation d’opposition, et cela produit dans le groupe, dans la communauté :
haines, querelles, jalousies
colère, envie, divisions, sectarisme.

Mais l’Apôtre Paul ne se contente pas de décrire le chemin de l’esclavage. Il nous dévoile aussi le chemin de la liberté. Et s’il décrit avec réalisme et des mots crus les tendances de la chair et l’état de l’homme sous l’esclavage du péché, divisé d’avec lui-même, les autres et Dieu, c’est pour nous révéler encore davantage la beauté de la liberté que donne l’Esprit-Saint.

Au pluriel des tendances de la chair,
il oppose le singulier du fruit de l’Esprit.
A la dispersion des œuvres de la chair,
il oppose le fruit d’unité que produit l’Esprit Saint.
« Voici ce que produit l’Esprit : amour, joie patience, bonté, bienveillance et foi, humilité et maîtrise de soi. » Gal 5,22

Celui qui se laisse conduire par l’Esprit-Saint voit sa vie petit à petit s’unifier, et au lieu de se sentir divisé en lui-même, séparé ou en conflit avec les autres, mal à l’aise dans sa relation à Dieu qu’il perçoit plus comme un juge que comme un Père plein de tendresse et de miséricorde, il sent monter en lui la joie, un désir d’aimer en vérité ; il se découvre davantage en paix avec lui-même, avec les autres, avec Dieu ; il exerce sa liberté de choix et devient plus patient, plus bienveillant envers lui-même et envers les autres, plus humble, plus maître de lui-même.
Chers jeunes, ne soyez pas découragés si vous avez l’impression de n’être pas arrivés à cette paix et à cette unification intérieure.
C’est le chemin de toute une vie, c’est le fruit du travail de l’Esprit-Saint en vous, c’est l’œuvre de la grâce.

Mais vous pouvez déjà discerner en vous, grâce à la lumière de la foi, par l’Esprit de sagesse et de discernement reçu à votre confirmation, ce qui peut vous diviser, vous disperser, ou au contraire ce qui peut vous construire intérieurement, vous unifier.

IV – QUELQUES MOYENS CONCRETS

Je me risque à vous donner quelques moyens concrets pour grandir dans ce chemin de la liberté, et de l’unité intérieure.

1.Prendre chaque jour un temps de silence intérieur,
un temps de lecture de l’Evangile du jour, pour écouter Jésus vous parler, vous parler au cœur, relire votre vie à la lumière de cette parole pour ne pas vivre seulement à la périphérie de votre être, mais retrouver ce qui vous nourrit et vous fait vivre.

2.Trouver un adulte en qui vous avez confiance, un prêtre, une religieuse, un laïc accompagnateur d’aumônerie, pour un accompagnement spirituel ; quand on est seul, on fait souvent une montagne des évènements, des examens ; lorsqu’on parle avec quelqu’un de ses difficultés, c’est un premier pas vers la libération, la montagne disparaît.

Avec l’aide de l’accompagnateur, chacun librement peut relire sa vie, voir ce qui peut encore le laisser dans l’esclavage ou ce qui peut le faire grandir dans la liberté, le construire intérieurement.

L’accompagnement spirituel est un chemin de croissance, de liberté, de vie dans l’Esprit, de construction et d’unification intérieure.

3.Vivre régulièrement le sacrement du pardon.
Le prêtre, lorsqu’il donne le sacrement du pardon, en imposant les mains, appelant sur vous le don de l’Esprit-Saint dit ces paroles :

- Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde.
Par la mort et la résurrection de son fils, il a réconcilié le monde avec lui et il a envoyé l’esprit-Saint pour la rémission des péchés.
Par le ministère de l’Eglise, qu’il vous donne le pardon et la paix.
Et moi, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, je vous pardonne tous vos péchés. 
- Amen.

Le sacrement du pardon actualise en nous la grâce baptismale. Par le don de l’Esprit-Saint il nous libère de l’esclavage du péché et nous redonne la liberté filiale.

Par ce sacrement du pardon, l’Esprit-Saint, avec patience, nous pacifie, nous guérit de nos blessures du passé, nous unifie, nous construit.
CONCLUSION

Chers jeunes, aussi, maintenant
« laissez-vous conduire par l’Esprit ».

Cette vie d’unité et de pacification en nous est bien
le signe que Dieu désire pour nous le bonheur, notre épanouissement ;
la vraie vie spirituelle qui est déjà l’action de l’Esprit qui nous unit à Jésus.

Notre divinisation, conduit à notre humanisation, à l’épanouissement de notre liberté, de tout notre être.

+ Michel SANTIER
Evêque de Créteil



 


Les Saints apôtres Pierre et Paul

 

6 novembre 2013 2013 par Père Stéphane Aulard

Dans le Rosaire Info de juillet-août 2008, le père Aulard rappelle que cette année est dédiée à St Paul, un apôtre qui gagnerait à être mieux connu.

Les Saints Apôtres Pierre et Paul sont fêtés chaque année le 29 juin qui tombe, en 2008, un dimanche.

Ce jour-là, on aime faire mémoire de l’anniversaire d’ordination des prêtres qui autrefois recevaient l’ordination
presbytérale uniquement ce jour-là sauf en cas de force majeure. Cette année le Père MASSELIN célèbre un
jubilé particulièrement marquant puisque cela fera très exactement 50 ans qu’il est prêtre le dimanche 29 juin !
Nous lui exprimons notre gratitude et lui adressons un salut très fraternel. Il a souhaité retrouver à cette occasion
ses anciens paroissiens de Saint Hilaire et peut-être quelques autres au cours de la
messe de 10h30 qu’il préside.

Cela me donne l’occasion de vous dire combien l’engagement dans le
ministère des prêtres diocésains rassemblés autour de l’évêque est un bel engagement. Plus encore, nous sommes sur le terrain des « gens ordinaires » comme disait Madeleine Delbrêl. L’engagement dans la « vie religieuse » pour un prêtre (chez les jésuites, les dominicains, les franciscains, dans une congrégation
missionnaire ou dans une « communauté nouvelle » comme on dit aujourd’hui) correspond certainement à une forme d’appel à vivre dans une communauté donnée qui a un charisme particulier et une règle particulière.

On dit parfois des prêtres diocésains (« séculiers » comme on disait autrefois, c’est-à-dire qui ne quittent pas le siècle autrement dit la vie des gens ordinaires) qu’ils sont du « clergé de Saint Pierre » ! Ce n’est pas rien surtout quand on se souvient du parcours de Saint Pierre, pêcheur devenu le chef des Apôtres et que nous reconnaissons comme le premier Pape (cf. Matthieu 16,18-19 et Jean 21,15 et suivants).

Le 29 juin, nous fêtons deux Apôtres, même si Saint Paul ne fait pas partie du collège apostolique. Toutefois, il se présente lui-même dans ses écrits comme « apôtre » : « Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu, pour être apôtre du Christ Jésus... » (1 Corinthiens 1,1) Et il l’est. Un apôtre est littéralement « envoyé » par le Seigneur. Je vous faisais remarquer il y a peu que dans l’Evangile selon Saint Matthieu on assiste au chapitre 10 à un changement d’appellation : les douze
disciples devenant dans le texte... douze apôtres (Matthieu 10,1-2). Ceux qui ont déjà tout quitté pour « suivre » (c’est le sens du mot disciple) le Christ sont appelés par lui à devenir apôtres, donc envoyés comme lui « l’Envoyé du Père. »

Dans une vie de disciple, ce déplacement spirituel peut se reproduire. Par exemple pour les prêtres qui avaient déjà
commencé à être disciples et qui le jour de l’ordination sont appelés par un évêque, successeur des apôtres, à
devenir ses collaborateurs immédiats comme apôtres et pasteurs. Il me semble que chacun à notre place nous
pouvons aussi chercher à être toujours davantage disciples en vivant étroitement notre relation à Jésus Christ.
C’est l’Eglise qui nous invite aussi à prendre des engagements apostoliques tant dans la vie de la cité (vie
politique, associative, culturelle) que dans le service interne de l’Eglise (catéchèse, mouvements et services,
aumônerie des jeunes, service des malades...).

Nous allons pouvoir approfondir notre connaissance de Pierre et de Paul dans les mois qui viennent.
En effet, le successeur de Pierre, l’évêque de Rome, notre Pape Benoît XVI comme vous le savez déjà vient en
France pour célébrer le cent cinquantième anniversaire des apparitions de Notre-Dame à Lourdes. Nous pourrons
l’accompagner ou suivre plus modestement sa visite à Lourdes en regardant notre télévision. Mais auparavant il
passera dans notre région et nous sommes tous appelés à nous rassembler autour de lui afin qu’il nous confirme
dans la foi et qu’avec lui nous fassions l’expérience de la catholicité puisqu’il fait comme Souverain Pontife le lien
entre toutes les Eglises.

C’est pourquoi je vous invite à participer très nombreux à la messe qu’il présidera le
dimanche 13 septembre à 10 heures (précisions plus loin) sur l’esplanade des Invalides. Je serai heureux de
vivre ce temps fort avec vous !
Plusieurs d’entre vous ont peut-être aussi appris que notre Pape invite l’Eglise entière à célébrer une année
jubilaire centrée sur la figure de Saint Paul entre le 29 juin 2008 et le 29 juin 2009. Concrètement, nous
proposerons dès septembre quelques rencontres qui nous permettront de nous familiariser avec le personnage, ses
écrits, sa théologie et sa spiritualité. Les évêques de notre région d’Ile de France préparent un document en ce
sens. Nous vous en reparlerons à la rentrée. Nos prédications seront aussi davantage consacrées à approfondir
l’enseignement paulinien.

Deux paroles des Saints Apôtres me reviennent en tête : L’une de l’Apôtre Pierre : « Vous devez toujours
être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous.
Mais, faites-le avec douceur et respect. » (1 Pierre 3,15-16) L’autre de l’Apôtre Paul : « Je sais en qui j’ai mis ma
foi, et je suis sûr qu’il est assez puissant pour sauvegarder jusqu’au jour de sa venue l’Evangile dont je suis le
dépositaire. » (2 Timothée 1,12)
Bon été à tous et à très bientôt pour lancer notre nouvelle année apostolique le dimanche 7 septembre !

Père Stéphane AULARD



 


1er janvier, prière pour la paix

 

9 mars 2014 2014 par Père Stéphane Aulard

HOMELIE DU 1er JANVIER 2012 :
SAINTE MARIE MERE DE DIEU

Chers frères et sœurs dans le Christ : bonne et sainte année 2012 à Saint-Maur et partout où vos pas vous conduiront. Je sais en effet que certains d’entre nous voyagent beaucoup. Je sais que certains sont très attachés à la ville de Saint-Maur. Quels que soient nos projets, nos situations de famille, nos désirs : « Que le Seigneur fasse briller sur vous son visage, qu’Il vous apporte la paix ! » (cf. Nombres 6,25)

1- Le visage du Seigneur est en effet un visage de paix. En ce 1er janvier l’Eglise nous invite, dans l’octave de Noël, huit jours après la célébration de la Nativité à nous tourner vers ce visage dans la contemplation. Il s’agit de contempler le visage du Seigneur Jésus. En portant nos regards vers Celui qui n’enlève rien, mais qui au contraire vient combler nos attentes et nos désirs d’amour. En cette solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, contemplons, comme elle et son époux Saint Joseph, patron de notre chapelle paroissiale, le Christ.

Je vous le disais déjà à Noël : la crèche que le diacre Saint François d’Assise au 12ème siècle a mise en scène au cours de la célébration de Noël dans le village de Greccio en Italie non seulement nous permet de graver dans nos mémoires ce qui s’est passé à la plénitude des temps, « lorsque les temps furent accomplis  » (cf. Galates 4,4), mais aussi nous invite à nous unir à ceux qui sont dans la crèche autour de l’Enfant Jésus, Dieu enfant.

L’Evangile de ce jour nous rappelle qu’avec Marie et Joseph, les bergers sont les premiers à être venus découvrir à Bethléem Jésus. Les bergers sont repartis immédiatement après avoir vu la merveille annoncer à leurs familles et proches l’Evangile - la Bonne Nouvelle - du Dieu qui s’est fait homme. Ils ont permis à ceux qu’ils ont rencontrés de passer de l’étonnement –« Comment : Dieu s’est fait homme ? »- à la foi.

La foi, en effet, naît de l’écoute (cf. Romains 10,17). La foi naît lorsque des témoins n’hésitent pas à rendre compte dans leur culture, avec leurs mots de la grâce que Dieu nous a faite : Il nous a donné son Fils en Jésus Christ.

Nous sommes les bergers de l’an 2012 appelés à trouver les mots pour exprimer notre propre foi qui touchera les cœurs et invitera nos proches à croire que Dieu est avec nous notre meilleur allié, notre grand Dieu et Sauveur, notre compagnon de route. Belle mission en effet à laquelle il nous faut nous atteler cette année encore !

2- Marie et Joseph son époux restent quant à eux auprès de l’Enfant pour le protéger bien sûr, le nourrir de soins et de nourriture comme on le fait pour tous les petits d’homme, mais aussi pour porter leurs regards sur Lui, le contempler et s’imprégner de ce visage unique. Car dès la crèche on peut dire du Christ Enfant :Voici le vrai visage de Dieu, voici l’homme ! Voici Dieu qui nous a tellement pris au sérieux qu’Il s’est totalement fondu dans sa créature pour lui redonner les traits de sa ressemblance oubliée depuis le péché d’Adam et Eve. C’est pourquoi l’évangéliste Saint Luc précise : « Marie, cependant, retenait tous ces événements dans son cœur. » (Luc 2,19).

La Sainte Mère de Dieu, comme disent nos frères orientaux la Théotokos, c’est-à-dire celle qui a enfanté Dieu, ne nous invite pas d’abord en ce jour à la contempler même si nous avons pour elle beaucoup de reconnaissance et d’affection. Ne nous dit-elle pas plutôt : contemplez, mes fils et mes filles, le Fils, mon fils ! Vous ne perdez pas votre temps. Car en contemplant le Christ, en cherchant à nous imprégner de Lui, nous avons la voie d’accès à Notre Père : « Qui m’a vu a vu le Père  » dira Jésus à ses apôtres (cf. Jean 14,9). C’est déjà vrai à la crèche.

Le livre des Nombres nous apprend que ce visage est porteur de paix. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, non pas à la manière du monde  » dira encore Jésus (cf. Jean 14,27). Paul VI a voulu en 1967 que le 1er janvier devienne une journée mondiale de prière pour la paix. Non pas comme une journée formelle, mais bien comme un engagement au seuil d’une année nouvelle à ce que nous soyons, comme dirait encore Saint François, « artisans de paix ».

La paix est en effet à faire en ce monde blessé qui n’hésite pas à continuer de croire de manière tout à fait aberrante au mauvais adage des anciens romains : « Si vis pacem, para bellum... » La belle manière chrétienne consiste, au contraire, à croire que la Paix naît de la contemplation du Christ, « Prince de paix » (cf. Isaïe 9,5). Nous croyons, et ce n’est pas une naïveté, que partout où des chrétiens prient, même s’ils peuvent être massacrés comme à la Toussaint 2010 dans l’une des cathédrales de Bagdad en Irak ou à Abuja au Nigéria à Noël 2011, ils font avancer la cause de la paix qui vient de Dieu.

Ne chanterons-nous pas tout à l’heure avant de communier : « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, donne-nous la paix. » Pour cela, frères et sœurs, il est urgent de prendre le chemin de la contemplation, de l’amour du Christ en portant longuement notre regard vers Lui dans la prière et la méditation quotidiennes.

3- Le pape Benoît XVI dans son message qu’il nous adresse pour ce 1er janvier nous invite à éduquer les jeunes à la justice et à la paix non parce que seuls les jeunes seraient concernés, mais comme il l’écrit parce que les jeunes par leur enthousiasme et leur idéal manifestent une attente particulièrement vive et visible en matière de paix. Tout au long de l’année 2011, beaucoup de jeunes ont manifesté un peu partout dans le monde cette aspiration à la paix et à la justice notamment dans les pays arabes.

Par ailleurs, même si les images manipulées des obsèques du dictateur nord coréen Kim Jong semblent contredire cette aspiration profonde en montrant des déploiements d’armes et de soldats prêts à partir au combat, le désir d’un monde pacifique et juste demeure. Il nous appartient dans nos relations, notre vie familiale, dans les choix politiques que nous aurons à faire en 2012 de manifester que « la paix n’est pas un bien déjà acquis, mais un objectif auquel, tous et chacun, nous devons aspirer. »

Frères et sœurs, je vais vous laisser sur ces propos de Benoît XVI. Donnons à la paix un visage comme nous le chantons souvent. Reflétons le visage du Christ dans toutes nos démarches et nos engagements, comme au cœur de notre vie familiale. Que la Vierge Marie nous vienne en aide : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs maintenant et à l’heure de notre mort. »

« À vous tous, hommes et femmes qui avez à cœur la cause de la paix !
La paix n’est pas un bien déjà acquis, mais un objectif auquel, tous et chacun, nous devons aspirer. Regardons l’avenir avec une plus grande espérance, encourageons-nous les uns les autres dans notre cheminement, travaillons à donner à notre monde un visage plus humain et fraternel, et sentons-nous unis dans la responsabilité envers les jeunes générations présentes et futures, en particulier en les éduquant à être des personnes pacifiques et des artisans de paix. »
(Benoît XVI)

Père Stéphane AULARD



 


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A Notre-Dame du Rosaire le dimanche : 9h messe tridentine, 11h, 18h messe des jeunes, samedi : 18h

- En semaine

  • lundi, mercredi : 19h
  • mardi, jeudi, vendredi, samedi : 8h30
  • messe tridentine : mercredi 9h15 et vendredi 19h00

A la Chapelle St-Joseph le dimanche 9h30

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