Le pèlerinage à Notre-Dame des Miracles

Saint-Maur des Fossés

Le pèlerinage à Notre-Dame des Miracles s’est interrompu en 1968 et a repris à l’aube du 3e millénaire. Retour sur l’histoire de ce pèlerinage qui fut, dit-on, aussi important en son temps que Lourdes aujourd’hui !


Qui saurait dire pourquoi le dernier grand pèlerinage à Notre-Dame des Miracles de Saint-Maur des Fossés s’est déroulé en 1968 ? Ce pèlerinage se déroulait depuis bientôt 9 siècles. À certaines heures, il s’était vu aussi important que l’est celui de Lourdes de nos jours. Pourquoi cette image attirait-elle tant de monde ?

Si l’on en croit la tradition, la statue de Notre-Dame des Miracles ne fut pas faite de main d’homme. En effet, avant de s’appeler Notre-Dame des Miracles, c’est sous le nom de Notre-Dame de l’Achyropis qu’elle fut vénérée car on la disait « achyropoïete ». L’événement est survenu au XIe siècle, tandis que la querelle de l’iconoclasme durait encore et que l’on parlait déjà de l’Immaculée Conception.

La découverte de la statue

A cette époque aussi, les biens d’Église étaient menacés par les grands féodaux en mal d’apanage. C’est à propos de l’un d’eux, Guillaume de Corbeil dit « Guerlenc », que le miracle se produisit. Chassé de ses fiefs normands par son cousin le duc Guillaume, il obtint du roi de France Henri Ier d’être l’avoué de l’abbaye des Fossés. Ses mœurs féodales ne tardèrent pas à inquiéter le Roi et les moines. Cependant, l’âge aidant, après bien des malheurs personnels, sa santé vint à se détériorer.

Guillaume fit vœu à la Vierge Marie de se faire moine à l’abbaye des Fossés, s’il venait à guérir. La réponse ne tarda pas à venir et Guillaume devint moine. Il entra dans une abbaye qui depuis un siècle était en reconstruction suite aux destructions des invasions normandes. Il constata le mauvais état des images du Christ et de la Vierge Marie, aussi résolut-il d’en commander de nouvelles au sculpteur Rumolde.

Il fut décidé de commencer par l’image de la Vierge Marie. Rumolde venait à peine de s’attaquer au bois pour lui donner forme qu’il s’entendit appeler au dehors de la chapelle qui lui servait d’atelier, mais après de vaines recherches, il revint à son ouvrage qu’il eut la surprise de trouver complètement achevé. La Vierge Marie eut l’occasion par la suite de lui apparaître sous l’aspect de cette image et de le guérir d’un mal mortel. Ces faits se seraient produits le 10 juillet 1068.

Un pèlerinage reconnu

Dès l’origine, le pèlerinage fut associé à celui des reliques de saint Babolein, premier abbé de l’abbaye des Fossés, et de saint Maur, abbé de Glanfeuil, dont les reliques arrivèrent à l’abbaye en 868. Cette abbaye des Fossés fondée par les Mérovingiens et les reliques de saint Maur sont à l’origine du nom de la ville actuelle de Saint-Maur des Fossés.

L’époque médiévale voit passer des pèlerins prestigieux : Philippe Auguste, saint Louis, l’empereur Charles IV, Louis XI. Autour du XIIIe siècle, le vocable de Notre-Dame des Miracles lui est donnée, tant elle fait de guérisons. Au XVe siècle, le Pape Sixte IV, qui s’intéresse à l’Immaculée Conception, accorde une importante indulgence aux pèlerins qui réciteront l’oraison à Notre-Dame des Miracles devant la vénérable image.

Son successeur Innocent X au XVIIe siècle accordera une indulgence plénière. Au cours de ce même siècle est fondée la Confrérie de Notre-Dame des Miracles, approuvée par Urbain VIII. Une confrérie de prêtres se constitue autour du Père de Condren et d’Adrien Bourdoise, on y rencontre Monsieur Olier, saint Vincent de Paul, parfois saint François de Sales.

Au XIXe, Rome renouvelle les indulgences

C’est avec l’aide de Notre-Dame des Miracles que se prépare le renouveau spirituel d’une France très éprouvée par les guerres de Religion. La vénérable Mère Mechtilde du Saint Sacrement viendra aussi. Anne d’Autriche viendra demander un fils, et comme le château de Saint-Maur a joué un rôle dans l’affaire, on peut penser que le pèlerinage fut suivi d’effet.

La statue fut cachée pendant la tourmente révolutionnaire. Le pèlerinage reprend de plus belle au XIXe siècle, Pie VII renouvelle les indulgences. L’abbé de Geslin, miraculé de Notre-Dame des Miracles, sera le fondateur du séminaire français de Rome. François Libermann trouve au pied de Notre-Dame des Miracles ce qu’il recherche et l’inspiration pour la fondation des Pères du Saint Esprit.

Les grâces répandues par le pèlerinage sont innombrables, les guérisons spectaculaires.

En 1907, Monsieur Roume, chargé de la restauration de l’image, se voit aussi « miraculé » ; il fera une copie de la statue pour l’église de Masseret, dans le diocèse de Tulle, qui fait l’objet d’un pèlerinage.

Le renouveau

Après 1968, la dévotion est restée quasi clandestine, beaucoup de cierges, quelques saintes femmes montant la garde le chapelet à la main, des pauvres isolés venant quémander une guérison, mais point de pèlerinage.

En 1988 , lors de l’année mariale, un couple de fidèles demanda la restauration du pèlerinage à l’évêque de Créteil. La statue vint donc présider la cérémonie mariale organisée pour le diocèse à Rungis. L’église Saint-Nicolas qui conserve la statue depuis 1790, fut déclarée sanctuaire jubilaire en 2000 et accueillit le premier pèlerinage des familles le 9 décembre.

A partir de 2002, le pèlerinage des familles s’est perpétué le samedi le plus proche du 8 décembre. En 2002, des guérisons surprenantes ont été constatées, comme si Notre-Dame voulait signifier qu’elle attendait ses enfants.

Philippe Lefèvre


En 2020, le pèlerinage aura lieu le samedi 12 décembre (sous réserve de la situation sanitaire).